Les
législatives, inséparables des présidentielles
Le
point au 8 mai 2017. Note 58. À J-35.
par
Jean-Pierre Dacheux
Nous
continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux
notes antérieures, datées, numérotées et modifiables,
s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du
résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les
législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même
document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer
cette activité politique chronologique.
1
- Les résultats sont tombés mais le débat politique n'est pas
terminé.
Vendredi
5 mai, en soirée, peu avant la clôture de la campagne électorale
officielle, sur France 5, au cours de l'émission « C dans
l'air », les journalistes et autres commentateurs habituels, et
notamment Brice Teinturier1
(directeur général délégué de l'institut de
sondages Ipsos depuis 2010.) se sont laissé aller à quelques
prévisions qui ont été confirmées dans et hors des urnes.
•
La première coulait de source : avec un écart en sa faveur,
dans les sondages, de plus de 20 points, Emmanuel Macron ne
pouvait plus être rejoint et il est devenu le 8ème Président de la
République française au sein de la Vème (avec 66,06% des
votants, soit 43,63% des inscrits) .
•
La seconde concerne l'abstention qui est devenue, à n'en plus
douter, une expression politique2.
Elle n'a pas pesé sur le résultat final, contrairement à ce que
l'on avait tenté de faire croire afin d'effrayer. Elle a signifié,
comme en 1969, le refus d'avoir à choisir entre deux candidats dont
les propositions politiques n'étaient pas acceptables pour un grand
nombre d'électeurs. Plus d'abstentions au second qu'au premier
tour : c'est une nouveauté encore jamais apparue à l'occasion
d'élections présidentielles. (25,38% des inscrits, contre
22,23%, un électeur sur quatre !).
•
La troisième est relative au bulletin blanc qui, en se multipliant
spectaculairement, par plus de 4 fois et demie est aussi, devenu une
expression politique. Il faudra bien le faire entrer parmi les
suffrages exprimés ! C'est ainsi que, du 23 avril au 7 mai, les
blancs sont passés de 1,39% à 6,34% des inscrits ou 1,78% à 8,49%
des votants. Exactement de 659 997 à 3 006 106 votes blancs.
•
Ce dont il n'avait pas été question, c'est la multiplication
par plus de trois fois et demie des bulletins nuls, passés, d'un
tour à l'autre, de 289 337 bulletins annulés (ou 0,61% des inscrits
et 0,78% des votants), à plus d'un million de ces bulletins annulés,
(exactement de 1 060 696 ou 2,24% des inscrits et 3,00% des votants !
•
Ces constats, additionnés, font regarder autrement la situation
électorale de la France. En effet, ceux qui n'ont choisi ni
Macron ni Le Pen (abstentions, blancs et nuls) quelles qu'aient été
les excellentes ou critiquables raisons des uns ou des autres,
totalisent 24, 23% ou le quart des inscrits au premier tour, 33,96%
ou le tiers des inscrits au second tour !
Les
citoyens ont déjoué les pièges qui avaient été placés devant
eux : celui du mauvais à préférer au pire, celui de
l'acceptation de la confusion entre les droites et les gauches,
celui de la soumission à la peur... Ils sont sortis de l'impasse...
La volonté populaire dont on ne sait prévoir le surgissement s'est
manifestée, et ce n'est qu'un début car on n'arrêtera pas, par des
discours, un phénomène aussi bouleversant.
2
– Une cacophonie bien intéressante.
Le
nouveau monarque républicain était-il à peine élu, et pas même
encore installé que, déjà, les offres de service et les
repositionnements permettant de tester la souplesse et la fragilité
du nouveau pouvoir étaient étalés sur les ondes. Bien des espoirs
de reprise en main des outils politiques ont été exprimés par ceux
qui veulent, grâce aux législatives, revenir à la norme
politicienne.
On
nous présente donc le nouveau paysage politique partagé en quatre :
En Marche, « Les Républicains », le Front
national, et la France
insoumise. C'est aller vite en
besogne. On ne peut parler de recompositions sans regarder ce qui va
bouger dans ces quatre composantes.
•
Emmanuel Macron est, avec En Marche,
celui qui a le plus de difficultés à surmonter : « et à
droite et à gauche » doit se convertir, à présent, en
personnalités et il va falloir choisir parmi tous les soutiens et
ralliés qui se pressent aux porte du palais... La bascule vers la
droite avec le cautionnement de leaders de l'ex gauche ne se fera pas
sans pleurs, gémissements et cris de rage. Bref, quant on marche il
faut savoir où l'on va et, pour le moment, les vainqueurs d'En
Marche savent où ne plus aller
mais pas encore vers quel horizon se diriger !
•
« Les Républicains »
annoncent, par la voix du leader qu'ils se sont donné, François
Baroin, maire de Troyes, qu'ils entrent dans l'opposition pour mieux
remporter les législatives donc pour s'engager dans une cohabitation
immédiate. Il leur faut réussir ce qui leur a échappé :
l'alternance totale que Fillon a fait capoter. C'est sans compter
avec ceux qui vont à la soupe, tel Bruno Lemaire, et d'autres qu'il
faudrait alors exclure... C'est oublier qu'ils auront aussi subir la
tentation de « la double appartenance », (être
En
Marche et
chez « les Républicains »)
qui sera offerte à quelques figures compatibles avec la majorité
présidentielle que Macron veut réaliser. Bref « Les
républicains », plus
divisés qu'il n'y paraît, auront d'autant plus de mal à s'opposer
et à reconstruire leur unité que nombre d'entre eux approuvent la
politique droitière qu'a annoncée Macron.
•
Le Front national doit digérer un échec plus net que prévu
et son ambition (être la première force politique d'opposition au
Parlement) aura du mal à se réaliser à court terme. Le Front
national devrait disparaître au profit d'un parti de type
patriote et républicain. Le débat interne va s'amplifier.
Reconstituer une force politique nationaliste ouverte, non
monolithique, en coalition avec, par exemple, Debout la France
et Dupont Aignan, va engendrer une guerre des chefs d'autant plus
vive que Marine Le Pen semble fragilisée. Bref, garder l'influence
sur tous les déçus, militants et électeurs, devient une gageure.
•
La France insoumise a tout à
gagner et tout à perdre. Jean-Luc Mélenchon ne baisse pas les bras
et a accumulé un potentiel électoral qu'il cherche à ne pas
perdre, voire à amplifier, (ce fut, du reste, la cause de sa
prudence quand il s'est agi de donner une consigne de vote). On saura
bientôt s'il est en mesure de faire entrer en nombre, au Parlement,
de nombreux députés de son mouvement. Trois défis sont face à lui
et à son équipe (l'homme est moins seul qu'on ne dit). Le premier
est de ne rien concéder d'essentiel aux communistes mais sans les
éliminer. Le second est de porter plus haut encore les
revendications écologistes, ce qui oblige à retenter de se
rapprocher de Benoît Hamon et de Nicolas Hulot dont les apports sont
incontournables. Le troisième enfin est de répondre aux allégations
de ceux qui présentent Mélenchon comme un anti-Européen (autre
chose est de dire, en effet, que l'Europe ne peut plus fonctionner
comme actuellement sans se mettre en péril, mais autre chose serait
de vouloir faire vivre la France en autarcie, ce qui ne figure pas
dans le programme L'avenir en commun.
•
Et le parti socialiste
n'est-il pas la cinquième composante, me direz-vous ? Eh bien,
il bouge encore. Mais qui va garder, comme le fit Blum, la « Vieille
Maison socialiste», à ce point décrépite ? Pas ceux qui
l'ont déjà, en fait quittée et qui sont passés chez Macron, tels
Manuel Valls, Gérard Collomb, Bertrand Delanoë ou Jean-Yves Le
Drian... Pas ceux, tels Le Foll, Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe
Cambadélis ( ce premier secrétaire champion de l’ambiguïté )
déjà prêts à partir, mais qui
restent dans les murs ou sur le pas de la porte, seulement pour faire
barrage aux « frondeurs », (comprendre ceux, députés ou
pas, qui sont encore socialistes). Alors qui ? Les soutiens de
Benoît Hamon telles Martine Aubry ou Anne Hidalgo ? C'est
beaucoup, mais c'est peu. Maires de Lille et Paris les deux femmes
sont indestructibles mais de là à constituer une majorité de
sauvegarde ...
En
fait, ou bien on fait exploser les fondations - et c'en est fait de
ce parti - ou bien on reconstruit tout, on refonde. Des « deux
gauches inconciliables », qui ne se réconcilieront pas, l'une
va mourir et ce n'est pas à l'occasion des législatives que les
différends seront surmontés. Il reste une chance au PS : que
Benoît Hamon s'empare de ce qui reste de « la Vieille
maison ». Une guerre d'idées s'engage, inévitable, qui vaut
d'être suivie, entre les sociaux-libéraux et les sociaux-écolos
mais, à court terme, elle ne va pas consolider l'édifice socialiste
et qui peut dire comment elle prendra fin ?
***
Emmanuel
Macron, le plus jeune Président de la République depuis Louis
Napoléon Bonaparte n'aura donc pas les mains libres et il le sait.
Les partis traditionnels, dits « de gouvernement » sont,
certes, défaits, mais ne le laisseront pas agir à son gré. Au
grand soulagement de la majorité des Européens, le péril fasciste
semble écarté, pour le moment, mais il reste à extirper les causes
de cette récupération nationaliste qui n'ae cessé de croître
depuis 30 ans. Nombre de personnalités, parmi celles qui ont conduit
le pays vers le désastre ont été, l'une après l'autre,
éconduites, et ce dès les primaires. Une gauche véritable, quel
qu'en soit le nom, va, inéluctablement, renaître. Le paysage
politique est bouleversé. Il n'y aura pas de pause.
Oui,
rien ne recommence ; pour le meilleur et le pire, nous
voici entrés dans une nouvelle ère. Tout commence.
1
- Brice
Teinturier, « Plus
rien à faire, plus rien à foutre » La vraie crise de la
démocratie,
Éditions Robert Laffont, 2017, 198 p.
2
- Antoine Peillon, Voter,
c'est abdiquer,
éditions Don Quichotte, 2017, 192 p.
- Antoine Buéno, No
vote ! Manifeste pour l'abstention, éditions
Autrement, 2017, 156 p.
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