mercredi 28 mai 2008

Vous avez dit "libéral" ?



Cela devait arriver : le débat sur le libéralisme est lancé.

Un débat qui fait rage ! On médiatise une fausse querelle de mots.
La poudre aux yeux est largement projetée au visage des citoyens.
Mais nous prend-on pour des gogos ?

Il y a « libéral » et « libéral ».
Le danger est dans la superposition des sens !
Quand libéral veut dire large de vues, cela passe.
Quand libéral veut dire libre d’imposer ses vues, ça ne passe plus.

Libéral (libéraliste) s’affronte à libéral (libre).
Des politiciens instrumentalisent des vocables.
Ils enferment le débat politique dans les étiquettes.
Ils oublient le contenu des flacons !

Libéral peut vouloir dire respect de la liberté individuelle.
Libéral peut aussi vouloir dire droit : imposer à autrui le pouvoir de son argent.
Ce qu’il y a d’apparemment commun : c’est le refus de l’imposition de limites.
Ce qu’il y a d’incompatible : c’est le pouvoir de fixer à autrui ses limites.

On ne peut être « libéral-libertaire ».
Il ne peut y avoir deux libertés superposées.
La liberté en économie n’est pas la même que la liberté en politique.
L’une tue l’autre.

Au cœur du débat se situe précisément la limite.
Le libéral n’en veut aucune : « tout est possible ».
Or, c’est faux : tout n’est pas possible dans un monde fini.
L’homme libre sait que la limite fait partie de la condition humaine.

Voilà pourquoi le débat sur la décroissance sera acharné.
La décroissance n’est pas le recul mais la reconnaissance des limites.
La liberté commence quand on sait ce qu’on peut faire.
Elle n’existe pas quand on lui demande de tout pouvoir faire.

Un socialiste qui accepte « les lois du marché »,
Et admet les lois non écrites de la domination du capital,
n’est plus socialiste,
et ne peut donc se réclamer de la liberté.

Encore une fois, la liberté n’est pas le droit de faire.
Faire sans contrepartie ni contrôle.
Le droit de faire ce qu’on veut n’est pas la liberté.
La liberté sans partage est un leurre.

Les adversaires de l’idéologie idéologisent !
Le réalisme économiste se sert de la liberté pour l’interdire.
Le pouvoir d’achat n’est plus la liberté de vivre
C’est la liberté de consommer ce qu’on est conditionné à acheter.



Le diable, nous prêche-t-on, n’est jamais si efficient que quand il se fait oublier.

S’il convainc ses victimes qu’il n’existe pas, il peut mieux agir.
Qui fait croire que le consommateur est libre s’inspire de ce diable.
La liberté du plus fort, du plus nanti, du plus instruit est une perversion.

Le débat est très ancien et son retour étonnant.
Les révolutionnaires savaient qu’il n’y a pas liberté sans égalité,
Ni de liberté et d’égalité sans fraternité.
Mais la devise républicaine n’a jamais été prise au sérieux.

Faute de contenu donné à la fraternité,
on en a fait une charité, une générosité, un humanisme douceâtre.
On n’a pas voulu y voir l’hospitalité universelle et le partage dans la justice,
une nécessité vitale pourtant, et la condition même de la liberté.

La planète nous impose, aujourd’hui, de choisir entre libéral et libre.
Est libéral celui qui accapare la liberté.
Est libre celui dont le sort ne dépend pas de plus puissant que lui.
Dans une planète fermée, il n’y a pas de porte ouverte sur un « plus » indéfini.

L’histoire nous en a fait, cruellement, accomplir l’expérience :
L’égalité sans liberté, c’est la dépossession et la mort.
La liberté sans égalité, c’est l’appropriation et aussi la mort.
La confiscation du monde, par une partie des hommes, tue.

Inutile, dès lors, de tenter de détourner les mots :
Le libéral ne peut être libéral s’il s’en tient à ses propres intérêts.
Le libéralisme, qui en fait doctrine, est liberticide.
Est libre -et non libéral- celui qui échappe à la domination.

Échappons donc à la confusion.
Profitons de ce débat, entr’ouvert par ceux qui s’y perdent,
Pour tenter d’y introduire la révolution philosophique :
Libres, égaux et fraternels n’est pas une utopie.

Une humanité qui renoncerait à ce qu’elle a conçu :
une République fondée sur la possibilité d’un « en commun »
sombrerait dans un réalisme suicidaire.
L’ami de la liberté n’en fera jamais un principe, substituable aux autres.

Osons passer pour utopistes.
Là où il n’y a plus d’utopie il n’y a plus de politique.
Quand libéral entre dans le vocabulaire économique et réaliste,
Il abandonne le droit à la liberté pour tous.

Il cesse alors d’exprimer ce qu’on voulait lui faire dire.

Jean-Pierre Dacheux.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux