mardi 7 juillet 2015

La croissance est indispensable : une fausse évidence.


Quel que soit le journal que l'on ouvre, la radio que l'on entend, la télévision que l'on regarde, tout doute est aboli dès qu'on évoque la sacro-sainte "croissance".

On comprend très vite que ce mot tabou recouvre bien plus que la progression de la production. C'est le capitalisme lui-même. Ce qui n'augmente pas est illégitime. C'est vrai des produits matériels et, désormais, plus encore, des produits financiers.

La perversité du "plus" à tout prix n'est même pas envisagée.

L'austérité elle-même est dénoncée par les productivistes solidaires des foyers modestes comme une violence liée à l'absence de croissance.

Produire moins et mieux semble relever pour la majorité de la classe politique d'un discours utopiste plus encore qu'utopique.
Oser le mot sobriété nous enfonce, cette fois, dans un moralisme irresponsable.
Il faut combattre le concept de croissance économique. Il ne suffit pas d'en constater le recul irréversible dans l'économie occidentale. il faut en démontrer la nocivité.
Ce qui étonne c'est que cette nocivité, non seulement, ne soit pas une évidence, mais plus encore puisse être comme une incongruité ! l'évidence est insensée !
Celui qui dénonce cette nocivité est considéré comme un complotiste, un traître, presque comme un dangereux terroriste.
On voit bien croître le nombre des adversaires de la croissance, mais, on est bien loin encore d'avoir atteint le seuil critique, celui à partir duquel les tenants de cette fausse évidence seront bouches-cousues car conscients de leur déraison et de leur irresponsabilité.

Tous les discours obligés sur la croissance font partie du conditionnement de l'opinion publique et il faut leur donner une contestation politique car il ne s'agit pas d'une question économique, mais, d'une question de philosophie politique.

Les hommes peuvent-ils vivre sur une planète dont on nie les limites, dont on gaspille les ressources et dont on ne recherche ni le renouvellement, ni le remplacement ?

Notre conception de la condition humaine est en jeu. Le sort de tous les modestes de la Terre qui ne sont plus pensés comme nos égaux en humanité avec qui tout doit être partagé non pas dans l'égalité absolue mais la justice effective est en cause.

La contestation du capitalisme a changé d'âme. Elle fut d'abord un rejet des injustices, de la domination des pauvres par les riches, du travail par le capital. Les producteurs de richesses n'en étaient pas suffisamment les bénéficiaires. C'était la lutte des classes.

On a vécu dans l'insouciance. Le temps s'est écoulé, sur deux siècles au moins et voici qu'il apparaît que l'injustice prend de l'ampleur. L'espèce humaine a cru : 7 milliards de vivants et plus mais cette croissance là n'a pas été prise en compte parce qu'elle obligeait au partage des biens, des services, des revenus et mettait le système économique en difficulté, voire en contradiction avec lui-même. Alors, On a "planétarisé" l'exploitation de la Terre et, ainsi, généralisé un mode de vie qui sécrète l'inégalité et la violence.

Il devient indispensable de globaliser la lutte contre le capitalisme qui n'est plus seulement l'exploitation de l'homme par l'homme, mais l'exploitation de la Terre par les terriens et de la majorité de l'humanité par une minorité. Il n'y a plus, sur le fond, d'écart entre les luttes sociales et les luttes écologiques. On le savait depuis longtemps, mais, le renoncement au principe du mieux par le plus - et vite - est impensable par nombre de ceux qui se croient encore "les représentants de la classe ouvrière", qui sont disciples de la croissance et donc idéologiquement à l'aise à l'intérieur d'un système qu'ils contestent sur la forme et peu sur le fond.

La quasi totalité des partis politiques se sont convertis à la croissance, mais oublions les ! car ils sont devenus de simple outil de conquête et de prise de pouvoir, qui perdent presque toujours leurs fins et donnent seulement des moyens théoriques et pratiques à ceux qui jouissent d'en être les chefs ou les bénéficiaires ...

Ceux qui en souffrent le plus se sont même convertis à la croissance .
Comment faire passer le slogan trop simple mais nécessaire : lutter contre le capitalisme (c'est à dire l'exploitation des pauvres par les riches.) c'est lutter pour chaque terrien en s'opposant, partout et en tous lieux, à la dégradation de la Terre-mère.

Nous avons en Europe conservé une logique coloniale : tous les hommes ne peuvent vivre heureux. Contentons-nous de préserver notre civilisation ("La Corrèze avant le Zambèze" du sinistre Le Pen, fut une formule au fond partagée par une majorité des Français.)

Nos discours républicains sur l'égalité et la fraternité ont été engloutis sous ceux consacrés au "Monde libre". La liberté, dont on attendait tout et faussement le droit à la richesse pour tous, devient, et on l'a constaté très vite, un principe abstrait perdant sa substance dès qu'elle fut dissociée de l'égalité.

En 2015, pour sauver la liberté, il est impératif de développer l'égalité maximale, ce qui, bien entendu, bouleversera notre mode de vie et nécessite l'apport et l'engagement de tous.

Vivre autrement fait partie de la sortie du capitalisme, mais, ne sera pas acceptée sur le champ, car échapper au monde de la surconsommation, de la publicité permanente, de la satisfaction du désir avant celle du besoin ne peut aller de soi, mais c'est pourtant un impératif à la survie de l'humanité.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux