jeudi 14 juin 2012

Lettre ouverte à une économiste




Ce matin encore, au réveil, car c'est à ce moment là que les économistes sortent de leurs bureaux douillets pour se faire interviewer sur les ondes radiophoniques, j'ai entendu une économiste lâcher, avec fougue, cette phrase fatidique, celle qui peu à peu nous tue et que l'on entend depuis des lustres : 

« Le coût du travail est trop élevé dans notre beau pays ! »


Et d'expliquer que selon une étude de l'Institut européen de statistiques, une heure de travail en France, en 2011, - tous secteurs confondus - coûte 34,20 euros (charges sociales comprises), contre 20,10 euros, au Royaume-Uni, 12,10 euros, au Portugal, ou encore 7,60 euros, en Hongrie, tandis que l'écart se creuse avec l'Allemagne. 

Cette explication est un peu rapide, et tendancieuse, car la notion de coût du travail est très différente selon les instituts qui la mesurent : l'Insee, Eurostat, l'OCDE et même le BLS. D'après les calculs de cet institut américain, le coût du travail, dans l'industrie française, n'a augmenté que de 2,4% depuis 2002. Une hausse vraiment faible, et pour l'OCDE, en France, le coût du travail, qui suit celui de l'ensemble des pays industrialisés, progresse moins vite qu'au Royaume Uni, qu'en l'Italie, qu'en Espagne, qu'au Canada ou qu'en République tchèque.


En outre, cette matutinale économiste se garde d'ajouter que l'Allemagne externalise une partie importante de sa production dans les pays d'Europe de l'Est, dopant ainsi sa compétitivité de façon significative (près de 20 % !). En effet, ces pays comme la Roumanie et les pays Baltes, ont un faible coût de main d'œuvre qui s'explique par des salaires bien plus faibles et des cotisations beaucoup moins élevées que dans le reste de l'Europe.

En l'écoutant, souvent je m'inquiéte, car je redoute que cette intelligente et instruite économiste à tendance néo-libérale me lance, un beau matin :

« En France, le coût du travail est trop élevé en comparaison avec celui du Laos ou du Bangladesh ! »


Pas de la Chine qui devient trop chère - un citadin salarié chinois peut désormais prétendre toucher jusqu'à 200 euros par mois - Mais, quel scandale !
Adidas envisage, d'ailleurs de délocaliser sa production  de Chine pour l'envoyer vers l'Inde, le Vietnam (salaire moyen mensuel 50 €), le Cambodge, le Laos ou le Bangladesh justement (salaire moyen mensuel 20 €) .

Enfin, relativisons : si les pôles urbains de la côte chinoise perdent une « partie » de leur compétitivité, l'immense population rurale vit toujours avec moins de 40 euros par mois.
À titre de comparaison le salaire médian français est de 1500 €.

Eh oui, quelle stupidité de nous comparer entre occidentaux, abaissons le coût du travail pour qu'il devienne aussi compétitif que celui des pays où les travailleurs sont encore réduits à l 'état d'esclaves, celui où les droits de l'homme ne sont que du domaine du mirage.

Las d'entendre l'économiste, comme le personnage dont parle La Boétie dans son discours sur La servitude volontaire, dans la tiédeur de mon lit, je me rendors et je rêve. J'entends alors, dans un songe :

«  En Chine, au Bangladesh le coût du travail n'est pas assez élevé, il faut qu'il rattrape celui de la France »

Alors, je me réveille complétement, et, Madame l'économiste, donneuse de leçon, je vous pose cette question : pourquoi toujours tendre vers le bas, pourquoi le FMI, la BCE, l'OCDE, etc..., n'obligent-ils pas la Chine et tous les pays en développement à garantir un salaire décent à leurs citoyens avec une couverture sociale et des services de santé et éducatif dignes d'un monde où les droits de l'Homme ne serait plus du domaine de mes songes ?

Pourquoi ?


Allez, s'il vous plaît, faites un effort !

Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux