vendredi 15 juin 2012

Front contre Front : l"énaurme" mensonge.

Il y aurait, en France, deux populismes, deux extrêmes, dont les citoyens devraient se défier : le Front de gauche et le Front national !

Que les partis de droite instrumentalisent la comparaison est odieux mais compréhensible. C'est là un moyen de se débarrasser de ceux qui lui sont irréductiblement opposés. Cependant, ces derniers temps, là où il n'y a pas (encore) d'alliance politique entre les organisations, UMP et FN, il y a déjà entente idéologique sur des questions essentielles qui mettent en question la République elle-même. Qu'il suffise de rappeler la haine avec laquelle on dénonce les partisans du vote des étrangers vivant en France aux élections locales (ne parlons pas des élections "nationales"), alors qu'un tel vote est pratiqué, fréquemment et librement, dans un nombre croissant d'États européens.

Que la gauche "parlementaire" se livre, à son tour, à une stigmatisation de ses partenaires d'un jour (le jour de l'élection, où grâce au mode de scrutin actuel, le PS toujours en tête, rafle la mise), la "gauche de gauche" dit-on, apparaît méprisable. Il fut un autre Front, le Front populaire, qui changea pour toujours la vie des Français (et à côté duquel le Front de gauche est bien gentillet !). Ce Front, en 1936, était-il populiste et extrémiste ? Ne fait-il pas, à jamais partie de notre histoire ? Et pourtant, il fut plus "à gauche" que la gauche actuelle et, même, à l'écoute de "la rue" et des manifestations populaires ?

Non le Front de gauche n'est pas un fascisme totalitaire. Il n'a rien à voir avec le stalinisme. Alors que le Front National est bel et bien, lui, un fascisme à peine masqué, proche des différentes extrêmes droites violentes, ailleurs en Europe. Sarkozy, en 2007, avait remporté la bataille des idées et convaincu les Français que l'effort permanent, la valorisation des é
événements que la thématique du "travailler plus pour gagner plus", il est essentiel que ceux qui ont voulu l'élimination politique de Sarkozy affirment, sans hésitation, que les politiques néo-libérales, dans une Europe dépassée par la conjoncture internationale, sont d'ores et déjà condamnées, quels que soient les dirigeants que les États connaissent, aucune élection n'étant à même, désormais, de répondre au désir des peuples.

La peur qui traverse l'Union européenne parce que les Grecs pourraient refuser de rester plongés dans une austérité mortelle, en dit long sur la fermeture idéologique qui domine et, quoi qu'ils s'opposent, Angela Merkel et François Hollande sont déjà d'accord pour que le futur gouvernement grec s'incline devant le diktat des marchés financiers. Il n'y a pas le choix nous dit-on. Cet argument, trop connu, est celui de ceux qui veulent que rien ne change même s'ils le souhaitent, car ils ne voient pas la possibilité de faire autrement. Margaret Thatcher disait déjà : "There is no alternative" (TINA).

Rappelons-nous comment, en 2005, dans plusieurs pays d'Europe dont la France, le refus de l'Europe libérale, après plusieurs référendums, fut contourné par des recours à des Parlements soumis. Nous en payons, aujourd'hui le prix. Non seulement l'Europe libérale triomphe mais l'Europe politique se meurt.

On trouve, parmi les arguments de candidats du Front National battus dès le premier tour des élections législatives (faute d'avoir obtenu 12,5% des inscrits, ce qui, entre nous, est indigne, quel que soit le candidat dans cette situation), celui-ci : il faut battre les socialistes et, plus encore, s'ils ont revêtus l'habit écologiste. Ainsi, Axel Poniatowsi, UMP, peut-il compter dans le Val d'Oise, sur des voix frontistes qui lui sont promises pour écarter du Parlement, Guillaume Vuittet, EELV.

Il faut réfléchir à cette antiécologisme radical du FN. Les leaders du FN ont une solide culture politique et savent, eux, qu'il n'est rien de plus incompatible avec leurs thèses que le fédéralisme européen ou la citoyenneté du monde. Oui, il est un "énaurme" mensonge qui consiste à assimiler cette idéologie antiégalitaire que, d'un Le Pen à l'autre, on a semé, non sans succès, dans notre pays, et les positions égalitaires qui s'expriment au sein du Front de gauche ou parmi les écologistes, sans compter un grand nombre de citoyens hors partis, sans doute les plus nombreux.

Il est plus que temps de s'éveiller. Il n'est ni extrémiste ni populiste, ni utopique de prétendre que la démocratie de l'égalité dépasse la démocratie de gouvernement. Des élections seules, surtout organisées comme un plébiscite du président de la République, ne peuvent pas changer, sur le moyen terme, les conditions de vie en France. Bien sûr, nous aurons des satisfactions, ne fut-ce que parce que nombre d'excès insoutenables de la politique sarkoziste vont être corrigés, mais si nous laissons l'idéologie nationaliste, élitiste, autoritaire gagner la gauche après qu'elle a conquis l'UMP, nous assisterons non seulement à l'échec de la majorité présidentielle mais à notre propre échec, incapables que nous aurons été, d'échapper aux luttes de partis alors que le destin du monde est entre nos mains.

Ce qui est "énaurme", c'est qu'une grande partie de l'opinion française se soit laissée attirer vers des idéologies qui n'appartiennent pas à notre tradition politique, celle de Rabelais, Montaigne et La Boétie, Rousseau, Hugo, Jaurès, et bien d'autres. L'enjeu, dans les années qui viennent, dont nous savons bien qu'elles seront dures, c'est que nous sachions redonner sens à la solidarité sans laquelle nous retournerons vers l'égoïsme nationaliste et la recherche de boucs émissaires.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux