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vendredi 16 juin 2017

La fin des élections ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 15 juin 2017. Note 78, à J-3 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Du « dégagisme » au « raz de marée », nous sommes passés du « printemps français » à la dictature masquée. Ce n'est pas, avons-nous constaté, par la voie électorale qu'on améliore, sous la Vème République, la vie démocratique, dans notre pays. Dure réalité.


1 - Nous étions prévenus :
Plusieurs livres, que nous avons cités, nous avaient mis en garde. Antoine Peillon, Antoine Bueno, David Reybrouck, reprenant la très ancienne dénonciation d'Octave Mirbeau appelant à La Grève des électeurs, soulignaient, en cette année électorale, l'inanité et la vanité de tout vote qui-ne change rien, même quand cela en prend les apparences. Thomas Legrand éditorialiste à France Inter, avait déjà osé titrer, dans un livre paru, chez Stock, en 2014 : arrêtons d'élire des présidents.
Les résultats déjà connus confirment leurs analyses. L'abstention a pris les dimensions d'un acte politique protestataire jusqu'alors inconnu. Le remplacement, lui aussi inédit, de la plupart des députés, non seulement ne modifie pas la politique présidentielle mais l'aggrave. Le néo-libéralisme s'impose plus encore qu'auparavant. Nous demeurons dans une nuit démocratique.
Car, soyons en conscients, quand peu de voix peuvent s'élever pour proposer aux citoyens une alternative à la domination des riches, la démocratie s'enkyste. Tant que la diversité des opinions politiques ne pourra être représentée, à quoi bon voter !
Bref une conclusion s'est imposée : sans proportionnelle, on fait dire à la démocratie électorale le contraire de ce pourquoi elle existe.

2 – Rien ne changera depuis le Parlement.
La corruption continue, l'état d'urgence se pérennise, le droit du travail sera « réformé » : cela commence très mal.
Réformer, c'est dans le discours du patronat, « envoyer à la réforme » comme on le fait des animaux d'élevage devenus inutiles et conduits à l'abattoir. Tout changement qui ne constitue pas un mieux pour les intéressés ne mérite pas le nom de réforme. Le Parlement autorisera à légiférer, dans le domine social, par ordonnances et cette réforme régressive ne produira aucune amélioration économique. C'est donc ailleurs que dans les Assemblées (car le Sénat suivra) qu'il va falloir chercher des réponses au mal vivre qui n'épargne que les favorisés. Il va falloir, 228 ans après, proclamer, une nouvelle fois, et surtout mettre en œuvre, dès que possible, l'abolition des privilèges.
Sans l'appui et l'exigence du peuple des petits, dans la rue, c'est-à- dire là où il reste possible de se faire entendre, (sinon où ?), nous vivrons un quinquennat de stagnation et, de surcroît, sans considération suffisante pour la mutation écologique radicale de la planète. Élections ou pas, le monde entier bouge et n'en pas tenir prioritairement compte nous condamne.

3 - La France n'est plus une grande puissance. Admettons-le.
L'opposition principale au macronisme se situe là d'abord. Nos 66 millions d'habitants ne représentent même pas 1% de la population planétaire. Nous ne serons jamais plus la principale locomotive économique de l'Europe, ni longtemps encore l'un des gendarmes du monde. La politique de la France doit se penser en en tenant compte. La grandeur de la France n'est ni dans sa taille, ni dans son armée, ni dans son influence internationale. Ses atouts sont dans sa capacité de création, d'innovation, dans sa culture, bref dans sa bonne image toujours vivante en dépit de ses fautes.
Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternative économique a fait reparaître, en mars dernier, son livre paru en 2015 : La France ne sera jamais plus une grande puissance ? Tant mieux ! On y trouve de quoi ne pas désespérer, même si les causes d'inquiétude ne manquent pas.
On y découvre pourquoi la nouvelle majorité (la droite nouvelle attrape-tout, en fait), n'est pas équipée pour élaborer des politiques adaptées au temps qui vient. Ce n'est ni au Louvre, ni à Versailles que la France d'aujourd'hui peut se révéler coopératrice et non dominatrice.
Une opposition qui ne proposerait pas aux citoyens cette autre France efficace et humble, située à sa place et non au-dessus de ses partenaires européens ne servirait à rien. La chasse au bonheur est ouverte et elle n'a pas besoin de fusils ni de bombes atomiques.

4 – Notre France n'est pas celle d'Emmanuel Macron. Là est la source de notre opposition irréductible.
Il y a deux gauches inconciliables affirmait Manuel Valls. Il y a aussi deux France inconciliables.
Emmanuel Macron diagnostiquait Raphaël Glucksmann, le 25 mars 2017, dans l'Obs « est le candidat libéral assumé et cohérent que la France n’avait pas encore connu (le libéralisme supposé de la droite française relevant jusque-là du conservatisme autoritaire) ». La gauche inconciliable de Valls a, depuis, rejoint le parti libéral de Macron.
Dans un article du même Raphaël Glucksmann, intitulé Gauche année zéro, on pouvait lire : « Face au défi inédit du nouveau parti libéral au pouvoir, (il faut) réinventer une gauche sociale et écologique ». Cette gauche sociale et écologique, l'autre gauche, qu'il faut se hâter de rebaptiser, est celle de l'autre France, « européenne, cosmopolite, rabelaisienne, cartésienne, voltairienne » et plus que jamais rousseauiste ... une France à rebâtir après l'effondrement qui s'est produit le 11 juin. Impossible de baisser les bras ! Rappelons-nous :

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, etc..
dans le poème de Rudyard Kipling (1910, traduit parAndré Maurois (1918)

La France en marche, devenue la République en marche et définie, toujours par
Raphaël Glucksmann, comme le parti libéral se voit opposé La France insoumise et s'engage dans un conflit idéologique qui sera tendu, comme il convient dans une démocratie vivante.

***

Peu importe les effectifs des députés. La vérité politique ne dépend pas d'un nombre mais de la force des arguments et de leur réception par les citoyens. Le 18 juin prochain ne marquera pas une fin, mais un commencement. Une France libérale ne peut perdurer indéfiniment surtout dans un contexte international très mouvant qui change de mondialisation. Même le Président des tout puissants États-Unis est à la peine. La première ministre du Royaume-Uni plus encore. Sanders, Corbyn, Mélenchon osent s'en prendre au libéralisme économique et, contrairement aux jugements hâtifs des médias, ils tiennent bon, même défaits, et leur voix porte. Au-delà des personnalités en vue, l'action démultipliée des Français et de bien des peuples étrangers, modifie le monde en profondeur. Nous en voyons déjà les premiers effets. Nous nous inscrivons dans cette dynamique imperméable à toute résignation. La France ne deviendra pas, par le biais d'une élection suivie d'un autre, un pays libéral ! C'est contraire à son être même.




mercredi 14 juin 2017

La démocratie en berne ou en panne ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 14 juin 2017. Note 77, à J-4 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'à la fin de la semaine. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'avec l'analyse des résultats des deux tours des législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


La démocratie ne se limite pas à la liberté d'élire. Elle exige bien davantage. Nous venons de faire l'expérience de l'exploitation des failles démocratiques en France. Cette révélation peut s'avérer utile. Elle nous fait effectuer des constats qui nous interpellent et posent questions :

L'abstention massive (pesant plus de la moitié des électeurs inscrits) ne peut être passée sous silence car elle mesure l'ampleur du divorce entre les citoyens et la représentation politique.
Une élection où l'emporte le non-vote reste-t-elle valide ?

Le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, qui n'existe nulle part ailleurs en Europe, déforme l'expression de la volonté populaire.
Sans proportionnelle, tous les citoyens peuvent-ils être représentés ?

Le régime politique français est, de fait, présidentiel, même s'il est, dans notre droit, autant parlementaire que présidentiel.
Pourrons-nous échapper, à la monocratie autoritaire « en marche » ?

La quasi disparition des forces politiques traditionnelles de droite et de gauche et la montée souterraine de l'extrême droite fragilisent le pays, bride le débat public, et supprime les oppositions d'hier ou d'aujourd'hui.
Le regroupement de tous les néo-libéraux écrase-t-il toute vie démocratique ?


À ces constats et à ces interpellations, il peut être donné des réponses.

1 – Sur l'abstention massive.
Au-dessus d'un certain taux d'abstentions, (en l'occurence, plus de 50% des inscrits lors des les législatives 2017), on ne peut fermer les yeux sur pareil désaveu. Il ne peut, comme par le passé, être jeté aux oubliettes ! La réponse est à rechercher après la mise au rebut de toutes les analyses rapides et inconsistantes de ce phénomène historique. Nous ne sommes pas aux USA où l'abstention est banalisée ! Quatre pistes, au moins, sont à explorer : l'annulation par la loi de tout scrutin où l'abstention est majoritaire (avec réorganisation d'un nouveau vote), le vote obligatoire, le changement de mode de scrutin, la prise en compte du vote blanc comme suffrage exprimé (avec réorganisation d'un nouveau vote, cette fois encore, si le choix proposé est récusé).

2 – Sur le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours.
La France et le Royaume-uni recourent au mode de scrutin uninominal majoritaire, à un tour pour les Britanniques, à deux tours pour les Français. La différence est considérable. Au sein de notre pays, il faut avoir une majorité absolue (par rapport aux suffrages exprimés) pour être élu dans le royaume ilien de nos voisins être majoritaire tout court (avec plus ou moins de 50% des suffrages exprimés) suffit. Accepter le relatif est un choix politique et il n'est pas sûr que la France soit, à cet égard, moins monarchiste que les « sujets » de « Sa gracieuse Majesté » !

Nous ferions une erreur d'analyse en affirmant que le succès de la République en Marche est dû au mode de scrutin qui n'en aura été que l'efficace amplificateur. Le « dégagisme plus » a échappé aux mains de ceux qui le prônaient et il est démontré, une fois de plus, qu'avoir raison ne donne pas la victoire. En clair, Jean-Luc Mélenchon et ses proches avaient bien vu que le système politique prenait l'eau et que vouloir sauver du naufrage ceux qui déjà se noyaient ne servirait à rien, mais ce qui a surgi fut autre chose que ce qu'ils avaient été les seuls à prédire : la mise sur la touche des acteurs et soutiens des deux précédents septennats. La « mise à l'essai » du « ni gauche ni droite » (ni PS ni Républicains, – finie l'alternance –), au profit d'un expérimental « et à gauche et à droite » nous réserve de nouvelles surprises, mauvaises et bonnes dans les mois à venir !

La seule opposition véritable se fera dans les médias et dans la rue. Au Parlement, elle sera limitée à celle de la poignée d'élus de la France insoumise ou du PCF qui continueront à exiger la proportionnelle (mais celle qui sera installée par la majorité présidentielle, qui en a reconnu, avec François Bayrou, la nécessité, ne sera pas - si jamais elle vient - celle qu'ils réclament). Encore une déception à venir...

3 – Sur le régime politique français.
Allons-nous retourner à l'Ancien Régime monarchique, l'actuel n'étant pas, aux yeux des nouveaux dirigeants du pays, assez « vertical », ou « jupiterrien ». Il y a de l'anachronisme dans le macronisme. Diriger un pays comme une entreprise avec un chef dont on ne discute pas les décisions est une jeune vieillerie repeinte en neuf mais vermoulue. Il n'est plus qu'un seul parti aux affaires : le parti libéral (c'est ainsi qu'il faut le nommer) aux multiples composantes mais toutes convaincues que l'économie capitaliste est, désormais incontournable et surtout pas remplaçable.

Serons-nous bientôt gouvernés par un « État profond » comme on dit aux USA, un système quasi institutionnalisé dans des agences, services secrets et lobbies souterrains, soumis à l’influence excessive d’entreprises privées qui échappent au contrôle démocratique ?

L'adaptation du régime présidentialiste actuel, ex-gaulliste, mitterrandisé durant 14 ans, n'aura pas besoin d'une nouvelle modification de la constitution. Les anciens présidents, de Pompidou à Hollande, avaient fait fonctionner, plus ou moins bien, la machine politique, mais sans rien créer de politiquement neuf. Le régime « macronisé », ultra centralisé, et davantage présidentiel encore, va vouloir se rendre acceptable et durable. C'est en douceur que, presque subrepticement, si les Français y consentent, le glissement risque de s'opérer, au nom de l'efficacité, de l'emploi et de la croissance. Vieille rengaine. Pari risqué.

4 – Sur la quasi disparition des forces politiques traditionnelles
Plusieurs partis sont partis ! Il y a toujours, dans les manifestations d'un changement radical, des éléments positifs et négatifs mélangés. Ainsi, l'effacement définitif ou provisoire du Parti socialiste est sain : un parti socialiste non socialiste ne pouvait que se ruiner. Les brutales évacuations de personnalités « républicaines » et « socialistes » sont très politiques mais auront surpris les vainqueurs, eux-mêmes. Elles sont, répétons-le, mécaniques et la conséquence des deux quinquennats calamiteux dont les Français ont imputé l'échec aux partis qui mettaient en œuvre les politiques des présidents en échec. On a « sorti les sortants » mais sans risque d'ouvrir la porte à l'extrême droite lourdement défaite, elle aussi. On a « donné sa chance », il faut y insister, à un nouveau président présentable, en soutenant, les yeux fermés, sauf exceptions, tous les candidats pouvant lui garantir une majorité dont on cherche encore la réalité du programme.

N'omettons pas de souligner que la légitimité de La République en marche se trouve, elle aussi, fort réduite. Quoi qu'on nous ait rabâché, le score obtenu par le Président lui-même aux présidentielles fut deux fois minoritaire par rapport au nombre des inscrits (le seul qui compte et vaille) : 18,19% au premier tour et 43,61% au second. De même, pour les législatives, le parti du président n'a obtenu que 13,43% des inscrits au premier tour, ce qui n'interdit pas d'annoncer que, le 18 juin, selon les estimations, peut-être 75% des sièges pourraient être raflés par les inféodés à Emmanuel Macron. Ce qui ne scandalise guère les journalistes et autres commentateurs... Il est vrai que tordre le cou à toute idée de proportionnalité est à la mode en France.



Source : Yoann Ferret


À la vérité, le peuple est plus manipulé qu'aux manettes et le Contrat social, cher à Jean-Jacques Rousseau est bel et bien meurtri, foulé aux pieds. Ainsi nous parle encore Rousseau et ce qu'il dit est fort actuel :
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. 
Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, III, 15, GF Flammarion, 2001, p. 133

Ce qui disparaît, avec les partis en déroute, c'est une ambiguïté mais remplacée par une autre : tous les libéraux se retrouvent ou se retrouveront derrière Emmanuel Macron. C'est plus clair. Ceux qui « vont à la soupe » ou qui iront bientôt, ne font que rejoindre, pour parler clair le camp pro-capitaliste.

Les électeurs ayant toujours voté à gauche se sentent orphelins. Les socio-écologistes sont appelés, dès aujourd'hui ou bientôt, à se rapprocher pour constituer la seule opposition crédible et ayant un avenir. Les insoumis et leurs alliés ont aussi à sortir de leurs ambiguïtés : dire mieux pourquoi écologie et libéralisme sont incompatibles ; dire mieux également quelle Europe politique ils récusent et quelle Europe politique ils veulent voir émerger ; dire mieux enfin comment lutter efficacement contre toutes les inégalités au Parlement et ailleurs.

Nous sommes à la recherche de la démocratie. L'énergie qu'elle place en nous vient d'être détournée. Les citoyens ont bougé mais la moitié de ceux qui peuvent voter ( mais ceux qui vivent en France ne le peuvent pas tous !) ont estimé que mieux valait se retirer d'un scrutin-mascarade où n'étaient pas posées les questions pertinentes ni offerts les choix de candidats acceptables. Les autres citoyens, les votants, ont pris un bulletin les yeux quasi fermés. Ils n'ont guère regardé les noms qui y étaient imprimés et s'en sont tenus, le plus souvent, à se mettre « en marche » derrière le parti (car c'en est un !) du président élu.

La démocratie n'en sort pas grandie mais elle n'a pas été totalement inefficace. Des blocages ont sautés mais tout reste à faire si l'on veut que les citoyens interviennent dans les décisions dont leur vie dépend. La démocratie devra déborder du cadre électoral, sinon nous redeviendrons des « soumis », des « obéissants », des « impuissants politiques », tout en laissant les « sans » tout court sous la domination des néo-libéraux désormais aux affaires...

Tout re-commence ! C'est exaltant, mais bien fatiguant... Courage donc.


lundi 12 juin 2017

Abstention record, « dégagisme » sans équivalent, fragilité des résultats.


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 12 juin 2017. Note 76 à J-6 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'à la fin de la semaine. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'avec l'analyse de celui des deux tours des législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Une abstention jamais connue au cours de la Vème République, un « dégagisme » qui frappe y compris des personnalités très implantées, des résultats qui installent une majorité absolue massive et fragile. Rien n'est plus nécessaire et urgent que de comprendre !


1 – L'abstention est devenue la première expression politique du pays.
Quand le total de toutes les abstentions, auxquelles s'ajoute le vote blanc, dépasse le nombre des votants, il est prioritaire de s'interroger sur la validité d'un vote globalement minoritaire !
23 170 977 d'électeurs ont voté (48,71% des inscrits). 22 654 998 suffrages ont été exprimés (47,62% des Inscrits). Ce qui signifie que 353 883 électeurs ont voté blanc (0,74% des inscrits) et que 162 096 électeurs ont, volontairement ou non, rendu leur bulletin nul (0,34% des inscrits). Finalement, l'abstention représente 51,29% des inscrits, soit, avec les blancs et nuls : 51,29% + 0,74% + 0,34% = 52,37% des inscrits !
Quelle est la signification de ce « non-choix » inédit qui constitue la première information politique de ce scrutin du 11 juin ? Les déçus des présidentielles, pèsent dans cette abstention mais ce n'est ni la seule ni la principale cause de ce reflux. La proximité des législatives juste après les présidentielles donne à penser que les législatives n'en sont que la conséquence ou le prolongement inévitables mais de moindre intérêt. Et, de fait, la politique se fait à l'Élysée et peu au Parlement dans le cadre des institutions actuelles. Le gouvernement a commencé à agir avant que les Français ne soient reconsultés. Aux yeux de tous « la messe était dite » : inutile de se déplacer !
D'autres considérations sont à prendre en compte : le mode de scrutin, en France, limite ou interdit la diversité politique. Il est presque ridicule que 7882 candidats se soient présentés, en tout, dans les 577 circonscriptions (dont 539 pour la métropole, 27 pour l'outre-mer et 11 pour représenter les Français établis à l'étranger. Il y a eu jusque 27 candidats dans certaines circonscription, (en moyenne 14 candidats par circonscription)! Cette pléthore s'est trouvée brutalement ramenée à une bipolarité impitoyable du fait que les deux candidats arrivés en tête sont seuls autorisés à se présenter au second tour. Il n'y aura qu'une seule triangulaire (dans la première circonscription de l'Aube), contre 34 en 2012, l'abstention n'ayant pas permis que soit franchie, ailleurs, la barre des 12,5 % des inscrits.
Autre grave échec de cette élection législative : la parité progresse peu. Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dénonce un taux de 42,4% de femmes investies (3 344 candidates). C'est mieux qu'en 2012 (40%) et en 2007 (41,6%) mais ce n'est pas encore les 50%, ce qui est pourtant prévu dans la loi.
En résumé les législatives 2017 n'amélioreront pas la pratique démocratique. Le déséquilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif se maintient et s'accentue. L'absence de proportionnelle bloque toutes les entrées de minorités politiques au sein de l'Assemblée nationale.

2 – Le « dégagisme » n'est plus une exigence de remplacement des incapables et des corrompus, c'est une mécanique.
L'application de la loi sur le non-cumul des mandats a entrainé la décision de 216 députés sortants de ne pas briguer un nouveau mandat de parlementaire. Le vote du 11 juin a fortement augmenté le nombre des départs. Ce ne sont plus seulement des personnes qui sont dégagées mais des partis tout entiers dont les effectifs ont fondu.
Il suffit de relever, dans les résultats publiés par le ministère de l'intérieur que seule La république en marche dépasse les 10% des inscrits ( 6 390 871 voix soit 13,43% des inscrits ou 28,21% des votants) et que ne s'élèvent au-dessus de la barre des 5% des inscrits que Les Républicains (7,51% ou 15,77% des votants), Le Front National (6,29% ou 13 ,20% des votants) et La France insoumise (5,25% ou11,02% des votants.

Il s'ensuit que le PS est, à peu d'exceptions près, éliminé ou en mauvaise posture pour le second tour. Le FN n'obtiendra pas de quoi constituer un groupe parlementaire. Les Républicains résistent mais perdent un nombre important de sièges du fait que La République en marche pourrait dépasser les 400 députés et ne laisse guère de places à des concurrents quels qu'ils soient ! La France insoumise, partie de rien, ne peut qu'obtenir quelques succès mais sans commune mesure avec ses espérances.
La loi électorale contient les moyens de « dégager » les adversaires de la majorité présidentielle, mais jamais elle n'avait pu, à ce point, exercer toute sa rigueur.
On trouvera, dans la presse, la liste, impressionnante, de toutes les personnalités, voire des célébrités d'hier, « dégagées » impitoyablement, mais là n'est pas l'essentiel. La politique se passe du culte de la vedette. C'est l'arrivée de nouvelles têtes qui va vite faire problème. Trop nombreux, trop inexpérimentés, trop divers dans leurs positionnements, les députés macroniens vont avoir du mal à construire leur unité. Le « dégagisme » ne fait pas que dégager le terrain, il oblige à le réoccuper avec intelligence et compétence, en prenant le temps qu'il faut. C'est un challenge qui, cette fois, ne sera pas facile à gagner.


3 – Le succès électoral est fragile et instable.
On compte trop, dans les sphères du pouvoir, sur la solidité des institutions. Rien ne résiste à de graves et multiples tensions politiques. Or plusieurs s'annoncent qu'une majorité d'élus ne suffira pas à surmonter.
Légiférer par ordonnances et notamment pour modifier le code du travail ne passera pas comme lettre à la poste.

Sortir de l'état d'urgence en le pérennisant par le vote de lois introduites dans le droit commun ne s'effectuera pas sans résistances.

Lutter contre le réchauffement climatique requiert plus que des déclarations ministérielles, fussent-elles celles de Nicolas Hulot qui n'est pas entouré de collègues tous prêts à le suivre. Elle exige l'adhésion et la participation de tous.

Améliorer le niveau scolaire des élèves en difficulté ne tient pas à la réouverture du doublement des classes

Participer à la négociation d'un traité pour l'interdiction des armes nucléaires, préparé à l'ONU, prêt à passer devant l'Assemblée Générale en juillet 2017, est refusé, jusqu'à présent, par la France. Pourquoi cet isolement ? Va-t-il durer ? Est-ce l'affaire des seuls dirigeants des neuf États dotés de ces armes ?

Plus généralement, les citoyens doivent-ils s'en remettre en tout à des élus souvent pas mieux informés qu'eux ? Une décision politique est réellement légitime lorsqu’elle procède de la délibération publique de citoyens égaux. Par rapport à la démocratie participative, la démocratie délibérative met l’accent sur l’exigence de débats argumentés entre les Citoyens. Le gouvernement peut-il s'y opposer ?


Ce que le premier tour de l'élection législative révèle, c'est que le « chamboule-tout » du personnel politique ne suffit pas. Un chamboule-tout intellectuel, philosophique et politique, dans une société en pleine mutation, s'impose et ne pas s'y engager serait générer des frustrations donc des violences. Un peuple qui n'est appelé qu'à voter (et encore dans des conditions qui bipolarisent ou, pire, uniformisent le débat public) ne peut que se retirer de ce qui devient une simple apparence de démocratie. L'abstention massive trouve là aussi une de ses explications.




vendredi 9 juin 2017

Attention danger : un bouleversement qui débouche sur du pire !



Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 9 juin 2017. Note 75 à J-2 et J-9.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Nous ne voulions pas ça : un présidentialisme accentué, autoritaire, disposant de tous les pouvoirs et c'est pourtant ce qui risque de se produire!

1- Une majorité absolue pour le « président jupitérien » ?

Ce que voulait Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni et chef du Parti conservateur, (disposer d'une majorité absolue et renforcée), les électeurs britanniques ne le lui ont pas accordé. Emmanuel Macron va-t-il l'obtenir ?

La question est fondamentale : la démocratie univoque n'est plus la démocratie, or, à en croire les sondages, un raz de marée pourrait pousser de nombreux députés de la République en marche vers l'entrée de l'Assemblée nationale. Faute de proportionnelle, un nouveau parti de godillots, comme l'on disait sous De Gaulle, pourrait alors se mettre aux ordres de l'Élysée. Le moindre mal serait qu'en France, comme au Royaume-Uni, la majorité absolue ne soit pas atteinte par un seul parti entouré de quelques ralliés devenus des mouches du coche. Notre ami et conseiller politique « dégagiste », La Fontaine avait déjà décrit cette situation :

« Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
            S'introduisent dans les affaires :
            Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés ».

La Fontaine, Le coche et la mouche, livre VII, fable 9.

Car, sans formation politique, sortis, le plus souvent, de « la société civile » (comprendre des cadres du privé), les nouveaux députés « macroniens » mettront du temps avant de s'autonomiser, s'ils y parviennent, car, une fois formatés, ils seront dépendants de leur chef, comme le veulent les institutions françaises.

Les députés qui, selon cette hypothèse, vont survivre et siéger au Parlement seraient réduits à la portion congrue (comprendre : « qui n'ont obtenu qu'un strict minimum, dans un partage inégal » ? Le Front National pourrait n'avoir pas même assez de parlementaires pour constituer un groupe ! On peut s'en satisfaire, mais voilà qui est fort dangereux, car on donne ainsi un fort argument démocratique à un parti non démocratique. Les Républicains vont aussi voir fondre leurs effectifs ramenés au regroupement de ses personnalités les mieux implantées. Les socialistes qui dominaient encore, au cours de la précédente législature, sont menacés de subir une véritable Bérézina. Quant aux candidats de La France insoumise, dont on ignore de quel poids ils vont peser, ils devront accepter, de toute façon, de voir leurs ambitions ramenées à la baisse. Par conséquent, les trois oppositions principales (FN, Républicains et France insoumise), que rien ne peut rapprocher, seront juxtaposées et probablement impuissantes, durant les cinq années à venir.

2 – La politique que le nouveau gouvernement a déjà engagée va multiplier les oppositions.

Le président va vite, probablement trop vite. Il pense qu'il a ruiné toutes les oppositions et croit avoir les mains libres. Tout ne se passe pas à l'Élysée et à l'Assemblée nationale. Les résistances, dans le pays, seront multiples. Il faudra déchanter. Les surprenantes contradictions qui apparaissent déjà et, notamment, les affaires nouvelles dont la majorité se serait bien passée (de celle touchant Richard Ferrand à celles qui affectent le Modem), prouvent seulement que les manipulations d'argent concernent presque tous les partis.

Le dégoût qui s'empare des citoyens pourrait bien relancer les abstentions et même le recours au vote blanc, (une abstention record qui, selon un sondage Odoxa, publié ce jour, vendredi, pourrait atteindre 48%, soit le pire score enregistré depuis 1958 !). L'abstention est désormais une opposition, ne l'oublions pas. Voici que surgit encore une de ces incertitudes qui n'ont pas manqué au cours de cette longue période électorale qui va s'achever dans une semaine. Toutefois, il est à craindre que ce soit parmi les plus jeunes et dans les milieux populaires que l'on se détourne, en tout cas au premier tour, de ce scrutin confus (trop de candidats) et privé de suspens (à cause du mode de scrutin, une fois encore, et du fait du matraquage des médias). La famille politique qui s'abstiendrait le moins, pourrait, alors, curieusement, tirer son épingle du jeu. Devinez laquelle ...

Les oppositions vont mal , « à droite et à gauche ». Celles de droites vont ou bien se réduire encore (notamment celles qu'ont représentés François Fillon et Marine Le Pen) ou tenter de trouver leur salut en se présidentialisant. Celles de gauche ont besoin de temps pour se reconstituer. On ne parle déjà plus des ex-socialistes macroniens ; ils sont engloutis. Comme nous l'avons déjà analysé, les socio-écologistes ont à se rapprocher et à dépasser le concept de gauche devenu trop flou, trop usé par les compromissions, trop vidé de sa signification originelle.

Les néo-libéraux se sont trouvé un porte-parole qui leur convient et qui peut donner un visage plus avenant au capitalisme. Face à ce rassemblement des nantis, il n'est qu'une opposition efficace possible, celle qui élimine aussi ses vieilleries et ses contradictions et qui, à tout ce que la gauche historique a fourni comme repères toujours utiles et visibles, il convient d'ajouter son indissociable complément écologique qui « planétarise » nos approches d'un monde que nous voulons délivrer de la dictature de l'argent.

Cette espérance me conduira encore vers un bureau de vote, sans illusion. Comme Sanders, comme Corbyn soutenus, eux, par les plus jeunes des citoyens et qui, en dépit des campagnes de dénigrement qu'ils ont subies, n'ont pas renoncé à proposer un avenir qui n'oublie personne et donc anticapitaliste, il faut résister et oser parler haut.

À deux jours d'un scrutin truqué mais dont le résultat va, qu'on le veuille ou non, modifier notre quotidien, je trouve chez nos voisins britanniques, comme ce fut le cas en Autriche ou aux Pays-Bas des raisons nouvelles de penser que « ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » comme l'écrivit le vieil Hugo. Avec ou sans Mélenchon, me voici insoumis.



Les clarifications viennent-elles trop tard ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 8 juin 2017. Note 74 à J-3 et J-10.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Oui , la clarification est... « en marche », mais nombre de citoyens vont, pourtant, être dupés.
Cette clarification touche plusieurs domaines et donc, en fait, il est plusieurs clarifications !

1 - On est loin du « et à gauche et à droite ».
On est entré franchement dans le : « et à droite et à droite ».
Cette clarification a commencé parce que les politiques annoncées et la façon de les faire passer sont signées du Président « jupitérien » lui-même. Jupiter (Zeus en grec) prit la forme d'un cygne beau et doux pour séduire Léda. Emmanuel Macron séduit aussi et nous sommes bien, avec lui, en pleine mythologie : on veut nous faire accroire que la politique va cesser d'être l'affaire des politiciens. Quelle illusion !
Les élections législatives risquent d'avaliser cette grande manœuvre et le jeune Président, véritable apprenti sorcier va dresser le pays contre lui, demain ou plus tard. En s'enfermant, et en nous enfermant avec lui, dans la Vème République, il deviendra obsolète autant que le sont les institutions françaises, faites pour la droite, quels que soient les partis soutenant le Président.

Première clarification donc : la politique néo-libérale du président est bien une politique de droite et tous ceux qui l'approuvent, ou la mettent en œuvre quel que soit leur passé, (de Bayrou à Hulot et d'autres avec eux), ont muté et sont, de facto, à présent, au service des « maîtres de la finance », comme disait l'ex-président.

2 – Il n'y a plus, de gauche véritable pouvant, par le poids de ses partis traditionnels, faire basculer la France hors du piège néolibéral.

Le vieux Parti Radical de Gauche (le PRG) s'est « déradicalisé » depuis des lustres. Il a quitté l'ex-gauche depuis fort longtemps. Son unique objectif est de maintenir en vie quelques élus du sud-Ouest. Pour cela il lui fallait coller au PS. À présent, réaliste, il s'est déjà mis « en marche » vers Emmanuel Macron. À preuve, Sylvia Pinel sur Facebook : « Je souhaite remercier Emmanuel Macron et la République En Marche qui ont décidé de soutenir ma candidature dans la 2ème circonscription (du Tarn et Garonne) en ne présentant pas de candidat face à moi. Il m'appartient désormais de rassembler toutes celles et tous ceux qui souhaitent donner une large majorité au nouveau Président de la République ». Exit le PRG ; il est politiquement mort.

Le Parti socialiste (le PS) a explosé en vol et s'est fractionné en trois, au moins : les ralliés à Macron passés à droite sans vergogne (tel ManuelValls), les attentistes qui gardent la boutique pour le cas où l'on pourrait s'en resservir (tel Jean-Christophe Cambadélis), les rebelles enfin, (tel Benoît Hamon) dont certains, ex-« Frondeurs », s'évertuent à garder en vie un parti qui resterait socialiste. À quoi s'ajoutent les entêtées (telles Martine Aubry et Anne Hidalgo) qui veulent reconstruire une force politique depuis leurs bastions, à Lille ou à Paris. Trop tard, le PS s'est auto-détruit. S'il se refonde jamais, ce sera dans bien longtemps, sur les bases socio-écologiques proposées par Benoît Hamon. Exit, à court terme, le PS. François Hollande l'a déconsidéré.

Le Parti communiste (le PCF), en survie depuis la fin de l'URSS, ne tient que par l'énergie, l'implantation et la compétence de ceux qui, par fidélité et intérêt, résistent encore. Il n'a pas tiré tous les enseignements de l'échec idéologique du communisme mondial, notamment en ce qui concerne la priorité écologique, le bouleversement du travail humain et la décentralisation démocratique ... Ce parti, d'élection en élection, fond, n'a plus les moyens de se refonder, et pourra, tout au plus, se re-fondre, un jour, au sein d'un ensemble politique anticapitaliste plus vaste à renommer. On en est très loin. Exit donc aussi le PCF.

Seconde clarification dès lors : face au néo-libéralisme conquérant, la gauche traditionnelle disparaît ou se miniaturise.

3 - Une gauche tout autre, populaire et massive, se cherche.
Elle ne s'est pas encore trouvée.
Jean-Luc Mélenchon a tenté de la faire émerger. Il n'a pas été loin d'y parvenir. Dans le cadre électoral existant, la tâche était trop difficile. La France insoumise existe certes, à présent, mais quelle sera son implantation législative ? Son seul mérite et son principal intérêt, c'est qu'elle seule peut incarner, à la fois, ce qui survit de la gauche de gauche et un programme l'attestant, non ambigu, connu et rendu public depuis des mois. Quand ce sursaut populaire va-t-il changer les rapports de forces, en France ? Bientôt ? Plus tard ? Jamais ? On ne peut le savoir aujourd'hui, de même qu'on ignore si une majorité présidentielle absolue peut surgir d'ici quelques jours et pour cinq ans sauf accident politique.

Troisième clarification, donc. À la veille des législatives, il n'est plus qu'une seule alternative politique : ou bien la France des privilégiés réunis et mis en marche derrière le Président de la droite reconstituée, ou bien la France populaire en quête d'elle-même qui ambitionne de reprendre et dépasser les acquis de la gauche en perdition et ne séparant plus jamais l'écologie et le social.

4 – On s'est trompé d'écologie !
Celle qui va s'imposer sortira de l'évolution planétaire, pas directement des urnes.
Un vote résulte et d'événements majeurs et des débats qu'ils provoquent. La démocratie n'est pas à l'origine de la transformation des sociétés mais, si elle ne l'accompagne pas, rien n'est acquis et la violence peut se redéployer. Les écologistes qui ont créé un parti, voisin des partis traditionnels de la gauche, mais seulement associé n'ont pu ni constituer une force politique dans le cadre institutionnel existant ni peser de façon significative sur les politiques publiques. Les voici, eux aussi en déroute. Ils se sont trompés d'écologie. Elle ne pouvait prendre cette forme de représentation partidaire. Ni sur le nucléaire, ni sur « la vie sobre », ni sur la démarchandisation de l'eau, ni sur l'agriculture biologique, ni sur le climat, ni sur l'Europe régionalisée et remède aux nationalismes etc … ils n'ont pu faire mieux que de faire entendre leur voix, aussitôt couverte par les tenants de l'économie de marché « croissantiste ». Le drame aura été qu'ils ont été (moins en Allemagne) placés dans l'obligation de rechercher des compromis qui masquaient ou déformaient leur message et les rendaient de moins en moins crédibles. L'alliance EELV-PS de Yannick Jadot et Benoît Hamon, ratée et catastrophique, a achevé de ruiner une tentative de donner corps à l'écologie au moyen d'accords entre appareils politiques. L'écologie n'est pas morte ; cette écologie l'est. Exit dans ces conditions, Europe-écologie-les-Verts (EELV). Le PS l'a blessée à mort. Le glissement se Daniel Cohn-Bendit et de Nicolas Hulot vers le néo-libéralisme macronien l'a achevée.
Et pourtant, la conscience des urgences planétaires principalement écologistes est plus vivante que jamais. Le lien entre l'économie et l'écologie est établi. Les initiatives citoyennes se multiplient. L'incompatibilité entre l'écologie et le capitalisme est admise par un nombre croissant d'êtres humains. L'épuisement des ressources énergétiques fossiles, dont l'uranium, est démontré. Le recueil, la distribution, le moindre coût des énergies renouvelables deviennent nécessaires et les savants, comme nombre d'entreprises, en sont convaincus. Bref ce que les politiciens aux ordres des puissances d'argent n'acceptent pas va se produire, sinon c'en est fait des possibilités de vivre sur Terre. Cette écologie réaliste, dont dépend la vie de tous et l'avenir de nos sociétés, n'est plus contestable, car puissants et misérables sont ensemble concernés par une mutation de civilisation que rien ne peut plus empêcher, sauf un suicide collectif économique ou militaire perpétré par ceux qui n'ont plus rien à perdre (« le 1% des favorisés qui ne vivent que pour leurs profits).

Quatrième clarification, enfin : même si l'écolo-socialisme a pour lui l'avenir, à moins d'une surprise supplémentaire, dont nous nous réjouirions, il n'est pas encore prêt, en France, à accéder au présent.

Ce constat sans concession ne saurait nous désespérer. Certes, il nous projette au-delà d'élections dont nous n'avons pas encore abordé le premier tour. Mais la politique n'est ni dans une paire de dés, ni dans un jeu de cartes, ni dans les lignes de la main. Il serait vain de compter sur le hasard et la chance. Même si surgit l'inattendu, il aura une source sociale dont il faudra comprendre l'émergence. Tout a été bouleversé mais rien ne sera totalement joué le 18 juin au soir.

Que d'enseignements, pourtant à retirer déjà de ce que nous avons vécu ... ! La régression des partis traditionnels, la rapide mise à l'écart de la menace frontiste, la multiplication des reniements, la précipitation des politiciens allant à la soupe, la renaissance immédiate de l'autoritarisme présidentiel, l'entente sans état d'âme des divers tenants du néo-libéralisme, la satisfaction non masquée du patronat, la marginalisation annoncée des syndicats placés devant le fait accompli des ordonnances, l'impossibilité de nettoyer les écuries d'Augias fréquentées par trop d'habiles professionnels de la politique (de Fillon à Ferrand et en passant par d'autres...), la réaction citoyenne (que ce soit par abstention ou votes blancs) de tous les refusants d'un mode de scrutin malhonnête. Nous devrons, bientôt, dresser la liste, plus complète encore, des reculs et des agressions commis par le gouvernement à peine installé. Pour notre part, nous tenons à prendre nos distances avec une équipe dont les premiers actes nous scandalisent.


jeudi 8 juin 2017

Alerte, avis de coup de vent sur les libertés !


Si l'on en croit le journal Le Monde, le gouvernement a pour objectif d'introduire dans le droit commun toutes les mesures exceptionnelles de « l'état d'urgence » créées en 1955 pendant la guerre d’Algérie, reprises et perfectionnées par touches successives après les attentats de novembre 2015.

Ces mesures - Assignations à résidence, pose de bracelets électroniques, perquisitions administratives, fermeture de lieux de culte, zones de protection et de sécurité - seraient de la seule responsabilité de l'autorité administrative c'est à dire des préfets.

Au delà des problèmes liés au terrorisme, ces dispositions pourraient être - comme elles le sont déjà - utilisées contre chacun d'entre nous et principalement contre les militants associatifs, syndicaux ou politiques.

Que le nouveau gouvernement puisse envisager de prendre ces mesures particulièrement liberticides interroge sur sa conception du fonctionnement démocratique de notre pays car au lieu de sortir de l'état d'urgence, nous verserons dans un régime d'exception, dans un autoritarisme qui mettra en cause l'Etat de droit.

A la veille des élections législatives et avant de donner au président de la République et à son gouvernement une majorité que nous regretterons très rapidement, il est indispensable de s'interroger et de bien réfléchir aux conséquences de leurs différents projets.


Jean-Claude VITRAN

jeudi 1 juin 2017

Vrai ou faux renouvellement du Parlement ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 1er juin 2017. Note 73 à J-10 et J-18.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Sommes-nous en plein « dégagisme » ? Ce néologisme politique n'a aucun intérêt en soi s'il devait n'être que l'évacuation des uns et leur remplacement par d'autres faisant la même politique ou pire ! Dégager sans changer est une usurpation.


1 – Le sens d'un mot.
On trouve, sur internet, d'intéressants rappels et commentaires à propos de ce vocable nouveau, ambigu, mais chargé de sens divers : Dégagisme. Le mot est pourtant absent du Grand Robert. Il figure sur Wikipedia où il est rappelé que ce néologisme a été, pour la première fois, utilisé en Tunisie , puis en Égypte, en 2011, au cours du Printemps arabe. Il fait référence aux injonctions « Dégage ! » lancées alors pendant les manifestations hostiles aux gouvernements dictatoriaux et corrompus du Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali (parti en janvier 2011) et de l'Egyptien Hosni Moubarak, (parti en février 2011).
Le nouveau vocable politique a été théorisé en Belgique après que, le 6 décembre 2011, le gouvernement Di Rupo a mis fin à 482 jours de vacance du pouvoir (un record dans le monde).
À la suite du retrait volontaire du Président Hollande, des retraits contraints de plusieurs personnalités politiques écartées par l'une des trois primaires : Juppé, Sarkozy, Duflot, puis Valls, Jean-Luc Mélenchon a popularisé, à partir de janvier 2017, ce mot qui contient une invitation à s'éloigner du pouvoir quand on y a pratiqué une autre politique que celle pour laquelle on a été élu.
Le terme est moins polémique à présent parce qu'il s'apparente plus à un constat qu'à une critique. On ne peut reprocher aux électeurs de « dégager » des candidats : c'est lié à la liberté de leur vote. En outre, bien des sortants se sont eux-mêmes dégagés ou désengagés et le renouvellement massif attendu ne souffre plus discussion. Il aura lieu. Sauf … , sauf que la banalisation du dégagisme est une récupération politique et, en lui faisant perdre sa signification première, on rejette ce qui faisait son intérêt : le droit de contrôle des citoyens sur leurs élus (préconisation n°3 du programme « L'Avenir en commun »).

2 – Le vocable dégagisme mériterait pourtant d'être remplacé ou abandonné.
Je me défie de tous les ismes. Ajouter ce suffixe à une valeur, c'est en faire un système idéologique qui place au second plan les autres valeurs. On le constate avec liberté (et libéralisme), égalité (et égalitarisme), social (et socialisme), commun (et communisme), etc ... D'autres mots subissent la même distorsion quand on les affuble de ce suffixe : républicanisme, écologisme, cosmopolitisme ... La liste est longue en langue française (http://dict.xmatiere.com/suffixes/mots_finissant_en_isme.php ).
La famille du mot engager est longue et utile. Les principaux ont des significations éclairantes. « Dégager », c'est libérer d'obligations. C'est neutre. « Se dégager », c'est se soustraire aux contraintes, physiques ou spirituelles qui pesaient sur soi. C'est une reprise en main de son propre sort. « L'engagement » a deux sens : se donner à une cause, à une personne ou perdre son autonomie par choix. C'est donc entrer dans un collectif (familial, militaire, religieux, associatif ...). « Prendre un engagement », c'est promettre … Etc.
On peut s'exclamer : « dégage ! » (va-t-en!), « dégagez » (retirez vous, dégagez la voie). C'est un appel exceptionnel à l'action, ce n'est pas une objurgation permanente ! Je veux bien qu'on fasse dégager les importuns, les inefficaces ou les nuisibles mais je ne veux pas qu'on en fasse une méthode, oui … un système. Le risque d'atteinte à la liberté personnelle deviendrait alors trop grand. On est trop proche du « sortez les sortants » à caractère séditieux, ou de l'injure.
Le mot dégagisme ne convient donc pas toujours. Il dépend du sens qu'on lui donne. « Dégagisation » (action de dégager) est, en stricte langue française, plus inadéquat encore. « Dégagement » a trop de sens différents (sportifs, architecturaux) tous éloignés de ce qu'on veut dire : inviter à prendre la sortie.

3- Que conserver, alors, du « dégagisme » si l'on se méfie du mot ?
« Les mots sont des pistolets chargés » et il faut les manipuler avec précaution. Comment garder le contenu en abandonnant le contenant ? Un poète, un grand écrivain fournirait sans doute une piste de travail. En outre, pourquoi s'interdire de créer des mots pour mieux s'exprimer. Pourtant, le mot dégagisme peut porter tort aussi à celui qui l'emploie s'il le fait passer pour un sectaire ou un totalitaire. Jean-Luc Mélenchon, souvent victime d'un véritable bashing (un lynchage médiatique), s'est vu reprocher de s'en prendre à tout le monde en recourant à ce mot radical.
Je considère pourtant qu'il ne faut pas, pour le moment, « dégager le dégagisme », car le vocable évolue sans cesse et il se trouve au cœur du débat sur la moralisation (un bien vilain mot !) de la vie publique et sur le projet de loi qui sera déposé bientôt, à ce sujet. En outre, le bouleversement qui s'annonce dans l'hémicycle, en terme de personnes, qu'il nous convienne ou non, appelle notre vigilance et notre présence auprès de candidats puis des élus.
La vertu, en politique, n'est pas une simple question de morale individuelle, c'est une question relative à la confiance donnée aux élus. Montesquieu y insista dans L'Esprit des lois. Il en va donc de la démocratie. La crédibilité et l'honnêteté dépassent la légalité. Pouvoir faire ce qui n'est pas interdit ne suffit pas à justifier une action. Dégager les tricheurs, les fourbes et les cyniques est une nécessité républicaine qui est de la responsabilité des électeurs et, plus largement, de tous les citoyens, pas seulement des juges. D'autant qu'il ne s'agit plus d'envoyer les fautifs à la guillotine mais seulement de les renvoyer … chez eux.
In fine, refusons de faire du dégagisme un principe ou une doctrine d'épuration, une fin en soi. Constatons, cependant, qu'il est sain, et grand temps, de redonner aux Français foi en leur société en affirmant que celui qui corrompt ou se laisse corrompre doit cesser d'exercer des fonctions publiques. Dernier éclairage lumineux sur le mot : la « Révolution de Jasmin », populaire et non-violente, avait suscité notre admiration ; sous toutes les latitudes s'expriment à présent, les manifestations d’une insoumission grandissante des peuples. La France est-elle, à son tour, concernée ? Lassitude ou révolte  des citoyens ? Toujours est-il qu'on est loin d'en avoir terminé avec la contestation de toutes les confiscations et tous les mésusages du pouvoir.

4 – Éviter la chasse aux sorcières n'est pas fermer les yeux sur l'indignité politique.
Non, les hommes et femmes politiques ne sont pas tous pourris mais ils sont tous tentés parce qu'ils approchent le monde de l'argent. L'influence grandissante des lobbies le démontre. Il semble que la question des tentations et des sollicitations ne puisse plus être masquée.
De vieilles affaires remontent à la surface (telle que le versement de rétro-commissions qui auraient été effectué pour financer la campagne présidentielle d'Édouard Balladur, en 1995). De Jérôme Cahuzac à Thomas Thévenoud, des ministres, au cours du précédent quinquennat, ont été pris « la main dans le sac » et, du reste, selon nous, ont été mollement sanctionnés, eu égard aux fautes commises. Et ne voila-t-il pas que le nouveau gouvernement, à peine mis en place, et n'ayant pas même eu encore la possibilité de recueillir la confiance du Parlement, se trouve confronté, à son tour, à d'éventuelles « défaillances » de la part de deux ministres : Richard Ferrand et Marielle de Sarnez. Ressurgit une énorme interrogation politique, qui n'a cessé de traverser les campagnes présidentielle et législative. Elle ne nous quittera plus.

L'intégrité se réduit-elle au respect des lois ? Non. Les électeurs peuvent ou non croire ce que leur rapportent les médias mais, in fine, ils s'en tiennent au vieux et dangereux dicton populaire : « il n'y a pas de fumée sans feu ... ». Richard Ferrand peut avoir « sa conscience pour lui », il n'en est pas moins fragilisé par sa légèreté, son imprudence ou son inconscience. Ce député sortant, quoi qu'ait pu dire l'actuel premier ministre pour le soutenir, ne sera pas sauvé par son éventuelle réélection. Le parquet de Brest ce matin, annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire dans l'affaire Ferrand, au vu d'éléments « complémentaires ». Le fusible Ferrand à sauté et le courant ne passe déjà plus. Son rôle a été trop grand auprès du nouveau président pour qu'il puisse continuer, à présent, à tenir une place où il affaiblit tout le gouvernement. Dure loi politique : il ne suffit pas d'être innocent pour être cru. Un responsable politique a une image à protéger. Ce n'est plus possible et, pour cela, le Président Macron devra, probablement, sacrifier le soldat Ferrand.

Le cas de Marielle de Sarnez n'est pas tout à fait le même parce qu'elle fait l'objet d'une dénonciation émanant d'une collègue parlementaire européenne, Sophie Montel, qui ferait mieux de défendre sa chef de file, Marine Le Pen qui est sous le coup d'une lourde sanction. Pourtant, le mal est fait : la suspicion atteint une responsable politique proche de François Bayrou, le Ministre d'État qui doit faire aboutir le projet de loi de « moralisation » de la vie publique ! La campagne électorale s'emballe. Les responsables de « LR, dont Xavier Bertrand, lâchent leurs coups. C'est leur dernière chance. Le temps des ralliements est passé. Une guerre anti-Macron commence à droite de la droite.

Nous voyons bien qu'en fait de renouvellement et des hommes et des pratiques, on risque d'être déçu ! Si dégager consistait à se priver de ceux qui n'ont pas bonne apparence, ce serait désastreux, car on remplacerait l'action politique par des règlements de compte ! On peut s'attendre, dans les jours à venir, et avant le 11 juin, à de nouvelles turbulences qui feront du buzz dans les gazettes. On retomberait alors dans ce qui s'est passé, jusqu'ici, depuis des mois : masquer les questions programmatiques de fond. C'est, très exactement, ce que nous craignons le plus.