mercredi 25 avril 2012

Vous n'avez rien à vous reprocher !



Cette phrase que l'on entend souvent dans le bouche de ceux qui veulent justifier du développement de la surveillance des citoyens cache une argumentation d'une grande perversité et beaucoup d'hypocrisie.
Pour adoucir son propos, une partie de l'affirmation est occultée ; la phrase complète est : « comme vous n'avez rien à vous reprocher, vous pouvez vous laisser surveiller. »

Alors, pourquoi me surveiller ? Réponse de bon sens puisque si l'on considère n'avoir rien à reprocher à quelqu'un, pourquoi le surveiller ?... mais, « parce que la société est dangereuse » et « qu'il faut vous protéger ».


Ces propos sont particulièrement trompeurs, car, la priorité du législateur n'est  jamais la protection du citoyen. La preuve nous en est donné, par exemple, par le volet vidéo-protection de la LOPPSI 21 où la sécurité des personnes et des biens n'apparait qu'en 5ème position de l'énumération des finalités et seulement en 8ème position pour le secours aux personnes.

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Article 17 de la LOPPSI 2

L’article 10 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d’orientation et de programmation relative à la sécurité est ainsi modifié :
...
La transmission et l’enregistrement d’images prises sur la voie publique par le moyen de la vidéoprotection peuvent être mis en oeuvre par les autorités publiques compétentes aux fins d’assurer :
1° La protection des bâtiments et installations publics et de leurs abords ;
2° La sauvegarde des installations utiles à la défense nationale ;
3° La régulation des flux de transport ;
4° La constatation des infractions aux règles de la circulation ;
La prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d’agression, de vol ou de trafic de stupéfiants ainsi que la prévention, dans des zones particulièrement exposées à ces infractions, des fraudes douanières prévues par le second alinéa de l’article 414 du code des douanes et des délits prévus à l’article 415 du même code portant sur des fonds provenant de ces mêmes infractions ;
6° La prévention d’actes de terrorisme ;
7° La prévention des risques naturels ou technologiques ;
8° Le secours aux personnes et la défense contre l’incendie ;
9° La sécurité des installations accueillant du public dans les parcs d’attraction.
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C'est dire le peu de cas qui est fait de la personne humaine dans toutes ces décisions.
La priorité des dirigeants est la pérennité du pouvoir et la protection de tous ses attributs.
En effet, bien aidé par le complexe industrio-financier qui y trouve son compte, les gouvernants mettent en oeuvre, insidieusement, une société de défiance dans laquelle, pour évaluer leur potentiel de dangerosité, ils entendent surveiller, ficher, tracer et profiler tous les citoyens, afin que leurs intérêts partagés ne soient pas contestés.
Pour preuve la loi de rétention de sureté du 25 février 2008 qui permettrait de priver de liberté un individu « présumé dangereux » à l'issue de sa peine.
Cette pseudo-peine, qui existe aussi dans d'autres pays, en Allemagne, une personne est restée privée de liberté pendant plus de 15 ans après avoir purgé une peine de 5 ans au prétexte d'une grande dangerosité, montre le déficit démocratique des nations occidentales.
On le voit avec le fichier STIC2 qui recense pendant 20 à 40 ans les identités de 35 millions de Français ou le FNAEG3 qui pour des délits mineurs ou de simples présomptions collecte l'ADN de nos concitoyens pendant 25 à 40 ans.
On le voit enfin avec le fichier TES4 qui, malgré la censure du Conseil Constitutionnel, constituera le premier fichier de l'ensemble de la population française centralisé au ministère de l'intérieur.
Cette censure ne rassure pas sur la possibilité pour les services de police d'utiliser les informations du fichier car il faut se rappeler les détournements du FNAEG depuis sa création en 1998.

Comme le définissent les philosophes allemand, Hans Jonas5, et suédois, Nick Bostrom6, à petite dose, mais inéluctablement, tous les composants d'une forme de totalitarisme mou, sont mis en place.

Le citoyen anesthésié par la démagogie et les discours de peur distillés par les gouvernants - « la société est dangereuse » - par l'individualisme et l'égoïsme, accepte cette société de contrainte et remet sa sécurité, sa vie dans les mains du pouvoir en abandonnant en grande partie de sa liberté et de ses droits fondamentaux.

Attention, bientôt, il sera trop tard ! 


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 


1 Loi d'Orientation et de Programmation de la PERFORMANCE de la Sécurité Intérieure
2 Système de traitement des infractions constatées
3 Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques
4 Titres Electroniques Sécurisés

5 Le principe responsabilité : Une éthique pour la civilisation technologique de Hans Jonas et Jean Greisch (Poche - 2 avril 2008)

6 Global Catastrophic Risks de Nick Bostrom et Milan M. Cirkovic (Broché - 29 septembre 2011) 

 

 

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux