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dimanche 31 juillet 2016

La règle de Gabor.

« Tout ce qui est techniquement faisable doit être réalisé, que cette réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable. »

Cette règle terrifiante s'applique aujourd'hui.

La politique ne peut rien, c'est la technologie qui change le monde. Il n’y a pas un pilote dans l'avion qui dit : « voilà comment nous allons changer le monde ! ».
Il n'y a pas de plan concerté, pas de complot. Nous sommes tous en train de construire un monde qui n’est pas piloté et l'humanité subit, sans savoir où les changements technologiques vont l'emmener.

Les puissances industrio – financières, poussées par une concurrence homicide plus que par un dessein humaniste, appliquent avec violence, la règle de Gabor1 et veulent construire une puissance absolue au détriment des humains.

Cela amène, aujourd’hui, beaucoup d'entre-nous à un refus du progrès dans notre vision du monde.

C'est fort dommage, car si quelques-uns pourraient, à l'avenir, disposer d’un pouvoir quasi absolu sur le monde par la maîtrise de la technologie, ils ne le détiennent pas encore, et comme, l'histoire l'a montré, tous les pouvoirs absolus s'effondrent un jour et l’homme redeviendra maître de son destin.

JCVitran  - 31.07.16


1 Dennis Gabor - 5 juin 1900 à Budapest, Hongrie - 8 février 1979 à Londres - était un ingénieur et physicien. Inventeur de l'holographie - prix Nobel de physique en 1971.

samedi 30 juillet 2016

Panem et circenses

Après l'Euro de foot, après le Tour de France, voici que s'approchent les Jeux olympiques d'été ! Entre le 10 juin et le 10 juillet 2016, en Europe et au-delà, on a surtout parlé de football. Entre le 2 et le 24 juillet 2016, le 103e Tour de France cycliste a occupé les esprits de beaucoup. Entre le 5 et 21 août 2016, auront lieu, à Rio de Janeiro, les Jeux de la XXXIe Olympiade.

Il a fallu des guerres pour annuler (en 1916, 1940 et 1944), les VIe, XIIe et XIIIe Olympiades. Le sport de haute compétition, de très grand spectacle médiatisé, domine, à présent, nos sociétés. Le profit s'en est évidemment emparé, avec son terrible complément : le dopage des athlètes.

La veille de ces modernes Jeux du cirque, on oubliera de commémorer la nuit du 4 août 1789. Il faut dire que célébrer l'abolition des privilèges pourrait donner de idées subversives aux citoyens. Quant à Liberté, égalité, fraternité, on veille à ce que cette devise reste bien figée dans la pierre. De même, Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple n'est plus qu'une formule vide. Osons pourtant dire que ces idéaux de la Révolution ont gardé leur sens et peuvent revivre.

JPDacheux  -  30.07.16

vendredi 29 juillet 2016

Danger mortel pour la société !

L'application de Nintendo « pokemon go » qui implique de donner un accès complet à son compte Google est un danger pour notre société.
Tous les comportements en ligne, les photos, les courriels, les contacts sont analysés et utilisés à des fins publicitaires et commerciales.
Nintendo explorent les données de tous les joueurs pour connaître ce qu'ils achètent, ce qu'ils aiment, et surtout quel est leur comportement.
C'est une forme de société robot qui s'apparente à ce qu'on appelle le totalitarisme, une organisation insidieuse qui manipule le comportement des individus et les façonne pour qu'il se comporte comme elle le veut.


JCVitran - 29.07.16

mercredi 8 juin 2016

De la trop lente mort des partis dits de « gauche ».





1 - Le constat : les partis dits « de gauche » se sont mis hors du champ politique

Les partis qui constituèrent, naguère, "la gauche", sont morts ou en cours de disparition.

La gauche, dite "de gouvernement", n'est plus. Elle a cessé d'exister depuis qu'elle met en œuvre des politiques néoconservatrices. Elle est, à présent une coquille vide. Elle a perdu son contenu.

La gauche fut, pourtant, avec toutes ses nuances, l'espace politique où se mouvaient les opposants au capitalisme et les adversaires résolus de la domination totale des marchés. S'y côtoyaient les révolutionnaires, les réformateurs et les conciliateurs.

Les communistes restés marxistes - du moins ceux qui ne sacrifiaient pas au capitalisme d'État -, voulaient la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, la maîtrise constante de l'État sur l'économie et la domination totale du public sur le privé. Les socialistes avaient les mêmes objectifs, tout en se référant, souvent, aux droits de l'homme et en privilégiant le recours aux urnes plutôt qu'à l'insurrection. Quant aux radicaux - qui l'étaient si peu ! - ils se plaçaient au centre gauche, s'affirmaient humanistes et recherchaient la concertation plus que l'affrontement politique. Jusqu'à la fin des années 1960, donc, le débat, à gauche, portait sur les moyens politiques plus que sur les fins à atteindre.

Dès les premières manifestations et revendications écologiques, s'ouvrit une nouvelle opposition à la société consumériste et plusieurs repères de la gauche traditionnelle se trouvèrent alors contestés. D'abord, et principalement, l'ensemble des tolérances (soit disant pour préserver la croissance et l'emploi ) à l'égard d'entreprises polluantes et nuisantes affectant la totalité du vivant - hommes, faune et flore - ; puis les institutions monocratiques de la Vème République ( qu'allaient accepter les socialistes, après 1981) ; et encore le nucléaire civil et militaire (dont les risques à court, moyen et long terme apparaissaient largement sous-estimés)...Etc.

Aujourd'hui, la prise de conscience du pillage de la planète et la constatation des atteintes graves à l'équilibre du climat se sont largement généralisés. Cependant, la gauche traditionnelle a navigué durant plusieurs décennies, entre le refus de cette évolution écologique inéluctable annoncée et la tentative d'une récupération, parfois partiellement réussie, des porte-parole du parti des Verts. Le PS, quand il accéda aux responsabilités gouvernementales, se retrouva, de fait, souvent, proche de ceux qui, dans les milieux économiques et les partis de droite, ne démordaient pas des principes productivistes. Les patrons et les banques, principaux détenteurs des moyens d'agir, pénétrèrent alors l'État plus que jamais et le transformèrent en un efficace auxiliaire du secteur privé. Plus encore : la privatisation devint un dogme et la nationalisation un repoussoir ! Communs1, service public, volonté politique sont tombés dans l'oubli et n'en sortiront que si les oligarchies finissent par être écartées du pouvoir.

Avec la période dite mitterrandiste avait commencé le temps de "la réforme de la réforme". Au changement des conditions de vie des travailleurs, auquel le Front Populaire avait donné un grand élan et qui s'était prolongé, au sortir de la guerre 1939-1945, avec la mise en œuvre d'une partie du programme du Conseil national de la Résistance, allait se substituer, progressivement, ce qu'on appelait jadis "la collaboration de classe", autrement dit l'acceptation de la domination du capital sur le travail, comme au XIXème siècle, et jusqu'en 1936. En fait de réforme - ne parlons plus de révolution - on multiplia les réformes à rebours, celles qui avantageaient le monde des producteurs.

À présent, en 2016, le chômage (en fait le recul incontournable du temps de travail employé) ne peut que perdurer et la croissance (cette croyance religieuse en la promotion du mieux par le plus ) diminue inexorablement, quels que soient les "cadeaux" accordés aux grandes entreprises.

De gauche, il ne fut, dés lors, en réalité plus question et la domination totale du PS," parti de gouvernement" a fini par user, puis éliminer l'influence du parti communiste, condamné, pour survivre un temps, à des alliances qui le détruisaient méthodiquement. Quant au parti radical-socialiste qui connut, avant guerre, son heure de gloire, avec Edouard Henriot, il a rejoint au mieux, le camp des indécis, au pire, le camp de ceux qu'il affrontait jadis. La dépêche du midi, l'outil rescapé des derniers "radsocs" du sud-ouest, ne divulgue guère d'informations anticonformistes ! Son patron, Jean-Michel Baylet, actuel ministre de l'aménagement du territoire et de la ruralité, récupéré par François Hollande, peut, sans aucun état d'âme, participer au plus droitier des gouvernements "de gauche" de la Ve République.

Quant aux partis qui se voudraient "la gauche de la gauche", de Lutte Ouvrière (LO) au Parti ouvrier internationaliste (POI), en passant par le nouveau parti anticapitaliste (NPA), et j'en passe, ces organisations de plus en plus groupusculaires, en perdition, accueillent certes encore des militants mais, restés quasi militarisés, uniformisés, doctrinaires, ils se convainquent plus que ceux qui veulent bien encore l'être.

Bref, si l'on sait plus que jamais où se situe la droite, on ne sait plus où se trouve la gauche devenue contradictoire, infidèle à elle-même et sans projet de civilisation. « Gauche » et « droite » ne recouvrent plus des domaines clairement démarqués, au point que beaucoup de citoyens s'interrogent sur la pertinence de l'emploi de ces vocables de plus en plus imprécis et confus.

2 – Les partis sont tous devenus incapables de représenter les citoyens

La gauche en définitive (ou du moins ce qu'il en reste), celle qui se veut fidèle aux travailleurs, aux pauvres, aux exploités, n'existe plus qu'en dehors des partis. Envisager d'être l'élu d'une formation politique, c'est entrer dans un piège où l'on sera formaté, conditionné, transformé en élite, peut-être capable de faire tourner les rouages du pouvoir d'État, mais inapte à se mettre à l'écoute du peuple tout entier.

Le jugement prédictif de Simone Weil, (dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques, écrite en 1940), trouve, de nos jours, sa pleine signification : les partis sont incompatibles avec la politique. Ils ne peuvent soutenir pas l'intérêt général. Ce sont des machines à conquérir le pouvoir central, faites pour excommunier les mal pensants, comme peuvent le faire des églises.

Les partis ne représentent même plus leurs propres électeurs et ce pour deux raisons suffisantes. D'une part, parce que les élus font carrière : la politique est leur métier et ils ne peuvent être libres dans leurs jugements puisque leur sort, y compris matériel, dépend de leur fidélité, et même de leur soumission, à l'organisation qu'ils servent et à laquelle ils s'asservissent. On ne peut, dans cette optique, représenter qu'une trop faible partie du peuple. D'autre part, parce que le manque de liberté de penser, de mobilité intellectuelle, de curiosité philosophique interdit de s'adapter aux évolutions produites par les transformations technologiques et culturelles qui se produisent au rythme de l'histoire. Quant à envisager une organisation démocratique plus souple, plus horizontale, plus collaborative, plus créative, plus ouverte sur la planète, il ne peut plus en être question.

Il n'est, dans ces conditions, de politique que politicienne, c'est-à-dire un art de la parole et de la communication faits non pour convaincre mais pour séduire, détourner, inciter les électeurs à effectuer des choix par défaut, et non plus par conviction. La politique, celle du service public prioritaire, est à réinventer. Le PS est devenu, comme tous les partis de droite, un parti de gestion de l'opinion, organisateur de mise en orbite d'une personnalité en charge d'effectuer les compromis entre le politique et l'économique. Le PS, à son tour, comme tout autre parti dit "de gouvernement", a donc rejoint cette pratique politicienne du pouvoir. Le strict bipartisme, selon le modèle américain, permet que se réalisent des alternances. Les néoconservateurs de l'ex gauche se placent à l'envers de la médaille du pouvoir, le côté face restant tenu par une coalition toujours dominée par l'ex UMP devenue Les Républicains. Ce bipartisme (que ne cassera pas la montée de Front National) est conforté par les institutions de 1958 mais il s'est définitivement éloigné du gaullisme.

En effet, de révision en révision, sans qu'il ait été besoin d'effectuer un renversement de régime, a été mis de côté le principe même que De Gaulle avait institué et pratiqué : le chef de l'État, doit diriger cet État au-delà et au-dessus des partis, et il doit vérifier constamment que le peuple l'approuve en sa majorité. Désavoué, en 1969, "le Général" partit. Pour lui, toute cohabitation ne pouvait être qu'anticonstitutionnelle et politiquement insensée !

3 – « La monarchie républicaine » a conduit à la restauration des privilèges.

C'est pourtant dans cet univers de complicité que la politique française à sombré. Du gaullisme de De Gaulle est resté le Président-monarque mais a disparu le respect de la volonté populaire. Les gaullistes de conviction ont d'ailleurs disparu tout comme les communistes partageux, et à la répartition des rôles principaux, après guerre, entre l'UNR et le PCF, a succédé, plus tard, comme disait Jean-Marie Le Pen – et, malheureusement, il eut raison- l'UMPS, cette entente contre nature rendue finalement acceptable puisque cela permettait la gestion des mêmes intérêts : ceux des privilégiés de tous ordres.

Nous savons, depuis quelques années, que se rapproche, en France comme ailleurs, un moment de vérité historique. On ne peut, en effet, ni ouvertement ni même en faisant semblant, gérer une société dans le mépris de la volonté du plus grand nombre : la défense des intérêts mêmes de la grande majorité de l'espèce humaine menacée sur la planète entière. À l'exploitation de l'homme par l'homme, qui n'a jamais cessé, s'est surajoutée l'exploitation des ressources de la Terre par une minorité de Terriens s'étant appropriée les biens communs, sans que les peuples aient vu venir le mauvais coup.

Les Droits de l'Homme, (qu'il vaut mieux nommer les Droits humains), ont besoin d'une révision majeure car la propriété ne peut plus être un droit quand elle confisque la richesse au seul bénéfice des riches2. L'accumulation du capital et sa très inégale répartition sont désormais ressentis comme insupportables et ne perdurent que par l'usage du mensonge ou/et de la force.

Le PS s'est, parfois contre son gré, retrouvé au centre de cette perversion démocratique (d'aucuns pensent le centre, en 1956 - avec la guerre d'Algérie conduite par Guy Mollet - puis en 1983 – avec l'abandon du socialisme économique par le choix de François Mitterrand et de ses soutiens). On n'a, du reste, pas tardé à prétendre qu'il n'est de démocratie possible que dans le système économico-libéral. (La démocratie n'existerait que dans « le monde libre », c'est-à-dire en Occident).
Le PS aura, pour perpétrer cette trahison, réuni des élites devenues coupables d'une faute suprême : convaincre des foules entières qu'il était toujours au service de  l'égalité, alors qu'il abandonnait la solidarité avec le monde du travail. Pire peut être, ces mêmes élites n'ont consacré aucune part de leur temps et de leurs savoirs à effectuer les recherches et les travaux sociologiques et politiques permettant de préparer le passage d'un siècle à l'autre, d'un socialisme épuisé à un autre, d'une conception productiviste de l'économie à une nouvelle approche de la mondialisation où une faible partie de l'humanité ne pourrait plus jamais s'enrichir aux dépens du reste de l'espèce humaine.
Ainsi sommes-nous parvenus aux portes de nouveaux conflits qui ne sont plus principalement des guerres entre États mais qui sont l'explosion de rages ultra violentes où  s'exprime le dégoût et la haine de l'Occident ! La fuite des réfugiés, pris dans cette tourmente mortelle, n'a pas éclairé les dirigeants européens ou nord américains. Progressent, en regard, des nationalismes, qui se replient sur des espaces et des concepts du passé. La haine se dresse face à la haine et tous les péchés du monde sont, ainsi, attribués à l'Islam, une religion ni meilleure ni pire que d'autres...

4 – La démocratie trahie, muée en une démocratie d'apparence est à renverser.

La démocratie n'aura été qu'une façade aimable derrière laquelle se cachaient les vrais détenteurs d'un pouvoir impitoyable, comme on l'a constaté, jusqu'à son paroxysme, au cours du XXème siècle, le plus cruel et le plus meurtrier de toute l'histoire humaine.
Démocratie libérale et démocratie populaire n'ont reculé devant aucun crime pour installer leur domination sans partage, (les USA et l'URSS n'ayant été que les principales figures de proue de cet univers désastreux).

Pourquoi a-t-il fallu un Pape pour que s'expriment, hautement, les exigences de la solidarité, du partage, de la non-violence et de la priorité à accorder aux pauvres, aux démunis, aux exploités ? Pour un peu, on taxerait François, le dernier évêque de Rome, de traître à sa religion, de cryptocommuniste doublé d'un anarchiste fauteur de désordre, coupable d'encourager l'utopie écologiste par une encyclique de rupture avec tout ce que croient et proclament les puissants et les riches. Bref, il est des retours à la lettre même de l'Évangile considérés comme mal venus et inopportuns, surtout si c'est par la voix du chef de l'Église catholique qu'ils ressurgissent. Qu'arrive-t-il donc à cette Église après tant de siècles de compromissions, sans état d'âme, avec les princes, les rois, les empereurs et la plupart des chefs d'États occidentaux qui dominaient, impunément, la Terre et tous ses habitants ? Y aurait-il des raisons cachées et majeures obligeant le Vatican à opérer cette véritable rupture avec des pratiques et des déclarations doctrinales antérieures ?

Nous voici amenés à nous interroger, de façon neuve et exigeante, sur les causes profondes d'erreurs mortelles si nous ne voulons pas que se reproduisent, en pire avec les moyens d'extermination actuels, ces temps de fin du monde tels que les ont connus, au XXème siècle, des centaines de millions d'humains, dans les camps de la mort, les goulags, à Verdun, à Dresde, à Auschwitz, à Hiroshima et en mille lieux encore, là où ont régné l'esclavagisme, le colonialisme et tous les totalitarismes.
Il y a de quoi, certes, devant pareille tâche être tenté de baisser les bras, mais avons-nous la possibilité même de contempler notre impuissance ? Non, nous n'avons pas le choix3 et ne pouvons plus dire : "il en a toujours été ainsi et nous n'y pouvons rien". D'abord, parce qu'il faut, sinon, arrêter de donner naissance à de nouveaux humains décidément sans avenir. Ensuite, parce que ce serait reconnaître la primauté irréversible du mal dont il faudrait se résigner à devenir le serviteur. Admettre que la violence est inéluctable constitue la justification du suicide, comme l'observait déjà Albert Camus4.
 C'est bien pourquoi les partis ont fait leur temps puisqu'ils ne peuvent répondre à ces questions fondamentales (et tout particulièrement le PS puisque, lui, ou du moins nombre de ses membres, sont passés de l'utopie féconde à la realpolitik, sans regret et sans vergogne). Ces outils-partis sont obsolètes parce qu'ils visent des fins récusables définitivement. La conquête du pouvoir pour le pouvoir, comme la recherche du profit pour le profit, réduisent la sphère du bonheur, ou tout au moins du plaisir, à une partie de l'espace terrestre, ce qui est contraire aux idéaux mêmes que toutes les familles politiques ou presque ont, à une époque ou à une autre, mis en avant. Le libéralisme sans liberté, l'égalitarisme sans égalité, le communisme sans fraternité, l'universalisme sans universalité..., de trahisons en trahisons les donneurs de leçons de vie ont perdu leur crédit.
Constater que tout est à rebâtir conduit à penser que la tâche est au-dessus de nos forces mais, décidément que faire d'autre sinon tenter l'impossible. Toute politique "réaliste" est marquée du sceau du renoncement et de la résignation et ainsi se condamne elle-même.

"Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir”5

Ces tout premiers vers du vieux poème (1910) de Rudyard Kipling sont soit naïfs, soit prémonitoires. Être un homme c'est "cent fois sur le métier remettre son ouvrage", comme nous y invitait déjà Nicolas Boileau. Certaines des vieilles formules qu'on a cru usées gardent une charge dynamique selon l'état d'esprit dans lequel on les aborde. Baisser les bras, c'est mourir et pas seulement quitter le monde des survivants, c'est laisser triompher les forces de la mort, celles de la dictature comme celles du désespoir définitif.
Il y a pouvoir et pouvoir, le pouvoir sur les autres et le pouvoir d'agir. L'un mène à la guerre, l'autre conduit à prendre en main sa vie.
Ainsi écrivait et s'exclamait un poète encore, Paul Éluard :

" Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer liberté "6.

Quelle liberté ? Une liberté exercée sur soi, par soi, pour soi et pour tous nos égaux en humanité ( mais jamais sur autrui qui ne peut devenir notre chose, notre esclave, ni même, seulement, notre inférieur !). Retournons donc les mots, redonnons leur le sens qui leur a  été volé, confisqué, ajoutons y les apports nouveaux que la culture fait progressivement découvrir. Là est la révolution, le renversement dont le monde entier a besoin, d'urgence, afin d'abolir effectivement, mais pour de bon, tous les privilèges.


1Pierre Dardot et Christian Laval, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, éditions La Découverte, 2014, poche (2015).
Et des mêmes : Pierre Dardot et Christian Laval, Ce cauchemar qui n'en finit pas, Comment le néolibéralisme détruit la démocratie, éditions La Découverte, 2016.
2Michael J. Sandel, Ce que l'argent ne saurait acheter, éditions du Seuil (Points économie), 2014.
et du même auteur Michael J. Sandel, Justice, paru en 2009, traduit en français en 2016.
3Antoine Peillon, Résistance, éditions du Seuil, mars 2016.
4 - Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, essai sur l'absurde, éditions Gallimard, 1942.
Selon Camus le suicide n’est pas la meilleure solution à adopter face à l’absurde.
« Y a-t-il une logique jusqu’à la mort ? ». Le monde qui nous entoure, ainsi que notre propre psychologie, nous sont étrangers dans la mesure où nous ne pouvons pas les saisir. Pour quelles raisons nous a-t-on fait venir ? Face à ces questions métaphysiques insoutenables le suicide est un choix négatif. Prendre conscience de soi a toujours quelque chose d’angoissant. L’individu qui choisit de vivre n’a qu’une issue face à l’absurde, celle de la révolte.
5 - Rudyard Kipling, Si..., poème écrit en 1895, publié dans Rewards and Fairies en 1910, traduit en français, en 1918, par André Maurois.
6 - Le poème Liberté, écrit en 1942, figure dans : Paul Éluard, Œuvres complètes, tome 1, La Pléiade 1968, p. 1608.


samedi 14 mai 2016

Ce 49-3 qui fait bien plus que faire déborder le vase de l'inacceptable


... élève encore le niveau de la colère.

En France on peut faire adopter un texte sans qu'il soit nécessaire de le voter !

Depuis longtemps, nos institutions, celles d'une démocratie d'apparence, permettent, en effet, au gouvernement de passer par-dessus la volonté des parlementaires.

En principe, le gouvernement propose un texte de loi aux deux Chambres du Parlement qui peuvent l'approuver, le rejeter ou l'amender. En cas de désaccord persistant entre l'Assemblée nationale et le Sénat, en dépit d'une possibilité de conciliation1, grâce à la « navette parlementaire », l'Assemblée Nationale est appelée à trancher, en dernier ressort.

Mais si le désaccord intervient non pas entre les deux composantes du législatif mais entre l'exécutif, lui-même, et le législatif (en clair, entre, d'une part, le Chef de l'État et son gouvernement, d'une part, la chambre qui décide in fine, - l'Assemblée nationale -, d'autre part), alors, il convient de sortir de cette impasse constitutionnelle.

Pour cela, trois voies politiques peuvent être empruntées pour éviter une crise de régime.

Deux sont démocratiques, au sens où c'est le peuple qui reprend la main. Soit par la voie référendaire, (si la question est assez grave pour le justifier - et, s'agissant du code du travail, c'est le cas -), soit par celle de la dissolution de l'Assemblée nationale (afin d'élire une nouvelle chambre dans l'espoir de reconstituer une majorité). Surgit, alors, le risque d'un désaveu de l'exécutif avec toutes les conséquences que cela entraine : ou bien la démission du Chef de l'État, comme le voulut Charles De Gaulle, en 1969, soit la rechute dans la cohabitation, comme celles auxquelles ont été soumis les présidents François Mitterrand, en 1986 et 1993, puis Jacques Chirac, en 1997.

Reste la voie non démocratique, mais la plus sûre : celle du « qui n'est pas contre moi est avec moi ». L'article 49-3 revient à réputer approuvé un texte, sans qu'il soit besoin de le voter. Il suffit de ne pas vouloir le renversement du gouvernement, c'est-à-dire de ne pas voter une motion de censure pour que le projet de loi litigieux prenne force de loi, sans amendements. Les députés qui appartiennent à la majorité présidentielle et qui doivent leur siège au parti du Président ne peuvent qu'hésiter à censurer le pouvoir en place. Le piège est ainsi refermé.

On parle, à présent, de « démocrature » pour caractériser ce régime bancal, mi parlementaire mi présidentiel (le seul en Europe, mais pas le seul dans le reste du monde), devenu obsolète et qui glisse vers une dictature de fait.

Disposer du pouvoir de voter ne constitue plus le garant de la démocratie.

L'état d'urgence prolongé, censé faire obstacle aux menaces et aux crimes terroristes qui ont atteint la France, en 2015, constitue un état de surveillance et de dépendance majeures. La France, sans bien s'en rendre compte, vit, du reste, en état d'alerte, depuis 19912. Les lourdes contraintes d'État existant dans notre pays et que l'on ne retrouve pas dans tous les pays s'appuyant sur la démocratie parlementaire, a fait prendre l'habitude de gouverner autoritairement. Or l'autoritarisme permanent peut conduire au totalitarisme. La brutalité avec laquelle on prétend « réformer » le code du travail en dépit de l'hostilité des citoyens en est l'illustration.

Les raisons de rejeter la loi El Khomri ne vont pas s'éteindre ainsi, après usage de cettte disposition constitutionnelle. En faisant une politique que peut approuver la droite de l'Assemblée, (laquelle n'en convient pas et veut surtout « achever » un Président à un an de son départ très probable), François Hollande est entré dans une contradiction totale : il gouverne à rebours de ce qu'il avait annoncé en 2012.

Le Sénat, que ne menace pas l'article 49-3, ne manquera pas, du reste, de retoquer la loi El Khomri en durcissant, s'il le faut encore, un texte jugé insuffisant par le Medef. Irions-nous, alors, faute d'entente entre les Chambres vers « un 49-3 bis » ? Ce serait inédit et surtout plus risqué pour le gouvernement. La forte montée de l'opposition syndicale et citoyenne, « dans la rue », et la possibilité de voir une motion de censure, dite de gauche, signée cette fois par plus de 58 députés, peut changer la donne au cours des semaines à venir.

S'ouvre, de toute façon, quel que soit le destin du texte contesté, une période d'imprévisibilité où vont être mises en jeu et en débat, à la fois, les institutions de la Vème République en fin de parcours, la politique économico-libérale des partis dits de gouvernement (du PS aux « Républicains ») dont souffrent de plus en plus les Français, le rejet général de la classe politique avec le danger d'un recours, alors, à l'extrémisme nationaliste autant dangereux qu'incompétent, et sans oublier la prise de conscience des risques majeurs et prioritaires d'ordre écologique (que la COP21 n'aura pas suffi à faire prendre en compte, à l'évidence).

La colère des citoyens monte. Elle prend deux formes actuellement principales : la radicalité politique anticapitaliste qui s'exprime dans des formes nouvelles (comme on le constate avec « Nuit-debout », mais pas seulement, au sein de syndicats aussi), d'une part, et la violence de la jeunesse, sans espoir, sans avenir, excédée et qui ne craint plus rien, d'autre part. Pourtant, cette colère se manifeste autrement encore, sourdement, puissamment, par « la grève du vote », la recherche de modes de vie alternatifs, la condamnation des élites qui ne recherchent que leur intérêt, et même par des motivations personnalistes, à l'écoute du Pape, d'inspiration chrétienne donc, - disons « franciscaines » - qui se manifestent dans les soutiens aux réfugiés et aux victimes de la mondialisation les plus démunies. Quant aux révélations des scandales de tous ordres (depuis les évasions fiscales massives jusqu'aux maltraitances subies par les femmes), elles ne font que nourrir cette irritation croissante qui semble devenue incompressible, même en y mettant tous les moyens de répression dont dispose un État qui n'assure plus le service public, mais plutôt la maintenance d'un désordre social global.

L'épisode politique que nous traversons attire l'attention sur la possibilité d'un virage institutionnel et de civilisation menant vers un ailleurs politique dont on ne sait rien d'autre qu'il surgira, tôt ou tard, car de nouvelles générations ne peuvent accepter de se retrouver enfermées dans l'injustice et l'arrogance permanentes de ceux qui s'accrochent au « vieux monde ».

La goutte d'eau du 49-3 fait déborder le vase de l'inacceptable.

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1 - Aux termes de l’article 45, alinéa 1, de la Constitution : « Tout projet ou proposition de loi est examiné successivement dans les deux assemblées du Parlement en vue de l’adoption d’un texte identique ». De ce principe, il résulte que l’adoption définitive d’un texte implique son vote dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et par le Sénat au terme d’un mouvement de va-et-vient du texte en discussion entre les assemblées, communément appelé « navette ». Cet accord peut se réaliser spontanément ou après intervention d'une commission mixte paritaire (CMP). Cependant, le bicamérisme de la Ve République n’est pas totalement égalitaire et admet, dans la plupart des matières, la prééminence de l’Assemblée nationale, élue au suffrage universel direct. C’est pourquoi, en cas de désaccord entre les deux chambres, le Gouvernement dispose de la possibilité de faire statuer l’Assemblée nationale en dernier ressort.

2 - L'origine du dispositif remonte à 1978. Le « plan Vigie pirate » a été utilisé une première fois dans le cadre de la guerre du Golfe, en 1991. Levé au bout de quelques mois, il est ensuite déclenché une deuxième fois après les attentats de 1995. Depuis, il n’a cessé d’être renforcé.

jeudi 3 mars 2016

Le néolibéralisme est un fascisme

Nous avons intégralement repris, ci-dessous, l'article paru dans le journal la Libre Belgique du 1 mars 2016 sous la plume de Manuela Cadelli, présidente de l’Association Syndicale des Magistrats belges.

Comme elle, nous pensons que le néolibéralisme est un fascisme, il suffit pour s'en convaincre d'écouter les propos de Donald Trump, candidat républicain à la présidence des Etats Unis - que la providence nous garde de son élection.

Nous touchons aujourd'hui à ce stade ultime où la situation politico-économique actuelle peut produire, et l'histoire l'a montré, le pire.

Jean-claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



Le néolibéralisme est un fascisme   -   Manuela Cadelli

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.
Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.
Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.
Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.
Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.
L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.
Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel

Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.
L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation

Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : «  There is no alternative  ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.
Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée

L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.
De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot

La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).
Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.
Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.
Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire

Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement

Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?
Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).
Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

mercredi 10 février 2016

Oncle Bernard n'en a pas fini de vivre et nous éclaire.

Le 9 février 2016, le cinéma Utopia de Saint-Ouen l'Aumône (Val d'Oise), en présence du réalisateur, le Québecois Richard Brouillette, a projeté le film : Oncle Bernard, un documentaire exceptionnel qui "fait revivre" la pensée et la personnalité de Bernard Maris, mais qui aussi révèle, ce qui aurait pu échapper à certains, son impressionnante maîtrise du sujet. 
 
 
Il s'agit des rushes, tournés
en mars 2000 dans les locaux de Charlie-Hebdo, et qui devaient, avec d'autres documents cinématographiques, être utilisés pour le film L’encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme (un documentaire de 160 minutes, sorti en 2008).

Après l'assassinat de Bernard Maris, le 6 janvier 2015,
Richard Brouillette a voulu rassembler et rendre publics les commentaires spontanés et étonnamment pédagogiques de "l'oncle Bernard", filmés quinze ans auparavant ! 

Cela donne un nouveau documentaire nous proposant une vulgarisation de très haut niveau, sans doute longuement méditée mais apparemment improvisée, restée d'une surprenante actualité, et qui démonte, implacablement, le système économico-politique actuel. 

 Pour qui n'a écouté que les débats auxquels participait Bernard Maris, sur la radio France-Inter, c'est un choc et une révélation. Jamais sa découpe, au scalpel, de la pseudo pensée néo-capitaliste n'avait été, à notre connaissance, aussi incisive, précise, claire, quasi irréfutable que dans les libres propos réunis dans cette "anti-leçon d'économie", orale et directe. 
 

Complémentaire des deux tomes parus chez l'éditeur Bréal, en 2003 et 2006, sous le titre L'anti-manuel d'économie, ce documentaire, mis sur les écrans en novembre 2015, est plus qu'un hommage, c'est un outil pour ceux qui refusent que l'économie soit une science véritable alors qu'elle est, comme le démontre brillamment Bernard Maris, un moyen politique raffiné servant à asseoir la domination des nantis.

Nous souhaitons vivement qu'Oncle Bernard continue, via un DVD, hors des salles de cinéma, son œuvre de démystification.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran