mercredi 22 mai 2013

Nucléaire : l'impasse tragique

Jadis, on parlait de "péchés par omission". Ce n'était pas les moins graves. De nos jours, l'entêtement de ceux (ingénieurs, technocrates de tous bords et responsables politiques) qui ont enfermé la France dans la logique nucléaire nous conduit-il vers d'inévitables drames ? L'omission serait mortelle : nous sommes parvenus au terme du processus où devraient être démantelées les centrales nucléaires obsolètes mais on ne sait pas encore le faire sans d'énormes risques et on ne sait toujours pas comment payer ces travaux difficiles, longs, dangereux et incertains.

L'émission réalisée par Bernard Nicolas, sur ARTE (1), le 21 mai 2013, fait froid dans le dos, mais, plus encore, elle donne à penser que nous voici dans une double impasse : impasse sécuritaire et impasse économique.




On ne sait faire mieux que confiner les déchets radioactifs quelle que soit leur nocivité. On ne sait démanteler les centrales nucléaires sans accumuler des quantités toujours plus grandes de déchets nucléaires. On ne peut démanteler les centrales en fin de vie et, de toutes façon, il faudrait des dizaines d'années de travaux pour y parvenir (peut-être !). Le coût du démantèlement des centrales nucléaires est tellement sous-estimé, alors qu'on le sait exorbitant, que les budgets des États concernés risquent "d'exploser".

Les commentaires, honnêtement reproduits sur le site d'ARTE, sont souvent ceux de pronucléaires irrités de voir proposée des analyses qui remettent en cause l'industrie nucléaire elle-même. Pourtant, l'exemple de l'Allemagne est particulièrement instructif. La volonté politique de fermer les centrales nucléaires d'ici 2022 s'accompagne d'une claire présentation des conséquences de ce choix. Cela va entrainer des démantèlements dont la durée, le coût et les risques ne sont pas sous estimés. Pendant ce temps la France retarde son désengagement quitte à reporter de quarante à soixante ans la durée de vie des centrales, ce qui ne peut que  transmettre à la génération suivante un énorme fardeau. 

Faudra-t-il un accident majeur, possible et d'aucuns disent probable avec l'usure du temps, pour remettre en cause les fausses évidences et pour réorienter la politique énergétique ? On peut le craindre dès lors qu'on ne veut à aucun prix emprunter la voie de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Suisse, de l'Italie... Quelle est donc cette Europe qui aurait deux politiques énergétiques ?

Il faut oser appeler assassins présumés les nucléocrates qui devraient s'en remettre à un "principe de précaution" pour le coup justifié, mais qui s'y refusent absolument. Demain, dans dix ans, dans cinquante ans, la France peut être dévastée parce que d'immenses calamités seraient survenues à partir des déchets nucléaires stockés, ou des centrales en cours de démantèlement, ou des centrales en fonctionnement mais asséchées ou noyées, ou des centrales accidentées, ou des centrales ayant subi des attentats. Tchernobyl sur Seine est possible...


Il est temps de rompre avec des logiques sans avenir qui comportent trop de dangers pour les populations, proches ou pas, de nos nombreuses centrales nucléaires. Il est temps de comprendre que le lobby industriel et militaire qui tient la France sous sa coupe doit, lui aussi, être démantelé. Il n'y a pas que les maîtres de l'énergie électrique et de la dissuasion nucléaire qui peuvent se retrouver, un jour, traités d'assassins et condamnés pour imprévoyance coupable. Nous pourrions, nous aussi, qui jouons les autruches en "espérant" que rien d'irréversible et d'irrémédiable ne nous frappe sous peu ou d'ici longtemps, être considérés par les générations futures comme des assassins.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux