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mardi 19 novembre 2013

L' obsolescence programmée, une perfidie du modèle capitaliste


Si vous ne connaissez pas l'ampoule centenaire ou ampoule de Livermore, précipitez vous vers le documentaire « prêt à jeter » que vous pourrez regarder sur la chaine ARTE. 1

L'ampoule de Livermore est une ampoule électrique de quatre watts qui brille depuis 1901 ; elle est installée dans la caserne de pompiers de la localité de Livermore en Californie et n'a presque jamais été éteinte.

Elle est citée comme la preuve de l'organisation de l'obsolescence programmée - symbole de la société du gaspillage - par les multinationales fabriquant les équipements actuels - électricité, électronique, électroménagers, automobiles, etc. - visant à réduire la durée de vie d'un équipement en vue d'en augmenter le taux de remplacement voire de programmer sa mise en panne. (voir le rapport 2 de l'association environnementale « Les amis de la Terre » publié avec le CNIID)

Cette pratique prend une dimension européenne et le Centre Européen de la Consommation (CEC)3, association franco-allemande, vient de réaliser une étude ayant pour titre : l'obsolescence programmée, dérive de la société de consommation.
Dans son rapport, le CEC estime que les machines à laver (2000 à 2500 cycles de lavage seulement), les téléviseurs (20 000 heures de fonctionnement), les téléphones portables et les smartphones, les imprimantes et même les voitures seraient étudiés et réalisés pour que si un seul élément devient défectueux, c'est l'appareil entier qui doit être changé.

En ce qui concerne, par exemple, les imprimantes : elles avertissent du moment où il faut changer les cartouches d'encre, pourtant, on peut souvent continuer à imprimer de nombreuses feuilles alors que les utilisateurs changent souvent de cartouches avant que cela soit nécessaire.

Le CEC conclut : « C'est l'imprimante qui rend la cartouche d'encre obsolète. »
Quelquefois, c'est une puce qui bloque l'imprimante après un nombre d'impressions prédéterminé par le fabricant.

On peut lutter contre l'obsolescence programmée et des sites donnent des conseils pour réparer soi-même des appareils défectueux.4

Le CEC souhaite que l'Union Européenne se saisisse de cette question et que la durée de vie moyenne d'un appareil soit mentionnée à l'achat de chaque appareil. Il soutient une proposition de loi visant à lutter contre l'obsolescence et pour l'augmentation de la durée de vie des produits.

Dans notre pays, le groupe Europe Écologie Les Verts du Sénat avait déposé le 18 mars 2013 une proposition de loi visant à lutter contre l'obsolescence et augmenter la durée de vie des produits. Le texte visait à donner une définition précise du concept, à étendre la durée légale de conformité des produits, à faciliter l'accès aux pièces détachées nécessaires à la réparation d'un produit et à rendre les stratégies d'obsolescence programmée punissables de deux ans d'emprisonnement et de 37 500 € d'amendes.

Les parlementaires ont capitulé en rase campagne devant les pressions des lobbies industriels et de la grande distribution et ont refusé de sanctionner l'obsolenscence programmée.

Des campagnes couteuses de sensibilisation des citoyens/consommateurs à la limitation de leurs déchets5 sont initiées par le gouvernement. Il faut croire que l'industrie et à la grande distribution sont suffisament vertueuses pour que ces campagnes ne s'adressent pas elles. Il faut pourtant sortir de cette société du gaspillage et au delà du racket du consommateur 6, car c'est bien de cela qu'il s'agit.


Il reste une faible lueur d'espoir au niveau européen, où le Comité Economique et Social Européen a voté dans sa séance plénière du 17 octobre 2013 un avis condamnant les pratiques d'obsolescence programmée, mais les spécialistes du lobbying, commandités par les grands groupes financiers et industriels, doivent être à la tâche pour faire avorter le projet.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1 http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Pret-a-jeter/3714422,CmC=3714270.html
2 http://cniid.fr/IMG/pdf/201009_rapport_OP_AdT_Cniid-2.pdf
3 http://www.europe-consommateurs.eu/fr/nous-connaitre/qui-sommes-nous/le-centre-europeen-de-la-consommation/
4 ifixit.com (il existe une version française) - http://www.commentreparer.com/ - http://www.tout-electromenager.fr/
5 En 40 ans, notre consommation de ressources a augmenté de plus de 30% et la production des déchets des ménages a doublé. 
6 Selon un sondage 68 % des Français ont une opinion négative de la société de consommation.

lundi 18 novembre 2013

Dénoncer ou dépasser le capitalisme ?


On a pu reprocher à Stéphane Hessel d'avoir seulement appelé à s'indigner. En réalité, il invitait à une prise de conscience dynamique : le refus du capitalisme commence par la connaissance de ce qui nuit à l'humanité et qui ne doit plus être supporté.

Voici des générations que l'on dénonce le capitalisme et cela ne l'a pas anéanti pour autant et seulement modifié. Il s'agit donc de comprendre pourquoi, à présent, le capitalisme est dépassé et c'est pourquoi il faut dénoncer non ses excès mais sa raison d'être.

Deux approches sont parallèles et peuvent se recouper un jour : la fin du capitalisme sous le poids de la critique et de l'hostilité des exploités, d'une part, ou bien la fin du capitalisme, en fin de vie, qui ne parvient plus à dominer l'ensemble des peuples du monde, d'autre part.

Il fut un temps, qui n'est pas loin, où parler de la fin du capitalisme faisait ringard. Cela ne se disait plus. Depuis la fin du socialisme soviétique, il était entendu que la démocratie et le capitalisme ne faisaient plus qu'un. Le "monde libre" avait gagné la partie et la dernière page de l'histoire était écrite, comme l'affirmait Francis Fukuyama ; il n'y avait plus d'alternative.

"La crise" (comprendre l'échec bancaire, financier et monétaire) de 2008 a permis d'entendre de nouveaux discours où le capitalisme cessait d'être considéré comme incontournable. La réalité économique et sociale, que masque l'usage permanent du vocable crise (comme s'il s'agissait d'un trouble passager !), entraine les peuples vers une mutation historique à laquelle s'oppose un conservatisme brutal, intelligent, et qui ne lâche rien sur le maintien des inégalités et du profit.

Il est plusieurs voies pour aller au cœur du capitalisme, là où il est fragile et peut être ruiné dans l'esprit de nos contemporains avant d'être ruiné tout court, c'est à dire privé de ses gains.
Il en est deux. D'abord celle-ci : les humains pensent encore, dans leur majorité, - ainsi ont-ils été et sont-ils encore formatés - que du plus seulement jaillit le mieux ; et donc, si le partage touche à la croissance et au profit, en réduisant les intérêts de certains pour satisfaire l'essentiel des besoins de tous, ce n'est pas la solution. La condamnation de l'égalitarisme, jugé in fine totalitaire, n'a pas d'autre explication. Le socialisme est inacceptable, pour les théoriciens du libéralisme, parce qu'il est, par essence, autoritaire et démagogue. Le fond du débat git là : le partage est-il accessible à une société structurée, démocratique et libre ? La liberté, premier principe de la devise républicaine française, est-elle compatible avec l'égalité, second principe de la même devise ? À l'idéal égalitaire on oppose le réalisme libéral. L'accès à l'égalité véritable, telle est l'entrée dans ce qui fait problème pour le capitalisme : tout espoir de voir les riches cesser de dominer la Terre et les autres hommes qui l'habitent est considéré comme subversif, irresponsable et dangereux. Une lutte historique s'est engagée là et les pauvres l'ont jusqu'à présent perdue.

Mais il y a, ensuite, cette autre : à cette lutte des classes qui vient relayer des décennies, voire des siècles, de résistance à l'exploitation des modestes par les puissants, se surajoute ce que l'on peut appeler : la lutte des fins. L'apparition des thématiques écologiques, qu'aucun parti n'a su prendre en compte, a mis en évidence que le capitalisme repose sur une illusion, un irréalisme : la possibilité de faire fonctionner durablement les sociétés avec des ressources énergétiques et minières non renouvelables. Plus largement encore, le productivisme sans frein, la croissance indéfinie n'offrent comme modèle de civilisation que la fuite en avant, en refusant d'accepter l'idée qu'il y a une fin indépassable qui, en tout cas sur cette Terre, interdit de vivre sans limites. Une fois la liberté réservée à ceux qui disposent du pouvoir, une fois l'égalité réduite à la propriété de ceux qui disposent de l'avoir, à qui appartient la fraternité, troisième principe fondateur de la République, sinon à ceux qui s'appuient sur le savoir véritable.


Mais résumons-nous, brièvement. 

1 - Brisons le lien politique entre le capitalisme et la démocratie, non en réinventant la démocratie populaire qui ne fut que la dictature du parti, mais en administrant la preuve que, non seulement, démocratie et capitalisme ne sont pas l'envers et l'endroit d'une même médaille mais, surtout, qu'il n'y a pas de démocratie viable là ou domine le capitalisme.

2 - Affirmons et prouvons que la démocratie ne peut se fonder que sur l'égalité, non par la résurgence d'un collectivisme menant tout droit au totalitarisme, mais par l'affirmation constante qu'un homme vaut un homme et peut bénéficier d'un sort non pas équivalent mais commun à celui de son voisin quand il s'agit des fondamentaux de toute existence digne et honorable.

3 - Constatons que l'humanité est entrée dans l'ère de la connaissance et de la communication complète et rapide des données indispensables aux choix décisifs. La démocratie n'appartient plus aux représentants des citoyens délégant leur pouvoir ; elle appartient aux citoyens eux-mêmes, de plus en plus nombreux, qui, avec ou sans conseils associés, peuvent décider de leur sort. La décérébration produite par la publicité et la propagande tend à ralentir où ruiner ce processus, mais en vain car in fine ce sont les intérêts vitaux qui commandent.

4 - Enfin, pressons-nous de redéfinir la fraternité politique qui ne se limite pas à des sentiments humanitaires et à la bienveillance. Elle est une solidarité non occasionnelle mais permanente. Elle est l'esprit même de la République, de la res publica, de la chose publique, incompatible avec la priorité laissée aux intérêts privés. Elle est le lien civique qui unit la personne (non "l'individu" !) et la commune, communauté ou collectivité dans la responsabilité et non l'obéissance. Elle est cette attitude citoyenne sans laquelle la liberté autant que l'égalité se disloquent avant de se désagréger.



Et pour entrer dans ce monde là, à nos portes, il faut nous débarrasser du capitalisme lequel n'existe que parce qu'il nous habite, nous modèle, nous détermine, nous exploite, nous domine, nous assujettit et nous... gouverne ! Tendons à nous gouverner nous-mêmes : ce n'est plus un rêve ou une chimère nous répétait Stéphane Hessel. Soyons "acteurs", comme le dit constamment Alain Touraine, acteurs de nos vies.
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 10 novembre 2013

Extraire l'humanité des logiques de guerre.



Anatole France :   " On croit se battre pour sa patrie et on meurt pour les industriels "
Lettre ouverte à Marcel Cachin, dans le journal l'Humanité du 19 juillet 1922.

L'espèce humaine ne sait pas ce qu'est la paix. La guerre nous semble la manifestation inévitable des rapports de force politiques. A posteriori, une fois passées les années, on découvre qu'il n'est aucune guerre juste car il n'est aucune guerre justifiable face au jugement de l'histoire.

Les commémorations du centenaire de l'entrée dans la première guerre mondiale, nous rappellent ce que nous voulions oublier par peur et par honte : on ne pouvait, entre 1914 et 1918, demander aux humains de payer un tel prix pour aboutir à... rien, sinon à semer les graines d'un autre conflit tout aussi épouvantable, entre 1939 et 1945 ! Hitler était en Belgique, à Messines, en 1915 et il y a connu l'épouvante quotidienne et la banalisation de la violence extrême. C'est là qu'en lui est né le monstre et le désir de vengeance pour l'humiliation subie par les Allemands, qui allaient être vaincus malgré leurs énormes sacrifices.

Tant de savoir, de technique, de courage, de souffrance, de terreur, de travail, d'imagination, de cynisme pour envoyer à la mort des millions d'Européens, c'est devenu impensable et pourtant ce fut une réalité qui a fait douter de tout : de Dieu, des hommes, de l'amour, de la vie même.

Les « six cent cinquante fusillés pour l'exemple » ont été les témoins honnis et pourtant admirables qui, pour certains, - les autres ont subi leur mauvais sort - ont désobéi et donc tenté de résister à la machine infernale. Il a fallu un siècle pour reconnaître que ce n'était pas des traîtres mais le petit nombre de ceux qui, ayant déjà beaucoup donné, n'en pouvant plus, considéraient qu'on les entrainait, au nom du devoir, vers une fin sans espoir et qui disaient : « non, nous n'irons pas plus loin ». Il fallait qu'ils meurent au combat et qu'ils l'acceptent ; ils ne l'ont pas voulu ; on les a, pour cela, fusillés. Ils pouvaient être « contagieux »

Il reste de nombreux citoyens pour estimer que la nation peut sacrifier ses enfants et que l'État est en droit de l'exiger. Il n'est pas d'exemple historique où la guerre ait produit un bien pour le peuple. La bataille de Valmy, admirée dans nos manuels d'histoire, fondatrice de la République, n'a pu empêcher la naissance de l'Empire et la défaite de Waterloo. Qu'on loue encore, aujourd'hui, Bonaparte devenu Napoléon, a de quoi surprendre, tant il causa de meurtrissures à la France et cela montre bien à quel point, depuis des siècles, les logiques de puissances nous imprègnent, lesquelles ne sont que des logiques de guerre et donc des logiques de mort.

On fustige les pacifistes qui se refusent, en toutes circonstances, à prendre les armes. Louis Lecoin, l'anarchiste objecteur de conscience, ne pouvait accepter d'être entrainé vers l'inéluctable. Il le cria et subit de multiples années de prison. Car, estimait-il, pour faire combattre les hommes les uns contre les autres avec des outils, pensés par de savants ingénieurs dans les usines d'armement, des outils qui broient, torturent, asphyxient, bref assassinent, de loin comme de près, il faut que notre conscience ait été anéantie.

La puissance, la sophistication, la quantité des armements, beaucoup plus « performants » que ceux dont les Poilus firent usage, devraient nous glacer d'effroi et donc geler les activités militaires qui causent toujours plus de mal qu'elles ne protègent les innocents. C'est encore nié, mais c'est ainsi. Les sociétés fondées sur la violence, la puissance, la force et la contrainte physique sont intrinsèquement perverses quelles que soient - parfois ! - les bonnes intentions de leurs dirigeants.

L'intelligence n'a jamais bloqué ces perversités. La volonté de puissance (Wille zur Macht), un concept proposé par Friedrich Nietzsche, (et un projet de livre abandonné, à la fin de l'année 1888) est présente au cœur de tout pouvoir et tout y est sacrifié. Faut-il s'y soumettre encore ?

Le piège est tel : longtemps avant qu'un conflit ne soit déclenché, ses causes se préparent, se nourrissent d'ambitions et de mensonges, s'enflent des situations antérieures jamais résolues et, le jour venu, on ne peut faire autrement que... ce qu'il ne faut pas faire.

Un grand esprit se dresse-t-il, alors, devant les fomentateurs de guerre ? On le tue. Ainsi mourut Jaurès, assassiné à Paris, dans le café Le Croissant, le 31 juillet 1914, trois jours seulement avant l'entrée en guerre, le 4 août. Son assassin, Raoul Villain, fut ... acquitté le 29 mars 1919, ce qui est la démonstration même, aussi choquante que surprenante, qu'on n'avait rien voulu comprendre à ce qui avaient été les causes et les conséquences de cette boucherie qui fit neuf millions de morts et vingt millions de blessés.

On peut écrire des livres savants (et le faut, pour l'histoire) au sujet des guerres et de leur place dans les contextes géopolitiques, mais les questions philosophique et politique, liées, priment : « est-ce ainsi que les hommes vivent » écrivait Aragon ; les hommes peuvent-ils vivre autrement doit-on se demander aussi... Et surtout, faudra-t-il longtemps encore que chaque citoyen soit tenu d'obéir à ce qu'il réprouve, au nom du patriotisme et de la République ? Tout semble, à l'approche de 2014, réuni pour pouvoir clairement répondre : non !

Lazare Ponticelli (1897-2008) qui fut le dernier survivant de la guerre 14-18, disait :
« Cette guerre, on ne savait pas pourquoi on la faisait. On se battait contre des gens comme nous... »

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



mardi 5 novembre 2013

Face au racisme, que font les vrais républicains ?


Il semble que, depuis quelques mois, nous vivons en France, mais aussi en Italie, dans des pays où les idées racistes se banalisent.

Mme Taubira a été attaquée dans des termes que l'on pensaient rangés au magasin des accessoires verbaux des colonialistes.

À Angers, dans l'ouest de la France, le 25 octobre dernier, des partisans du collectif «  La Manif pour tous » n'ont pas hésité à instrumentaliser des enfants en leur faisant crier : « C'est pour qui la banane ? C'est pour la guenon ! ».

Peu de temps auparavant, à l'est de la France, Anne-Sophie Leclerc, candidate du Front National déclarait : « Je préfère la voir dans un arbre, accrochée à des branches, plutôt qu'au gouvernement » et, lors d'une manifestation organisée par le groupuscule Civitas 1, son leader scandait : « ya bon banania, ya pas bon Taubira ».

En Italie, Cécile Kyenge, Ministre à l'intégration, a été, de son côté, la cible de lancers de bananes de la part de militants d'extrême droite et de propos racistes et haineux : « J'aime les animaux (...) mais, quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m'empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outang … Pourquoi personne ne la viole jamais ? »

Il semblerait que notre inconscient collectif, formaté par des siècles d'esclavages et par le regret de la « grandeur » de notre ex-puissance coloniale, soit imprégné, en profondeur, par une xénophobie, un racisme latent qui, comme une maladie endémique, ne demandent qu'à ressurgir, par poussées périodiques, chez un trop grand nombre de nos compatriotes. 

Il existe en permanence, malheureusement, dans notre pays, un fond de racisme quotidien, mais dans la période actuelle, ces attaques raciales, mais aussi homophobes et sexistes 2, atteignent un niveau d'intensité alarmant. Il est de notre responsabilité de réagir collectivement, en refusant cette banalisation malsaine.

La dénonciation de ce racisme réapparu ne doit pas se réduire à un combat contre le Front National car, dans de nombreuses formations politiques, associatives ou pseudo-philosophiques, des voix s'élèvent pour désigner des boucs émissaires à la vindicte publique, alimentant ainsi le trouble et la haine.

Alors que nous avons besoin d'une parole de dénonciation forte, les responsables de l'État, les intellectuels et les associations de défense des droits fondamentaux ne semblent pas prendre la mesure de l'instillation insidieuse du venin raciste dans le corps social ! Comme anesthésiés, ils sont quasi aphones et s'expriment trop peu, endossant ainsi leur part de responsabilité dans une inconséquence générale et coupable.

Le racisme ambiant n'est pas seulement intolérable, il met en péril les fondements mêmes du pacte républicain et, au-delà, notre démocratie pourtant déjà bien malade. Il est urgent de réveiller la conscience de nos concitoyens car le délitement actuel de la société française nous conduit à une crise majeure et au chaos.

Jean-claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


1    https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitas_%28mouvement%29
2    Mmes Duflot et Massonneau ont été victimes de quolibets de députés machistes à l'Assemblée.

mercredi 30 octobre 2013

Lettre ouverte aux parlementaires socialistes.


Chers élus,

La conjoncture est complexe et la situation grave ; les Français pessimistes sont de plus en plus mécontents, les crises perdurent, se superposent, s'amplifient et on perçoit, dans le pays, un grondement sourd de colère qui pourrait bientôt exploser.
Pendant ce temps, le gouvernement ne donne pas l'impression de prendre la mesure des difficultés. Il atteint un niveau d'impopularité inégalé, il louvoie, il s'enlise dans la démagogie et il ne semble plus capable de redonner à notre pays l'élan nécessaire pour sortir de la crise sociale qui gronde et faire la politique pour laquelle il est élu : socialiste, solidaire et fraternelle.
Au contraire, toutes les décisions qui semblent dictées par les modèles « libéraux », sont entachées d'amateurisme, voire d'incompétence, au minumum d'impréparation : affaire Leonarda, improvisation sur la taxation de l'épargne, Ecotaxe, etc.

Je suis très inquiet pour notre pays et je tiens à vous faire partager quelques pages de mon cahier de doléances.

Le 6 mai 2012, François Hollande est élu Président de la République avec 51,64 % des suffrages exprimés, cependant, seulement 44,49 % des Français en âge de voter l'ont désigné comme premier magistrat, sous la barre des 50% comme Jacques Chirac avant lui en 1995. Il est élu sur un programme de 60 propositions et sur un slogan « le changement, c'est maintenant », mais aussi grâce à un discours « fort » prononcé au Bourget où devant 25000 personnes, il déclare « Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance. »

Enfin un discours en rupture avec le libéralisme sauvage ambiant. Même s'il n'est pas mon favori, celui qui prononce ces propos ne peut qu'être digne de confiance, élisons le !

L'avenir m'a fait rapidement déchanter : Que reste – t'il, aujourd'hui, de ce rêve, de ces ambitions, de ces incantations ? rien, sinon presque rien ! François Hollande a capitulé devant les groupes de pression et oublié les promesses faites à ses électeurs et aux Français. A moins qu'il nous ait trompés.
Vous souriez en pensant que je suis crédule et bien naïf car Il est vrai que, comme souvent devant les discours des hommes politiques, les promesses n'engagent pas ceux qui les font, mais ceux à qui on les fait.

Pour essayer de vous convaincre, voici une liste non exhaustive des promesses non tenues :
  • Abandon de l'encadrement des contrôles d'identité pour ne pas déplaire aux policiers. (promesse N° 30)
  • Abandon du projet de réforme fiscale.
  • Timidité des mesures économiques et financières pour ne pas heurter les cercles patronaux.
  • Réforme des retraites qui laisse subsister les régimes spéciaux et laisse sur le carreau plus de 100 000 demandeurs d'emplois âgés en fin de droit. (promesse N°18)
  • Absence de volonté politique en matière de protection de la santé et de l'environnement. (usure de 2 ministres de l'environnement)
  • Réforme étriquée des collectivités locales qui fait éclater le conflit d'intérêt inhérent au cumul des mandats.
  • Abandon de la renégociation du traité européen du 9 décembre 2011. (promesse N°11)
  • Abandon d'une nouvelle tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz. (promesse N° 42)
  • Où est la promesse N° 48 - « J’augmenterai les pouvoirs d’initiative et de contrôle du Parlement »alors que, comme sous le quinquennat de Sarkozy, c'est l'exécutif qui dicte sa loi, laissant peu de possibilités aux parlementaires.
  • Abandon du droit de vote aux élections locales des étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. (promesse N° 50)
  • Abandon de l'annulation de la loi de rétention de sureté.
  • Taxation toujours plus forte des classes intermédiaires, et au delà, que fait - on pour les chômeurs, les personnes en situation précaire, les quartiers laissés à l’abandon, les élèves et les étudiants, etc ?
Et malheureusement, la liste, déjà longue, n'est pas close.

Enfin, pour en terminer, revenons ensemble sur l'affaire de la jeune Leonarda.
La législation en vigueur dans cette affaire est celle mise en place par les ministres Sarkozy, Hortefeux et Guéant. Elle a durci les conditions d’admission sur le territoire et d’octroi du statut de réfugié. François Hollande avait pris l’engagement de la modifier après son accès à l’Elysée (proposition n° 50). Pourtant cette législation qui avait été contesté par le PS au moment du débat parlementaire, est toujours en vigueur.
Cette attitude soulève d'autres questions :
Pourquoi notre pays, qui se flatte d'être celui des droits de l'homme, est des cinq pays de l’UE qui ont reçu le plus de demandes d’asile en 2012, celui qui en a accepté la plus faible proportion (14 %, contre 35 % au Royaume-Uni, 29 % en Italie, 27 % en Suède et 20 % en Allemagne) ?
Pourquoi reconduit-on plus de personnes aux frontières maintenant que lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy : 36 822 personnes en 2012 (soit 100 par jour) contre 32 912 en 2011 (90 par jour) ?

Enfin, comble du comble, la proposition du Président de la République d'admettre sur le territoire une jeune fille mineure de 15 ans sans ses parents en contradiction avec la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, en particulier les articles 9.1 et 10.1, et surtout, au delà du droit, comment, François Hollande, père de famille, peut-il faire une telle proposition à une enfant  en passant par dessus l'autorité de ses parents ? Cette proposition, qui a un relent de basse politique, vous savez, celle qu'on fait sachant qu'elle sera refusée, frise l'irresponsabilité et est très choquante.

Chers élus, j'ai beaucoup de respect pour le travail que vous avez fait et que vous continuez, j'en suis sûr, à faire mais je m'inquiéte pour vous car je pense que vous devez souvent manger votre chapeau.

S'il vous plait, rassurez - moi ! cette non-politique de gauche, pour ne pas l'appeler de droite, ne va pas durer ; vous allez bientôt nous réveiller, mes amis et moi, nous sortir du cauchemar, car nous vivons un vrai cauchemar de voir nos convictions bafouées de cette manière.

Nous en sommes à imaginer l'inimaginable ... ne pas voter aux prochaines élections.

Bien à vous

Jean-Claude Vitran

samedi 26 octobre 2013

Sur l'extrèmedroitisation de la France

Non, ce n'est pas Marine Le Pen qui nous fait peur ! C'est notre grande perméabilité à des idées qui ne sont pas avancées par le seul Front National !

Que le Ministre de l'Intérieur actuel soit la personnalité politique la mieux appréciée des Français (selon des sondages dont les initiateurs et les modalités sont loin d'être toutes transparentes), voilà qui inquiète davantage. Non que Manuel Valls soit le grand méchant loup dont tout est à craindre, mais parce qu'il mène une politique, au nom du gouvernement tout entier, qui conduit à confondre les causes et les conséquences, l'appât du gain généralisé et encouragé d'une part, et les malfrats, petits et gros, qui en profitent, d'autre part. Autrement dit, des logiques de répression se mettent en place, avec l'assentiment des citoyens excédés, au lieu de dresser des obstacles à la gloutonnerie des profiteurs qui disposent de la complicité de médias aux ordres de qui les paient.

L'extrèmedroitisation est d'abord culturelle. En 2007, Nicolas Sarkozy avait remporté l'élection présidentielle sans rien cacher de l'idéologie qu'il soutenait et dont la formule, « Travailler plus pour gagner plus », n'était que la plus visible apparence. Depuis, de l'eau a coulé sous le pont et elle charrie des objets de plus en plus nombreux et dangereux. Ainsi continue-t-on à vouloir réduire le chômage en satisfaisant les exigences du patronat (à ne pas confondre avec l'ensemble des entreprises !). Ainsi leurre-t-on l'opinion en lui enfonçant dans la tête, jour après jour, que seule la vache sacrée de la croissance peut nourrir les revenus des Français. Ainsi culpabilise-t-on tous ceux qui sont privés d'emploi en leur reprochant de préférer l'assistance au travail ! Ainsi voudrait-on sanctionner ceux qui, pour trouver à s'employer, refusent de quitter leur région, leur maison, leur famille, prétendent ne s'engager que dans ce qu'ils savent faire, et hésitent à se reconvertir l'âge venant...

La mobilité, la souplesse, l'adaptabilité, la compétitivité, la modération dans l'activité salariée sont devenues des valeurs détournées qui signifient, en vérité : va où je le veux, - accepte mes conditions de travail quelles qu'elles soient, - apprend à faire tout ce que j'exige sinon, si tu n'as pas la compétence requise, je me passerai de tes services, - produit plus vite et moins cher sinon je ferme l'entreprise et je la transfère ailleurs, en France ou pas, - enfin ne me demande surtout pas de te payer plus, la main d'œuvre ne manque pas... L'affaiblissement des salariés et de leurs syndicats, incapables d'établir un rapport de force en leur faveur, fragilise des secteurs entiers de la société où s'introduisent d'autres moyens, illicites, d'avoir des ressources pour vivre. Cette situation est intenable et ne peut que déboucher sur une violence à laquelle déjà se préparent ceux qui ne veulent rien changer à un système qui broie l'Europe tout entière, mise en concurrence avec des populations immenses mais, pour le moment moins exigeantes et plus soumises.

Accepter cette logique économiste est mortifère. Ne pas sortir des fausses évidences distillées par les professionnels de la communication conduit à une impasse où les faibles et les pauvres seront égorgés. La dépréciation volontaire de la solidarité, du partage de l'égalité et de la fraternité (laquelle est une valeur politique et non une forme de la compassion !) mène à des conflits dont nul ne peut encore apprécier l'ampleur et le coût humain. Les « réalistes » ne sont pas réalistes sinon ils verraient pourquoi l'Europe, et l'Occident plus généralement, fut-ce très lentement mais inexorablement, sont entrés dans la voie du sous-développement pour avoir voulu conserver le développement pour eux seuls.

Du Tee-Party américain au FPO autrichien, au Vlaams Belang belge, au Jobbik hongrois (mais la vague n'a cessé d'enfler partout, en Norvège, Danemark, Suède, Italie, Japon, Israël...) les mêmes revendications s'installent : vivons chez nous, entre nous, chassons les étrangers, fermons les frontières, renforçons notre police et notre armée, appuyons nous sur nos élites, méfions nous du métissage, combattons l'islamisation, plaçons l'ordre avant la liberté... S'il ne s'agissait que des excès idéologiques d'une partie de nos sociétés il n'y aurait pas à craindre ce poison qui a déjà diffusé, dans le passé, et dont nous avions trouvé l'antidote. Le poison réinjecté dans notre corps social atteint, cette fois, la droite classique et la partie « républicaine » de la gauche qui se sont laissé pénétrer par le nationalisme et le retour d'une conception fermée de l'identité française. Autrement dit, les organisations économiques et sociales étant mises à mal par ce qu'on appelle la crise (et qui est une forme nouvelle d'une mondialisation qui a cessé d'être occidentale), le repli de tous ceux qui craignent l'avenir, et singulièrement pour leur propre avenir, prend un tour agressif sur lequel surfent d'habiles démagogues.

L'extrèmedroitisation apparaît donc comme un effet de glissement du curseur politique, non vers les extrêmes comme on nous dit mensongèrement (pour nous faire accepter une fausse égalité entre le Front de gauche et le Front national par exemple), mais vers la droite dure, super-individualiste, hostile aux choix écologiques les plus incontournables, centralisatrice, souvent sexiste, néo-nationaliste, répressive avant d'être préventive, interventionniste dans les pays hier sous domination coloniale, etc... Il s'agit là d'une orientation où se rejoignent des formations politiques (en tout ou partie) de plus en plus décomplexées, c'est-à-dire de plus en plus à droite, de plus en plus extrémistes dans leur défense de la « démocratie capitaliste » (les deux mots étant devenus indissociables, progressivement après la chute du mur de Berlin, et nettement depuis le début du XXIe siècle !).

Nous sommes entrés dans un conflit idéologique total. Ce n'est plus un affrontement parti contre parti. C'est la mise en cause brutale de la citoyenneté. Qui choisit le camp des pauvres, des modestes, des négligés, des oubliés, des « sans », des abandonnés, bref des « misérables » eut dit Victor Hugo, est confronté, immédiatement, à tous ceux qui, ou bien veulent que ça dure, par intérêt personnel (lequel est multiforme et ne concerne pas que les grandes fortunes) ou bien préfèrent la stagnation plutôt que le risque d'un changement jugé impossible (et nul mieux que François Hollande n'aura si vite, et si éloquemment, bradé ce beau mot de changement) ! Il nous faut considérer les échecs multipliés d'une Europe non européenne qui n'a pas encore d'existence politique, des partis socialistes européens, sevrés de marxisme, et devenus si peu sociaux qu'on les confond voire qu'on les associe aux conservateurs -comme en Allemagne, actuellement-, des partis écologistes qui se sont trahis eux-mêmes en cessant d'être ce qui a été leur raison d'apparaître. Le malheur accouche parfois d'une espérance : tous ces échecs ne peuvent qu'entrainer vers un neuf qui ne viendra pas au monde tout seul.

Il est temps de méditer, de nouveau, le propos d'Antonio Gramsci : "L'ancien se meurt mais résiste ; le neuf ne tarde pas à voir le jour, mais dans le clair-obscur surgissent des monstres." Chassons les monstres et travaillons à ce que le neuf, qui s'annonce, n'avorte pas.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 21 octobre 2013

Le droit n'est pas au-dessus de la fraternité.


François Hollande a tranché : Leonarda Dibrani, mineure, peut rentrer, seule, en France ; ses parents n'en ont pas le droit. Ils doivent rester au Kosovo ! Indépendamment du ridicule de la proposition (comment vivre sans famille ?), il y a, dans la décision du chef de l'État, une conception du droit qui fait peur !
Le Droit c'est l'ensemble des lois et textes d'application qui constitue les règles de vie communes à tous les habitants de notre pays, citoyens ou non, Français ou étrangers. Le droit protège ; il ne crée pas l'injustice, sinon il cesse d'être le droit.

Il y a abus de mot quand la référence au droit devient un mode de refus de droits humains.  Au-dessus de la loi, laquelle est fluctuante, diffère d'un pays à l'autre, peut s'écarter de la justice, il y a ce que la devise républicaine appelle la fraternité et ce que les chrétiens nomme l'amour. Celui qui aime accomplit la loi et plus que la loi (Romains 13.10 : "… l’amour est donc l’accomplissement de la loi", ou Galates 5.14 : "Toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même".) Dans notre civilisation, chrétiens ou pas, nous avons, tous, comme tradition, non pas la religion de la loi mais un respect des personnes qui passe bien avant le droit.

Nous en sommes là, avec "l'affaire Leonarda" ! Déjà, Manuel Valls, de plus en plus bravache, et qui se trouve soutenu, et par l'opinion et par le Chef de l'État, annonçait, dans Le Journal du dimanche, du 20 octobre, que toutes les précautions sont prises : la famille ne rentrera pas en France. Autrement dit, la police est, par avance, chargée de traquer ces clandestins qui tenteraient de revenir en France pour rejoindre Pontarlier avec leur fille.
Inhumanité manifeste ! Pas plus qu'à Lampedusa où, sous nos yeux, on laisse la mer punir de mort les réfugiés africains qui tentent de violer la loi et de pénétrer en Europe, on n'acceptera la moindre exception ! Une famille sans droit "n'a pas vocation à vivre en France" (surtout, ce n'est pas dit, mais c'est évidemment pensé, s'il s'agit de Roms...). Qu'ils aillent s'échouer ailleurs...

Alexandre Romanès, dans le numéro de Libération du 18 octobre 2013, rappelait la phrase de Gandhi : "Quand la loi n'est pas respectable, je ne la respecte pas". Oui, la loi n'est pas sacrée et quand elle ne respecte pas les hommes, il faut lui désobéir. Un bon citoyen n'est pas celui qui s'incline à tout coup devant la loi, il est celui qui sait et peut discerner ce qui est juste ou non, et qui agit en conséquence.

Il y a ambiguïté dans le constant rappel à la société de droit. Admettre, quasi automatiquement, que notre pays est une société de droit fait bon marché des violations multiples que subit notre propre droit et que constatent les avocats défenseurs du droit ou le Défenseur des Droits (actuellement Dominique Baudis). Mais il y a bien pire : en nombre d'occasions, le droit français se révèle injuste et inacceptable, ce que souligne, parmi nombre d'exemples, un jugement récent de la Cour européenne des droits de l'homme (1).

La Ligue des Droits de l'Homme, elle-même, n'échappe pas à ce culte du droit par ses rappels au droit de façon trop générale, comme si une société était harmonieuse et libre parce qu'elle dispose d'un Droit national abondant, précis et enseigné ! 

Le droit est rectiligne et souvent manque de souplesse. Il faut donc en corriger constamment les applications, sinon le droit devient rigide et... vire à droite. Au lieu d'être un ensemble de repères stables permettant de trouver son chemin soi-même, il prétend fixer tous les détails de notre mode de vie ! Bien entendu, c'est impossible et aucune répression ne permettra jamais de faire marcher tout le monde d'un même pas, sauf à détruire cette démocratie fragile, constamment menacée, voire mise à mal. 

La jeune Leonarda est, bien sûr, soutenue par les lycéens de son âge qui se reconnaissent en elle. Il serait sage de se demander pourquoi. Sans l'avoir voulu, elle nous aura permis d'ouvrir les yeux sur une contradiction majeure. Au moment où l'on fustige les Rroms, en stigmatisant leur prétendu refus d'intégration, voila une adolescente, parfaitement francophone, qui poursuit ses études et concourt à l'insertion de sa famille. C'est tout le discours sur la "vocation" des Rroms à rentrer dans leur pays qui vole en éclats. Après Anina, l'étudiante voulant devenir magistrate, en France, plusieurs jeunes filles rroms démontrent (mais pourquoi est-ce nécessaire ?) qu'on peut vivre en France, même si l'on est d'origine étrangère, tout en restant soi-même (2).




Le débat est lourd de différends profonds. L'identité française n'est pas close et ne l'a jamais été. Elle est plurielle (n'en déplaise à l'UMP, au Front national, à une partie des socialistes et à bien d'autres citoyens qui n'ont retenu de la République que son caractère ethnocentré et sa non reconnaissance des minorités). Les Rroms de l'Union européenne (Roumains ou Bulgares depuis 2007, Croates depuis 2013, et dans 25 autres États), mais aussi ceux qui sont ressortissants de pays européens ayant "vocation" à entrer, tôt ou tard, dans l'Union, en dépit  d'innombrables résistances, (dont l'Albanie, le Kosovo, la Serbie, la Macédoine, le Monte-Negro et, bien entendu, la Turquie...), ne sont pas des étrangers comme les autres. 
Il faudra se faire à l'idée que les Roms sont chez eux en Europe, dans toute l'Europe physique, et s'ils n'en ont pas encore, partout, le droit formel, ils en ont déjà le droit de fait - ils y sont ! -, mais aussi le droit moral - à moins qu'on songe, comme les nazis, à les faire disparaître ! -. C'est le droit qu'ont ces hommes et de ces femmes de vivre sur un continent qui est autant le leur que le nôtre, et ce depuis plus de sept siècles !

Les Roms ont, en Europe, le droit d'avoir des droits !
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran 
(1) - La Cour européenne des droits de l'homme(CEDH) a condamné, jeudi 17 octobre, la France pour avoir prononcé en 2004, sans nécessité apparente, l'expulsion d'un campement de gens du voyage et sans leur proposer de solutions satisfaisantes de relogement. /.../ Les juges concluent qu'il y a eu violation du droit au respect de "la vie privée et familiale, du domicile et de la correspondance".
http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/17/la-cedh-condamne-la-france-pour-une-expulsion-de-gens-du-voyage-en-2004_3497339_3224.html
(2) -  Anina Ciociu, Je suis tzigane et je le reste, éditions City, 2013.