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samedi 19 juillet 2014

Après deux siècles de guerres...

 
Guerres impériales, guerres nationales,
guerres mondiales, guerres totales :
quelle alternative pour sortir d’un cauchemar historique ?


« On croit mourir pour la patrie , on meurt pour les industriels » Anatole France. Le 18/07/1922.

1814-1914, 1914-2014 : deux siècles au cours desquels l’Europe a connu les plus violentes guerres jamais connues par l’humanité.

Trois dates repères :
• 1814 : Napoléon abdique une première fois, le 6 avril, à Fontainebleau, après plus d’une décennie de guerres très meurtrières.
• 1914 : une guerre industrielle, pour la première fois qualifiée de mondiale, s’engage et va laisser des millions de morts sur les champs de bataille.
• 2014 : le 6 juin, en Normandie, est commémoré le débarquement gigantesque de 1944, qui a conduit vers la fin du régime nazi en Europe.

Avons-nous tiré tous les enseignements de ce cycle historique de conflits au cours desquels on a saigné les peuples, puis entraîné les survivants dans l’illusion de la victoire ?

La réponse est non!

L’aventurier Bonaparte, qui mit fin à la Révolution française tout en prétendant porter ses valeurs universelles à la pointe des baïonnettes, dans toute l’Europe et au-delà, reste encore un héros national ! Il fallut, une coalition de monarchies européennes pour, à Waterloo, mettre une fin définitive au pouvoir de ce génie malfaisant qui avait emporté la France loin de la République, puis l’avait plongée dans des échecs et des souffrances horribles. Peu d’historiens et d’analystes politiques1 ont osé décrire comme une catastrophe aux prolongements désastreux2 l’action d’un dictateur, non encore reconnu comme tel, en 2014, dans notre pays !

Un siècle exactement après la première abdication de « l’Empereur des Français », et en dépit de l’avertissement poignant de Jean Jaurès3, s’ouvrait un conflit de quatre ans, une boucherie infernale dont l’horreur ne calma pas l’exaltation et ne réduisit pas les erreurs de la hiérarchie militaire et des dirigeants politiques d’alors. Après avoir conduit plus d’un million de leurs concitoyens à la mort (et quelle mort !), les autorités civiles et militaires françaises qui se proclamaient vainqueurs, allaient, par le traité de Versailles de 19194, imposer à l’Allemagne défaite des conditions économiques et territoriales les plus humiliantes. Ainsi allaient se trouver dispersées les graines de la revanche, préparé le terrain politique facilitant l’installation du national-socialisme et, finalement, vingt ans plus tard, rassemblées toutes les conditions de la guerre « mondiale » suivante, plus meurtrière encore pour tous les peuples qui y seraient engagés.

En 2014, nous constatons que nous étions restés enfermés dans la logique des fausses victoires. Se réjouir de la fin d’une guerre ne saurait être confondu avec la joie d’avoir terrassé l’adversaire. Sans réconciliation, la guerre reprend inévitablement. L’impérialisme, le nationalisme, le fascisme, le totalitarisme5 n’ont pas éclairé nos jugements. Avant même les XIXe et XXe siècles s’étaient déjà installés l’esclavagisme6 et le colonialisme dont beaucoup d’entre nous n’ont pas voulu et ne veulent toujours pas admettre, sans détour, tous les crimes innommables.7

L’exploitation industrielle et mercantile des armes de guerre, qui s’était développée pendant les deux siècles écoulés, a perduré et même s’est largement amplifiée. Aussi, quand la deuxième guerre mondiale s’est achevée avec les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, Albert Camus a-t-il pu s’exclamer, dans l’incompréhension générale, que « la civilisation mécanique venait de parvenir à son dernier degré de sauvagerie »8.

En deux siècles, cette « civilisation » dont s’est réclamé l’Occident, se sera donné les moyens politiques et techniques de conduire des millions d’êtres humains à des morts atroces, considérées non seulement comme inévitables mais comme nécessaires ! Aujourd’hui, aveugles ou résignés, nous essayons d’oublier que nous continuons de vivre sous la menace d’exterminations massives, en particulier celles qui ont été rendues possibles par la captation, la maîtrise, l’emploi militaire de l’énergie nucléaire.

Ne pas vouloir sortir de cet engrenage fatal qui place des peuples entiers sous l’épée de Damoclès géante que peuvent abattre des maladroits, des fous, des cyniques ou des pervers, est, à l’évidence, la plus lourde de toutes les fautes que commettent les dirigeants politiques contemporains, mais aussi tous les citoyens qui les approuvent !

L’arme nucléaire est devenue le symbole même de cette folie tolérée qui nous donne à croire et nous fait rabâcher qu’il faut, « préparer la guerre si l’on veut la paix ». Utilisée une première et unique fois, par les forces américaines, pour réduire totalement la résistance japonaise, l’arme atomique, a été, par la suite, multipliée, accumulée, « modernisée », et elle remplit encore les arsenaux des « grandes puissances 9». Elle contient, en germe et en réserve, les possibilités de pousser à l’extrême les meurtres de masse, de façon infiniment plus brutale qu’à Waterloo, à Verdun ou à Dresdes ! Si le génocide est, au sens strict, le droit, que s’accorde indûment un État, d’éliminer une population entière, civils et militaires confondus, pour des raisons politiques, racistes ou de prétendue défense, alors il faut admettre que la simple détention de l’arme nucléaire est révélatrice d’une capacité génocidaire.

Quiconque accepte ne fut-ce que l’idée de l’éventualité de l’usage des armes de destruction massives, atomiques, bactériologiques ou chimiques, est un criminel qui ruine le droit international. Affirmer que, durant la « Guerre froide », l’équilibre de la terreur10 réduisait la probabilité d’une guerre atomique, ne supprime pas, de nos jours, le risque de génocide puisque la doctrine de la dissuasion ne peut l’exclure : si l’ultime menace dissuade, c'est parce qu’elle ne peut s’exercer, car rien n'est pire ! Nous restons prisonniers de cette aporie. 

Le terrorisme des États dotés de l’arme nucléaire devient, dès lors, l'une des formes possibles de leur action tout aussi condamnable que le terrorisme de bandes armées fanatisées. On ne terrorise pas les terroristes avec des bombes atomiques. Penser la défense des peuples en exposant agresseurs et agressés à une même extermination constitue une faute suprême contre l’esprit ! C’est, aurions-nous dit, quand dominait la pensée chrétienne, le péché mortel par excellence.

Il est temps de reconnaître, en 2014, que la volonté de pouvoir, la volonté de puissance auront tout justifié et continuent de tout justifier ! Les meilleures causes elles-mêmes auront été invoquées pour autoriser les conquêtes, les invasions, les oppressions, les tyrannies. Il revient aux hommes de notre temps d’établir le lien entre les massacres de masse des guerres passées, « mécaniques » disait Camus, avec, aujourd’hui comme hier, tous ces armements industriels surpuissants qui deviennent, de jour en jour, plus technologiques, redoutables et « efficaces ». Bientôt, ils seront à la portée de tous ceux qui disposeront des connaissances scientifiques et des fonds nécessaires à leur acquisition. Inutile, dans ces conditions, de dénoncer les terroristes puisqu’on leur offre et l’exemple exécrable de la production de machines à tuer sophistiquées et la possibilité d’accéder à des munitions toujours plus meurtrières.

Ou bien nous tournerons la page de la contre civilisation qu’est devenue la nôtre, qui a ruiné tant d’espérances humaines, au cours des deux siècles écoulés, ou bien, disposant, aujourd’hui, des outils et moyens de nous détruire, (lesquels surpassent ceux dont on a vu les effets dévastateurs durant les guerres précédentes), c’en sera fait, alors, de l’humanité tout entière. La Terre peut s’embraser partout au cours de ce nouveau siècle, que ce soit d’un seul coup, dans un nouveau conflit généralisé, ou en passant d’une région terrestre à une autre, partout où sourdent des conflits inexpiables et permanents, (Moyen et Proche-Orient, Afrique centrale et subsaharienne, Chine et Japon, Inde et Pakistan, Russie et marges de l’Europe, etc…).

Les politiques fondées essentiellement sur des rapports de force mènent toutes à l’amplification de l’exercice de cette force. Les armes nouvelles finissent toujours par être employées. Les plus récentes, dont la puissance n’est plus imaginable, ni maîtrisée, sont ou seront employées. Ou bien nous considérons comme inéluctable et faisant partie de la condition humaine cette domination aveugle de la violence, en tous lieux et en tous temps, (mais cessons alors de penser que la civilisation a un sens, acceptons la loi de la jungle, renonçons loyalement aux Droits de l’homme partout affirmés et nulle part mis en œuvre), ou bien alors, osons changer de paradigme, de logiciel philosophique, d’organisation politique, de pratiques économiques et de mode de vie quotidienne.

S'il s'agit de l'utopie des utopies, elle n'est pas plus irréaliste que de continuer à « progresser » dans l’impasse mortelle où nous voici engagés. Le conditionnement des esprits a pris, lui aussi, un caractère mécanique et tout se passe comme s’il était impossible d’échapper à la fatalité de la mondialisation du meurtre ! L’histoire des humains ne serait-elle donc qu’une tragédie sans échappatoire !

Cependant, un choix radical, et imprévisible voici quelques années encore, se présente à nous … Soit -dans notre inhumanité assumée- nous tolérerons un monde où l’on continuera de se faire la guerre, fut-ce de loin, sans risques pour qui tue, à l’abri de son bunker, au moyen de drones, parce qu’un monde sans guerre n’a jamais existé et ne peut exister, et nous survivrons quelque temps encore, privé d’espoir. Soit, au contraire, - dans une quête de civilisation réassumée -, nous rechercherons un monde qui soit désarmé progressivement et où se répartissent équitablement les biens et richesses que nous avons en partage. Ne faut-il pas redonner sens et réalité à cette égalité, devenue suspecte, et qui a été arrachée de notre devise républicaine ?

Entre l’échec fatal et l’utopie incertaine, il reste à choisir le moindre risque, à trouver des raisons de vivre ? Entre le cauchemar et le rêve mieux vaut encore tenter le rêve.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



1 Lionel Jospin s’y est efforcé, mais il n’a pas su ou pu affronter le discrédit qu’engendrerait la dénonciation complète de ce général aux visées impérialistes, qui, de coup d’État en coups de forces internationaux, a cherché à mettre à genoux l’Europe tout entière. Lionel Jospin, Le mal napoléonien, Paris, Le Seuil, 2014.
2 Le mythe impérial, incarné par le propre neveu de Napoléon Ier, (« Napoléon le petit » selon Victor Hugo), abolit la seconde République, et s’acheva par le désastre de Sedan qui, avec la perte de l’Alsace et de la Lorraine, contribua à nourrir la haine de l’Allemagne et à motiver les appels à une guerre de récupération plus de quarante ans après. Napoléon III (1808–1873), qui régna plus longtemps que son oncle, fut le dernier monarque français.
3 Jean Jaurès, pour avoir prédit, annoncé et dénoncé la guerre, fut assassiné le 31 juillet 1914, trois jours avant l’entrée en conflit, par le nationaliste Raoul Villain, lequel fut acquitté en 1919 ! Ce fut là l’un des signes évidents du triomphe du pseudo patriotisme d’après-guerre, en fait du nationalisme hégémonique français.
4 Le traité de Vienne, au terme du Congrès de Vienne de 1814-1815, n’avait pas humilié la France ramenée à ses frontières de 1790. Il permettra le maintien d’une paix précaire pendant plusieurs décennies.
5 Hannah Arendt a analysé les causes des totalitarismes hitlérien ou stalinien. Elle n’a que partiellement été entendue, comprise et approuvée.
6 En 1802, Napoléon réinstalla, de fait, l’esclavage aboli par la Révolution française, notamment à Saint Domingue ( Haïti), et son corps expéditionnaire y connut une défaite cinglante avant la création de la toute première République noire en 1804. Plus de 100 000 hommes perdirent la vie, dans des violences inouïes, au cours de toutes les expéditions, dans l’ensemble des Antilles et en Guyane !
7 Si le terme « colonialisme » apparaît dans les années 1902-1903, bien avant, à la conférence de Berlin, en 1884, les empires coloniaux d’occident avaient reconnu l’occupation des territoires déjà effectuée et entériné le partage de l’Afrique.
8 Albert Camus, éditorial du journal Combat, le 8 août 1945, entre les deux bombardements des 6 et 9 août.
9 Le concept de puissance, a fortiori de grande puissance, implique que certains pays, sur notre territoire planétaire, disposent des outils économiques, militaires et diplomatiques de la domination. Parmi les neufs États dotés de l’arme atomique, la France et la Grande-Bretagne notamment, seuls États européens, s’accrochent au mythe de cette grande puissance qu’elles furent et dont elles s’éloignent peu à peu.
10 L’argument, du reste, ne tient plus, car depuis la chute de l’Union soviétique, il n’y a plus d’« équilibre de la terreur ».

dimanche 29 juin 2014

Pacte de responsabilité et de solidarité : qui croire ?


Le ministre de Finances, Michel Sapin, s'époumone à marteler que la mise en oeuvre du pacte de responsabilité et de solidarité actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale,1 devrait créer 190 000 emplois à l'horizon 20172 et doper la croissance.

Selon ces dires, les conséquences des 21 milliards d'allègements supplémentaires du pacte de responsabilité et de solidarité produiraient la création de 40 000 emplois en 2015 et 190 000 en 2017 et l'impact sur la croissance serait d'environ 0,25 % de croissance supplémentaire en moyenne par an.

Pendant ce temps, les services du « dit ministre » - Direction Générale du Trésor et des Finances publiques du Ministère des Finances - précisent dans des simulations que l'impact du pacte de responsabilité et de sa contrepartie, les 50 milliards de réduction des dépenses publiques, aura des conséquences négatives sur l'emploi en détruisant 250 000 emplois - solde négatif de moins 60 000 - et générera une perte de 0.7 % de croissance par an.

Il y peu, le Medef affirmait qu'un allègement de 100 milliards des cotisations sociales conduirait à la création de 1 million d'emplois et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg demandait en contrepartie des avantages accordées aux entreprises la création 1.8 millions d'emplois.

Alors qui devons nous croire ?

Ou plutôt, il n'y a personne à croire, car il est temps qu'on arrête de prendre les citoyens pour des imbéciles, quelle que soit la vérité sur ce pacte, établir des plans pour réduire le chômage de 250 000 personnes lorsqu'il y a 5 millions de sans emploi et près de 5 autres millions qui occupent des emplois précaires, est, en terme correct, se moquer du monde.

Inutile d'être sociologue, économiste, de sortir de l'Ena, de Sciences Po ou de Polytechnique pour percevoir que notre société se transforme et que le nombre total des emplois disponibles continuera inexorablement à décroître.

Le temps n'est plus à concevoir des plans de replâtrage, mais c'est de mettre à plat le problème du partage du travail dans nos sociétés, de faire preuve d'inventivité, de combattre les conservatismes et les égoïsmes du libéralisme et de la finance.

Mais pour cela, il faut du courage politique, c'est ce qui manque le plus, aujourd'hui.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  Le vote en première lecture est prévu le 1 juillet dans l'après-midi.
2   Il faut noter que l'Insee a annoncé vendredi dernier que nous avions dépassé le cap des 5 millions de chômeurs de catégorie A.

mardi 17 juin 2014

Handicap et accessibilité.



Alors que dans notre pays, selon l'INSEE, 9,6 millions de personnes1 sont concernées directement par le handicap, le 12 juin, l'Assemblée Nationale a voté en première lecture un projet de loi qui permettra « (aux) acteurs publics et privés (de) bénéficier de trois à neuf ans supplémentaires pour mettre aux normes leurs installations afin de les rendre accessibles aux handicapés. »

La loi de 2005 prévoyait un délai de 10 ans, et une nouvelle fois, par un retour en arrière, les pouvoirs publics démontrent leur impuissance et leur manque de courage à imposer une loi qui stoppe net les discriminations en matière de handicap.


Le baromètre de l’accessibilité réalisé par l’APF2 confirme que plus de la moitié des écoles et seulement 42% des réseaux de bus sont accessibles aux personnes en situation de handicap, même constat pour les cabinets médicaux et paramédicaux où plus de la moitié des personnes en situation de handicap ont des difficultés à en trouver un accessible.

Même dans les constructions récentes, de nombreuses insuffisances sont constatées, ce qui est particulièrement inadmissible. On ne peut pas croire que ce sont les lobbies qui sont à la manoeuvre pour faire pression et abaisser les coûts de construction ou augmenter les profits.

Une fois de plus la solidarité est mise en défaut et on ne peut expliquer ces carences autrement que par un manque de volontarisme et de courage politique et blâmer un gouvernement qui sur ce sujet comme sur d’autres se montre si faible.

1  Soit 7 % de la population
2  http://presse.blogs.apf.asso.fr/media/01/01/1824062542.pdf

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mardi 10 juin 2014

Ils nous ont volé notre football !




Rebaptisé « Mondial », la coupe du monde de football va se tenir dans quelques jours au Brésil.

Enfin, s'agit-il encore réellement de football ?

Comme tous les grands raouts mondiaux (jeux olympiques, etc) cette manifestation sert avant tout d'alibi aux leaders économiques mondiaux1 pour satisfaire leur soif inextinguible de profit.
Peu importe que la construction des installations et que l'organisation désorganisent les finances des pays accueillants2, que des populations entières parmi les plus miséreuses soient déplacées, reléguées, que pour construire les installations sportives, les organisateurs fassent appel à une main d'œuvre émigrée qu'ils exploitent sans scrupule, quand, ils n'oublient pas simplement de la payer3, il faut sacrifier à la divinité finance et à ses grands prêtres.

Et les joueurs, mais s'agit-il encore de joueurs ?
Nous pouvons nous poser la question lorsque l'on entend, étourdi par l'importance de la somme, le montant des contrats et des salaires de ces « gonzes », complices des grandes messes du sacrifice, et qui ne font que pousser un ballon devant eux habillés en homme sandwich.

Où sont le Brésilien Socrates dont la devise poing levé était : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie. », le Chilien Carlos Caselzy qui aida à la chute de Pinochet ou Rubby Fowler au Royaume-Uni qui prit sur les terrains la défense des dockers de Liverpool ?

Mais ça, c'était avant, avant qu'il y ait de l'argent.

Y pas à dire, on nous a bien volé notre football4 !


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  http://fr.fifa.com/worldcup/organisation/partners/
2  Les couteux jeux olympiques d'Athènes de 2004 sont en partie responsables de la crise grèque.
3  Voir les derniers rebondissement du mondial de 2022 au Qatar.
4  Comment ils nous ont volé le footbal ? par Fakir Editions - 130 pages, 6 €.

samedi 10 mai 2014

Commémorons l'abolition de l'esclavage des Roms.

 


Le 10 mai 2014 a lieu la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Une cérémonie officielle se déroule, comme tous les ans, en présence du Président de la République. La loi Taubira du 21 mai 2001 aura été la grande loi mémorielle française concernant la reconnaissance, comme crime contre l'humanité, des traites et des esclavages pratiqués, à partir du XVe siècle, sur certaines populations. Son article 1er précise que « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

L'esclavage fut bien une réalité historique européenne mais elle ne se limita pas à la perpétration de la traite négrière transatlantique. Au nombre des abolitions intervenues au XIXe siècle figure l'abolition de l'esclavage des Roms en Roumanie ( Moldavie et Munténie -ou Valachie-).

Au XIXe siècle, en 1818, le code pénal de Valachie inclut les articles suivants :
« Section 2 :  les tsiganes naissent esclaves. Section 3 : tout enfant né d’une mère esclave est esclave Section 5 : tout propriétaire a le droit de vendre ou de donner ses esclaves Section 6 : tout tsigane sans propriétaire est la propriété du Prince. »
Quant au code pénal moldave de 1833, il précise :
« Section II.154 : des mariages légaux ne peuvent avoir lieu entre des personnes libres et des esclaves. Section II.162 : Les mariages entre esclaves ne peuvent avoir lieu sans le consentement de leurs propriétaires. Section II.174 : Le prix d’un esclave doit être fixé par le tribunal, selon son age, sa condition et sa profession. »
Les Roms sont vendus et achetés à des foires aux esclaves, le prix, au 19ème siècle, étant généralement d’une pièce d’or par kilo, sans égard pour les liens familiaux qui unissent des Roms entre eux (malgré une loi de 1757 qui interdit de vendre les enfants séparément de leurs parents), le plus souvent par lot.

Kogalniceanu (1), tsiganologue roumain du 19ème siècle, (qui devint premier ministre de la toute nouvelle Roumanie unifiée, en 1863) écrit : « Quand j’étais jeune, je voyais dans les rues de Iassy des êtres humains aux mains et pieds enchaînés, certains même portant des anneaux de fer autour du cou et de la tête. Des peines cruelles de fouet, de privation de nourriture, d’enfumage, de maintien nus dans la neige ou dans la rivière gelée, tels étaient les traitements infligés aux Gitans. La sainteté de leurs mariages et de leurs liens familiaux n’étaient pas respectés. On arrachait la femme à son mari, la fille était séparée de force de sa mère, on arrachait les enfants des bras de leurs parents, on les séparait et on les vendait aux quatre coins de la Roumanie. Ni les hommes, ni les lois n’avaient pitié de ces malheureux êtres humains. »

Les « mariages » entre Roms sont le plus souvent arrangés entre les propriétaires pour de simples questions de reproduction, un prêtre officialisant l’union avant qu’on les force à se reproduire. Si le code de Basile le Loup prévoit que « un tsigane qui viole une blanche doit être brûlé vif», les propriétaires ne se gênent pas pour violer des esclaves, si bien qu’au 19ème siècle, le journaliste français Félix Colson note que de nombreux esclaves roms sont blonds. Pour avoir une idée des conditions de vie des esclaves de maison, on peut citer Félix Colson qui, en visite chez un baron roumain, indique dans ses mémoires que « la misère se lit tellement sur leurs corps qu’à les regarder, on risque de perdre l’appétit ». Il est à noter que si la loi n’autorisait pas un baron à tuer son esclave, cette pratique était néanmoins courante (la loi n’interdisant pas de toute façon les châtiments corporels qui pouvaient se terminer par la mort de l’esclave).

L'Église moldave libéra ses esclaves roms en 1844 et l'Église de Munténie en 1847. L'esclavage, peu après, devint illégal une première fois, dans ces deux principautés, en 1855 et 1856, soit sept à huit ans après l'abolition définitive signée, en France, le 27 avril 1848, au début de la deuxième République, sous l'impulsion de Victor Schoelcher. Réinstauré, l'esclavage des Roms ne fut définitivement aboli qu'en 1864, deux ans après l'unification de la Roumanie. Le lien historique entre ces abolitions transatlantique et européenne est avéré.
 
L'esclavage oublié des Roms qui dura un demi-millénaire, dès leur apparition dans les principautés pré-roumaines, au milieu du XIVe siècle jusqu'au milieu du XIXe, appartient, à présent, à l'histoire de tous les Européens. Le déni d'un esclavage si long et si brutal n'est plus supportable et pèse encore sur les relations entre les Roms et autres populations européennes, de nos jours. Il est temps d'enseigner et de rappeler à tous les concitoyens de l'Union que ce lointain passé a laissé des traces dans notre présent. 

L'abolition de l'esclavage des Roms en Europe a désormais toute sa place dans la commémoration, en France, de l'abolition des esclavages, tous les esclavages, chaque 10 mai.

(1) « Les Européens organisent des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en Amérique alors que, sur leur propre continent, 400 000 Tsiganes sont maintenus en esclavage » Kogalniceanu Mihail, Esquisse sur l’histoire, les mœurs et la langue des cigains, connus en France sous le nom de Bohémiens, Berlin,1837.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


mercredi 16 avril 2014

Ne laissons pas la désespérance s'emparer du monde

Le réel est complexe mais les choix sont simples.


Il n'est rien, absolument rien, de plus utile et urgent que de concevoir et proposer de quoi donner aux humains des raisons de vivre. La haute technologie n'est pas autonome et passe désormais après les orientations et les résolutions philosophiques dont dépend l'avenir de l'humanité.





Car les raisons de la désespérance surabondent mais, parmi elles, vu de France, il en est plusieurs qui sont prioritaires. Exposées, elles apparaissent insurmontables, mais il n'est pas supportable de penser que la fin du monde est venue à nos portes. Prendre en compte la situation des humains à naître oriente nos pensées.


Les menaces sur l'humanité, dans le désordre, - car elles ne se hiérarchisent pas et chacune peut déclencher le pire -, me semblent les suivantes :

• La non prise en considération des génocides du XXe siècle, dont les causes n'ont pas été explorées profondément, et notamment celui du Rwanda, qui affecte toute l'Afrique et nous avec, qu'on commémore, au lieu d'en pourchasser l'origine historique, politique, intellectuelle et « religieuse ».

• Le rôle prédominant des USA qui n'ont cessé, au nom de la lutte contre le terrorisme, de s'écarter de leurs propres principes, qui ont organisé une guerre secrète qui s'est étalée sur toute l'étendue du globe, qui a restauré le droit à la torture, et qui a justifié l'usage de moyens nouveaux de tuer (dont les drones qui banalisent la mort à distance et ne distinguent pas les innocents des supposés criminels).

• L'augmentation épouvantable des budgets d'armement qui permettent à des entreprises privées et d'état de faire d'immenses profits rendant inévitable la multiplication des conflits locaux, régionaux et internationaux.

• Le refus obstiné de tirer les enseignements économiques, agronomiques et politiques du réchauffement climatique, lequel se produit, s'aggrave et va vite, à présent, bouleverser la vie des peuples.

• La lente imprégnation des esprits, les médias aidant, qui aboutit à l'acceptation comme inévitable de sociétés où triomphent les riches et où le partage est relégué au rang de valeur appartenant au passé.

• L'entêtement historique de savants et de politiques qui persistent à vouloir maintenir et développer l'industrie nucléaire civile et militaire en dépit des enseignements (non retenus) des catastrophes survenues entre 1945 et 2011.

• La perversion des systèmes politiques se réclamant de la démocratie et qui ont confisqué, détourné, défiguré, travesti, (jusqu'à dénaturer, par de subtils modes de scrutin, les élections elles-mêmes), ce qu'elle recelait d'historique : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes loin de toute forme de monocratie.

• le blocage de tous les acquis culturels de la pensée et de l'art humains, (un trésor laissé enfermé dans les bibliothèques et les musées), qui sont niés, oubliés, ridiculisés, au profit d'une gestion comptable et économiste des organisations communes, brisant ainsi les espoirs des humbles.

• L'absence des débats essentiels relatifs la démographie et au vieillissement, pesant sur la fin du siècle engagé.

• La course en avant, appelée croissance, qui laisse entendre que les limites planétaires n'existent pas et qui conduit à l'épuisement des ressources ainsi qu'à la saturation des économies développées.

• Le maintien d'une conception du travail strictement lié à l'emploi lequel ne peut plus, pourtant, que reculer, dès lors que produire plus est possible avec une main d'œuvre de plus en plus réduite.

• L'incapacité de penser et donc de distribuer des revenus qui ne dépendent plus du salaire.

Décrire, à grands traits, ces causes de la désespérance, mais aussi de la colère des peuples du monde, fournit aussi la liste des chantiers sur lesquels les citoyens de toutes les nations, (et plus État par État), ont à travailler, de toute urgence, sans volonté de pouvoir sur autrui mais seulement sur la réalité de nos vies.


Il n'y a du reste pas le choix : entre le renoncement définitif à tout engagement dans l'ouverture d'une autre « voie » (qui n'est plus alors qu'attente de la mort) et la participation à la découverte d'un futur qui sera très éloigné que ce que contiennent les temps présents (et qui oblige à des ruptures avec les idéologies d'un passé persistant mais déjà ruiné), il faut vivre, écrire, parler, prendre les risques de l'erreur et aimer le vivant dont nous faisons partie.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


lundi 7 avril 2014

Rwanda : 20 ans de mensonge !

Les Français ne peuvent fermer les yeux sur un génocide où ils ont été présents !

Voici vingt ans débutait l'un des plus grands drames qu'ait connus l'Afrique sous les yeux d'Européens impuissants ou complices.

Il y a génocide quand il y a volonté d'État de faire disparaître un peuple à jamais. Le XXe siècle a été le siècle des grands génocides ! Le génocide arménien en Turquie (1915-1916), les génocides des Juifs et des Roms (dès le début des années 1940) en Allemagne, le génocide khmer (entre 1974 et 1979) au Cambodge, et le génocide des Tutsi au Rwanda (en 1994) ont blessé, pour toujours, notre histoire. Non qu'il n'y ai pas eu des massacres de masse, tout au long de l'histoire et maintenant encore, mais les génocides, tels qu'ils ont été définis, au cours du siècle passé, représentent la mise en œuvre d'un décision politique perpétrée par un gouvernement légitime. Et c'est une épouvantable « première » historique, de nature à faire douter de l'espèce humaine elle-même.

Le Rwanda, par la voix de son président -lequel n'est guère estimable et se conduit en dictateur- accuse la France d'avoir laissé commettre les crimes en ne faisant pas intervenir ses forces armées, présentes, et inévitables témoins des massacres systématiques. Pire, les Français, mais aussi les Belges, sont accusés d'avoir déclenché, nourri et motivé la haine des Hutus depuis fort longtemps. La France a fourni des armes et des conseils militaires bien avant les événements. Enfin, il est affirmé que des soldats français auraient même participé à des actions assassines !

Il n'y a pas de fumée sans feu. Les très nombreux ouvrages spécialisés qui tentent de cerner les faits et leurs causes ne laissent pas les militaires français à l'extérieur de la zone où le pire est survenu. Les sentiments colonialistes qui n'ont jamais disparu de l'attitude de nombre d'Européens vivant en Afrique noire ont toujours motivé leur mépris, voire leur hostilité à l'égard des populations jugées inférieures. Le comportement paternaliste et choquant de « missionnaires » catholiques a entretenu aussi le climat délétère, haineux, odieux, développé par radio Mille Collines. Le génocide n'a pas surgi ; il a été de longue main préparé.

Ce 7 avril 2014, il n'est pas encore question de tirer tous les enseignements historiques du génocide rwandais, mais ce jour viendra et la France, du moins ses responsables politiques et militaires d'alors, n'en sortiront pas les mains propres. L'opération Turquoise, décidée par le gouvernement Balladur, sous l'autorité du président Mitterrand, approuvée et soutenue par l'ONU, n'a pas permis d'arrêter ni même de limiter le nombre des victimes qui s'est compté, en quelques jours, par centaines de milliers ! 

Il serait à notre honneur non pas de défendre, d'abord, celui de l'armée française mais d'affronter la vérité, laquelle ne peut être que complexe et sûrement pas favorable à cette présence française ambiguë, puissante et complice -l'avenir dira jusqu'à quel point- de ceux qui ont préparé, voulu et exécuté cet acte politique massif et exceptionnellement monstrueux !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran