jeudi 1 novembre 2012

L'Islande, une leçon de démocratie ?

 


Avez vous entendu commenter ce fait : samedi 20 octobre 2012 près d'un Islandais sur deux est allé voter. Pratiquement aucun commentaire... Même "à gauche".

Il faut dire que, ce jour-là, les Islandais, décidément mauvais garnements du libéralisme, ont pu nous donner de mauvaises idées et des leçons de démocratie.

À une large majorité des votants, les Islandais ont voté, en effet, en faveur du projet d'une nouvelle constitution, rédigé par un groupe de 25 simples citoyens élus, aidés par un large débat sur internet auquel pouvaient participer tous les Islandais. Une révolution capitale car, si la nouvelle constitution est définitivement adoptée par le Parlement, elle marquera la prise en main de leur destin par les citoyens.

Pour comprendre, revenons sur l'histoire récente de l'Islande :



A partir d'octobre 2008, l'Islande entre dans des turbulences économiques et financières très importantes entrainant un effondrement du système bancaire et la nationalisation des trois principales banques du pays. Pourtant un an avant, en octobre 2007, le Figaro décrit en ces termes « le miracle islandais » : « le chômage est inexistant, la dette minime et les dix dernières années l'économie s'est accrue de 4,5 % par an en moyenne. » Dans le même temps, le FMI, très optimiste, écrit : « les perspectives à moyen terme de l'Islande restent enviables, les marchés ouverts et très souples et les institutions très saines... »

Grisées, les banques islandaises pratiquent des stratégies risquées qui les conduisent à l'effondrement ; la couronne islandaise perd près de 50 % entre janvier et octobre 2008 et la hausse des prix est de plus de 14 %. En août 2009, le Parlement islandais accepte de rembourser, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, plus de 5 milliards de dollars.  (Chaque Islandais devrait alors verser l'équivalent de 100 euros par mois pour rembourser la dette des banques). Sous la pression populaire, le Président islandais décide de soumettre l'adoption de l'accord financier à un référendum et le 6 mars 2010, le « non » est largement majoritaire. 

L'année suivante, le Parlement islandais approuve un nouvel accord permettant d'étaler les remboursements entre 2016 et 2046, à un taux d'intérêt de 3 %, ce nouvel accord soumis au vote populaire en  avril 2011 est, encore une fois, rejeté.

Dans le même temps et principalement à partir de janvier 2009, beaucoup d'Islandais sont dans la rue à taper sur des casseroles pour exiger le départ du gouvernement et la rédaction d'une nouvelle constitution. 


Birgitta Jonsdottir, députée, résume ainsi la situation : il s'agissait de demander « une vraie séparation des pouvoirs, d'empêcher les élus d'agir dans leur propre intérêt et de protéger les ressources naturelles ». Les « révolutionnaires » qui se mobilisent après la faillite financière de leur pays ont gain de cause : le gouvernement démissionne et un nouveau projet de constitution est mis sur les rails selon un processus participatif.
N'est ce pas la première fois qu'un peuple s'approprie ainsi la rédaction de sa propre constitution ?

Début novembre 2010, 1 000 personnes sont tirées au sort, elles réfléchissent pendant une journée en listant les grandes valeurs de l'Islande, et le 27 novembre 2010 un groupe de 25 Islandais « ordinaires » (525 personnes se sont présentées) est élu par les Islandais.

Dès le départ, le travail des 25 a été rendu public sur internet. La transparence est totale et 4 000 contributions et commentaires sont consignés. Le texte est remis 29 juillet 2011 au Parlement. 114 articles, en 9 chapitres, qui modifient sensiblement l'équilibre des pouvoirs, instaurent des mécanismes démocratiques nouveaux comme le référendum d'initiative populaire et intègrent des garanties importantes quant aux libertés.

Au départ, tous les partis étaient favorables à la réforme. Mais la droite a rapidement compris que le processus risquait de la conduire à une catastrophe car derrière les grands principes se cachent de lourds enjeux politiques. Pour les partis de droite, cette nouvelle constitution est considérée comme une bombe qu'il s'agit de désamorcer au plus vite. Ils contestent la légitimité du processus et font tout pour l'enterrer. La révolution constitutionnelle islandaise, magnifique aventure démocratique, risque de sombrer dans les oubliettes de l'histoire.

Birgitta Jonsdottir, optimiste, constate : «  en Islande, nous avons un avantage : la bureaucratie est très légère et nous avons la possibilité de changer rapidement les lois. L'Islande peut être le laboratoire de la démocratie ... »


Nul ne sera surpris que les droites soient hostiles à ce processus et qu'elles prennent tous les prétextes pour enterrer le projet si elles redeviennent majoritaires au Parlement en avril 2013.

Il est tout de même consternant que des mouvements politiques qui se disent attachés aux principes démocratiques soient contre le principe de cette démocratie directe inédite qui a fait des propositions dont tout le monde politique, toutes couleurs confondues, dit qu'elles sont intéressantes et réalisables.

Est ce que cela ne serait pas la preuve :
- Que les droites ne sont pas aussi démocrates et républicaines qu'elles veulent le faire croire ?
- Qu'elles sont plutôt pour le principe d'une démocratie oligarchique, c'est-à-dire au service d'une minorité assurant sa domination par le pouvoir et l'argent.
- Qu'elles pratiquent un jeu politique basé sur l'hypocrisie, la manipulation et le mensonge.

Les partis politiques, de toutes couleurs, savent confisquer aux citoyens leur pouvoir, et ce n'est pas le droit de vote, tel qu'il se pratique, qui n'est qu'un marché de dupes, une illusion de démocratie, un alibi utile aux leaders politiques qui peut changer l'ordre des choses ou plutôt leur désordre !

« Il faut regagner le contrôle de nos vies ! » comme le dit encore la députée islandaise Birgitta Jonsdottir, en donnant du pouvoir à la société civile.

Cela reviendrait, en France, à abolir la constitution de 1958, creuset d'un système monarchique, qui ne dit pas son nom, pour établir une vraie République démocratique, fondée sur les grands principes de liberté, d'égalité et de fraternité enfin pris en compte.

Il faut faire fonctionner notre société dans le bon sens : qu'elle soit au service de l'homme et pas l'homme au service de la société.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux














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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux