lundi 12 juillet 2010

Une « République exemplaire »

Au lendemain d'une "prestation présidentielle télévisée" non pas décevante mais hors sujet, avec des dénégations très fermes et des affirmations peu crédibles, il y a motifs à être inquiet : la République est aux abonnés absents? Car les propos de Nicolas Sarkozy sont bien imprudents ! Ils peuvent assez vite se retourner contre lui et son régime ! Nous avons, pour cela, estimé important de publier le texte ci-dessous qui essaie de répondre aux questions que se posent en leur majorité, les Français.
Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux




Une « République exemplaire », par Jean-Pierre DUBOIS, président de la LDH

Un ministre dépense cent dix mille euros pour gagner quelques heures de vol afin de participer à une réunion sur... le désastre humanitaire d’Haiti. Les survivants du séisme lui en ont-ils su gré ? Un autre, s’étant fait offrir douze mille euros de cigares par la République, explique que cela ne dépasse pas deux havanes par jour aux frais du contribuable. Business as usual ? Une de leurs anciennes collègues,
icône de la morale traditionaliste, a accepté neuf mille cinq cent euros par mois pour réfléchir sur la mondialisation, outre ses six mille euros de retraite parlementaire et ses deux mille six cent euros de conseillère générale. Voilà une retraitée à l’abri du besoin...

Quant au ministre chargé précisément de faire voter l’inéquitable des réformes des retraites, il ne voit pas le moindre conflit d’intérêts, dans le fait que, alors ministre du Budget et en même temps trésorier de l’UMP, il ait invité à dîner, dans un palais de la République, deux gros contribuables, deux donateurs à l’UMP et impliqués dans des affaires de fraudes fiscales, et qu’il leur ait personnellement remis la Légion d’honneur, cependant que son épouse exerçait, sous l’autorité hiérarchique directe de l’un des heureux décorés, le métier de conseil en évasion fiscale... Tout en gérant par ailleurs une écurie de courses qui s’est fort bien trouvée d’un avantage fiscal voté sur la proposition de son mari. Lequel mari, maire de
la fort huppée ville de Chantilly, s’amusait il y a peu d’être si souvent invité à dîner par de gros contribuables familiers de son champ de courses.

Et l’opposition ose taxer de « rigueur » des gouvernants si enclins à la « souplesse »...

Heureusement, l’« omniprésident », qui avait promis « une démocratie exemplaire » avant de faire retraite sur le yacht de Bolloré, a décidé que désormais les ministres paieraient sur leurs propres deniers leurs dépenses personnelles, sans mesurer l’énormité de l’aveu contenu dans le « désormais ». Et il s’agirait de « réduction du train de vie de l’Etat », comme si tout cet argent était allé auparavant à l’Etat : argent des gouvernants et argent de l’Etat, serait-ce un tout ?

Le sens du sacrifice de Nicolas Sarkozy, qui supprime la garden party du 14 juillet, ne va pas jusqu’à renoncer à son « long courrier présidentiel » (cent quatre-vingt millions d’euros...), ni à l’auto-augmentation de 172 % de son traitement : « gagner plus », disait-il... D’ailleurs, au-dessus de monsieur Woerth à la fois « trésorier » de la République et de l’UMP, il y a un président de la République... et de l’UMP.
Pourquoi accumuler ces indices des moeurs décomplexées et de l’inconscience des actuels gouvernants ?

En quoi tout cela, qui soulève le coeur de nombreux citoyens, regarde-t-il la LDH ?

D’abord, nous savons depuis Montesquieu qu’il n’est pas de République sans vertu civique. Et tout manquement à cette règle se paie cher en poujadisme « antipolitique ». Que l’arroseur populiste se retrouve ici arrosé ne saurait nous réjouir, alors qu’au début d’une crise sociale gravissime l’extrême droite monte dans toute l’Europe.

Ensuite, l’indécente juxtaposition de cette avidité « décomplexée » et du discours sur les « privilégiés » de la Fonction publique passe les bornes de l’admissible dans une République qui a intégré, dans ses normes constitutionnelles, l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen : « La loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. »

La fange éclabousse ainsi tous les principes démocratiques, et délégitime tous ceux qui s’y vautrent : comment exiger des citoyens un respect qui ne se commande pas mais se mérite ? En vérité, lorsque cessera cette honte pour la République, il faudra non seulement rouvrir un chemin pour le progrès des droits, mais refonder le pacte de confiance entre les citoyens et leurs représentants. Et le plus tôt sera le mieux.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux