jeudi 4 février 2010

Le capitalisme est devenu obsolète

Le quotidien Le Monde republie, aujourd'hui, les 24 pages du Manifeste du parti communiste, paru en 1848. Jamais texte ne fut plus loué, décrié, déformé et objet d'incompréhension. Sait-on qu'à l'époque, il n'y avait pas de Parti communiste et qu'Engels et Marx, les auteurs, avaient dû se réfugier à Londres où fut écrit ce document brulot, qui enflamma les terres occidentales?


Un livre qui n'en a pas fini de bouleverser l'histoire

Marx n'était pas marxiste. Ses zélateurs eurent tôt fait de lui faire dire ce qu'il ne disait pas et de trahir ce qu'il disait. De nos jours, l'histoire efface les marxistes des pages vivantes que la politique trace, mais Marx réapparait. Va-t-on, enfin savoir ce qu'il annonçait?

Le slogan qui clôt le pamphlet anticapitaliste ("Prolétaires de tous les pays, unissez-vous") est la première exhortation altermondialiste qui se soit faite entendre! Cette parole est d'autant plus actuelle que se sont creusées des inégalités gigantesques, que les prolétaires se comptent par milliards, et qu'ils sont toujours les expropriés des biens terrestres. Le constat que moins de 20% des Terriens disposent de 80% des richesses planétaires devrait suffire à bouleverser l'ensemble des politiques. Ce n'est pas le cas.

Le capitalisme du XIXème siècle n'était pas celui du XXème et ce dernier diffère de celui du XXIème. Des différences considérables, inimaginables du vivant de Marx, ont affecté la démographie, les transports, l'armement, les communications..., mais un lien unit les trois siècles : "l'exploitation de l'homme par l'homme" n'a jamais cessé, le produit du travail n'appartient toujours pas à celui qui vend ses forces et ses capacités à son employeur, mais aussi une constante traverse le système économique libéral et lui fournit sa colonne vertébrale : "enrichissez-vous en produisant toujours plus". Capitalisme et croissance sont inséparables l'un de l'autre!

Au milieu du XXème siècle, tout était à reconstruire et le "toujours plus" avait comme justification la nécessité. On pouvait se payer le luxe de l'État providence et les bonnes intentions emplissaient les discours des hommes politiques. On n'avait pas encore adopté la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948). Pas même encore sortis de la dernière guerre mondiale, de bons et talentueux représentants des peuples, encore sous le choc épouvantable d'un désastre innommable, signaient, à Philadelphie, un texte dont l'esprit, sinon la lettre était anticapitaliste. On y pouvait lire :

La Conférence générale de l'Organisation internationale du travail, réunie à Philadelphie en sa vingt-sixième session, adopte, ce dixième jour de mai 1944, la présente Déclaration des buts et objectifs de l'Organisation internationale du travail, ainsi que des principes dont devrait s'inspirer la politique de ses membres.
I - La Conférence affirme, à nouveau, les principes fondamentaux sur lesquels est fondée l'Organisation, à savoir notamment :
a) le travail n'est pas une marchandise;
b) la liberté d'expression et d'association est une condition indispensable d'un progrès soutenu;
c) la pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous;
d) la lutte contre le besoin doit être menée avec une inlassable énergie au sein de chaque nation et par un effort international continu et concerté dans lequel les représentants des travailleurs et des employeurs, coopérant sur un pied d'égalité avec ceux des gouvernements, participent à de libres discussions et à des décisions de caractère démocratique en vue de promouvoir le bien commun.

La suite sur : http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/OIT_01.htm

On sait ce qu'il est advenu de ce bel engagement international...

Aujourd'hui, nous entrons dans un âge où les promesses sont d'autant plus inutiles que les racines de la croissance, et donc la base même du capitalisme sont littéralement "déterrées", au sens propre comme au sens figuré : les ressources minières, à commencer par le pétrole, ne pouvant être renouvelées à l'infini, il n'est plus possible de compter sur une croissance indéfinie. Le temps des limites, annoncé par Paul Valéry, en 1945, n'est pas seulement commencé, il est profondément engagé, alors même qu'un vide politique béant s'ouvre devant nos sociétés (qui ne savent se penser qu'au sein de politiques qui survivent, de plus en plus malaisément, fondées sur des a priori qui ne résistent pas aux réalités.) C'est bien pourquoi les prises de conscience de Copenhague ne pouvaient déboucher sur rien. Le savoir et le vouloir ne coïncident plus.

La révolution à laquelle nous sommes invitées déborde la révolution sociale voulue par Marx qui contestait le pouvoir des propriétaires mais pas la propriété, sacralisée depuis la révolution française (voir l'article 2 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen). La citoyenneté mondiale n'est pas l'universalisme des Lumières qui voulait conquérir le monde aux idéaux occidentaux; elle exige, à présent, la pluralité, la diversité et non plus l'unité uniformisante. La Terre est un univers dont nous ne pouvons sortir, limité, et appartenant à tous. Ce seul constat suffit à modifier toutes les politiques mais l'écologie ne sortira pas le capitalisme de sa contradiction fondamentale : ce n'est pas en augmentant les dimensions du gâteau qu'on servira à chaque homme sa juste part, mais bien en effectuant un partage équitable. La croissance verte, le capitalisme vert ne sont que des illusions nouvelles, des tentatives pour esquiver la question qui fâche : la lutte des classes n'a jamais cessé et aujourd'hui, plus que jamais, elle interpelle la minorité de ceux des humains qui accaparent les richesses de tous.

La nouveauté, c'est que cette évidence n'étant plus portée par ce qui s'appelait "la gauche", il est devenu urgent de refonder les motivations des partis, mouvements, et autres regroupements citoyens, qui sont restés enfermés dans des doctrines obsolètes qui, peu ou prou, demandent encore à "produire plus pour donner plus à ceux qui ont le moins". Cette fausse logique ne fait point difficulté pour les maîtres de la finance qui veulent "produire plus pour s'enrichir plus". Sortir du capitalisme n'est qu'une formule creuse dès lors qu'on reste convaincu qu'on ne peut satisfaire les besoins vitaux des hommes sans continuer à enrichir l'humanité tout entière! Deux écueils sont sur notre parcours économique : épuiser les ressources qui fondent notre capacité d'activité; tout transformer en marchandises, même l'ordure, pour n'avoir rien à donner, quitte à détruire ce qu'on gâche dans des proportions inimaginables.

La décroissance (l'antidote de la croissance et donc du capitalisme) est l'exact contraire de la rigueur : c'est le renoncement à l'excès pour que nul ne manque de l'essentiel. Plus passent les mois, depuis 2007, et plus la contestation de la décroissance... s'accroît! C'est bon signe : c'est qu'elle trouve place dans le débat public!


Deux visionnaires dont les pensées deviennent compatibles.

Il est temps de réconcilier Marx et Gandhi! "Il faut vivre simplement afin que simplement tous les hommes vivent" et, pour cela : "Prolétaires de tous pays, unissez-vous". L'écologie sans le social, le social sans l'écologie perdent, l'une comme l'autre, tout leur sens. Reste à tirer les enseignements politiques de cette re-découverte qui commence à être admise mais n'est pas encore bien comprise. Il faut du temps aux peuples pour saisir, avec leur vie, ce qui n'est encore que des mots, certes porteurs, mais pas encore chargés d'énergie libératrice. Qui va donc écrire le... Manifeste du communisme sans parti ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux