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mardi 17 juin 2014

Handicap et accessibilité.



Alors que dans notre pays, selon l'INSEE, 9,6 millions de personnes1 sont concernées directement par le handicap, le 12 juin, l'Assemblée Nationale a voté en première lecture un projet de loi qui permettra « (aux) acteurs publics et privés (de) bénéficier de trois à neuf ans supplémentaires pour mettre aux normes leurs installations afin de les rendre accessibles aux handicapés. »

La loi de 2005 prévoyait un délai de 10 ans, et une nouvelle fois, par un retour en arrière, les pouvoirs publics démontrent leur impuissance et leur manque de courage à imposer une loi qui stoppe net les discriminations en matière de handicap.


Le baromètre de l’accessibilité réalisé par l’APF2 confirme que plus de la moitié des écoles et seulement 42% des réseaux de bus sont accessibles aux personnes en situation de handicap, même constat pour les cabinets médicaux et paramédicaux où plus de la moitié des personnes en situation de handicap ont des difficultés à en trouver un accessible.

Même dans les constructions récentes, de nombreuses insuffisances sont constatées, ce qui est particulièrement inadmissible. On ne peut pas croire que ce sont les lobbies qui sont à la manoeuvre pour faire pression et abaisser les coûts de construction ou augmenter les profits.

Une fois de plus la solidarité est mise en défaut et on ne peut expliquer ces carences autrement que par un manque de volontarisme et de courage politique et blâmer un gouvernement qui sur ce sujet comme sur d’autres se montre si faible.

1  Soit 7 % de la population
2  http://presse.blogs.apf.asso.fr/media/01/01/1824062542.pdf

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mardi 10 juin 2014

Ils nous ont volé notre football !




Rebaptisé « Mondial », la coupe du monde de football va se tenir dans quelques jours au Brésil.

Enfin, s'agit-il encore réellement de football ?

Comme tous les grands raouts mondiaux (jeux olympiques, etc) cette manifestation sert avant tout d'alibi aux leaders économiques mondiaux1 pour satisfaire leur soif inextinguible de profit.
Peu importe que la construction des installations et que l'organisation désorganisent les finances des pays accueillants2, que des populations entières parmi les plus miséreuses soient déplacées, reléguées, que pour construire les installations sportives, les organisateurs fassent appel à une main d'œuvre émigrée qu'ils exploitent sans scrupule, quand, ils n'oublient pas simplement de la payer3, il faut sacrifier à la divinité finance et à ses grands prêtres.

Et les joueurs, mais s'agit-il encore de joueurs ?
Nous pouvons nous poser la question lorsque l'on entend, étourdi par l'importance de la somme, le montant des contrats et des salaires de ces « gonzes », complices des grandes messes du sacrifice, et qui ne font que pousser un ballon devant eux habillés en homme sandwich.

Où sont le Brésilien Socrates dont la devise poing levé était : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie. », le Chilien Carlos Caselzy qui aida à la chute de Pinochet ou Rubby Fowler au Royaume-Uni qui prit sur les terrains la défense des dockers de Liverpool ?

Mais ça, c'était avant, avant qu'il y ait de l'argent.

Y pas à dire, on nous a bien volé notre football4 !


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  http://fr.fifa.com/worldcup/organisation/partners/
2  Les couteux jeux olympiques d'Athènes de 2004 sont en partie responsables de la crise grèque.
3  Voir les derniers rebondissement du mondial de 2022 au Qatar.
4  Comment ils nous ont volé le footbal ? par Fakir Editions - 130 pages, 6 €.

samedi 10 mai 2014

Commémorons l'abolition de l'esclavage des Roms.

 


Le 10 mai 2014 a lieu la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Une cérémonie officielle se déroule, comme tous les ans, en présence du Président de la République. La loi Taubira du 21 mai 2001 aura été la grande loi mémorielle française concernant la reconnaissance, comme crime contre l'humanité, des traites et des esclavages pratiqués, à partir du XVe siècle, sur certaines populations. Son article 1er précise que « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

L'esclavage fut bien une réalité historique européenne mais elle ne se limita pas à la perpétration de la traite négrière transatlantique. Au nombre des abolitions intervenues au XIXe siècle figure l'abolition de l'esclavage des Roms en Roumanie ( Moldavie et Munténie -ou Valachie-).

Au XIXe siècle, en 1818, le code pénal de Valachie inclut les articles suivants :
« Section 2 :  les tsiganes naissent esclaves. Section 3 : tout enfant né d’une mère esclave est esclave Section 5 : tout propriétaire a le droit de vendre ou de donner ses esclaves Section 6 : tout tsigane sans propriétaire est la propriété du Prince. »
Quant au code pénal moldave de 1833, il précise :
« Section II.154 : des mariages légaux ne peuvent avoir lieu entre des personnes libres et des esclaves. Section II.162 : Les mariages entre esclaves ne peuvent avoir lieu sans le consentement de leurs propriétaires. Section II.174 : Le prix d’un esclave doit être fixé par le tribunal, selon son age, sa condition et sa profession. »
Les Roms sont vendus et achetés à des foires aux esclaves, le prix, au 19ème siècle, étant généralement d’une pièce d’or par kilo, sans égard pour les liens familiaux qui unissent des Roms entre eux (malgré une loi de 1757 qui interdit de vendre les enfants séparément de leurs parents), le plus souvent par lot.

Kogalniceanu (1), tsiganologue roumain du 19ème siècle, (qui devint premier ministre de la toute nouvelle Roumanie unifiée, en 1863) écrit : « Quand j’étais jeune, je voyais dans les rues de Iassy des êtres humains aux mains et pieds enchaînés, certains même portant des anneaux de fer autour du cou et de la tête. Des peines cruelles de fouet, de privation de nourriture, d’enfumage, de maintien nus dans la neige ou dans la rivière gelée, tels étaient les traitements infligés aux Gitans. La sainteté de leurs mariages et de leurs liens familiaux n’étaient pas respectés. On arrachait la femme à son mari, la fille était séparée de force de sa mère, on arrachait les enfants des bras de leurs parents, on les séparait et on les vendait aux quatre coins de la Roumanie. Ni les hommes, ni les lois n’avaient pitié de ces malheureux êtres humains. »

Les « mariages » entre Roms sont le plus souvent arrangés entre les propriétaires pour de simples questions de reproduction, un prêtre officialisant l’union avant qu’on les force à se reproduire. Si le code de Basile le Loup prévoit que « un tsigane qui viole une blanche doit être brûlé vif», les propriétaires ne se gênent pas pour violer des esclaves, si bien qu’au 19ème siècle, le journaliste français Félix Colson note que de nombreux esclaves roms sont blonds. Pour avoir une idée des conditions de vie des esclaves de maison, on peut citer Félix Colson qui, en visite chez un baron roumain, indique dans ses mémoires que « la misère se lit tellement sur leurs corps qu’à les regarder, on risque de perdre l’appétit ». Il est à noter que si la loi n’autorisait pas un baron à tuer son esclave, cette pratique était néanmoins courante (la loi n’interdisant pas de toute façon les châtiments corporels qui pouvaient se terminer par la mort de l’esclave).

L'Église moldave libéra ses esclaves roms en 1844 et l'Église de Munténie en 1847. L'esclavage, peu après, devint illégal une première fois, dans ces deux principautés, en 1855 et 1856, soit sept à huit ans après l'abolition définitive signée, en France, le 27 avril 1848, au début de la deuxième République, sous l'impulsion de Victor Schoelcher. Réinstauré, l'esclavage des Roms ne fut définitivement aboli qu'en 1864, deux ans après l'unification de la Roumanie. Le lien historique entre ces abolitions transatlantique et européenne est avéré.
 
L'esclavage oublié des Roms qui dura un demi-millénaire, dès leur apparition dans les principautés pré-roumaines, au milieu du XIVe siècle jusqu'au milieu du XIXe, appartient, à présent, à l'histoire de tous les Européens. Le déni d'un esclavage si long et si brutal n'est plus supportable et pèse encore sur les relations entre les Roms et autres populations européennes, de nos jours. Il est temps d'enseigner et de rappeler à tous les concitoyens de l'Union que ce lointain passé a laissé des traces dans notre présent. 

L'abolition de l'esclavage des Roms en Europe a désormais toute sa place dans la commémoration, en France, de l'abolition des esclavages, tous les esclavages, chaque 10 mai.

(1) « Les Européens organisent des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en Amérique alors que, sur leur propre continent, 400 000 Tsiganes sont maintenus en esclavage » Kogalniceanu Mihail, Esquisse sur l’histoire, les mœurs et la langue des cigains, connus en France sous le nom de Bohémiens, Berlin,1837.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


mercredi 16 avril 2014

Ne laissons pas la désespérance s'emparer du monde

Le réel est complexe mais les choix sont simples.


Il n'est rien, absolument rien, de plus utile et urgent que de concevoir et proposer de quoi donner aux humains des raisons de vivre. La haute technologie n'est pas autonome et passe désormais après les orientations et les résolutions philosophiques dont dépend l'avenir de l'humanité.





Car les raisons de la désespérance surabondent mais, parmi elles, vu de France, il en est plusieurs qui sont prioritaires. Exposées, elles apparaissent insurmontables, mais il n'est pas supportable de penser que la fin du monde est venue à nos portes. Prendre en compte la situation des humains à naître oriente nos pensées.


Les menaces sur l'humanité, dans le désordre, - car elles ne se hiérarchisent pas et chacune peut déclencher le pire -, me semblent les suivantes :

• La non prise en considération des génocides du XXe siècle, dont les causes n'ont pas été explorées profondément, et notamment celui du Rwanda, qui affecte toute l'Afrique et nous avec, qu'on commémore, au lieu d'en pourchasser l'origine historique, politique, intellectuelle et « religieuse ».

• Le rôle prédominant des USA qui n'ont cessé, au nom de la lutte contre le terrorisme, de s'écarter de leurs propres principes, qui ont organisé une guerre secrète qui s'est étalée sur toute l'étendue du globe, qui a restauré le droit à la torture, et qui a justifié l'usage de moyens nouveaux de tuer (dont les drones qui banalisent la mort à distance et ne distinguent pas les innocents des supposés criminels).

• L'augmentation épouvantable des budgets d'armement qui permettent à des entreprises privées et d'état de faire d'immenses profits rendant inévitable la multiplication des conflits locaux, régionaux et internationaux.

• Le refus obstiné de tirer les enseignements économiques, agronomiques et politiques du réchauffement climatique, lequel se produit, s'aggrave et va vite, à présent, bouleverser la vie des peuples.

• La lente imprégnation des esprits, les médias aidant, qui aboutit à l'acceptation comme inévitable de sociétés où triomphent les riches et où le partage est relégué au rang de valeur appartenant au passé.

• L'entêtement historique de savants et de politiques qui persistent à vouloir maintenir et développer l'industrie nucléaire civile et militaire en dépit des enseignements (non retenus) des catastrophes survenues entre 1945 et 2011.

• La perversion des systèmes politiques se réclamant de la démocratie et qui ont confisqué, détourné, défiguré, travesti, (jusqu'à dénaturer, par de subtils modes de scrutin, les élections elles-mêmes), ce qu'elle recelait d'historique : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes loin de toute forme de monocratie.

• le blocage de tous les acquis culturels de la pensée et de l'art humains, (un trésor laissé enfermé dans les bibliothèques et les musées), qui sont niés, oubliés, ridiculisés, au profit d'une gestion comptable et économiste des organisations communes, brisant ainsi les espoirs des humbles.

• L'absence des débats essentiels relatifs la démographie et au vieillissement, pesant sur la fin du siècle engagé.

• La course en avant, appelée croissance, qui laisse entendre que les limites planétaires n'existent pas et qui conduit à l'épuisement des ressources ainsi qu'à la saturation des économies développées.

• Le maintien d'une conception du travail strictement lié à l'emploi lequel ne peut plus, pourtant, que reculer, dès lors que produire plus est possible avec une main d'œuvre de plus en plus réduite.

• L'incapacité de penser et donc de distribuer des revenus qui ne dépendent plus du salaire.

Décrire, à grands traits, ces causes de la désespérance, mais aussi de la colère des peuples du monde, fournit aussi la liste des chantiers sur lesquels les citoyens de toutes les nations, (et plus État par État), ont à travailler, de toute urgence, sans volonté de pouvoir sur autrui mais seulement sur la réalité de nos vies.


Il n'y a du reste pas le choix : entre le renoncement définitif à tout engagement dans l'ouverture d'une autre « voie » (qui n'est plus alors qu'attente de la mort) et la participation à la découverte d'un futur qui sera très éloigné que ce que contiennent les temps présents (et qui oblige à des ruptures avec les idéologies d'un passé persistant mais déjà ruiné), il faut vivre, écrire, parler, prendre les risques de l'erreur et aimer le vivant dont nous faisons partie.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


lundi 7 avril 2014

Rwanda : 20 ans de mensonge !

Les Français ne peuvent fermer les yeux sur un génocide où ils ont été présents !

Voici vingt ans débutait l'un des plus grands drames qu'ait connus l'Afrique sous les yeux d'Européens impuissants ou complices.

Il y a génocide quand il y a volonté d'État de faire disparaître un peuple à jamais. Le XXe siècle a été le siècle des grands génocides ! Le génocide arménien en Turquie (1915-1916), les génocides des Juifs et des Roms (dès le début des années 1940) en Allemagne, le génocide khmer (entre 1974 et 1979) au Cambodge, et le génocide des Tutsi au Rwanda (en 1994) ont blessé, pour toujours, notre histoire. Non qu'il n'y ai pas eu des massacres de masse, tout au long de l'histoire et maintenant encore, mais les génocides, tels qu'ils ont été définis, au cours du siècle passé, représentent la mise en œuvre d'un décision politique perpétrée par un gouvernement légitime. Et c'est une épouvantable « première » historique, de nature à faire douter de l'espèce humaine elle-même.

Le Rwanda, par la voix de son président -lequel n'est guère estimable et se conduit en dictateur- accuse la France d'avoir laissé commettre les crimes en ne faisant pas intervenir ses forces armées, présentes, et inévitables témoins des massacres systématiques. Pire, les Français, mais aussi les Belges, sont accusés d'avoir déclenché, nourri et motivé la haine des Hutus depuis fort longtemps. La France a fourni des armes et des conseils militaires bien avant les événements. Enfin, il est affirmé que des soldats français auraient même participé à des actions assassines !

Il n'y a pas de fumée sans feu. Les très nombreux ouvrages spécialisés qui tentent de cerner les faits et leurs causes ne laissent pas les militaires français à l'extérieur de la zone où le pire est survenu. Les sentiments colonialistes qui n'ont jamais disparu de l'attitude de nombre d'Européens vivant en Afrique noire ont toujours motivé leur mépris, voire leur hostilité à l'égard des populations jugées inférieures. Le comportement paternaliste et choquant de « missionnaires » catholiques a entretenu aussi le climat délétère, haineux, odieux, développé par radio Mille Collines. Le génocide n'a pas surgi ; il a été de longue main préparé.

Ce 7 avril 2014, il n'est pas encore question de tirer tous les enseignements historiques du génocide rwandais, mais ce jour viendra et la France, du moins ses responsables politiques et militaires d'alors, n'en sortiront pas les mains propres. L'opération Turquoise, décidée par le gouvernement Balladur, sous l'autorité du président Mitterrand, approuvée et soutenue par l'ONU, n'a pas permis d'arrêter ni même de limiter le nombre des victimes qui s'est compté, en quelques jours, par centaines de milliers ! 

Il serait à notre honneur non pas de défendre, d'abord, celui de l'armée française mais d'affronter la vérité, laquelle ne peut être que complexe et sûrement pas favorable à cette présence française ambiguë, puissante et complice -l'avenir dira jusqu'à quel point- de ceux qui ont préparé, voulu et exécuté cet acte politique massif et exceptionnellement monstrueux !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

jeudi 6 mars 2014

La mascarade de la journée de la femme.



« Une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner pour contrepoids au droit de l’homme le droit de la femme.1 » écrivait Victor Hugo dans les années 1870, dans une lettre, il ajoutait « Dans notre législation telle qu’elle est, la femme ne possède pas, elle n’est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse. »

Cela fait maintenant près d'un siècle et demi que Victor Hugo tenait ces propos, mais les femmes sont toujours contraintes de se battre pour faire reconnaître leur égalité avec les hommes.

Bien sûr, il y a eu des évolutions notables depuis la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne2 qui conduisit Olympe de Gouges3 à l'échafaud en 1794, mais il fallut attendre 1944 pour voir reconnu, après d’âpres combats, le droit de vote des femmes4, puis 1965 pour que les femmes mariées puissent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. Ensuite 1967, que la loi Neuwirth autorise la contraception et 1975, que la loi Veil, accouchée au parlement dans l'insulte et les débats houleux, légalise l’Interruption Volontaire de Grossesse5. Dès 1972, le législateur veut réduire les inégalités dans le travail des femmes et dans leur représentation dans les Institutions par la reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal » repris en 2006 par une nouvelle loi6 et en 2008  par l'inscription dans la Constitution de « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Dans le même temps, des lois renforcent la prévention et la répression des violences au sein du couple et sanctionnent plus durement le harcèlement sexuel. 

Pourtant, malgré tous ces textes de lois, des femmes meurent encore, tous les jours, sous les coups de compagnons indignes et l'écart reste important entre la législation largement égalitaire et la situation réelle. Les inégalités persistent, pire, les effets de la crise intensifient la pauvreté et la précarité féminines. Des extrémismes, momifiés dans des concepts d'un autre temps, voudraient revenir sur les acquis et renvoyer les femmes à un statut d'inférieures, dans le cadre d'une famille patriarcale. En France, mais aussi dans d'autres pays européens, ils attaquent l'avortement et sous des prétextes fallacieux et dignes de l'inquisition, ils s'en prennent aux bibliothèques, à l'école publique et  tiennent des discours homophobes.


Ces discriminations faites aux femmes sont lamentables dans un pays qui se dit civilisé et avant de critiquer la condition féminine dans d'autres régions, d'autres contrées, nous devrions regarder d'abord chez nous. Nous n'avons aucune leçon à donner.

Même à l'Assemblée Nationale, lieu où le citoyen est en droit d'exiger de ses représentants la tempérance et le respect des personnes, des députés, se transforment en « sus scrofa domesticus » machistes et insultent des ministres femmes pendant leurs interventions.

C'est le personnel politique et les managers masculins, les « petits » machos de tout poil qui se croyant supérieurs à la gent féminine, alors que la réussite scolaire prouve le contraire, qui empêchent à la femme de prendre sa place pleine et entière dans la société.

Stop à ces injustices et oui à une société harmonieuse et équilibrée, où chacune et chacun, sans distinction, bénéficieront des mêmes libertés et des mêmes droits.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



1 Victor Hugo - Actes et paroles - 1872
2http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/femmes/olympe-de-gouges_declaration-des-droits-de-la-femme.asp
3Il nous semble que la panthéonisation d'Olympe de Gouges aurait une valeur particulièrement symbolique de la reconnaissance par la France des droits de la femme
4 Le refus d'accorder le droit de vote aux femmes a été construit sur une double argumentation constante et opposée :
  • En votant, les femmes compromettraient leur rôle fondamental, celui d'épouses et de mères de famille. C'est pour les préserver du « cirque politique » qu'il faut leur interdire le vote.
  • Les femmes sont immatures, inférieures, influençables et ne peuvent donc prendre part de façon intelligente à la vie publique.
Il est stupéfiant de noter que dans le même temps, il existe, et peut-être encore aujourd'hui, un certain nombre d'hommes politiques et de penseurs pour remettre en cause le suffrage universel au prétexte que le peuple est « incompétent ». A la question : « Les femmes doivent-elles voter ? » en 1910, le philosophe Alfred Fouillée répondait : « N'ajoutons pas le suffrage des incompétences à celui des incompétents ». L'écrivain Romain Rolland, prix Nobel de littérature, mort en 1944, reconnu, pourtant, comme grand humaniste ne réagissait pas autrement.
5 C'est la loi, dite loi Veil, du 17 janvier 1975 relative à l'interruption volontaire de grossesse qui encadre la dépénalisation de l'avortement. Elle a été préparée par Simone Veil, ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Le vote à l'Assemblée nationale a fait l'objet de débats houleux, comme ce que lança Jacques Médecin, alors député maire de Nice : « … C’est de la barbarie, organisée et couverte par la loi, comme elle le fut, hélas ! il y a trente ans, par le nazisme en Allemagne. »
6    Les salaires féminins sont inférieurs de 27 % à ceux des hommes. (Données DARES) et les femmes touchent en moyenne 825 € contre 1 426 € pour les hommes.

vendredi 14 février 2014

Le vote blanc : un tout petit pas en avant !

 
Le 14 février 2014, le Sénat, en seconde et dernière lecture, a approuvé, sans y rien changer, le projet de loi, adopté par l'Assemblée Nationale en novembre 2013, qui cesse de faire du vote blanc un vote nul.

À partir du 1er avril 2014 (donc à l'occasion des prochaines élections européennes, le 25 mai) les électeurs qui ne retrouvent pas leurs préférences dans les listes ou les noms soumis à leurs suffrages, pourront, en votant blanc, émettre un avis politique reconnu comme valide.

Une expression qui ne sera pas un suffrage exprimé : on comptera, certes, à part les bulletins blancs mais ils n'entreront pas dans le calcul des majorités électorales ! Les enveloppes vides ou contenant un bulletin sans inscription ne seront plus mélangées avec les enveloppes contenant des bulletins erronés, ou injurieux, ou identifiables. Mais c'est tout !

La déception est vive mais un pas est franchi et il y en aura d'autres : en démocratie, le souverain, c'est-à-dire le peuple, peut récuser les candidats et ne pas vouloir choisir entre eux s'ils les considèrent comme incompétents ou porteurs de politiques rejetées. Et pour cela, il faudra bien que les votes blancs soient concurrentiels avec les votes nominatifs et donc, tôt ou tard, considérés comme des suffrages exprimés !

Il est des pays où cette expression politique complète est déjà admise, quand le vote est obligatoire : c'est le cas de la Belgique (depuis 1893), du Luxembourg, de la Grèce, de l'Autriche, de l'Uruguay, de la Colombie, du Brésil.

Depuis 2003, la Suisse comptabilise les bulletins blancs pour les élections au scrutin majoritaire, (ces votes participent à l'établissement de la majorité absolue, mais au second tour, c'est la majorité relative qui est appliquée).

L'Espagne et les Pays Bas sont les seuls pays qui considèrent les votes blancs comme valides à toutes les élections. Les bulletins blancs entrent dans le calcul des pourcentages, notamment pour les rares référendums. Toutes les élections, pour élire des représentants, sont à la proportionnelle mais ces bulletins blancs, sans candidats, ne sont évidemment pas transformés en sièges, même s'ils sont nombreux.

La Suède était dans le même cas que l'Espagne, mais les bulletins blancs ont été récemment écartés de la catégorie « bulletins valides ». Ils le restent cependant pour les référendums.

Au Pérou, lorsque deux tiers des électeurs votent blanc, le scrutin est annulé. Le peuple possède, en quelque, sorte un droit de veto.

La France ne fait donc que se rapprocher timidement de ce que d'autres États expérimentent parfois depuis des décennies. Il faut dire que notre pays n'a jamais été très en avance pour ce qui est de la pratique électorale de la démocratie ! Il ne faut jamais oublier que le suffrage déclaré universel en 1848 n'a été réel qu'en 1944, quand la moitié du corps électoral, féminin, a enfin été autorisée à voter !

Quels enseignements retirerons-nous des scrutins à venir où les bulletins blancs seraient plus nombreux que les bulletins porteurs des noms de candidats ? Nous contenterons-nous de déplorer, comme auparavant, ce que nous ne pourrons plus appeler un désintérêt électoral ?

La possibilité de déposer dans l'urne des enveloppes vides peut prendre sens : faute de disposer de bulletins blancs dans les bureaux de vote (cela reste interdit), il sera simple et très pratique de n'utiliser qu'une enveloppe. Inutile, puisque des enveloppes vides sont à disposition, d'effectuer des découpes à domicile et d'emmener son bulletin dans sa poche (au reste, actuellement, et ce fut précisé au cours des débats, la taille du bulletin sans inscription ne joue pas)... Encore faudra-t-il qu'elles soient assez opaques pour ne pas laisser constater qu'aucun bulletin n'y a été introduit.

Mais le fond du débat politique demeure le calcul des majorités. On ne pourra pas, selon la loi votée le 12 février 2014, dénombrer les bulletins blancs pour les futures élections présidentielles et pour les référendums. Autrement dit, dans un pays qui privilégie le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il faut éviter de rendre visible l'absence de majorité absolue pour les scrutins majeurs. Si les bulletins blancs avaient été acceptés comme des suffrages exprimés, François Hollande n'aurait été élu qu'à la majorité relative, ce que ne permet pas la Constitution. Même si les bulletins blancs étaient seulement dénombrés, il pourrait être révélé que l'élu ne dispose pas d'une autorité politique suffisante si trop peu d'électeurs ont choisi l'un des deux candidats restés en compétition.

Sur les sept élections auxquelles les Français peuvent participer au suffrage direct, seules les élections locales (municipales-communautaires, départementales, régionales) et les élections législatives ou européennes accepteront les bulletins blancs. Avant que les électeurs ne se servent du bulletin blanc comme un outil politique efficace, il y aura encore de nombreuses « abstentions politiques » car, dans la masse des abstentionnistes (toutes motivations ou absence de motivation confondues), on compte une part importante de « grévistes du vote ».

Bref, depuis que des projets de lois ont été, depuis de très nombreuses années, préparés, soumis, abandonnés par le Parlement, c'est la première fois qu'une décision est prise, plus que timide, mais pouvant faire apparaître, enfin, que « refuser la donne électorale » n'est pas incivique. Avec l'assimilation de l'enveloppe vide au bulletin blanc, une avancée supplémentaire existe, car, sans facilité pratique inutile de parler d'un élargissement du droit de vote. Il faudra, dès le printemps prochain, mesurer si l'abstention est érodée par les bulletins blancs. À l'avenir, peut-être hélas lointain, il s'imposera que récuser toutes les candidatures n'est pas un refus de vote. Il n'est pas de démocratie sans liberté du choix.




Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran