mardi 17 mai 2011

Sidération politique

Ce message est sans illustration. Un tel sujet oblige à s'en abstenir...

Nous n'en sommes plus à faire connaître nos réserves vis à vis de Dominique Strauss-Kahn ! Cet homme est à terre, objectivement détruit, et offert en spectacle au monde entier !

Nous ne savons comment nous saisir de cet événement, car c'en est un, qui bouleverse et notre paysage politique et, plus encore, notre conception de l'homme !

Notre paysage politique ? Car, si DSK (fallait-il accepter ce sigle qui transforme un sujet en objet politico-médiatique ?) était, intellectuellement, techniquement, mais pas "comportementalement" à la hauteur de fonctions présidentielles, ses collègues du parti socialiste le savaient, mais ont, alors, masqué leurs réserves ou leurs inquiétudes, et c'est une faute majeure, à moins que ce ne soit par intérêt politique, et c'est pire...

Notre conception de l'homme ? Si un homme cultivé, informé, reconnu, brillant, pouvait céder à une addiction sexuelle brutale et criminelle, qui sommes-nous, pauvres humains, pouvons-nous vivre en société et nous fier à quiconque ?

Qu'est-ce aussi que cette société occidentale où l'on adule un homme jusqu'à l'excès, en lui tolérant tout, ou presque, jusqu'au jour où on le fait chuter de son piédestal ? Même si toutes les accusations portées contre M. Strauss-Kahn s'avèrent exactes et méritent une lourde condamnation, on ne pourra jamais exclure que l'on ait attendu la faute, prévisible, pour tuer un rival (quel que soient celui, ou ceux, où qu'ils soient, qui ont exploité la situation, nécessairement avec le concours d'autorités policières américaines).

Nul besoin de complot ou de machination, il aura suffi d'observateurs qui ont trouvé la faille dans un comportement aberrant et l'auront fait connaître à qui pouvait s'en servir. M. Strauss-Kahn n'est pas une victime, car si victime il y a, ce serait, évidemment, la personne agressée, mais il y a, derrière cet événement, beaucoup de vilénie, à commencer par l'étalage de la détresse d'une personne, hier étoile, aujourd'hui cendres. Les voyeurs que nous sommes, par centaines de millions, sont sollicités par les médias et acceptent ou tolèrent d'assister à une curée et cela aussi nous enfonce dans l'indignité. Pire, tout se passe comme si, envoyé en quelques heures au fond du gouffre, Dominique Strauss-Kahn était poussé au suicide !

Quelles leçons déjà tirer de ce tsunami politique ? C'est de nouveau à New-York que, comme en septembre 2001, se passe une tragédie qui nous colle devant nos écrans de télévision où les mêmes informations tournent en boucle ? Nous ne connaitrons que dans des mois les conséquences de ce qui s'est passé dans un hôtel, sans mort physique mais avec plusieurs morts politiques.

Reste que l'amour du pouvoir, du sexe et de l'argent se rencontrent partout, qu'aux "rois" on permet tous les "extras" et que la société de la domination est la société que nous acceptons. La monarchie pseudo démocratique, machiste, qui s'autorise tout, pollue d'autant plus la politique qu'elle annihile la démocratie elle-même. Que nos institutions, notre vie quotidienne puissent dépendre d'un seul homme qui, comme tout homme est fragile, voire perturbé dans son psychisme, est devenu inacceptable et dangereux. Osons le dire : Dominique Strauss-Kahn élu à la place de Nicolas Sarkozy aurait-il pu, disposant alors d'un pouvoir solitaire excessif, réaliser tout ce que nécessite une urgente alternative ?

La sidération que nous connaissons montre trop bien que nous sommes enfermés dans un univers politico-médiatique qui est proche mais "à côté" de la société française. Quel malheur qu'il faille recevoir, un dimanche matin, une nouvelle aussi stupéfiante et violente pour que nous soyons amenés à nous poser la question des questions : quand et comment allons-nous échapper, enfin, en France, à "l'exercice solitaire du pouvoir" ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux