mercredi 5 septembre 2012

Cumul des mandats ou... qui ne bouge tombera !


Comme de vieux lions craintifs

Martine Aubry a donné jusqu’à la mi-septembre aux parlementaires socialistes pour choisir et mettre fin au cumul de leurs mandats… Et beaucoup rechignent…

Oui et c’est un sujet parfait pour les éditorialistes. On tape sur le cumul et ça plaît à tout le monde. Par esprit de contradiction, ou par jeu intellectuel, j’ai essayé de commencer une chronique pro-cumul (comme on peut très bien, avec des arguments valables et convaincants, défendre le parachutage électoral, ça je l’ai fait). J’ai donc essayé… et je n’ai pas réussi, voilà pourquoi : le principal argument, l’enracinement local, n’est pas convaincant : chaque parlementaire peut cultiver son enracinement et sa connaissance de la vraie vie de ses concitoyens en étant, comme tout le monde, parent d’élève(s), en faisant ses courses, en faisant la queue dans les administrations, en étant actif dans le monde associatif, en emmenant ses enfants au foot, en discutant avec les commerçants, avec ses voisins. Parlementaire et citoyen normal en quelque sorte…et la plupart le sont d’ailleurs. Pas besoin d’être absolument conseiller municipal pour connaître la vie des Français… le mieux c’est de la vivre. Le PS est une formidable machine à gagner les élections locales depuis 15 ans. C’est le moment de lui rappeler qu’aucun de ses barons locaux n’est propriétaire de ses territoires et que les électeurs les ont élus pour un travail à plein temps. Le député n’est pas un élu local, c’est un élu de la Nation. Sa circonscription n’est qu’un bassin d’électeurs. Michel Winock dans son livre « La France politique » évoquant le choc que subissaient les parlementaires de la IIIème République quand ils arrivaient au Palais Bourbon, écrit : « tel qui parlait pour son village, légifère maintenant pour le genre humain ». C’était l’époque où la France se pensait lumière du monde…Sans monter dans de si hautes sphères, on pourrait espérer que les députés de la Vème se déracinent un peu de leur circonscription pour se soucier de l’intérêt national avant tout.


Et donc, logiquement, il faudrait que les députés n’aient pas de mandats locaux !

 Oui. L’Assemblée nationale ne peut pas être un syndicat des régions et départements. Il y a le Sénat pour ça (ce qui n’est pas une raison suffisante pour prôner le cumul chez les sénateurs). Mais les élus ne sont pas les seuls responsables. Les militants des partis devraient refuser d’investir des cumulards et nous, les citoyens, nous ne devrions pas solliciter notre député pour des affaires locales ou privées. A la limite, les députés ne devraient même pas avoir de permanence dans leur circonscription. Même si en ces temps de crise, ils se font volontiers les avocats à Paris des salariés des entreprises qui ferment dans leur secteur. Enfin, on oublie souvent que le Parlement a deux fonctions. Il doit légiférer et contrôler l’exécutif. Cet aspect-là est largement oublié. Il ne faut pas accuser la Constitution. Les instruments de contrôle existent, ils sont simplement sous-employés parce que le contrôle est un travail chronophage et obscur, loin des caméras et des électeurs. Il y a donc pléthore d’arguments pour s’opposer au cumul. Le plus souvent cité est celui du frein au renouvellement et à la diversité du monde politique que le cumul engendre. Pourtant face à de telles évidences et face à de tels consensus dans la population, on reste estomaqué par l’aplomb des élus qui résistent toujours malgré leurs promesses : des barons locaux qui se comportent un peu en vieux lions craintifs, passant leur temps à faire pipi autour de leur territoire pour bien le délimiter.


 Chiche !

(1) Esprit, n°387, août-septembre 2012, pp. 4 et 5.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux