mercredi 28 août 2013

Retraites : salarié, on se moque de toi !


Le gouvernement, les syndicats et les patrons se sont réunis, les lundi 26 et mardi 27 août, pour mettre en place un énième plan destiné à garantir la pérennité des retraites par répartition et à trouver un équilibre financier.

Cet exercice nous amène à quelques réflexions. D'abord, décernons des félicitations au gouvernement et à son premier ministre. En effet, moins d'une heure après la fin des rencontres, un plan était présenté à la presse ! Quelle rapidité dans la synthèse ! À moins que la messe ne fût dite bien avant et que les rendez-vous fussent seulement destinés à l'endormissement des foules.

Ce « nouveau » plan prévoit que l'âge de départ à la retraite à 62 ans reste inchangé. Seule la durée de cotisations, pour bénéficier d'une retraite à taux plein, s'allonge de 42 à 43 ans en... 2035 ! Ce point particulier du plan constitue un abus de confiance caractérisé sachant que :
  • l'âge moyen où l'on trouve un emploi stable est de l'ordre de 27 ans1,
  • un salarié sur trois2 est, et reste, longtemps au chômage à partir de 50 ans,
  • que les périodes de chômage, quelle que soit leur durée, ne sont pas totalement prises en compte dans le calcul de la retraite.
L'addition de tous ces paramètres entraîne une durée moyenne de cotisations de l'ordre de 30 ans3, aussi, pratiquement, sauf exception, ou sauf à travailler jusqu'à 75 ans, aucun salarié ne bénéficierait plus de la retraite à taux plein. On cherche quelles sont les valeurs socialistes dans cette démarche, en effet, nos dirigeants voudraient, sans en avoir l'air, enterrer la retraite par répartition qu'ils ne s'y prendraient pas autrement.

Enfin, sauf à pratiquer l'art divinatoire, qui peut aujourd'hui connaître l'évolution du « travail » dans les 25 prochaines années ? Nous recommandons à nos dirigeants la lecture du livre de Jeremy Rifkin sur La fin du travail4 (préfacé par Michel Rocard) qui affirme, exemples à l'appui, que le travail productif tel que nous le connaissons aujourd'hui tend purement et simplement à disparaître. Un livre de Jean Fourastié5 mettait déjà en évidence la tendance longue, mais constante, de la baisse de la durée du travail. Quant à Jacques Ellul6, voici 30 ans, il jugeait inéluctable la diminution drastique du temps de travail.

D'ici donc, ces 25 prochaines années, au rythme où le temps de travail utile se déconnecte de la production, ou bien les rémunérations cesseront d'être proportionnelles au nombre d'heures effectuées (et le plein emploi salarié ne sera plus qu'un souvenir) ou bien les ménages verront leur niveau de vie s'effondrer. À quoi s'ajoute, et c'est pire encore, que finir sa vie dans la dignité avec des revenus suffisants sera tout simplement devenu impossible pour la grande majorité des citoyens !

Nos dirigeants sont enfermés dans leurs archaïsmes et leurs idées reçues. Leur manque de courage politique, leurs préoccupations électoralistes les cantonnent dans la répétition de recettes rebattues alors que la société avance sans eux, mais surtout sans nous, complices que nous sommes de leur inertie.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


1     http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/france/taux-de-chomage-des-jeunes-de-moins-de-25-ans.html
2     http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/26/seniors-plans-sociaux-radiations-les-chiffres-du-chomage-a-la-loupe_3167445_3224.html
3     travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/article200910.pdf - 
Voir page 5 du document : «  La hausse de l’âge de fin d’études et les difficultés d’insertion des jeunes sur le marché du travail se traduisent par une baisse sensible au fil des générations des durées d’emploi à 30 ans. Celles-ci diminuent en moyenne de 2,6 années entre les générations nées entre 1934 et 1943 et celles nées entre 1964 et 1973 ».
4    Rifkin Jeremy, La fin du travail, éditions La Découverte, (1996).
5    Fourastié Jean, Les Quarante Milles Heures, Gonthier-Laffont (1965), reparu aux éditions de l'Aube (2007).
6    Ellul Jacques, Pour qui, pour quoi travaillons-nous ? Textes choisis, éditions La Table ronde, (2013)

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux