Archives du blog

dimanche 21 mai 2017

Tous les candidats aux législatives sont désormais connus


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 20 mai 2017. Note 67 À J-30.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Dans 12 jours s'effacera ce mois de mai durant lequel nous avons vécu l'élection du 8e Président de La République française, depuis 1965. Dans 23 jours, s'ouvrira le 1er tour des élections législatives dont tout peut dépendre encore. Deux questions vont se poser, dès à présent : le renouvellement (considérable) du personnel, au sein de l'Assemblée nationale va-t-il, ou non, permettre au président de la République de réussir, dans 30 jours, le 18 juin au soir, son audacieux pari : tout changer pour ne rien changer sur l'essentiel, afin d'obtenir une majorité de gouvernement aux ordres, d'une part, ou bien, si changement il y a, s'effectuera-t-il non au profit du gouvernement mais à celui d'une opposition, (et laquelle ?), d'autre part.

Il est temps d'explorer cette double hypothèse.

1 – Emmanuel Macron a bousculé la structuration politique de la France. Est-ce positif ?

S'agit-il vraiment d'un heureux bouleversement à mettre à l'actif du seul candidat Macron ? Indiscutablement, Emmanuel Macron a compris que le rapport gauche-droite, tel qu'il était compris et pratiqué, nuisait à l'union des libéraux. Une fois candidat, il a joué la carte du dépassement du clivage droite gauche. Mais pas n'importe quelle gauche ni n'importe quelle droite ! Il s'agit de la gauche convertie au libéralisme économique incarnée par Hollande, Valls, Collomb, Le Foll et d'autres, d'une part ; et il s'agit de la droite cultivée, capable de surmonter ses sectarismes et pouvant comprendre qu'elle est à tous les coups gagnante si elle contribue à l'alliance des centres droit et gauche, d'autre part.

François Bayrou l'a vite compris et s'est engouffré dans l'espace politique ainsi ouvert. Il a pu, alors, apporter le petit complément électoral qui suffisait au candidat Macron pour l'emporter au premier tour, fut-ce sur le fil. Derrière François Fillon, la droite traditionnelle et parlementaire s'est faite hara-kiri. De son côté, le PS, s'est chargé lui-même de l'élimination du représentant dûment validé des socialistes méritant ce nom. Dans ces conditions, pour Marine le Pen, face à Emmanuel Macron, soutenu par toutes les droites composant la droite libérale reconstituée, la lutte était inégale. Fin de la première partie.

C'est le président Macron qui a pris le relais en engageant tout de suite son projet : le chef du gouvernement « désigné », Édouard Philippe, maire LR du Havre, un proche de Jupé , a reçu la mission, sous le contrôle du Chef unique de l'État, de mettre en place une équipe de libéraux, compatibles entre eux, d'où qu'ils viennent, en respectant des équilibres numériques et non idéologiques. Ce faisant, il a tué ce qui restait de la gauche au sein d'un PS écartelé entre les ralliés à Emmanuel Macron et les fidèles à la candidature légitime de Benoît Hamon. Il a, « en même temps », jeté la droite dite « républicaine » dans des contradictions et des doutes qui vont l'affaiblir durablement. L'objectif était bien de constituer une majorité libérale, une grande coalition à la Merkel, capable d'écarter les indociles de l'ex-droite parlementaire et chargée de couper « les deux bouts » de la représentation parlementaire, qualifiés d'extrémistes et de populistes, à savoir le FN et les Insoumis. Mais tout calcul savant a sa faille : la défaite cinglante de Marine Le Pen n'a pas supprimé les causes de la montée de l'électorat frontiste, autarcique, nationaliste et désespéré. Même si les législatives ne peuvent qu'être défavorables au FN, à la peine, rien ne garantit que le Sphinx brun ne renaîtra pas de ses cendres puisque ce qui a généré son succès subsiste ! Quant aux Insoumis, ils incarnent, désormais, presque à eux seuls, une gauche véritable, encore plus difficile à résorber et à maîtriser que les « Frontistes ».
En clair, pour des raisons qui tiennent à elles-mêmes autant qu'à la percée de Macron, la droite PS et le droite « républicaine » se disloquent. Nous n'allons pas pleurer sur leur sort. Emmanuel Macron n'est pas à l'origine de cette déstructuration politique mais il en aura été l'occasion attendue impatiemment par les plus intelligents des oligarques.


2 – Quelles majorités peuvent émerger de cet océan de contradictions tumultueuses ? Il y en a quatre au moins : la majorité absolue pour La France en marche, la majorité absolue pour « Les Républicains », la majorité absolue pour La France insoumise et un certain nombre d'alliés, et plus probablement, une majorité composite aux formes variables mais bien axée à droite.

Précisons :

La majorité absolue pour La France en marche serait la majorité présidentielle, stricto sensu.
La majorité absolue pour « Les Républicains » serait une majorité d'opposition et de compromis.
La majorité absolue pour La France insoumise et des alliés serait une majorité de cohabitation.
La ou les majorités composites, en réalité de coalition, seraient à géométrie variable mais axée(s) à droite.
Sans oublier l'hypothèse supplémentaire d'une majorité ingérable conduisant à une dissolution.

Jusqu'alors, la logique présidentielle menait vers des majorités de consensus, sauf accident de parcours durant le mandat présidentiel, ce qui arriva. La cohabitation politique désigne la situation de coexistence du Chef de l'État (le Président de la république) et d'un chef de gouvernement (le Premier ministre) pouvant s'appuyer sur une majorité parlementaire politiquement opposée au Président en exercice.

Trois périodes de cohabitation ont eu lieu sous la Ve République :

  • 1986-1988 : François Mitterrand, Président, et Jacques Chirac, Premier ministre ;
  • 1993-1995 : François Mitterrand, Président, et Édouard Balladur, Premier ministre ;
  • 1997-2002 : Jacques Chirac, Président, et Lionel Jospin, Premier ministre.

Depuis 2002, le passage de 7 ans à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République et l'organisation des élections présidentielles et législatives à quelques semaines d'intervalle ont été conçus pour réduire la probabilité de survenue d'une cohabitation, mais elle n'est pas impossible.

Dans le contexte politique actuel, l'examen des rapports de forces envisageables, compte tenu des résultats de l'élection présidentielle et du mode de scrutin majoritaire, conduit à retenir les hypothèses suivantes :

• Hypothèse 1 - Le Président Macron est maître à bord et les minorités parlementaires seront privées de pouvoir réels. ( Les « Républicains » ayant le choix entre le soutien ou la marginalisation ; le PS étant réduit à la portion congrue ou/et devant, lui aussi, s'aligner ; le Front national subissant le même sort qu'aux élections régionales et n'ayant qu'un faible groupe parlementaire à sa disposition ; enfin la France Insoumise, seule opposition organisée, qui en sera réduite à préparer activement l'avenir).

• Hypothèse 2 - Le Président Macron est sans majorité suffisante et se trouve amené à rechercher des « majorité d'idées » où les différentes constituantes libérales (En Marche, « républicaines » et ex-socialistes) joueront un rôle non négligeable. La gauche nouvelle devra alors, autour du pôle de la France insoumise, travailler à proposer une politique inédite ayant un caractère écologique et social très affirmé.

• Hypothèse 3 – Le gouvernement est mis en minorité et s'ouvre, alors, une période conflictuelle dont on ne peut prédire l'issue (cohabitation « à la Jospin » ou dissolution avec nouvelles élections.)

L'incertitude demeure donc. Les surprises restent probables. Le mécontentement populaire ne s'est pas éteint. Le désir d'un changement véritable (des institutions, des rapports entre États européens, dans le traitement prioritaire des risques climatiques et environnementaux, dans la lutte contre les inégalités toujours plus choquantes) ne cesse de croître. Quel effet va produire ce refus de continuer à vivre dans une insécurité sociale générale qui s'ajoute à la peur du terrorisme lui-même  et parfois la dépasse ? À la vérité, les plus informés l'ignorent et, notamment dans la jeunesse, le manque de perspectives d'avenir engendre une rancœur sourde et tenace.

Il ne suffira pas de tenter d'apaiser et d'agiter le miroir aux illusions. Le peuple (c'est-à dire ceux qui ne gèrent pas le quotidien mais le font) a besoin d'espérances fondées sur mieux que des mots.


samedi 20 mai 2017

La France que nous aimons n'est pas en marche.


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 19 mai 2017. Note 66 À J-31.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Le vieux monde veut remettre la Ve République en marche. Ce n'est pas notre attente  et c'est notre premier grief à l'encontre du nouveau gouvernement. Au moment même où commençait à s'exprimer, dans le pays, la prise de conscience de nombreux citoyens relative à l'obsolescence et la nocivité des institutions qui font de la France un modèle politique périmé, ne voilà-t-il pas qu'on nous ressort la monarchie républicaine satisfaisant les amateurs de spectacles politiques. Jeunes ou pas, les ministres et le Président n'en finissent pas de nous chanter de vieilles rengaines. Ils se trompent de siècle ! La France que nous aimons doit se rénover et ne plus se considérer comme une grande puissance au-dessus des autres !

1 - Le système électoral français est dépassé et il nous isole en Europe. Nous le constatons.
Il faudrait, nous dit-on, nous montrer plus européens ! Soit. Eh bien commençons, comme dans la plupart des pays voisins, par l'abandon de notre système électoral antidémocratique qui repose sur la désignation, pour les élections nationales, au suffrage universel, uninominal, majoritaire, à deux tours, du Président et des députés, avec élimination des candidats qui ne sont pas parvenus à se placer en tête.

• – Car l'élection présidentielle guillotine tous les candidats autres que les deux premiers arrivés ! Au second tour, fussent-ils très proches les uns des autres par leurs résultats, trois (comme en 2002) ou quatre (comme en 2017) candidats ne sont pas tous habilités à concourir, en fait parce que l'on veut que le président soit élu à la majorité absolue et non relative. C'est d'ailleurs aussi pour cela que les bulletins blancs ne sont pas encore acceptés comme suffrages exprimés car ils pourraient priver le gagnant de cette majorité absolue (cela aurait été le cas en 2012...). La logique constitutionnelle dit, en quelque sorte, que le Président est un monarque « absolu ». On pourrait fixer un seuil en-deçà duquel on est exclu du second tour, mais cela ne suffit pas aux constitutionnalistes restés monarchistes.

• – Car les élections législatives fixent, un seuil minimal qui élimine tous les « petits candidats » ! À la différence de l'élection présidentielle, on peut retrouver, théoriquement, au second tour, trois voire quatre candidats, s'ils ont obtenu plus de 12,5% des inscrits. La bipolarisation n'en est pas moins effective parce que la participation étant souvent moindre qu'à la présidentielle (depuis que les législatives suivent immédiatement la présidentielles) il faut obtenir autour de 20% des votants pour rester dans la course. Moins il y a de votants plus il y a d'éliminés. En outre, comme le nombre de candidats est parfois important (dépassant fréquemment, dans certaines circonscriptions, le nombre de 12), il ne reste en piste, le plus souvent, que deux ou trois candidats.

• – Le scrutin proportionnel est le seul à pouvoir exprimer la diversité politique d'un pays. Le mode de scrutin français est donc le plus inégalitaire et le plus pervers qui soit. L'argument ressassé selon lequel la proportionnelle engendre l'instabilité ne résiste pas à l'examen. De grands pays y ont recours sans sombrer dans l'instabilité. Seuls la France et le Royaume-Uni n'ont pas de scrutin proportionnel en Europe (proportionnelle intégrale, le plus souvent, ou proportionnelle mixte, comme en Allemagne). Certains pays ajoutent, au vote proportionnel, le vote préférentiel (Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Italie, Belgique) pour éviter que tout ne soit pas déterminé par les seuls partis.

2 - Il nous faut sortir du vieux monde où Macron et son équipe voudraient nous maintenir

Que faut-il entendre par le vieux Monde ? Ce n'est pas ce qui est ancien qui est mauvais ! C'est ce qui refuse de voir la réalité qui s'annonce. Dans la note 62 nous faisions écho à un article d'Hervé Kempft dans Reporterre. Il y exposait que « M. Macron est un homme remarquable, appliquant les méthodes entrepreneuriales en vogue mais il n’en est pas moins porteur des idées du vieux monde. Le vieux monde ? Celui où l’on croit que la croissance reste le moteur de l’équilibre social, que la question écologique est secondaire, et qu’une société peut vivre sans désordre avec de fortes inégalités ». On ne saurait mieux dire : vouloir organiser une société de progrès et de croissance est un mythe occidental qui s'effondre et c'est pourquoi aucun compromis n'est possible avec ce monde-là. Le jeune président n'est pas, à cet égard, suivi par la majorité de la jeunesse française.

3 – Nicolas Hulot conserve la sympathie de beaucoup de Français mais que peut-il faire de décisif ?

Hervé Kempt, encore, écrit « Le paradoxe est que la marge de manœuvre du nouveau ministre ne dépendra pas tant de sa force de conviction que du poids qu’aura à l’Assemblée nationale le groupe de députés de… La France insoumise, dont le programme est bien plus en accord avec les idées de Nicolas Hulot que ceux d’En Marche, de Les Républicains, ou du Modem ». Il souhaite même « Bonne Chance » au Ministre d'État. Je n'ai pas cette grandeur d'âme. J'éprouve un sentiment d'abandon mais aussi de peur : abandon de tous ceux qui ont pensé que l'engagement de Nicolas Hulot était sans compromission possible, mais aussi peur de le voir contribuer, fut-ce à son corps défendant, à un affaiblissement supplémentaire de l'écologie politique en France.
On attend le premier clash, voire le départ de Nicolas Hulot qui manque d'appuis dans ce gouvernement, mais ce n'est pas tout : il est contradictoire qu'on soutienne Nicolas Hulot et qu'on combatte le gouvernement dont il fait partie. On trouve, dans la presse, l'expression de soutiens ambigus : « pourvu qu'il réussisse », suivi de « comment pourrait-il réussir ? ». Soyons réalistes et restons à notre place. Nicolas Hulot est dans une contradiction dont il ne pourra sortir qu'en s'éloignant d'un pouvoir qui le tient en otage.

4 - Il nous faut enfin commencer à dresser la liste des désaccords irréductibles avec la politique habile et subtile du Président Macron, mais, à l'évidence et en définitive, on le verra vite : désastreuse.
Nous avons déjà stigmatisé, quelques erreurs de direction, mais l'on ne peut s'en tenir là !
• La Ve République reste telle quelle et donc avec :
      • Sa présidentialisation du régime,
      • Le maintien d'un mode de scrutin inique,
      • Le changement de la constitution du 4 octobre 1958. Elle comprend 153 articles et a déjà été révisée depuis le 23 juillet 2008 par l'adjonction, sans toujours qu'on en respecte l'esprit :
        - des 17 articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789,
        - des 18 alinéas du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946,
        - ainsi que des 10 articles de la Charte de l'environnement de 2004. (Voir le Dalloz de 2016).
Mais nous avons d'autres raisons de dire non à une politique demeurée « hollandaise », notamment :

• La France reste un État nucléaire, civil et militaire, unique en Europe.
• La France reste l'un des cinq plus gros exportateurs mondiaux d’armes classiques.
• La France retarde, de fait, le développement, en son sein, des énergies renouvelables.
• La France se refuse à mieux accueillir un nombre suffisant de réfugiés entrant en Europe.
• La France pérennise l'état d'urgence sans rechercher les vraies causes du terrorisme.
• La France n'est pas en mesure de modifier sa politique carcérale inefficace et indigne.
• La France livre des des avions militaires sophistiqués à des États dictatoriaux.
• La France, gendarme en Afrique, y mène, dans cinq États, des guerres qui la font haïr.
• Etc …

La liste peut s'allonger. Nous devrons le faire et la compléter. Notamment pour souligner la part de notre pays dans l'aggravation des inégalités. Mais nous voulons, sans plus tarder, attirer l'attention, sur ce qui, entre autres, nous désolidarise de la France quant elle sombre dans ces politiques auxquelles de nombreux pays d'Europe ont su échapper. La France que nous aimons doit cesser de se penser, avec l'Allemagne, dominatrice dans une Union Européenne à repenser et si nous ne voulons pas qu'elle sombre.


jeudi 18 mai 2017

Mettre les pieds dans les plats au risque de les casser


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 18 mai 2017. Note 65 À J-32.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 - Il y a mieux à faire que de considérer des adversaires comme des mauvais et des méchants !
Le gouvernement Macron « tente » (le verbe est du premier Ministre, ce jour, sur France Inter) d'innover en politique. Ce qui est essayé constitue, en effet, une première. Inutile de le nier. Raison de plus pour dire et redire les motivations profondes de notre opposition non pas à des hommes mais à une politique clairement affichée comme « libérale » au double sens du terme : libertés civiles et liberté économique. À nos yeux, la liberté économique garantit la toute puissance des possédants sur les salariés et autres citoyens ne disposant pas du pouvoir de l'argent. Et les libertés tout court finissent toujours par en pâtir gravement. Le symbole représenté par Bruno Lemaire, nouveau ministre de l'économie le révèle sans ambiguïté. Ce gouvernement habilement constitué échouera, comme un beau bateau sur les écueils, parce que, tel quel, il ne peut affronter le réel, la situation planétaire que les hymnes au « progrès et à la croissance » ne vont pas rendre meilleure.

Nos adversaires n'ont pas à être regardés comme des mauvais ou des méchants, seulement comme d'irréductibles adversaires qui ne voient pas le monde comme nous, pire, qui ne voient pas le monde comme il est !

2 – Nicolas Hulot n'est pas « un vendu » mais il s'est vendu.
Hulot est la « grosse prise » de Macron. Il est la caution écologiste d'un gouvernement qui ne peut l'être. Il s'est engagé à entrer au gouvernement en échange de garanties dont nous ne connaitrons pas tout de suite le contenu. On peut raisonnablement penser que l'aéroport de ND des Landes est en tête de liste et devrait ne pas se réaliser, que l'accord de Paris, dit de la COP21, sera âprement défendu, que la transition énergétique passera en partie des textes à la réalité et que l'énergie nucléaire reculera (un peu !). Mais cela tient-il à un Ministère d'État ou à une évolution inéluctable, déjà engagée, et dont Macron a pris acte qu'on perdrait son temps à s'y opposer. Son réalisme, à l'allemande, (encore qu'Angela Merkel ait encore beaucoup d'avance), fait le reste. À court terme, il faut faire entrer la dynamique écologique dans le giron d'En Marche et ce avant même les législatives pour absorber ce qui reste d'EELV, comme a été siphonné le PS et, moins efficacement, « Les Républicains ».

Qu'Hulot soit devenu l'un de nos adversaires est douloureux, mais c'est ainsi...

3 - Jamais il n'a été aussi important d'employer à bon escient les mots gauche et droite.
Heure après heure, il nous est vendu, sur les ondes, qu'au sein du gouvernement se côtoient des ministres de gauche, de droite et de nulle part. Supercherie ! Collomb est autant à gauche que le pape est athée. Soyons clairs : quiconque fait partie du gouvernement Macron est passé au centre droit, c'est-à-dire au sein d'une droite apparemment moins agressive mais qui, in fine, est tout aussi nocive. Selon nous, ne sont encore « de gauche » (le temps qu'on la rebaptise d'un vocable moins ambigu et moins obsolète) que ceux des citoyens qui prennent, par conviction ou par obligation toutes les distances possibles avec la logique capitaliste de marché, y compris dans les isoloirs mais pas seulement.

Nous en faisons le constat, qu'il nous convienne ou non, en tout ou partie : il n'est plus actuellement, en France, de force de « gauche » pouvant encore peser, qu'au sein de la France insoumise. Les individualités et les partis marginalisés qui demeurent dans une opposition réelle, par volonté de contribuer à l'émancipation populaire, sont réduits à accompagner ceux qui, avec Jean-Luc Mélanchon vont tenter l'impossible en juin prochain. Il ne sert à rien de regretter cette contrainte. Nous l'avons, sinon voulu, provoqué. Repenser, réunir, reconfigurer une gauche malade et qui a perdu des repères permettant de l'identifier va se faire mais sur des bases sociales et écologiques à jamais indissociables que Hamon et Mélenchon auront été les seuls à tenter de proposer au pays. Cela suppose, comme disait Mitterrand à Épinay, « une rupture » (qu'il n'a pas faite), c'est-à-dire une prise de distance définitive avec le libéralisme économique qui asservit des populations entières.

4 - À défaut de pouvoir régler des comptes, faisons les :

A – Marine Le Pen n'a jamais été en capacité d'être Présidente de la République.
• On a dupé et désinformé l'opinion :
Il n'y a pas que les instituts de sondage qui savaient, dès avant le premier tour, que la barre des 50% des suffrages exprimés était trop haute pour que le FN puisse l'atteindre dans un scrutin à deux tours.
• Les trois candidats qui étaient en compétition avec elle l'auraient tous vaincue : François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et, bien entendu, comme on l'a vu, Emmanuel Macron. Le rapport final (66% / 34%) plus net encore que ce qu'annonçaient tous les sondages (60% / 40%) est éloquent : la menace fasciste n'existait pas.
• On n'a pas dit aux Français : « ne votez pas Marine Le Pen parce que...etc », on leur a dit : « votez Macron pour n'avoir pas Le Pen ». On a cultivé, ainsi, une peur. On a développé un chantage : si vous ne votez pas Macron, vous votez pour le fascisme qu'incarne la candidate du FN !
• Il y a donc eu manipulation de l'opinion et cette malhonnêteté politique se paiera.

B – Benoît Hamon n'a su ou pu riposter au sabotage de sa candidature.
• Quand il lui est apparu qu'il était trahi, le large vainqueur de la primaire ouverte ( de « la Belle alliance populaire » - sic -) est resté dans une logique de parti où il s'est retrouvé enfermé. Son message original et fort s'en est trouvé dévalué. Il est tombé dans un silence fâcheux et son apport s'est perdu. Cela a pesé lourd. Impossible de ne pas lui reprocher. Mais que peut-il faire à présent ?
• À ne pas s'être dégagé de l'emprise du PS, n'a-t-il pas fait perdre la gauche ? La question, hélas, vaut d'être posée ! Il avait fallu à Emmanuel Macron l'apport de François Bayrou pour passer en tête. Tous les candidats se sont retrouvés, in fine, dans la fourchette 19% / 24%. Avec ses 6%, Hamon pouvait, en se retirant, tenter d'envoyer Mélenchon au second tour avec Le Pen ou Macron. Il ne l'a pas fait. Nous saurons un jour ce qui l'en a empêché. Avec Le Pen, Mélenchon l'emportait et il serait à l'Élysée. Avec Macron, cela aurait été un débat d'une toute autre dimension. L'effet produit, en tout cas, par ce maintien inutile aura été désastreux et pas seulement pour l'issue du scrutin. Nous avions besoin de ce qui l'avait fait triompher lors de la primaire. Il risque de n'en rester rien.

C – l'antipathie vis à vis de Jean-Luc Mélenchon a-t-elle des causes politiques ?
• Indiscutablement Mélenchon fait peur. On craint son caractère autoritaire et autocentré. Cela vaut-il la méfiance dont l'entourent les médias ? Bien des leaders politiques sont mieux acceptés alors qu'ils présentent les mêmes défauts ou pire ! L'argument psychologique ne suffit pas à expliquer ce rejet.
• Mélenchon est rejeté à la fois parce que ses talents sont jalousés et parce que son positionnement politique inquiète les sociaux-libéraux. Il est, comme Bernie Sanders, comme Jeremy Corbyn, « trop à gauche » et donc dangereux. L'argument politicien est patent.
• Mélenchon est le seul porte-parole d'une force politique en mesure de contrarier le plan Macron, celui du rassemblement de tous les libéraux. Plus grave encore à leurs yeux : si La France Insoumise parvenait à empêcher ou à réduire sensiblement la majorité à laquelle Macron aspire, Mélenchon deviendrait un empêcheur de gouverner en rond. Il faut donc l'abattre en le déconsidérant avant qu'il ne nuise. L'argument politique, fut-il violent, l'emporte. Et c'est bien, selon nous, pourquoi il faut, pendant la période que nous traversons, apporter notre appui à celui qui peut aider les citoyens modestes à s'exprimer efficacement. Sinon, ce rôle sera dévolu au Front national !

D – Faut-il se réjouir de l'affaissement des partis de la gauche déconfite ?
Un parti vit et meurt. Inutile de pleurer ou de rire !

• Le PS, tel qu'il est, ne peut plus fonctionner sinon pour remplir trois fonctions :
        • rendre libéraux ceux qui ne l'étaient pas encore.
        • Briser les reins de ceux qui s'acharnent à vouloir rester socialistes.
        • Gérer les biens et les sièges qu'il possède toujours.
S'il devait être sévèrement puni par les électeurs en juin prochain, ce ne serait que justice, et peut-être, contradictoirement, sa dernière chance car il lui faudrait, avec les rescapés, tout rebâtir, si possible .

• Le PCF, sans référence internationale, après la chute de l'empire soviétique, n'est plus que l'ombre de lui-même. Ne demeurent que quelques bons acteurs de mandats locaux qui gèrent habilement le passé mais qui n'ont plus la capacité d'offrir un projet global au pays. Seul il n'est donc rien. La fin du PS actuel l'entraine dans la chute de la fausse gauche privée d'avenir.

• EELV s'est suicidé. Nul ne sait ce qui pourrait lui redonner vie ! Il faut dire que ce parti joue de malchance. Le choix de Benoît Hamon ne lui a rien apporté sinon de n'avoir pu, fait sans précédent depuis 1974, se présenter devant les électeurs pour ces présidentielles. L'effondrement du PS en plus du débauchage de Hulot n'augurent rien de bon pour les prochaines législatives en terme de sièges. On a aussi besoin d'une autre écologie. On ne la trouvera plus dans ce parti en pleine déconfiture.

• Le PRG est quasi inconnu ? De quel parti radical parle-t-on ? Ce grand parti de la troisième République, né en 1901, ne pèse plus que ce que le PS voulait bien lui reconnaître comme poids. Les ex-ministres de Hollande sont out. Jean-Michel Baylet ne sera plus qu'un patron de presse ; Sylvia Pinel, la présidente du PRG est sans influence comme on l'a vu au cours des primaires socialistes. Cette excroissance du PS n'a plus sa raison d'être.

Le tableau, (du reste incomplet si l'on veut y joindre les petites chapelles qui s'étiolent l'une après l'autre) n'est pas attractif et surtout, il n'est considéré que par des minorités d'électeurs. C'est ce constat qui n'est pas réjouissant. Une fois encore, ne subsiste que La France insoumise (qui a écrasé sous elle, à tort ou à raison, des composantes qui, du Front de Gauche au PCF lui rendaient difficile une autonomie et un développement véritables). Que va-t-il advenir de cette force montante ? Comment s'épanouira-t-elle encore quand Mélenchon se retirera ? Que d'inconnues !

Mieux vaut être au milieu du gué plutôt que d'être emporté par le courant, mais ce n'est pas confortable. Il va bien falloir regagner la rive, et bien sûr la rive gauche, celle où l'on retrouve nos semblables et pas ces maîtres qui pensent, décident et agissent pour nous. Nous préparer à ce qui va suivre est de la responsabilité de chacun. Nous entendons bien continuer à y apporter notre contribution modeste, ici même, jour après jour.


mercredi 17 mai 2017

Des changements sans changement.


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 17 mai 2017. Note 64. À J-33.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 – Un mensonge subtil

8h. Tout change et rien ne change. Tout change pour que rien ne change. Nous avions souligné, dans une note précédente, cette formule célèbre qu'on retrouve dans le film de Visconti, Le Guépard, (Palme d'Or à Cannes, en 1963) : « Si nous ne nous mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change ».

Étrange similitude politique : les aristocrates (aujourd'hui les oligarques), les « guépards », (les fauves) comprennent que la fin de leur supériorité est désormais proche. Il est temps de faire accroire que tout va changer (sur la forme) afin qu'en fait, le même pouvoir continue à s'exercer (sur le fond). https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Gu%C3%A9pard_(film)

Nous sommes engagés dans cette opération de mystification politique ! Le comble est que nous pouvons nous satisfaire de ruptures avec le passé. Il est plus compliqué de saisir et de faire comprendre que, derrière ces décompositions provoquées, se cache ce que nous voulions précisément éviter : la présidentialisation du régime et le renforcement de ce qui s'oppose à la république véritable. Nous allions leur « fabriquer une république », la Sixième... Il fallait arrêter ça. C'est quasi fait...

Il faut dire que'à l'intelligence s'est ajoutée la chance. Marine le Pen était plus facile à vaincre que Fillon ou Mélenchon. En outre, elle faisait peur et représentait un danger réel. Il devenait, dès lors, plus aisé d'embarquer derrière Macron tous les anti-fascistes sincères.

Reste à payer le prix de l'opération : ceux qui ont mal jugé la situation se retrouvent « gros Jean comme devant ». Recitons La Fontaine, le plus politique de nos poètes :

On m’élit roi, mon peuple m’aime 
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant. —

Les Gros Jean se retrouvent, au sein du PS, restés sur le quai sans avoir pu prendre le train... « en marche ». Ils sont sans roi. On les compte, par milliers, par ailleurs, au sein de l'électorat dit « Les Républicains », pris à contre-pied, depuis hier, et amenés à soutenir celui qu'ils ont combattu. La droite parlementaire sortante ne s'est pas recomposée mais reconfigurée, en quelques jours et sans l'avoir voulu ! Elle devra se contenter d'un Premier Ministre aux ordres.

2 – Le triomphe de Juppé.

« L'habile homme que vela ! » se fut exclamé le Malade imaginaire caricaturé par Molière.
« L'habile homme que velà! - Oui, ça est si biau, que je n'y entends goutte ».
Le Médecin malgré lui, II, 4

Les gogos n'ont pas vu le coup venir. Fillon avait écrasé Juppé au cours des primaires de la droite et du centre. De Fillon, il ne reste pas grand chose en dépit de sa troisième place aux présidentielles. Mais Juppé a fait coup double : Le Premier ministre est proche de lui et la droite libérale en économie et dans les mœurs est installée. Il n'est pas à l'Élysée mais il est redevenu incontournable dans la majorité. Il peut même s'offrir le luxe de se réclamer encore des Républicains... Il est libre.

3 – Où se situe l'opposition si elle existe encore ?

Une fois débarrassé du FN qui n'a plus assez de dents pour mordre, des « Frondeurs » du PS qui ne savent plus que faire ni où aller après l'abandon dont ils ont été les naïves victimes, des minorités composites au sein des Républicains qui vont tenter, sans doute vainement, de créer un groupe parlementaire d'opposition nombreux à l'Assemblée nationale, que craint le nouveau « Chef de la majorité », Édouard Philippe ? Sans doute pas le PCF qui n'a plus de penseurs en son sein mais simplement des défenseurs des derniers et maigres acquis restant ? Sans doute pas les écologistes qui ont encore raté un train : ils ont, au moins autant que Hamon, rendu impossible la victoire de Mélenchon en choisissant, pour des raisons politiciennes, en quête de sièges, « le mauvais cheval ». Sans doute pas les petites formations de la gauche trotskyste qui n'auront même pas un siège au Parlement. Tout se résume, et c'est tragique, à un face à face entre la République en marche et ses alliés ou soutiens, d'une part, et La France insoumise et quelques personnalités qui lui sont proches, d'autre part. Droite nouvelle contre gauche nouvelle ?

4 – L'annonce de la composition du gouvernement est reportée à demain, mercredi, 15 heures.

C'est une information. Elle n'est pas critiquable car constituer une équipe composite prend du temps. D'autant qu'une erreur de « casting » serait sans doute politiquement préjudiciable au nouveau président lui-même. Comme nous n'attendons rien de ce gouvernement, rien du moins qui réponde à nos vœux, nous nous en tenons à notre analyse : ce ne sont pas les personnes que nous désapprouverons mais ce qu'elles représentent et la politique qu'elles se préparent à mettre en œuvre. Sachons attendre.

24 heures plus tard : mercredi 15 heures sur le perron de l'Elysée :

5 – La composition d'un gouvernement sans doute provisoire rend évidentes nos suppositions.
18 ministres dont 9 femmes :
Gérard Collomb, ministre d’État, ministre de l’intérieur ;
Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la transition écologique ;
François Bayrou, ministre d’État, garde des sceaux ;
Sylvie Goulard, ministre des armées ;
Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères ;
Richard Ferrand, ministre de la cohésion des territoires ;
Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé ;
Françoise Nyssen, ministre de la culture ;
Bruno Le Maire, ministre de l’économie ;
Muriel Pénicaud, ministre du travail ;
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale ;
Jacques Mézard, ministre de l’agriculture et de l’alimentation ;
Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics ;
Frédérique Vidal, enseignement supérieur ;
Annick Girardin, ministre des outre-mer ;
Laura Flessel, ministre des sports ;
Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique chargée des transports ;
Marielle de Sarnez, ministre chargée des affaires européennes ;

Quatre secrétaires d’Etat, dont eux femmes, ont aussi été nommés :
Christophe Castaner : chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement ;
Marlène Schiappa : chargée de l’égalité des femmes et des hommes ;
Sophie Cluzel : chargée de personnes handicapées ;
Mounir Mahjoubi : chargé du numérique.

Qu'en penser ? À première vue, peu de surprises...

Sur la parité : rien à dire, C'est positif

Sur la prime aux ralliés : la ficelle est grosse mais peu solide ! Collomb, Le Drian, Ferrand, ex-socialistes, sont adoubés. Les rejoignent : Le Maire ou Darmanin issus des Républicains. Fondus dans la même équipe, ces libéraux n'auront aucun mal à s'entendre. Ils seront vivement critiqués par les dirigeants des partis qu'ils ont abandonnés, mais en vain. Les « centristes », de Bayrou à de Sarnez, se révèlent pour ce qu'ils sont : un peu au centre, beaucoup à droite. Rien de neuf.

Sur l'arrivée de Nicolas Hulot, il y a plus à dire. Il a conseillé Chirac comme Hollande. Il maîtrise son sujet. Il croit pouvoir agir avec efficacité (n'est-il pas Ministre d'État ?) Je crains que sa déconvenue ne soit grande, très grande. L'écologie est incompatible avec le libéralisme économique. Hulot le sait. Il l'a écrit. Il n'a donc pas sa place dans ce gouvernement des riches. Qu'est-il allé faire dans cette galère ? Car c'en est une ! Il va lui falloir avaler plus de couleuvres qu'il ne peut en digérer. Ou bien il se renie ou bien il sera remercié. On peut vouloir se sacrifier sur l'autel de la protection de la planète mais, en politique, tout est rapport de force et, autour de lui, ses collègues ne ne lui faciliteront pas la tâche. Pire, ils travailleront à son échec. Pour les écologistes la déception est énorme. De fait, Hulot se porte caution de la politique que les candidats d'En marche vont aller défendre dans les préaux. Va-t-il battre les estrades pour les soutenir ? Ce serait ajouter la trahison à l'erreur ! Ce brillant acteur de l'écologie mise en pratique, ne mérite plus, à mon sens, notre confiance. Il se trompe ou nous trompe.

Sur le reste : il faut se donner le temps de mener plus loin l'analyse après avoir digéré les mauvaises nouvelles. Car il n'y a pas que la « capture » de Hulot qui est navrante. L'équipe resserrée, certes, mais peu consistante, n'est pas à la hauteur des enjeux annoncés. Il serait sot de se réjouir de la faiblesse de nos adversaires. Nous sommes avertis : tout ne sera que manœuvres et débauchages. Le chef d'orchestre connaît bien la musique apprise dans les palais de la République.

Ce jour marque un départ. Le « vieux monde » a vite repris du poil de la bête. Nous n'avons rien d'autre à faire que de résister donc de nous insoumettre !


lundi 15 mai 2017

Un premier ministre : pour quoi faire ?


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 15 mai 2017. Note 63. À J-34.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 – Un secret de Polichinelle.

12h.30. Qu'il s'agisse ou pas d'Édouard Philippe, maire LR du Havre, de toute façon, Emmanuel Macron va désigner un Premier Ministre de droite. À qui veut-on faire croire que ce serait pour mettre en difficulté, voire pour faire exploser, « les Républicains » ?

La vérité est bien plus crue : ceux qui se ressemblent s'assemblent et les Républicains n'ont plus qu'un choix : se soumettre ou se laisser démettre les 11 et 18 juin prochains, puisqu'ils n'ont rien à opposer au Président de la République prêt à faire, pour l'essentiel, leur politique. Les acharnés, plus à droite que la droite, et qui furent souvent proches du FN, de même que ceux qui rêvaient d'être au pouvoir sans l'avoir, en cohabitant, vont vite comprendre que Macron joue à quelques notes près, leur partition. Ils s'inclineront devant leur monarque.
Casser non la droite mais son ancienne représentation et achever de casser « la gauche » prétendument socialiste, à la dérive, en accueillant les déviants du parti qui, soit au sein d'En marche, soit, pour les rescapés, au sein du Parlement, pour peu qu'ils restent sages et ne frondent plus, vont soutenir sa politique, tel est le projet d'Emmanuel Macron, connu depuis longtemps. Ceux qui font semblant de le découvrir sont bien hypocrites. Toutes les nuances du spectre libéralo- économique vont pouvoir s'exprimer mais, de ces côtés, (chez les Républicains et parmi nombre de candidats PS privés de perspectives), il n'y aura pas d'opposition véritable. N'ayons pas la naïveté de l'ignorer !

2 - « Et la droite et la gauche... » passé au banc de la politique réelle.

17h. On en saura plus demain quand sera connue la composition du gouvernement qu'on nous annonçait restreint, paritaire, équilibré et ouvert à la société civile. Pour le moment et avant que ne soit résolue cette quadrature gouvernementale du cercle ministériel, on peut constater que « la ligne Juppé » l'emporte, mais aussi que la droite et la gauche macronienne font partie, à la satisfaction de François Bayrou, d'une centralité, celle de l'alliance du centre droit et du centre gauche.

Cela ne peut satisfaire la droite de droite et la gauche de gauche, encore moins l'extrême droite et l'extrême gauche qui ne sont pas, faut-il le rappeler, l'ultra droite crypto-fasciste ou l'ultra gauche trotskyste ou violente ramenées à des places qui resteront réduites au Parlement mais pas dans zones du pays en souffrance. Autrement dit les calculs politiciens les plus savants ne suffiront pas à assurer au Président la maîtrise du pays. La France n'est plus gérable comme peut l'être une entreprise. Sera-t-elle, pour autant, insoumise ? Dans la vie sociale, oui. Dans les urnes, voire !

3 – Cette fois, c'est vrai : les élections en cours – nous ont fait entrer dans un nouveau monde.

Nous étions en retard de plusieurs années : repenser « la gauche », celle que Jean-Luc Mélenchon dit être celle « des gens », ou encore « le peuple », bute sur plusieurs obstacles sémantiques. Depuis bien longtemps, la gauche signifiait : le monde des petits, des exploités, des prolétaires, des travailleurs, dont la force résidait dans leur nombre. Quand a été perdu ce référent principal, la gauche a progressivement cessé d'être la gauche, du moins sa capacité de réaliser des transformations fondamentales, comme en 1936, 1945 ou 1968. Plus encore, « La sociale », en passant de la rue (tellement crainte !) au seul Parlement a sombré dans des compromis qui lui on fait perdre son âme et peut-être sa raison d'être. Nous en sommes là.

Découvrons le nouveau paradigme, - il existe ! - permettant de parler, de façon compréhensible par tous, des objectifs politiques indissociables alliant la lutte contre les inégalités et la préservation de notre cadre de vie de plus en plus menacé. Des priorités incontestables surgissent devant tous les peuples du monde. Elles impliquent partage et égalité entre Terriens non égaux mais semblables, respect vigilant des sources planétaires de la vie humaine animale et végétale, protection de l'avenir de nos enfants et petits-enfants dépendant des bouleversements climatiques en cours et en aggravation, choix irréversible des énergies renouvelables et donc abandon des énergies carbonées et nucléaires... Nous savons dans quelle direction diriger nos politiques. Le social et l'écologique ne font plus qu'un. La gauche, quel que soit son nom futur, c'est cela. La droite, c'est ce qui ne le veut pas, pour faire perdurer ce qui assure profits et privilèges aux propriétaires, aux possédants. La voie est tracée : la lutte pour la vie est engagée. Tout le reste est subalterne et notamment les magouilles politiciennes du moment.

C'est sous cet éclairage qu'il faut regarder le paysage politique, à l'approche des législatives. Le vote n'est qu'un moyen. Même victorieux celui qui l'emporte ne peut s'assurer un avantage décisif. Trop de paramètres, trop d'événements imprévisibles, trop d'incertitudes donc, interdisent de déclarer la fin d'une partie dont nous ne pouvons rester les spectateurs. Nous ne serons jamais plus des petits soldats, citoyens d'un État dont les chefs voudraient nous emmener ailleurs que là où nous ne voulons pas aller. La résistance est engagée. Et pour longtemps. Sans doute jusqu'au terme de nos vies.