mardi 11 juillet 2017

Le coût de la main-d'oeuvre française, un mensonge bien rodé !


Ce midi, lors d'une interview télévisée, avec beaucoup d'aplomb, un industriel français a encore annoncé comme une évidence que le coût de la main-d'oeuvre française était la plus chère de l'Union Européenne (UE).

Il est particulièrement navrant d'entendre répéter cette contrevérité, ce mensonge, cette manipulation qui fait son chemin dans l'opinion publique et qui sert, grandement, les intérêts du nouveau gouvernement lorsqu'il entend bouleverser le code du travail et les relations salariés / patrons.

Voici les statistiques comparatives fournies par le Conseil de l'Europe arrêtées au premier trimestre 2017 :


Industrie manufacturière
Le classement est le suivant : Norvège, Danemark, Belgique, Suède, Allemagne et France.



Industrie et Service marchand
Le classement est le suivant : Norvège, Danemark, Suède, Belgique et France


Comme on peut le constater, la France se situe en 6ème et 5ème position, et si l'on calcule la moyenne des deux branches, elle est alors en 6ème position derrière l'Allemagne, pays que l'on montre souvent en exemple comme le bon élève de l'Europe.

Pour aller plus loin, dans une Europe qui veut lutter contre le dumping social, l'amplitude du coût horaire dans l'UE est de un - 3,98 € / 4,69 € - en Bulgarie à douze - 50,11 € / 53,48 € - en Norvège et que 7 pays, tous issus de l'ex bloc de l'est, sont sous la barre des 10,00 € ou flirte avec elle pour la Croatie. Même s'il ne faut pas oublier que le coût de la vie n'est pas le même dans les deux pays, le fossé est énorme entre la Bulgarie et la Norvège.

Au vu du traitement impitoyable qu'elle subit, le coût horaire de la Grèce chute à 14,07 €, moins 19 % par rapport à 2008.

Ce que l'on évoque beaucoup moins, c'est « le hold-up tranquille » de la valeur ajoutée : le coût des dividendes versés aux actionnaires. De 2009 à 2014, ils ont augmenté de 58% alors que, dans la même période, et malgré l’envolée des très hauts salaires (environ 13 000 salariés) le salaire net médian stagne autour de 1730 €.

Selon une étude de l'INSEE sur le partage de la valeur ajoutée, entre 1996 et 2006, les 0,1 % les mieux rémunérés ont vu leur salaire mensuel brut progresser de 19 374 à 24 000 € soit un gain de 28 %, - plus 4626 € - alors que pour la plupart des 60 % des salariés les moins bien payés, le gain n’a pas dépassé 130 €.
En moyenne, le partage entre la rémunération du capital et le travail est aujourd’hui en France de l’ordre de deux tiers pour les salaires et un tiers pour le capital.

Une mise en garde devrait, pourtant, alerter les pouvoirs publics : « La part des profits est inhabituellement élevée à présent et la part des salaires inhabituellement basse. En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années. » Cette remarque provient d’un article de la Bank for International Settlements - La Banque des Règlements Internationaux. Ce sont les dirigeants de cette institution qui dressent le constat suivant : « jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés. »
Le Fond Monétaire International rajoute que la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006 et la Commission européenne confirme qu'au sein de l’Europe, cette fois, la part des salaires a chuté en moyenne de 8,6 % et en France de 9,3 %.

La très grande disparité de la répartition des plus-value, les importantes inégalités sociales et la stagnation des rémunérations devraient commander au gouvernement d'avoir la sagesse de revoir les politiques salariales dans l'esprit d'une redistribution plus juste.

Je crains, malheureusement, de ne pas avoir compris que cela soit l'objectif annoncé par le gouvernement Macron.


Jean-Claude VITRAN



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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux