mardi 7 janvier 2014

Citoyenneté et démocratie.



Le titre d'un article en couverture de la dernière livraison du trimestriel de la Ligue des droits de l'homme « Hommes et Libertés » a, par son imprécision, attiré mon attention : « RETRAITES, notre société a-t-elle le choix ? ».

Dans son préambule, l'auteur annonce : « encore une réforme des retraites avec toujours le même discours : pour sauver nos retraites, pas d'autres solutions que de travailler plus longtemps. Cette pseudo-évidence dissimule une réalité : c'est d'un choix de société qu'il s'agit, et nous devons en débattre » et il termine son article en écrivant : «  Il est urgent, sur les retraites comme sur la plupart des questions sociales, de sortir la tête de l'eau et d'enfin penser ensemble. »

Je partage totalement ces propos.

Alors quand commence-t-on à réfléchir, à débattre, et surtout à contraindre les gouvernants, empêtrés dans leur archaïsme, ainsi que les « marionnettes » des financiers, à changer de politique ?

Car dénoncer c'est bien, mais agir, c'est mieux !

Je ne peux pas imaginer que le citoyen d'aujourd'hui se contente seulement de critiquer et de pleurer sur la fin de ses acquis. On écrit beaucoup, on parle encore plus, mais la société civile a renoncé et personne n'ose considérer le changement radical de notre rapport au monde et le rêve même de la révolution est devenu un slogan publicitaire des « marchands » pour vendre leurs salmigondis.

Selon l'antienne «  there is no alternative » nous n'avons pas le choix, seulement l'attente fataliste de la catastrophe finale et le souvenir béat d'un passé révolu ; la régression sociale est stupéfiante si on la regarde avec les yeux de 1983. C'est comme si les citoyens étaient endormis sous l'emprise d'anesthésiants.

Il est pourtant temps de se réveiller avant qu'il ne soit trop tard !

Depuis la fin du second conflit mondial, le recul des institutions démocratiques est important et je crains qu’il n’y ait plus d’espoir à attendre des gauches traditionnelles. Elles sont convaincus des bienfaits d'un libéralisme qu'elles se croient capables de dompter, quelle présomption !

Elles n'ont pas compris, ou plutôt, par intérêt, elles n'ont pas envie de comprendre qu'assagir le capitalisme est une mission impossible.

Depuis les années 1970, un « féroce » capitalisme financier a éliminé le capitalisme industriel. Il n'a pas d'éthique, pas d'objectifs à moyen et long terme sinon ceux d'un profit maximum et immédiat.

Si le capitalisme se réforme, il se suicide, car par essence, exponentiel, il ne peut qu'aller toujours plus loin dans le pillage des ressources et l’exploitation du travail ; de plus ceux qui décident agissent de manière à confisquer la capacité d'action de ceux qu'ils dominent.

Les autres partis politiques, dits de la gauche de gauche, ne jouent pas non plus le jeu de la démocratie. Les Verts d'EELV, pourtant particulièrement concernés par la crise, ne font que de la politique politicienne au lieu de faire de l'écologie et ceux dits de la gauche extrême restent dans une confortable critique non constructive ne voulant surtout pas participer au pouvoir.

Les syndicats qui devraient défendre les travailleurs ont abdiqué. Pour s'en convaincre, Il suffit de regarder la position de la CFDT qui joue depuis de nombreuses années le jeu du patronat. Le dernier exemple en date est le ralliement du délégué Édouard Martin d’Arcelor Mittal Florange au parti socialiste contre un fauteuil doré aux élections européennes. Cette centrale syndicale est de fait le syndicat sur lequel le pouvoir socialiste s’appuie pour faire passer ses contre-réformes et faire avancer la sacro-sainte « construction européenne ». La situation est comparable dans les syndicats de l'éducation nationale où les directions nationales protègent le gouvernement et refusent, malgré les injonctions de leurs bases, d’organiser la riposte face aux graves dangers qui pèsent sur l’école et sur les statuts des personnels.

Cette analyse devrait nous convaincre qu'il y a le feu à la maison et que la priorité n'est pas dans la préservation de l'euro, dans la réduction de la dette ou dans les accords économiques mondiaux mais dans la défense des droits fondamentaux et donc de la démocratie.

Nous avons besoin de nouveaux acteurs pour compenser la décomposition du paysage politique, nous avons besoin que la société civile, les citoyens qui ont perdu confiance en eux-mêmes comme citoyens, tant ils se sentent impuissants face à des pouvoirs sur lesquels ils pensent n'exercer aucune influence, reprennent leurs vraies places dans la société et pèsent sur les décisions qui concernent directement leur avenir.

Je pense que des associations, comme la Ligue des Droits de l'Homme, mais aussi d'autres, doivent aujourd'hui contribuer à sortir d'un renoncement coupable et jouer, pour les plus anciennes, le rôle qui fut le leur au cours de l'histoire et, pour les plus récentes, peser sur la vie politique de nos pays.

Pourquoi n'attaquent-elles pas, de front, le libéralisme  qui est comme tous les esprits sensés l'affirment, la cause de tous les maux dont souffre aujourd'hui la démocratie ?
La liste de ces maux est très longue : inégalité, absence de dignité, injustice, paupérisation toujours plus importante, perpétuation et accroissement du chômage, surveillance généralisée, atteintes aux libertés, exploitation des minorités, etc. De plus, la société qui nous est promise est celle de « l'interdiction » : elle court d'interdit en interdit, de surveillance en surveillance, de réduction des libertés en réduction des libertés ....

Des décisions aux conséquences dangereuses et incalculables se prennent en dehors des circuits démocratiques, les discussions sur les différents traités de libre échange économiques – transatlantique et transpacifique - sont emblématiques à ce sujet. Elles donneraient les pleins pouvoirs aux financiers internationaux et aux entreprises multinationales

Les grands sujets qui traversent notre société, les révolutions techno-scientifiques en marche – biotechnologie, génie génétique, transhumanisme, nanotechnologie, internet des objets, robotique, sciences cognitives, etc. - et qui bouleverseront notre quotidien, auront des conséquences considérables sur les droits humains fondamentaux. Elles ne sont pas à l'ordre du jour de la réflexion de ces organisations qui ne semblent pas être suffisamment concernées par les mutations de la société et leurs conséquences sur la vie des citoyens. Une connivence certaine s'est installée entre elles et le pouvoir en place alors qu'elles affirment, - quelle hypocrisie ! - ne pas vouloir se mêler de politique. Pourtant, tous les jours, en permanence, les militants font de la Politique.

Aujourd'hui, nous avons dépassé ce stade, nous ne pouvons plus laisser une oligarchie décider pour nous. Il faut redonner sa place à la société civile et à ses représentants et que les citoyens soient écoutés et entendus. Ils ne veulent pas la révolution, seulement exister dans le respect de la démocratie.

Il est désespérant de constater que les associations et les organisations dont le but est la défense des droits humains fondamentaux, de la citoyenneté et de la démocratie ne remplissent plus pleinement leur mission.
Il est impératif pour notre avenir qu'elles se modernisent rapidement et qu'elles assument leur rôle national, sinon elles deviendront des monuments de la société et de l'histoire française, des pièces de musée.

De magnifiques outils sans utilité incapables de préserver l'avenir de l'humanité.

Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux