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mercredi 25 mars 2015

De l'abstention politique au vote blanc politique ?


Entre un socialiste privé de socialisme (au PS), un libéral dur ou mou (au sein du conglomérat UMP-UDI-MODEM-Divers Droite) et un néofasciste nationaliste et antitoutiste (qui représente le FN), il n'est aucun choix possible, au second tour des départementales, dans la plupart des cantons.

Le paysage électoral a été nettoyé par l'élimination, le plus souvent, des candidats des autres formations politiques (ceux d'une gauche réelle mais à la dérive – qu'il s'agisse soit du PCF, du PG, ou d'autres groupuscules, ou ceux des écologistes, pour certains tentés par le retour au gouvernement ! – ).

La France s'est « droitisée » et le tandem Hollande-Valls aura achevé le travail bien engagé par Nicolas Sarkozy. Les électeurs de gauche, frustrés, ne peuvent s'y retrouver : ils ont été trahis. Ils ne savent comment sortir de cette impasse idéologique et politique qui les détourne de voter comme ils pensent.

Les appels à l'unité de la gauche sont dérisoires voire pervers puisque l'on ne pourra recoller ce qui a déjà été cassé. Voter « pour limiter les dégâts », quand se profile la menace d'une élection d'un candidat FN, mais quitte à renforcer le clan des partisans d'un capitalisme décomplexé, est une solution du désespoir que beaucoup vont écarter.

Que faire d'autre alors ? L'élection départementale 2015 est d'ores et déjà perdue pour la gauche. L'implantation du FN est chose faite, même s'il ne devait diriger aucun département. Il faut donc ouvrir et élargir un nouvel espace politique : celui des électeurs, très majoritaires, qui ont dit non à l'offre électorale offerte, en s'abstenant de continuer à participer au système politicien qui les broie.

Ceux qui n'ont pas voté, comme ceux qui ont voté blanc, et même une partie de ceux qui ont voté Front national se sont écartés du bipartisme qu'une loi électorale scélérate voulait renforcer, au moyen du barrage aux candidats n'obtenant pas, au premier tour, 12,5% des inscrits !

Puisque les votes blancs, depuis la loi du 21 février 2014 (qui a commencé de s'appliquer le 1er avril 2014), sont désormais comptabilisés à part, il devient possible de dire son refus d'une fausse alternative : ou bien rester hors du jeu politique ou bien se contenter de voter pour le moins mauvais ! Il faut commencer, dès à présent, à donner un nouveau sens au vote blanc, soit en plaçant un bulletin vierge dans l'enveloppe, soit en laissant l'enveloppe vide. C'est, du reste, un geste simple.

Créer une attitude nouvelle pour les abstentionnistes ou déclencher une attitude nouvelle de la part des électeurs qui ne veulent pas faire un choix heurtant leurs convictions : telle est la possibilité offerte par le vote blanc qui va, enfin, permettre de séparer les bulletins nuls, invalides, des bulletins et enveloppes sans désignation, valides.

Certes, les bulletins blancs ne seront pas encore, cette fois, des suffrages exprimés (par peur, ont jugé les parlementaires, que ce soit, parfois, le vote blanc qui passe avant le vote nominal). Pourtant, connaître le nombre d'électeurs qui ne se prononcent pas et pourtant auront voté, sera plus qu'une information mais sera l'expression d'une volonté politique très éclairante.

Sortir le pays du bipartisme (PS-UMP) ou du tripatisme (PS-UMP plus FN !) exige que soit crié : nous ne jouons pas à ce jeu là. Nous votons et voterons. Nous ne voterons plus jamais autrement que comme nous pensons. Si cela devenait impossible, désormais, nous voterions blanc.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 24 mars 2015

Est-on condamné à ne pas voter comme on pense ?


"Un bulletin de vote est plus fort qu'une balle de fusil."
Abraham Lincoln, 1856
Encore faut-il qu'on ne détourne pas ce bulletin de son objet...

1 électeur sur 2 ne s'est pas déplacé. Commentaire des médias : on a mieux voté qu'en 2011.
En 2011, on votait dans un canton sur 2 ; ce n'est pas comparable !
La réalité est telle : le désaveu démocratique reste entier.
Et les conséquences sur le résultat final seront lourdes.

Le gouvernement est une troisième fois sanctionné. Le PS limite les dégâts affirment les gazettes !
Pour les porte-parole socialistes, c'est la faute des autres qui ont divisé « la gauche »
La réalité est telle : depuis 2012 le reflux du vote de gauche est constant.
Les électeurs du PS abandonnent un navire qui ne vogue plus pour eux.

Le Front national, selon les sondages, devait être en tête. Résultat : il est en 3e position !
Il n'empêche que le tripartisme s'est installé : UMP-PS-FN...
La réalité est telle : les électeurs sont piégés par une loi électorale scélérate.
12,5% des inscrits, (soit autour du quart des exprimés) bipolarisent le second tour.

On ne parle, sur les ondes, que de gauche, de droite et de Front national.
Les autres sensibilités politiques ne comptent guère !
La réalité est telle : la voie électorale pour faire émerger la démocratie s'est bouchée.
La tentation est alors grande pour les citoyens de casser le système en votant FN !

On a fait silence radio sur le vote blanc, désormais comptabilisé mais encore peu employé !
Qui ne veut pas de la fausse gauche, de la droite dure ou du nationalisme fascisant est paralysé.
La réalité est telle : il n'est plus possible de voter comme on pense.
Les électeurs sont guidés vers les sentiers battus afin qu'ils votent non pas pour mais contre...

Les médias présentent l'anticapitalisme et l'écologie comme utopiques.
Les « partis de gouvernement » sont impuissants à changer la situation dont souffre le peuple.
La réalité est telle : l'impuissance s'est abattue sur les citoyens.
Ou ils ne votent pas ; ou ils pratiquent « l'antitoutisme » avec le FN ; ou bien... ils se résignent.

Le formatage entrepris par les grandes entreprises de communication font régner le mensonge.
On ne veut mesurer que les suffrages exprimés !
La réalité est telle : on veut que les non-votants soient politiquement annihilés, culpabilisés.
Comme les pauvres, les abstentionnistes seront jugés responsables de leur sort.

Le jargon de nombre des journalistes et des experts en communication est codée.
Ne pas vouloir entrer dans le jeu politicien serait être un mauvais citoyen !
La réalité est telle : on veut interdire toute velléité de sortir du système économico-politique.
Briser le carcan électoral qui nous assujettis est devenu une urgence citoyenne.

Ni sondages, ni expertises, ni enquêtes, ni « éléments de langage » n'explorent la politique.
Au contraire ils la formatent, la conditionnent, la déterminent, la plient au vouloir des chefs...
La réalité est telle : former peut déformer, formater, rendre conforme ou informe.
Rendre l'opinion malléable, plastique, docile, gouvernable est devenu l'objectif des puissants.

La propagande ou « bourrage de crâne » a pour but de nous convaincre de ne rien changer.
« Changer » le changement, revient à y renoncer à revenir en arrière.
La réalité est telle : réformer c'est supprimer, détruire le changement
Le combat culturel est devenu le premier engagement politique.

"On peut tromper une partie du peuple tout le temps
et tout le peuple une partie du temps,
mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps."
...Toujours d'Abraham Lincoln

Encore faut-il que le peuple refuse de se laisser embarquer sur le bateau de Panurge


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 21 mars 2015

De l'incompatibilité entre démocratie et élections.


Depuis les débuts de l'introduction de la démocratie dans les sociétés occidentales, il n'a jamais été envisagé que les élections pourraient faire obstacle à l'expression des citoyens.

Nous y voici, pourtant, aujourd'hui !

On a pu, certes, depuis longtemps, critiquer les modes de scrutin qui altéraient le vote des électeurs, mais on n'allait pas jusqu'à en déduire que les procédures démocratiques pouvaient s'en trouver totalement perverties.

On a pu prêcher « la grève des urnes »1 au début du XXe siècle, ou lancer le slogan « élections piège à cons »2, en 1968, mais il s'agissait de contestations restées minoritaires et qui ne remettaient pas en cause le principe même de la consultation électorale.

La progressive montée de l'abstention3 permet de franchir, à présent, la barre des 50% des électeurs inscrits4 (indépendamment des non-inscrits5 et des interdits de vote - tels que les résidents étrangers, communautaires ou extra-communautaires - ne pouvant, en France, participer à certaines des élections, voire à toutes ! ).

Certains politologues commencent à s'interroger sur l'utilité de rendre le vote obligatoire6, comme c'est le cas en Belgique ou pour les élections au second degré (telles que les sénatoriales) D'autres rappellent que l'abstention7, à partir d'un certain seuil, peut rendre invalides, en fait ou en droit, les résultats d'une élection désertée (au risque de faire procéder à une nouvelle élection avec de nouveaux candidats, ou même d'annuler provisoirement, ou définitivement, les scrutins dont le peuple s'est désintéressé.)

Sont étudiées, également, des hypothèses nouvelles aboutissant à substituer à la démocratie élective des formes de désignations démocratiques par tirage au sort, comme il fut procédé dans l'antiquité ou comme il est prévu pour constituer les jurys d'assise.

On a commencé aussi à rendre valides des votes blancs8 considérés, à présent, comme des suffrages exprimés, dans certaines élections. C'est ainsi que, pour les prochaines élections départementales, en France, l'ancienne confusion entre les votes nuls et les votes blancs (bulletins vierges ou enveloppes vides) est abolie.

Enfin, pour des raisons de respect de la parité, mais aussi de renforcement de la participation féminine, on a créé, en 2015, pour les élections départementales, - et c'est une première historique - des candidatures mixtes, en binômes.

Tous ces interrogations sur les modalités des votes ne compensent pas la réserve massive des citoyens lesquels, hormis l'élection présidentielle, cessent fréquemment de considérer leur droit de vote comme une obligation civique et morale. Il y a crise majeure de la démocratie représentative.

Il ne s'agit pas d'un désintérêt, d'une négligence ou d'un découragement ajoutés qui détourneraient de la responsabilité politique, il s'agit d'un recul, d'un rejet et d'une méfiance sans précédent vis-à-vis des partis politiques. Il s'agit aussi d'une manifestation de l'impuissance ressentie par les citoyens quant à l'utilité, l'efficacité et l'influence de leurs votes. Il s'agit d'une abstention devenue véritablement une expression politique mais dont les « professionnels » de l'activité citoyenne répugnent, pourtant, à tirer tous les enseignements.

Cette situation n'est pas principalement française. Là où les citoyens ne voient pas ou plus en quoi leur vote pèse sur leur propre destin, il y a régression des suffrages exprimés. C'est manifestement le cas pour les élections européennes, en l'absence d'une identité européenne clairement définie et considérée comme secondaire par rapport aux prérogatives des États.

La prise en compte des bulletins blancs dans la présentation du résultat d'une élection ne signifie pas encore la reconnaissance de ces votes comme de véritables suffrages exprimés. Ce serait, en effet, un bouleversement politique que de valider les refus de choisir s'ils venaient à dépasser le nombre des voix s'étant portées sur les candidats en compétition ! Dans les pays où les modes de scrutin sont de type majoritaire, la prise en considération des bulletins blancs comme suffrages exprimés risque, de surcroît, de détruire la majorité absolue. C'est bien pourquoi il n'est pas question d'introduire cette modalité d'expression citoyenne dans les élections présidentielles9.

Il y a lieu, enfin, de considérer les résultats électoraux ayant, fort légalement, amené au pouvoir des forces et des responsables politiques nuisibles aux intérêts des peuples concernés. Nul besoin de rappeler l'élection « démocratique », et du reste non contestée, d'Adolf Hitler en 1933. Sur tous les continents, des élections truquées, manipulées, accompagnées par des menaces et des violences ont conduit à des coups de force ou les ont suivis. Les régimes d'apartheid ou de dictatures, que ce soit en Amérique du sud ou en Afrique, n'ont pas eu besoin de supprimer les élections. Il suffisait de les encadrer, de les conditionner, de les mettre sous le contrôle total de polices politiques.

Sans aller jusqu'à ces extrémités d'élections antidémocratiques, masquant mal le caractère autocratique, souvent monocratique, de régimes hérités des temps coloniaux (mis en place sous l'égide de la Françafrique laquelle n'a pas cessé de sévir) ou soutenus par des intérêts économiques sans scrupules (en particulier en Amérique latine, sous des influences états-uniennes), il faut oser balayer devant les portes de l'Europe. On a voté, à l'Est, dans les « démocraties populaires », à l'époque dite stalinienne des « dictatures du prolétariat », avec des résultats dont on se gausse encore, frôlant les 100% de suffrages exprimés. On votait au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce, quand Salazar, Franco, Mussolini, ou les colonels faisaient régner la terreur. Il y a des décennies qu'on sait que des élections peuvent être organisées sans aucune garantie de démocratie.

On objectera que, s'il peut y avoir élections sans démocratie, il ne peut y avoir démocratie sans élections. Reste à préciser de quelle démocratie il est question même quand la liberté de voter n'est pas contestable.

Si l'on convient que la démocratie existe seulement quand la décision politique appartient au plus grand nombre des citoyens, on se doit de réexaminer et de prendre au sérieux toutes les réserves exprimées plus haut. Ne compter que les suffrages exprimés ne suffit plus dès que les non-votants sont plus nombreux que les votants. Les modes de scrutin qui limitent les possibilités de choix des électeurs réduisent le champ de l'expression démocratique. Les élections de listes, avec primes aux vainqueurs, placent, injustement, les minorités en-deçà de leur représentativité réelle. Or, la France use de plusieurs dispositifs électoraux qui cumulent ces travers. Ils sont tous à deux tours (ce qui ne serait pas le cas de la proportionnelle intégrale, comme ce l'est pour les législatives en Israël ou en Grande-Bretagne). Ils éliminent les « petits » candidats, au second tour (comme pour les législatives et les départementales). Ils confortent les majorités par des primes (pour les municipales et les régionales). Ils limitent le choix aux deux candidats les mieux placés (pour les présidentielles, lesquelles n'ont jamais - de De Gaulle à Hollande - donné l'occasion d'élire un candidat ayant, dès le 1er tour, obtenu plus de 50% des suffrages exprimés).

Il est donc des observations techniques qui permettent d’affirmer qu'il peut y avoir incompatibilité entre des procédures électorales et l'esprit même de la démocratie. Si sérieuses soient les contradictions entre le code électoral français et la démocratie authentique (celle qui valorise l'égalité absolue : un homme/une femme = une voix), ce sont les causes politiques et philosophiques de ces discordances qu'il faut scruter, analyser et interpeller. L'incompatibilité prend alors la forme d'un différend politique d'autant plus profond qu'il se situe aux racines mêmes de la politique.

En 2015, en France, les partis dits « de gouvernement » ne recueillent pas l'assentiment de la majorité des citoyens, tant s'en faut, mais pour exprimer ce discrédit il n'est plus que deux voies : refuser tout concours au fonctionnement des institutions existantes (abstention) ou voter, par provocation et scandale, pour le parti de l'anti-système (le Front national). Deux rejets de l'apparence de démocratie : d'une part, le rejet du choix limité aux sortants sans renouvellement possible et, d'autre part, le rejet, par l'absurde, d'une démocratie qui n'est plus démocratique. Autrement dit encore, quand « il n'y a plus d'alternative », il faut en inventer une et, pour cela, soit sortir de la fausse règle du jeu (se retirer du système électoral en vigueur), soit accentuer les contradictions (se servir du vote Font National pour contester l' « UMPS » !).

Quand les élections ne permettent plus l'expression de la volonté démocratique, il n'y a plus qu'à les contester radicalement soit à les brocarder. La tentative de Jean-Luc Mélenchon et de son Front de gauche étant restée dans le cadre du système à la française n'est pas apparue comme une alternative crédible. Ce que Syriza, en Grèce, ou Podemos, en Espagne, expriment non sans maladresse, mais avec des soutiens populaires importants, n'est pas reproductible au Nord de l'Europe, actuellement. Le vote blanc pèse moins que la grève des urnes. Les manifestations publiques, sans spontanéité, sont loin de perturber le jeu politique des dominants. La démocratie ne joue plus son rôle d'éveil et de révélation des forces intellectuelles capables de modifier la donne. Les élections, conséquences et non causes des mouvements qui bouleversent nos sociétés, ont été vidées de leur sens. Elles ne sont plus que l'outil de renouvellement d'élites faussement rivales qui organisent les alternances et jamais les alternatives. Sans événement aussi inéluctable qu'imprévisible, le divorce entre élections et démocratie est consommé.

Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ne fut jamais qu'une illusion. Rousseau l'avait prédit qui niait que le peuple puisse se laisser représenter. La voie démocratique empruntée, deux siècles durant, par les hommes politiques de l'Occident, a débouché sur une impasse. La démocratie représentative telle qu'elle a dominé, donnant à croire aux élus qu'ils avaient tous pouvoirs puisqu'ils incarnaient le peuple se délite pour plusieurs raisons. La première est née de la profonde transformation des savoirs : les cadres politiques n'en sont plus les seuls ni les principaux détenteurs, d'une part, et l'accès à l'information la plus précise est possible pour un nombre croissant de citoyens, d'autre part. La seconde est que les élus ne représentent plus guère la totalité des catégories sociales et font de leur responsabilité une carrière ou une profession. La troisième est que la démocratie est l'évolution permanente des pratiques de partage des décisions, ce à quoi la plupart des élus, formés par leurs partis, sont rebelles même quand ils évoquent la démocratie participative laquelle n'est, le plus souvent, qu'une association à l'information et nullement une approche de la co-décision. La hiérarchie des pouvoirs démocratiques a été bouleversée : au-dessus de l'électeur règne aujourd'hui l'élu ce qui est la contradiction même de l'affirmation fondamentale selon laquelle, en démocratie, l'élu dirige le bateau mais n'en fixe pas le cap.

La fin de la monarchie a voulu signifier le transfert de la décision politique vers les intéressés et la fin des privilèges. À part quelques soubresauts (en 1830, 1848, 1870), le XIXe siècle a laissé se réinstaller le règne des nantis, nobles ou pas. Le XXe siècle et ses guerres innommables n'a pas plaidé pour le triomphe de la civilisation et de la démocratie. Le XXIe siècle se veut l'ère de la généralisation de la démocratie, sur toute la planète mais avec toute l'efficacité des techniques de communication et de manipulation des opinions publiques, il est possible d'enlever aux peuples le pouvoir de décider de leur sort ? Ce n'est pas, dans le contexte contemporain, sur les élections qu'il faut compter d'abord pour réanimer la démocratie, voire pour commencer à lui donner un contenu !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


1 - Octave Mirbeau, La grève des électeurs, première édition en 1902. Rééditions en 1919, en 1924, en 1934, en 1980,
puis, plus récemment, chez Ludd en 1995, à l'Insomniaque en 2001 et 2007, aux Éditions du Boucher en 2002, chez
Allia en 2009 et chez Pennti en 2011.

2 - Jean Salem, Élections, piège à cons ? Que reste-t-il de la démocratie ? Flammarion, 2012.

Les résidents européens peuvent participer aux élections municipales et, bien entendu, européennes.
Les résidents non communautaires ne peuvent, en France, en dépit de promesses anciennes, avoir le droit de voter.

4 - Au 1er mars 2015, 44,6 millions de Français sont inscrits sur les listes électorales en France. Le nombre de jeunes
électeurs atteignant l’âge de voter et inscrits d'office sur les listes électorales est passé de 761 000 en 2013 à 544 000
en 2014.

6 - L'inscription sur les listes électorales est obligatoire, (article L9 du Code électoral). Toutefois, aucune sanction n'est prévue pour les citoyens qui ne s'inscriraient pas sur les listes électorales, ce qui rend, en fait, l'inscription facultative. C'est sur la base de cette obligation légale que sont inscrits d'office les jeunes Français atteignant l'âge de la majorité.

9 - Lors des élections présidentielles de 2012, par exemple, aucun des deux candidats du second tout n'aurait dépassé les 50% des suffrages exprimés si les bulletins blancs avaient été acceptés comme un choix politique licite.

mercredi 25 février 2015

ANTISEMITISMES


Il s'agit de répondre à la façon dont l'insécurité culturelle surexcite l'altérophobie.
Nicolas Lebourg

Il n'y a pas un antisémitisme, mais plusieurs. Il n'y a pas un racisme, mais plusieurs. L'antisémitisme contemporain est un racisme patent et violent ! Parler constamment de « racisme et d'antisémitisme » constitue une répétition inutile et surtout ambiguë. Distinguer absolument les antisémitismes des autres racismes reviendrait à les nier !

Le racisme est une hétérophobie affirme Albert Memmi1. C'est aussi une altérophobie selon Nicolas Lebourg2, parfois une xénophobie d'après Anatole France, dès 1901, puis Julien Benda3 en 1927.

L'hétérophobie est le refus d’autrui par peur de toute différence. L'altérophobie est aussi la peur de l'autre, le repli communautariste, l'enfermement culturel. La xénophobie est la peur et le rejet de l'étranger. Les trois vocables, voisins mais différents, induisent la défiance et l'agressivité à l'encontre de qui ne nous ressemble pas. Ce sont les nourrices du racisme.

Quelles que soient les populations ou les cibles visées, les racismes se sont manifestés, au cours de l'histoire, par des rejets haineux, aux justifications pseudo biologiques (aujourd'hui presque partout écartées), plus souvent pseudo culturelles (et très fréquemment nationalistes).

La haine des Juifs conduit aux pires crimes. La haine des Arabes également. Au reste, Juifs et Arabes, sont, les uns comme les autres, des Sémites. On a beau répéter que « l'antisémitisme concerne uniquement des attitudes anti-juives », il n'en est rien. Les mots ont un sens et quiconque s'en prend aux Sémites, tous les Sémites, est antisémite.

De même faut-il oser penser - et écrire - que tout acte qui discrimine et discrédite les Juifs nourrit l'antisémitisme. Dans le « Point de vue » d'Henri-Froment Meurice, publié le 20 février 2015 dans le quotidien Ouest-France, on peut lire que, « par sa propre politique, vis-à-vis des Palestiniens, à Jérusalem-est et dans les Territoires occupés, Benjamin Netanyaou porte sa part de responsabilité dans les violences récentes. »

Autrement dit, il ne suffit pas d' « avoir honte » des manifestations d'antisémitisme anti-juif, en France, (agressions de personnes et de synagogues, insultes, viols de sépultures...) On ne saurait davantage oublier l'antisémitisme arabe (lui aussi constitué de tagages des mosquées, d'injures, de profanation de sépultures musulmanes). Protéger des édifices religieux et poursuivre les fanatiques qui s'en prennent à ceux qui ne pensent pas comme eux est indispensable mais lutter contre les antisémitismes, c'est s'en prendre à tous les racismes : anti-Juifs, anti-Arabes, anti-Roms, anti-chrétiens, anti Libres-penseurs .... Être solidaire de nos compatriotes juifs, en France, qui sont chez eux, ce n'est pas soutenir l'État d'Israël quoi qu'il fasse et même s'il contrevient à toutes les lois internationales rappelées par l'ONU. La politique israélienne fait croître l'hostilité à l'égard des Juifs et leur cause tort dans le monde entier.

En ces temps de confusion et de récupération politiques, il est urgent de savoir ce qu'on dit : judéophobie, islamophobie, romaphobie, christianophobie sont des racismes. Mais l'hostilité à ceux qui vivent sans religion ou en marge, (athées, agnostiques, croyants non pratiquants qui ont leur place en la cité, où que ce soit, sur Terre) est tout autant un racisme. Gardons-nous de l'oublier.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

1   Albert Memmi, Le Racisme, éd. Gallimard, collection Folio, Paris, 1994.
3   Substantif féminin dérivé du néologisme « xénophobe » dont l’invention est imputée à Anatole France en 1901. En 1927, Julien Benda publie La trahison des clercs dénonçant, entre autres, la xénophobie aussi que le nationalisme.

mercredi 18 février 2015

L'Union européenne sombre-t-elle dans le totalitarisme ?


Nous sommes en droit de le penser ; les dernières décisions, les « petites phrases » ne laissent guère, malheureusement, planer de doute à ce sujet.

Les États européens1, au moins les 28 qui composent l'Union Européenne, ont accouché d'une créature dont ils sont incapables de contrôler les « désordres » et qui conduit l'Europe vers un « fascisme mou et retors2 dissimulant ses mauvaises intentions derrière un langage qui se voudrait de raison »  affirme Louis De Sutter dans Libération du 11 février 2015. Il ajoute : « en proclamant que les traités européens sont soustraits à tout vote démocratique ... le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ne l'avait pas caché (en affirmant) : la démocratie, en Europe, est un mot vide. »

Jean-Claude Juncker, qui a dirigé pendant vingt ans le Luxembourg, premier paradis fiscal européen, a réitéré ses propos fallacieux le 29 janvier dernier dans les colonnes du Figaro : « il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens.3 »

Nous devrions être habitués à ce langage totalitaire puisque, Mme Viviane Reding, Luxembourgeoise, elle aussi, et alors vice-présidente de la Commission Européenne avait osé cette phrase devant l'Assemblée Nationale Française le 15 octobre 2015 : « il n'y a plus de politiques intérieures nationales, il n'y a plus que des politiques européennes. »

Les Suédois, qui nous avaient habitués à plus de retenue, viennent aussi de bafouer la démocratie par un véritable coup d'État. La droite et la gauche suédoise ont signé, fin décembre 2014, un « pacte de non-agression valable jusqu'en 2022 ». Cet accommodement a permis au premier ministre d'annuler les élections prévues en mars 2015, car les sondages ne donnaient à aucune de ces deux formations une majorité au parlement. Quand un groupe restreint use du pouvoir de façon discrétionnaire on est en droit de parler de fascisme.

Le cas exemplaire du vote des citoyens grecs met au grand jour l'autoritarisme des dirigeants européens qui ne veulent pas respecter la volonté des électeurs ; depuis l'arrivée de Syriza aux affaires, le pays se heurte à une dictature supra-nationale, celle de la fameuse troïka qui ne veut pas reconnaître qu'elle se trompe de politique et que l'austérité conduit l'Europe dans un précipice.

Il est d'ailleurs honteux de constater que le gouvernement « socialiste » français joigne sa voix à ce concert lamentable. Une nouvelle fois les électeurs sont trahis, mais, rien ne leur sera épargné, puisque aujourd'hui, 17 février, le gouvernement Valls, vient d'utiliser l'article 49/3 de la Constitution, article anti-démocratique s'il en est, pour faire passer la loi Macron.

Tous ces faits sont le signe d'une dégradation du processus démocratique en Europe. Une caste qui se pare du titre d'élite, composée de technocrates, de banquiers, de politiciens aux ordres de la finance internationale cherche à imposer sa vision des choses conformément à ses seuls intérêts.

Un livre écrit par Laszlo Trankovits a beaucoup de succès en Europe, particulièrement en Allemagne : Osez moins de démocratie. Dans son ouvrage, l'auteur évoque l'exemple de la Chine : « les industriels allemands /.../ sont admiratifs lorsqu'ils évoquent les immenses progrès du développement chinois. » Et d'ajouter : « ces succès économiques soulèvent des doutes sur la supériorité de la démocratie. »

L'Union Européenne, rongée par ses contradictions, ne peut plus cacher ses dysfonctionnements et le dérapage de Jean-Claude Juncker n'est pas le fait d'un homme seul, mais le symptôme du malaise général d'une Union à bout de souffle tentée par le totalitarisme.

Tsipras4 et Varoufakis5 viennent d'ouvrir une brèche, ils ont le mérite d'affronter la pensée unique européenne, de remettre en cause son arrogance et de contredire le fameux syndrome TINA6.

Ne les laissons pas seuls, engouffrons-nous, avec eux, dans cette brèche.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux.


1   Les pays qui ont tout ou partie de leur territoire en Europe ou sont culturellement rattachés à l'Europe sont au nombre de 51 :
Albanie, Allemagne, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Kazakhstan, Kosovo, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine et Vatican.
Lire à ce sujet Hans Jonas - Le principe de responsabilité : Une éthique pour la civilisation technologique Editeur Champs

Cela doit rappeler quelque chose ... à ceux qui avaient voté contre le traité constitutionnel européen en 2005.
Premier Ministre grec.
5  Ministre des finances grec.
6  « There Is No Alternative » - Expression lancée par Margaret Thatcher.

lundi 12 janvier 2015

Sommes-nous Charlie ?


Sommes-nous Charlie ?
Nous voudrions tant l'être !
La réaction populaire, le soir même de l'attentat, (plan vigie-pirate ou pas) pouvait le faire croire.
La manifestation géante de ce dimanche 11 janvier, qualifiée d'historique, est plus équivoque.
Le meilleur (réconfortant) et l’ambigu (inquiétant) s'y sont confondus.

Sommes-nous Charlie ?
Quand s'exprime tout le peuple, uni dans sa complexité, on ne peut que s'en réjouir et espérer.
Mais, à l'évidence, les tentatives de récupération sont déjà à l'œuvre.
Est-ce bien le peuple qui a manifesté ? Est-ce bien sa volonté qui va prévaloir ?
Les vraies questions sont, pour l'heure, esquivées, mais elles ne vont pas tarder à être exprimées !

Sommes-nous Charlie ?
Comme nous voudrions qu'il y ait un ciel d'où Cabu et Wolinski suivraient nos agitations !
Quel rire énorme les aurait soulevés, en entendant sonner les cloches des églises en leur honneur.
Quel doute les emplirait en voyant défiler, pour défendre les libertés, des chefs d'État liberticides.
Quelle amertume serait la leur si s'étalaient des banalités et des contre-vérités manifestes.

Sommes-nous Charlie ?
La liberté d'expression était, pour tous ceux qui sont morts, la liberté de contredire et de contester.
L'appel à l' « unité nationale » peut dégénérer en ce néo-nationalisme qui tue la liberté pour la sauver.
La France, pour l'ensemble des collaborateurs de Charlie-Hebdo, morts et blessés, c'était tout autre chose.
C'est la société des sans-peur face à la société de surveillance sécuritaire qu'on voudra nous faire accepter.

Sommes-nous Charlie ?
On a voulu tuer la liberté de penser, de dire et d'écrire.
Les assassins ne sont pas les seuls, ni même les premiers responsables. Leur bras a été dirigé.
Par qui ? Des manipulateurs, agissant dans ces prisons où l'on enferme, un temps, des frelons ?
Des fous, déterminés, surarmés, prêts à mourir, impitoyables qui n'ont pu, de toute façon, agir seuls.

Sommes-nous Charlie ?
Alors nous sommes aussi Juifs.
Que quatre Français, parce que de culture juive, aient été supprimés, est insupportable, inqualifiable.
De Jésus à Marx, d'Einstein à Hannah Arendt, notre pensée est imprégnée de la pensée de Juifs.
Les Juifs ne sont, en tant que tels, coupables de rien, pas plus que ne le sont les musulmans.

Sommes-nous Charlie ?
Chaque victime, célèbre ou non, ne saurait être oubliée.
Les méconnus, clients d'une superette cachère, ou « flics » abattus comme des animaux, sont des nôtres.
Ce ne sont pas les seuls chefs d'État venus à Paris qui détiennent les clefs de l'histoire.
Les innombrables sans grade, les populations musulmanes écrasées dans le monde entier, sont Charlie.

Sommes-nous Charlie ?
Avons-nous bien réfléchi à ce que sont les causes de l 'attentat ? Car ces causes ne sont pas directes.
Dans notre pays, le vivier des enragés, des révoltés, des humiliés, des exaltés, des « dérangés » est vaste.
Là où la désespérance l'emporte, les propagateurs du fanatisme prospèrent.
Il n'est pas de frontières pour la diffusion de la haine et les causes ne sont pas toutes internes.

Sommes-nous Charlie ?
Oublions-nous qu'ont été noués des liens historiques entre les victimes de guerres vaines et perdues ?
D'Irak en Afghanistan, puis en Lybie, de grands États d'Occident n'ont-ils pas déstabilisé le monde.
L'abject terrorisme tue, mais il tue moins que n'ont tué les vengeurs du 11 septembre. Charlie osait le dire.
La mort de dizaines de milliers d'innocents, (plus que de criminels !), a figé des rancœurs inextinguibles.

Alors, sommes-nous Charlie ?
Car le terrorisme n'est pas ce concept vague sur lequel il serait facile de focaliser les rejets !
Les terroristes, qui voulaient « tuer Charlie » sont des milliers d'insensés qui se croient des héros.
À chacune de nos erreurs politiques internationales, nous en multiplions le nombre.
Les terroristes sont des humains déshumanisés qui croient n'avoir qu'un ennemi : l'Occident !

Si nous sommes Charlie..., alors :
Il va nous falloir nous changer nous-mêmes, être des citoyens lucides et qui conservent la parole !
Ne plus nous laisser guider comme des moutons par les partis, le gouvernement, les médias.
Revenir à la politique, la vraie, celle dont dépend notre sort, quand le peuple pèse sur les pouvoirs.
La rue a parlé, cette rue si souvent fustigée quand elle s'exprime !

Malheur à qui serait sourd quand souffle le vent de l'histoire.
Tournons la page du renoncement et de la résignation.
N'entendons plus les politiciens qui cherchent à nous détourner de nos responsabilités.
Ouvrons un espace politique nouveau.

Soyons Charlie.


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 27 décembre 2014

Le leurre de la croissance


Depuis des années, les gouvernements successifs ont promis aux Français l'inversion de la courbe du chômage. Pourtant, en novembre 2014, 27 400 nouveaux demandeurs d'emploi se sont ajoutés aux listes de Pôle Emploi. Le nombre total de chômeurs de catégorie A1 est, à ce jour, de 3 488 300, soit près de 10 % de la population salariée avec, pour conséquence, une modification sensible de la structure de l'emploi avec, notamment, une augmentation spectaculaire des contrats à durée déterminée (CDD)2.

Nos dirigeants s'entêtent à vouloir nous faire croire que seule la croissance économique nous sortira de la spirale descendante et nous permettra de faire baisser le chômage.

Il est temps, comme le propose Serge Latouche de « renverser nos manières de pensée »3. Qu'est-ce que cette croissance, jugée un temps nécessaire, et qui disparaîtrait, comme par malchance, entraînant nos sociétés dans une régression estimée inévitable ? Entre l'austérité sans croissance et « la prospérité sans croissance »4, il faut choisir. La mutation ne pourra s'opérer sans une rupture car plusieurs analyses prouvent que le mythe de la croissance n'est qu'une affabulation.

La Loi d'Okun5, à laquelle se réfèrent les économistes, établit une relation entre le taux de croissance (calculé d'après le PIB) et la variation du taux de chômage. Elle énonce qu'il faut une croissance supérieure à 3%, en moyenne, pour faire baisser le chômage. Dans notre pays, compte tenu des hausses de productivité, de la démographie et de la baisse de la durée du travail, il faudrait que la croissance du PIB soit supérieure à 1,9% pour que la courbe du chômage s'inverse de manière durable. On est loin de cette progression ... Le chômage est donc chronique et l'utopie du plein emploi a bel et bien vécu.

Les thuriféraires du capitalisme, inventeurs de la « crise économique », ne veulent surtout pas du retour de la croissance dont ils n'ont que faire pour maintenir et augmenter les profits. Le niveau zéro de la croissance économique, qui engendre un profond pessimisme, une désespérance en l'avenir et une paralysie revendicative, permet d'asseoir la domination des puissances d'argent sur l'ensemble de la société.

L'argument de la crise sans fin sert d'alibi pour :
  • faire pression sur les salaires,
  • assécher les caisses d'assurances chômage, de la sécurité sociale et de l'assurance vieillesse pour les remplacer par des institutions privées génératrices de profits,
  • détricoter les accords salariaux avec l'assentiment des gouvernants, (la future loi « Macron » en est l'exemple le plus caricatural, avec le retour sur les 35 heures, les attaques contre la justice prud’homale, l'affaiblissement des syndicats, etc …)
  • remplacer la main d'œuvre humaine par des systèmes automatisés et des robots, (un robot ne se plaint jamais, travaille 24 h sur 24, ne prend jamais de vacances, n'attend pas d'enfants, ne tombe pas malade et ne fait jamais grève).
  • faire croire, grâce à la servilité des médias qui appartiennent aux détenteurs du capital, qu'il n'y a pas d'alternatives.

L'absence de croissance est donc devenu le plus sûr moyen, pour l’oligarchie dominante, de continuer à s'enrichir sans scrupule et de manière éhontée, à engendrer un nouveau prolétariat et à creuser un abîme entre les classes. Car il s'agit bien, comme l'a dit Warren Buffet6 dans une interview, d’une lutte des classes en précisant : « c’est ma classe, les riches, qui a déclaré cette guerre et c’est elle qui est en train de la remporter » !

Warren Buffet est bien présomptueux et trop sûr de son fait, car si sa classe est actuellement dominatrice, nous ne sommes pas, contrairement à l'affirmation de Francis Fukuyama, à la fin de l'histoire, si tant est qu'il y ait une fin à l'histoire !

Comme toujours, au cours de cette histoire humaine, il est probable que le vent tournera. On ne peut acculer continuellement l'homme à la désespérance sans qu'il réagisse. Malheureusement, la révolution, car s'en est une, peut se produire de manière très violente, et les souffrances n'atteindront pas que les responsables de ce désastre économique et humain.

1  Les différentes catégories selon l'INSEE - http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/categor-demandes-emploi-anpe.htm
http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140724trib000841494/76-le-nombre-d-embauches-en-cdd-a-explose-entre-2000-et-2012.html
3  Serge Latouche, Renverser nos manières de penser, métanoïa pour le temps présent, Mille et une Nuits, 2014.
Tim Jackson, Prospérité sans croissance, La transition vers une économie durable,Bruxelles, De Boeck, 2010.
http://www.andlil.com/la-loi-dokun-6078.html
En 2012, il est considéré comme le quatrième individu le plus riche du monde.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux