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mardi 30 janvier 2018

Le conflit des gardiens de prisons, un conflit idéologique !

De nouveau, un conflit oppose l'Etat aux gardiens de prison. Il porterait sur les conditions de travail et la sécurité des personnels, ainsi que sur les salaires.

Mais ces revendications cachent un problème bien plus vaste de caractère idéologique.

Depuis des décennies, d’autres problèmes de fond persistent dans le système carcéral. Insalubrité, surpopulation... et les gouvernements successifs n'ont pas réussi ou pas eu la volonté de régler le problème récurrent des prisons.

Alors que notre pays a été condamné plusieurs fois par la CEDH, on constate la persistance d’une violation grave des droits fondamentaux. La promiscuité et les conditions sanitaires déplorables entraînent violence, suicides, maladies, dégradation de la santé mentale des détenus, grèves de la faim et mal être des gardiens dans la plupart des établissements.

Selon l’avis du Comité européen de prévention de la torture qui dépend du Conseil de l’Europe « soumettre des détenus à un tel ensemble de conditions de détention équivaut à un traitement inhumain et dégradant ».

Quelques exemples sont donnés dans les différents rapports initiés par les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté successifs :

- A la prison de Nice, cinq femmes cohabitent dans une cellule de 11 m2,
- A la prison des Baumettes, les détenus sont deux, voire trois - avec un matelas ajouté au sol - par cellule de 9m2,
- « Les courants d’air, l’humidité, les moisissures sur les murs et le ruissellement en période de pluie sont à l’origine de maladies broncho-pulmonaires, voire même de tuberculose », rapporte Confluences.
- L’été, la température peut dépasser 40 degrés et les moustiques pullulent.

Entre 2010 et 2014, le Conseil de l’Europe a évalué un taux de 13,6 suicides pour 10 000 détenus dans l’hexagone, tandis que la moyenne européenne est autour de huit.

La promiscuité et l’insalubrité enveniment les tensions et attisent la violence et toutes ces situations sont communes à la majorité des prisons françaises.

Sur son site internet, dans un texte introductif à la surpopulation carcérale, l'OIP1 (Observatoire International de Prisons) souligne la cause majeure de l'indigence du milieu carcéral :
« … il s’agit de garantir à chaque personne incarcérée le droit de disposer d’un espace où elle se trouve protégée d’autrui et peut préserver son intimité, le principe de l’encellulement individuel est bafoué depuis sa proclamation en 1875. Consacré à nouveau dans la loi pénitentiaire de 2009, son application est sans cesse reportée. Car la surpopulation carcérale est un mal chronique des prisons françaises. En 1990, le taux d’occupation des établissements pénitentiaires était de 124%. Il tourne aujourd’hui autour de 117% avec, début 2017, 68 432 prisonniers pour 58 681 places. La surpopulation se concentre dans les maisons d’arrêts, qui accueillent les personnes en attente de jugement et celles condamnées à des courtes peines de prison. Dans ces établissements, qui abritent plus des deux tiers de la population carcérale, le taux d’occupation moyen est de 140%, contraignant deux à trois personnes – parfois plus – à partager une même cellule et 1 500 personnes à dormir chaque nuit sur des matelas posés au sol. Les plans de construction de nouvelles prisons qui se sont succédé depuis les années 1900 n’y ont rien changé. Car « on ne traite alors que les conséquences de la surpopulation, et non par les mécanismes ou les facteurs qui en sont à l’origine », explique la criminologue belge Sonja Snacken, experte auprès du Conseil de l’Europe. L’inflation carcérale que connait la France depuis plusieurs décennies est avant tout le fruit de politiques pénales qui ont misé sur l’incarcération et une répression croissante des déviances sociales. »

C'est effectivement bien d'un problème idéologique et politique qu'il s'agit.

La société française est une société moralisatrice qui pense qu'on ne va tout de même pas faire des efforts pour des repris de justice. L'Etat doit sanctionner et ils n'ont que ce qu'ils méritent !

La société française et ses représentants politiques oublient simplement que sur 100 « taulards », environ 1/3 ne sont pas encore jugés, donc présumés innocents, et un autre tiers n'a pas sa place en prison mais dans le secteur psychiatrique qui lui aussi et pour des raisons similaires est sinistré.

La société française et ses représentants politiques oublient aussi que le « respect de la dignité » est le premier des droits de l'homme. Au 21ème siècle, dans un pays qui se pense celui des droits de l'homme, il est honteux de traiter ainsi des êtres humains. Qu'il soit voleur ou criminel, un repris de justice est avant tout un homme et doit être respecté et traité comme un être humain. Il en va aussi de la dignité des surveillants dont la considération par l'Etat n'est pas exemplaire.

Et qu'on ne vienne pas nous dire que c'est une affaire de budget ; des moyens financiers, l'Etat est tout à fait capable d'en trouver pour financer des programmes absurdes et inutiles.

Jean-Claude VITRAN


1https://oip.org/decrypter/thematiques/surpopulation-carcerale/

vendredi 29 décembre 2017

Une année chasse l'autre.


Dans quelques heures nous allons passé de 2017 à 2018.

Passage tout à fait artificiel destiné seulement à s'y retrouver dans l'écoulement du temps.

Pourtant cette « norme », le calendrier grégorien, nous rassemble tous, ou plutôt presque tous, car si le calendrier grégorien est officiellement adopté par la majorité des nations, certains pays asiatiques, musulmans ou orthodoxes utilisent un autre calendrier pour les actes religieux ou les événements culturels importants. Par exemple : le nouvel an chinois, musulman et juif ne tombent pas le 1er janvier de chaque année.

Aujourd'hui, vendredi 29 décembre 2017 nous sommes le 11 Tevet 5778 dans le calendrier juif, mais, le 10 Rabi'ou Al-Thani 1439 dans le calendrier musulman et le 8 nivose 226 dans le calendrier républicain issu de la Révolution française. Six pays n'utilisent pas le calendrier grégorien : l'Afghanistan (calendrier persan) - l'Arabie saoudite (calendrier hégirien) - l'Éthiopie (calendrier éthiopien) - l'Iran (calendrier persan) - le Népal (calendrier Vikram Samvat) - le Viêtnam (calendrier luni-solaire).

Il n'en reste pas moins que pour des raisons évidentes, ultra-libéralisme oblige, la grande majorité des nations mondiales ont adopté le calendrier grégorien pour faciliter les échanges marchands.

C'est ce « presque tous » qui pose problème. Le calendrier grégorien n'est qu'une fabrication arbitraire du monde occidental dont le point de départ, c'est à dire l'instant zéro pose beaucoup de problèmes. Dans le calendrier grégorien, issu du calendrier julien, il n'y a pas d'année zéro, ainsi, le calendrier passe directement de l’an -1 à l’an 1, mais il y a un instant zéro censé correspondre, approximativement, avec la naissance de Jésus-Christ. C'est Denys le Petit, mort en 540, qui propose de rattacher le calendrier à la vie du Christ, cette proposition est adoptée par l'Église en 532 et généralisée à partir de l'an 1000.

Il est facile de comprendre qu' un système qui pourrait être fédérateur - avoir tous la même date sur la surface du globe - ne peut être que diviseur dès l'instant où son origine est directement issue d'une croyance religieuse singulière que l'arrogance occidentale a essayé, principalement lors de la période coloniale, d'en faire un dogme universel.

Cette nature religieuse du calendrier grégorien a donné lieu, au cours des trois derniers siècles, à des projets de calendrier universel et de calendrier fixe. Au cours du XXe siècle, la SDN1 puis l'ONU cherchèrent à réformer le calendrier, sans aboutir à cause de la pression de pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l'Indonésie, officiellement pour ne pas désorganiser les traditions religieuses !

Comme à chaque passage d'une année occidentale à l'autre, les médias vont s'employer à nous faire croire que le monde est en liesse pour se souhaiter une heureuse nouvelle année. C'est, bien entendu, comme nous venons de le voir totalement faux.

Pour en terminer, dans notre sphère occidentale, chacun se soumettra à la traditionnelle cérémonie des vœux - bonne année, bonne santé - qui, le plus souvent, est empreinte d'une hypocrisie crasse.

En ce qui me concerne, compte tenu des circonstances, qu'elles soient personnelles, nationales ou internationales, je ne ferai plus jamais mienne cette tradition mais je vous propose de réfléchir, de partager et d'appliquer deux aphorismes qui me semblent tellement plus profonds et intelligents que les traditionnels, mais verbeux, souhaits.

« La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent. » Albert Camus

« Il faudrait toujours toujours traiter ceux que l'on aime comme si, à la minute qui suit, on allait les perdre. » José Cabanis

Jean-Claude VITRAN


1SDN : Société Des Nations

lundi 25 décembre 2017

Ca tangue à la République en marche !


Mardi 19 décembre lors d'une séance de l'Assemblée nationale, la députée du parti fondé par Emmanuel Macron, La République en marche, Sonia Krimi a interpellé vigoureusement le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb sur le projet de loi concernant la politique d'immigration en France qui doit être présenté à l'Assemblée dans quelques semaines.

La députée de la Manche a interpellé le ministre de l'Intérieur en ces termes : « Les centres de rétention deviennent des centres de détention et sont indignes de notre République. »

Quelques heures plus tard, interrogée par les médias, elle a relativisé sa prise de position et nié tout début de fronde : « C'était un rappel à tout ce que nous avons promis durant notre campagne, a-t-elle commenté. On a promis d'avoir une réforme digne, sans préjugé, sans fantasme .... il s'agit aujourd'hui de poser le décor. C'était important de rappeler sur quels principes on s'est engagé, dignes, sans préjugé, respectueux et justes, parce qu'on est le pays des droits de l'Homme. »

Pourtant, ses propos témoignent des tensions qui existent au sein de la majorité où certains députés LREM semblent opposés à un durcissement de la législation sur l'immigration et ne sont pas au diapason sur les sujets sociétaux qui clivent la société française.

Des dissonances se font entendre dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Un député de la majorité dénonce « le risque de fracture » et affirme que « les Marcheurs risquent d'être bousculés par l'actualité sans réponse cohérente à opposer ». L'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA) qui ne fait pas consensus en est un exemple et les sujets de désaccord sont nombreux.

La composition1 singulière et hétérogène du parti d'Emmanuel Macron, où se côtoient des personnes de sensibilités très différentes, de gauche, de droite et de nombreux opportunistes ne peut conduire qu'à de nombreux conflits voire à un éclatement de la majorité présidentielle.

Jean-Claude VITRAN


1     La République en marche, Parti écologiste, Mouvement des progressistes, Alliance centriste, Europe Écologie Les Verts, Mouvement démocrate, Mouvement radical, Divers gauche, Divers

samedi 2 décembre 2017

La démocratie encore bafouée ou l'affaire du GLYPHOSATE !


Lundi 27 novembre 2017, dix-huit pays de l'Union Européenne ont voté en faveur de la proposition de l'exécutif européen, neuf s'y sont opposés et un pays s'est abstenu.
Pour que la proposition soit validée il fallait que plus de 65 % de la population soit représentée.

Voici le détail du vote pays par pays :
  • Pour (65,71%): Bulgarie, Allemagne (qui s'était abstenue lors du vote précédent), République tchèque, Danemark, Estonie, Irlande, Espagne, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Finlande, Suède, Royaume-Uni;
  • Contre (32,26%): Belgique, Luxembourg, France, Croatie, Italie, Chypre, Grèce, Malte, Autriche;
  • Abstention (2,02%) : Portugal.

C'est l'Allemagne qui, pourtant, s'était abstenue lors du vote du 9 novembre 2017 et qui a pesé, cette fois, sur le résultat final. Le fait que Monsanto, producteur du RoundUp, soit en cours de rachat1 par Bayer n'est pas, bien entendu, étranger à ce revirement.

Le glyphosate est un herbicide puissant et polyvalent, breveté en 1974 sous le nom de Roundup, qui tue la plupart des plantes. Il est très critiqué par les défenseurs de l’environnement et a été classé comme « cancérogène probable » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé.

Depuis le début des années 2000, le brevet de Monsanto est tombé dans le domaine public et le glyphosate est utilisé partout dans le monde pour l’agriculture comme pour les jardins publics et privés. Il est fabriqué par plus de 90 sociétés dans une vingtaine de pays. Le marché mondial du glyphosate devrait dépasser 6 milliards de dollars en 2024. En France, il a été l'herbicide le plus vendu entre 2008 et 2013. Selon une enquête de « Cash Investigation » citée par France Info, 47 626 tonnes de glyphosate ont été écoulées dans l’Hexagone pendant cette période.

Le Roundup qui est utilisé dans les années 1990 permet aux agriculteurs de produire plus pour répondre à la demande - entre 1960 et 2004, le volume de la production agricole totale a doublé. En voulant interdire l'utilisation du glyphosate en France, Nicolas Hulot et le gouvernement ont suscité une levée de boucliers parmi les agriculteurs car beaucoup d'entre eux, notamment la FDSEA et la FNSEA, invoquant que ce produit est indispensable pour éliminer les mauvaises herbes, chardons et plantes vivaces, afin de préserver les plantes cultivées, défendent l’herbicide inventé par Monsanto. D’après ses utilisateurs, il n'y a pas d’équivalent aussi efficace et bon marché.

Pourtant, l'utilisation du Roundup par les particuliers et les agriculteurs n'est pas sans incidence sur l'environnement. En 2014, l'Inra prouve l'effet néfaste de ces produits sur les abeilles qui lorsqu'elles sont exposées à l'herbicide perdent le sens de l'orientation et ne retrouvent pas leur ruche. Les conséquences sont importantes sur la production de miel qui a atteint à peine 15 000 tonnes en 2013, contre 33 000 vingt ans auparavant. L'homme pourrait bien constituer la prochaine victime du Roundup. « Nous avons découvert que le glysophate changeait la régulation de la division des cellules, et donc qu'il avait une incidence sur l'induction de cancer », explique Robert Bellé2. Des conclusions également révélées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Monsanto affirme sur son site que « les preuves sont limitées », que « Plusieurs études ne sont pas vraiment des études, mais plutôt des hypothèses », que « la corrélation entre le Roundup et la hausse des cancers reste difficile à établir ». Dans le même temps, de nombreux journaux internationaux affirment que la firme américaine a cherché à influencer les médias et la recherche scientifique afin de minimiser ou nier la toxicité du Roundup.

Au travers de ce vote des 28, il est impossible de ne pas voir la victoire du lobbying industrio-financier et la défaite d’une certaine idée de la Commission européenne, censée être garante de l’intérêt général européen et non porte-parole des intérêts des géants de la finance et de l’industrie.

C'est ce point qui met en cause la démocratie.

En effet, le mardi 24 octobre 2017, le Parlement européen a voté une résolution non contraignante, il est vrai, demandant la disparition du glyphosate dans l’Union européenne d’ici 2022 et son interdiction d'utilisation dès le 15 décembre 2017 pour l'utilisation à des fins non professionnelles.
La résolution, a été adoptée par 355 voix pour, 204 contre et 111 abstentions.

Par ailleurs, une pétition avait réuni 1,3 millions de signatures d'Européens, et le vote du Parlement visait à mettre la pression sur la Commission européenne.

Mais les autocrates omniscients de Bruxelles sont restés sourds aux demandes européennes et ont reconduit le « poison » pour cinq années supplémentaires.

Alors, le glyphosate a encore de beaux jours devant lui, les abeilles et les futurs malades aussi, car les membres de la Commission Européenne qui n'ont que faire des avis des citoyens européens en ont décidé autrement malgré les avertissements de l’OMS, la pétition de millions d’hommes et de femmes à travers l’Europe et le vote du Parlement européen.

Comme lors du vote de 2005 sur la Constitution européenne, la démocratie est, une nouvelle fois, bafouée et le citoyen le dindon.

Ca ne peut pas continuer ainsi !

Jean-Claude VITRAN


1    La Commission européenne a annoncé jeudi la suspension temporaire de sa procédure d'enquête sur le rachat de l'américain Monsanto par l'allemand Bayer, afin de permettre aux deux sociétés de fournir des informations jugées importantes par Bruxelles. Une fois ces informations fournies, une nouvelle date butoir sera annoncée pour que la Commission européenne arrête sa décision sur cette fusion, a précisé un porte-parole de la Commission. Initialement, la date-butoir était le 8 janvier 2018.

2.    Biologiste et professeur émérite à l'Université Pierre et Marie Curie.

lundi 20 novembre 2017

UN SCANDALE A 10 MILLIARDS D'EUROS : De qui se moque t'on


"Un scandale d'Etat" : ce sont les mots employés par Bruno Le Maire, Ministre de l'économie et des finances, pour qualifier l'absurdité de la taxe de 3 % sur les dividendes des grandes entreprises instaurée par le premier gouvernement de François Hollande et récemment rejetée par le Conseil Constitutionnel.

Un raté de taille qui contraint l'Etat « macronien » à trouver d'urgence 10 milliards d'euros pour rembourser les entreprises indûment prélevées.

Pour établir les responsabilités de ce scandale, le ministre des Finances avait missionné l'inspection générale des finances (IGF) en lançant un audit sur cette affaire. Ce faisant, il prenait le risque de mettre en cause la responsabilité du président qui en 2012, comme secrétaire général adjoint de l'Elysée, était en charge des sujets fiscaux.
Christian Eckert, ex-secrétaire d’Etat au Budget, affirmant, au passage, dans les colonnes du journal Le Parisien : « Emmanuel Macron ne peut pas dire qu’il ne connaissait pas le dossier. Il le surveillait comme le lait sur le feu. Quand je le voyais, nous parlions d’ailleurs souvent de ce contentieux ».

Le rapport1 a été rendu le 13 novembre. Alors, qui est responsable ?

Tout le gouvernement de l'époque puisque il est écrit que les responsabilités sont plurielles, belle façon de dédouaner tout le monde. Emmanuel Macron, bien entendu, en sort blanchi, car : « A l'été 2012, il n'était pas possible d'anticiper la nature des risques juridiques apparus ultérieurement ».

En fait, le rapport charge les ministres du gouvernement de Manuel Valls : « L’année 2015 marque un tournant décisif dans l’histoire de la taxe à 3 %. C’est en effet à partir de cette année qu’apparaissent des signes d’une perception élargie de la fragilité de la taxe » écrit l’IGF.

C'est Michel Sapin, alors ministre des Finances et des Comptes Publics en charge du dossier, qui porte le chapeau car, dixit le rapport, Emmanuel Macron, pourtant ministre de l’Economie et du numérique, n’était pas directement concerné.

Le plus extraordinaire dans cette affaire n'est pas qu'on trouve le moyen d'exonérer les responsables, cela nous devions nous y attendre, mais ce sont les précautions épistolaires de la rédactrice2 du rapport dans sa rédaction du préambule méthodologique :

« Les lecteurs doivent savoir que j’ai pu être influencée dans cette enquête par mes fonctions antérieures en qualité de directrice de la législation fiscale (de janvier 2004 à mars 2012) et que j’ai personnellement été partie prenante à la genèse du sujet, puisque j’avais sollicité au début de l’année 2012 l’autorisation d’ouvrir une consultation de place pour remplacer la retenue à la source sur les dividendes versés aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) non-résidents, dont l’annulation par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) paraissait certaine ; cela n’a pas été possible avant le changement de majorité. ... »

Quelle extraordinaire manière de ne pas se mouiller et de nous prendre pour des crétins !

Jean-Claude VITRAN

1 http://www.igf.finances.gouv.fr/files/live/sites/igf/files/contributed/IGF%20internet/2.RapportsPublics/2017/2017-M-076.pdf

2 Rédactrice : Marie-Christine LEPETIT - Inspectrice générale des finances - Chef du Service de l’Inspection générale des finances.

jeudi 16 novembre 2017

COP 23 : Il n’y a plus d’oiseaux dans mon jardin.


Alors que l'hiver approche, cette année, comme l'année dernière, il n’y a plus d’oiseaux dans mon jardin.

D'aucuns diront : quelle importance !

Je m'en excuse cher lecteur, mais cette question là me semble autrement importante pour nous tous que les pérégrinations de Macron à Tourcoing et à Abu Dhabi ou les échanges effervescents entre Médiapart et le Canard.

D'ailleurs, et ceci explique peut-être cela, il n'y a plus d'insectes non plus dans mon jardin. Je n'ai, pourtant, jamais utilisé de glyphosate1, de Roundup pour être plus clair.

Il n’y a plus d’oiseaux dans mon jardin.

Il paraît que je ne suis pas seul à faire ce constat car c'est l'ensemble de notre planète qui perd, très rapidement, ses oiseaux, ses insectes, ses grenouilles, ses coraux, ses glaciers ... bientôt ses hommes

Depuis toujours, quand vient l'automne et le froid, j'installe des mangeoires, mais depuis quelques mois le nombre d'usagers a diminué, et maintenant ils ne viennent pratiquement plus. Déjà depuis quelques années peu de martinets et plus du tout d'hirondelles, il reste encore la visite épisodique d'un merle, de quelques corbeaux et quelques pies, d'un rouge-gorge solitaire, mais plus aucun moineaux domestiques qui, après leur repas, venaient en bande joyeuse se baigner dans la mare. Même les mésanges me boudent.

Cette désertion s'est faite rapidement et elle s'est accélérée depuis trois ans.

Imaginez, un instant, la vie des nos descendants dans un univers sans oiseaux, sans leurs chants du matin ou du crépuscule, quelle tristesse !

Je suis allé sur le web pour me renseigner et, désespéré, j'ai lu que la sixième extinction massive de la biodiversité est bien en marche et qu'en seulement 30 ans, 421 millions d'oiseaux ont disparu, non pas sur Terre mais seulement en Europe ! Environ 90 % de ces pertes proviennent des 36 espèces les plus communes et les plus répandues, comme les moineaux domestiques, les alouettes, les perdrix grises et les étourneaux. Selon les spécialistes "le déclin global de la biodiversité est sans précédent" (dans l'histoire de l'humanité) et l'étude rapporte que les petits oiseaux déclinent plus vite que les grands et que les espèces les plus communes sont les plus touchées, avec des baisses de population considérables et rapides.

Ce qui est extraordinaire, mais surtout désespérant, c'est que cela n'a pas l'air d’inquiéter mes contemporains qui, lorsque j'en parle, se détournent en haussant les épaules : « encore une élucubration du vieux gâteux ».
Il y a pire, c'est que chacun des gouvernants y va de son couplet alarmant. Hier encore, Emmanuel Macron qui prenait la parole à Bonn dans le cadre de la COP 23 a affirmé que "Le seuil de l'irréversible a été franchi". Affirmer cela est particulièrement grave, car cela semble vouloir dire qu'il est déjà trop tard. Mais non, ça doit pas être si grave, car aussitôt descendu de la tribune, rattrapés et téléguidés par les lobbys industrio-financiers, l'ensemble des gouvernants se contredisent et pratiquent le double langage : blanc à l'extérieur, noir à l'intérieur.

En 2002 à Johannesburg, Jacques Chirac avait dit « qu'il y avait le feu à la maison », pourtant fin 2017, l'incendie fait toujours rage avec toujours plus de vigueur.

Pour en revenir aux oiseaux, sujet de ce blog, selon Richard Inger2 : "la perte importante des oiseaux communs pourrait être très préjudiciable à la société humaine" et mettrait en péril l'avenir de l'humanité étroitement dépendante des ressources de la nature.
En effet, ces oiseaux, comme tous les êtres vivants, sont des éléments importants et incontournables des écosystèmes : ils régulent les ravageurs en contrôlant leur prolifération, ils disséminent les graines des fruits et participent, ainsi, à la reproduction des végétaux et certains d'entre eux jouent un rôle important dans l'élimination des charognes dans l'environnement.

Cependant, ils ne sont pas seuls concernés par une extinction massive dont nous sommes tous responsables et qui met en péril l'avenir de l'humanité.
L'évaluation de quelque 6 000 espèces révèle que 44% de tous les mollusques d'eau douce, 37% des poissons d'eau douce, 23% des amphibiens, 20% d'une sélection de mollusques terrestres, 19% des reptiles, 15% des mammifères et des libellules, 13% des oiseaux, 11% des coléoptères saproxyliques, 9% des papillons et 467 espèces de plantes vasculaires sont menacées.

Le Commissaire européen à l'Environnement, Janez Potočnik, affime : « Le bien-être des Européens et des hommes du monde entier dépend des biens et des services que fournit la nature. Si nous ne traitons pas les causes qui provoquent ce déclin et que nous n'agissons pas d'urgence pour y mettre fin, nous pourrions payer le prix fort. »

Emmanuel Macron vient d'en faire le constat, qu'attend-il pour prendre la tête de la nouvelle croisade ?

Jean-Claude VITRAN

1   Il se consomme 700 000 tonnes de glyphosate dans le monde dont 8000 tonnes en France. Il n'y a pas que le Roundup qui soit en cause, mais aussi 750 produits fabriqués par 90 firmes dans 20 pays. Il n'est pas seulement utilisé comme désherbant, mais aussi comme accélérateur de maturité pour les céréales, les légumes, les fruits … C'est un cancérogène probable, il agit sur l'ADN humain, principalement chez les femmes enceintes et il est avéré que c'est un tueur d'abeilles.

2   Chercheur à l'institut pour l'environnement et le développement durable à l'université d'Exeter - Royaume-Uni

jeudi 2 novembre 2017

« Emmanuel » chiche qu'on ne ratifie pas le CETA !


L'accord de libre échange, appelé CETA, entre le Canada et l'Union Européenne n'a pas encore été ratifié par le Parlement français, pourtant depuis le 21 septembre presque tous les produits européens et canadiens s'échangent sans droit de douane. 

Le seul point qui reste en suspens est la légalité des tribunaux d'arbitrage en cours d'examen par la Cour de justice de l'Union Européenne, malgré tout sans la ratification de l'accord par les 28 membres de l'UE 98 % des produits européens et canadiens s'échangent librement de part et d'autre de l'Atlantique.

La question qui se pose est : « est-il encore possible d'arrêter la mise en œuvre du CETA ? »

En principe, si la Cour de justice dit non ou si un seul État ne le ratifie pas, la mise en œuvre provisoire est stoppée, mais les règles de sortie ne sont pas claires et il « semble » que l'arrêt de la mise en œuvre ne serait pas automatique.

Si un État ne ratifie pas il devra notifier son refus et une discussion s'engagera alors entre les pays européens. Les observateurs sont d'accord pour affirmer que tout dépend de l'État qui rejette l'accord, si c'est la Slovénie, peut-être que la mise en œuvre continuera, si c'est la France, ce ne serait certainement pas le cas.

En ce qui concerne la ratification par le Parlement français, c'est le volet environnement qui semble coincer, car le Canada pourrait remettre en cause les engagements de l'accord de Paris, mais la France Insoumise de Mélenchon pense que c'est « du vent pour gagner du temps » et le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, qui considérait le traité « climaticide » avant d'être ministre, a annoncé une ratification « probablement » au « deuxième semestre 2018 » soit plus d’un an après l’entrée en vigueur du traité !

Tous les spécialistes s'accordent à dire que la lutte contre le réchauffement climatique est « le grand absent » de cet accord et qu'il aura un impact « défavorable » en la matière.

Il semble qu'on peut, une nouvelle fois penser qu'Emmanuel Macron prend les Français pour des imbéciles et qu'il n'a aucune volonté de s'opposer au traité dans son état actuel : pourquoi ne s’est-il pas opposé à l’entrée en vigueur provisoire du traité le 21 septembre ? Pourquoi n’a-t-il pas présenté des contre-mesures à ses homologues européens lors du conseil de l’Union européenne des 19 et 20 octobre dernier ?

Le président semble aussi crédible que son prédécesseur quand il annonçait que la finance était son ennemi !

Les tergiversations du pouvoir ont au moins un avantage, celui de nous donner du temps pour convaincre les parlementaires et les Français que se serait un crime, au moins écologique, que d’appliquer ce traité. 

Au travail !

Jean-Claude VITRAN