Archives du blog

mardi 22 novembre 2016

Juppé, Fillon et les Restos du cœur.

Aujourd'hui débute la 32 ème campagne annuelle des Restos du cœur.

Jusqu'en mars 2017, 71.000 bénévoles vont distribuer plus de 135 millions de repas à environ un million de personnes dans 2112 centres d'activités ouverts quotidiennement soit une augmentation de 3 % de personnes accueillies.

Les associations se félicitent que les dons aient augmentés de plus de 4% en 2015 drainant environ 4,5 milliards d'euros.

S'il est encourageant que les Français, soucieux du bien-être de leur prochain, mettent la main à la poche, il est pourtant lamentable que depuis 32 ans, nos gouvernants, de toutes couleurs politiques, n'aient pas pris en charge la pauvreté, le dénuement qui s'installe de plus en plus sournoisement dans nos pays occidentaux en obligeant la société civile à compenser leurs incompétences et leurs lacunes.

Je viens de lire les programmes des deux candidats de droite, Juppé et Fillon, qui postulent à la magistrature suprême.

J'ai honte pour eux … car je n'ai lu dans ces projets que des mesures de rigueur qui jetteront de plus en plus de personnes dans la misère : augmentation de la TVA, réduction des allocations chômage, suppression des heures supplémentaires par l'augmentation de la durée du temps de travail hebdomadaire, etc …

Une nouvelle fois, il ne s'agit pas de projets pour la France et les Français mais pour satisfaire la ploutocratie qui est au pouvoir depuis trop longtemps.

JCVitran - 22.11.16  

vendredi 4 novembre 2016

Le fichier de trop ... celui des « gens honnêtes ».


Le 14 mars 2012, quelques semaines avant l'élection présidentielle nous avions fait paraître le blog que vous trouverez ci-dessous sous le même titre « Le fichier de trop ... celui des gens honnêtes ».

En effet, ce fichier proposé par l'ancien gouvernement et partiellement censuré par le Conseil constitutionnel, à la suite de la saisine par les groupes socialistes de l’Assemblée nationale et du Sénat, avait été décrié avec force par l'opposition de l'époque, l'actuel garde des Sceaux qualifiant le projet « de bombe à retardement ».

Le gouvernement de François Hollande poursuivant son choix d'une surveillance de masse et s'exemptant d'un débat au Parlement, s'est contenté de faire paraître, en catimini, un décret pour créer ce fichier unique d'une taille inégalée et malgré les nombreuses réserves de la Cnil. Interrogés par un parlementaire, lors des questions au gouvernement, le garde des Sceaux et le ministre de l'intérieur louvoient entre oubli et hypocrisie1.

Cela ne devrait pas nous surprendre car François Hollande et son gouvernement continuent de trahir leur électorat et n'ont plus de « gauche » que le nom. Depuis cinq ans, la Constitution lui donnant tous les pouvoirs, il en abuse et fait l’inverse de ce pour quoi il fut élu se moquant du citoyen avec cynisme et arrogance.

Il est lamentable que le gouvernement reprenne à son compte un fichier que ses membres ont combattu avec vigueur alors qu'ils étaient dans l'opposition. Un fichier, particulièrement liberticide, puisqu'il permettra de connaître, d'un simple clic, les données personnelles de chaque Français.
Il est lamentable que cela soit en catimini, un jour férié et par décret, sans débat parlementaire que ce fichier voit le jour.
Ce fichier sera une pépite pour ceux qui voudraient conduire une politique autoritaire, voire totalitaire, et personne ne peut affirmer aujourd'hui que leur venue au pouvoir ne soit pas possible.
Il est légitime de s'interroger pour savoir si François Hollande ne fait pas sienne la phrase de Louis XV : « Après moi le déluge ».
En effet, les citoyens Français risquent, à l'avenir, de payer très cher l'inconséquence, plutôt l'incompétence de ces hommes politiques qui oublient leurs convictions au profit de leurs ambitions et de leurs intérêts personnels.

JCVitran - 03.11.16


Texte du 14 mars 2012

Le 6 mars, l'Assemblée Nationale a adopté, en dernière lecture, une loi destinée à mettre en place une nouvelle carte d'identité dite Carte Nationale d'Identité Electronique (CNIE).

Cette CNIE sera munie de deux puces RFID, l'une régalienne permettant l'identification du possesseur de la carte, l'autre, commerciale, destinée au commerce électronique. Pour la gestion du système, il est prévu la création d'un fichier centralisé (TES) localisé au ministère de l'intérieur et qualifié de fichier des « gens honnêtes » par son promoteur Jean-René Lecerf.

Ce fichier conservera les données d'identité des personnes - nom, prénoms, adresse, signes particuliers, etc... deux photos numérisées de face et de profil et les empreintes digitales sous forme numérisées.

La décision finale revenant, selon la Constitution à l'Assemblée Nationale, cette adoption s'est faite contre l'avis du Sénat qui voulait minimiser la portée liberticide de la loi. Aussi 120 parlementaires ont déposé un recours contre la loi au Conseil Constitutionnel.

Les débats ont duré près d'une année, le Sénat annulant le vote des députés à quatre reprises, on peut, sans préjuger de la décision des Sages du Conseil Constitutionnel, s'interroger sur la légitimité d'une loi votée par une seule chambre du Parlement.

L'examen de la loi a donné lieu à de nombreux retours sur une histoire récente qui à laisser des traces dans la mémoire collectives des Français.

Le sénateur UMP François Pillet, rapporteur de la loi a affirmé qu'un tel fichier central « est susceptible de constituer, s’il n’est pas entouré des garanties requises, une bombe à retardement pour les libertés publiques » et il a ajouté : « Démocrates soucieux des droits protégeant les libertés publiques, nous ne pouvons pas laisser derrière nous un fichier que, dans l’avenir, d’autres, dans la configuration d’une Histoire dont nous ne serons pas les écrivains, pourront transformer en outil dangereux et liberticide (…) Que pourraient alors dire les victimes en nous visant ? (…) Monsieur le Ministre, je ne veux pas qu’à ce fichier, ils puissent alors donner un nom, le vôtre, le mien ou le nôtre. »
En effet, il n'est pas inutile de remettre en mémoire, le 27 octobre 1940, jour où le gouvernement de Vichy rendit obligatoire la « carte d'identité de Français », même si aujourd'hui, la CNIE n'est pas obligatoire, mais, seulement, comme le passeport, nécessaire pour circuler en dehors du territoire national, à court terme, l'ensemble des citoyens sera dans le fichier car qui aujourd'hui ne sort pas du périmètre national ?

Cette création de Vichy avait été préparée par plusieurs tentatives de généralisation, notamment en 1921, par la préfecture de police et en 1935 par le ministère de Laval. Dans les fichiers permettant de délivrer la carte, figure, à partir de 1942, la mention d'acquisition de la nationalité, la qualité de « juif » et le numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques (NIR). Comme de nombreuses autres lois, elle n'a pas été abolie après-guerre. Elle est amendée et redevient non obligatoire avec le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955.

François Pillet de rajouter : « comment peut-on protéger un fichier comprenant les données personnelles et biométriques de 60 millions de Français d’un détournement de l’usage auquel il est destiné ? ».

L'histoire des dernières années lui donne raison car le FNAEG, créé en 1997 pour ficher les empreintes génétiques des criminels sexuels, a ainsi depuis été élargi aux simples suspects de la quasi-totalité des crimes et délits. Aujourd’hui, près de 70% des gens qui y sont fichés n’ont jamais été condamnés pour ce qui leur a valu d’être fiché et rien n’empêchera d’élargir le fichier des « gens honnêtes » à de nombreux autres usages. On envisage de créer le permis de conduire biométrique, la carte vitale biométrique, dont les données pourraient être stockées dans le même fichier centralisé, un nouveau SAFARI en quelque sorte, et le ministre de l'intérieur n'a pas caché ses intentions d'utiliser le fichier pour des dispositifs de reconnaissance faciale à partir des caméras de surveillance en affirmant lors du débat à l'assemblée Nationale : « La reconnaissance faciale, qui n’apporte pas, à l’heure actuelle, toutes les garanties de fiabilité nécessaires, est une technologie qui évolue très rapidement : on peut donc penser que, très bientôt, elle sera aussi fiable que la reconnaissance digitale ».

Deux raisons concomitantes concourent à l'adoption de cette loi :
1) La détermination de l'État, affirmée par son représentant, de vouloir tout savoir sur les citoyens qui sont considérés comme potentiellement dangereux, tricheurs et fraudeurs. Le développement du fichage et du traçage policiers – 36 fichiers en 2006, plus de 80 aujourd'hui, plus de 42 lois sécuritaires en 10 ans – et la centralisation au « ministère de l'intérieur », ce que tous les État démocratiques ont refusé, sont la preuve que nous sommes entrés dans une société de surveillance généralisée et que la France est en passe de devenir un État policier.
2) La volonté du monde industrio-financier de faire du marché des technologies biométriques la vitrine du savoir faire français, sans se préoccuper des libertés et des droits fondamentaux. Sur les 31 personnes auditées dans le cadre du rapport sénatorial sur la CNIE, 14 d'entre elles représentaient le GIXEL (groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques). D'ailleurs le paragraphe 5 de ce rapport a pour titre : « Des enjeux économiques, financiers et industriels à prendre en considération » et le rapporteur François Pillet d'écrire : « Les représentants des industries œuvrant dans le domaine de la sécurité numérique et biométrique, regroupées au sein du GIXEL (les 14 mentionnés ci-dessus) ont insisté sur le fait que la carte nationale d'identité électronique pourrait contribuer au développement économique de la France, notamment par les effets positifs de la sécurisation de l'identité dans les échanges commerciaux. Ils ont aussi fait valoir que l'absence de projets en France, pays qui a inventé la carte à puce et possède les champions du domaine, ne permet pas la promotion internationale d'un modèle français de gestion de l'identité. Leurs succès à l'international, face à une concurrence allemande ou américaine seront plus nombreux, s'ils peuvent s'appuyer sur un projet concret national ».

En effet, les principales entreprises mondiales du secteur sont françaises, dont 3 des 5 leaders mondiaux des technologies de la carte à puce, et réalisent 90 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation.
Le titre « Proposition de loi relative à la protection de l'identité » est lui aussi sujet à caution. Dans le rapport sénatorial, il est affirmé que les usurpations d'identité, alibi de la loi, seraient au nombre de 210 000 par an, mais aussitôt le rapporteur met un bémol en affirmant : « un chiffre ... qui appelle les plus grandes réserves » en citant les chiffres officiels fournis par l'ONDRP : « En 2009, près de 13 900 faits constatés de fraudes documentaires et à l'identité ont été enregistrés par les services de police et les unités de gendarmerie » soit 1,4 usurpations pour 6 500 personnes. Pour compliqués et pénibles que soient les problèmes posés par les usurpations d'identité, ils ne touchent qu'une petite minorité de personnes dont ils ne mettent pas en cause l'intégrité et, à ce titre, ne peuvent, dans tous les cas, aliéner les libertés et les droits fondamentaux de la majorité. Le principe de proportionnalité, prévu par la loi, n'est pas respecté par ces dispositions disproportionnées. 
Il faudrait aussi pour une vraie protection de l'identité que les puces RFID soient sûres, inviolables, mais ce n'est pas le cas. Ces composants électroniques sont assez facilement reproductibles avec un matériel et une technicité ordinaires et n'offrent pas la sécurité qui est vanté par les techniciens et l'administration.

Enfin, la présence de deux puces, l'une régalienne pour l'identification du possesseur de la carte, l'autre commerciale pour le commerce électronique pose un problème de mélange de finalité qui n'est pas conforme aux lois en vigueur.

Comme on le voit, les problèmes sont multiples et importants et on ne peut pas laisser un fichier aussi dangereux au regard de la législation et du respect des libertés et des droits fondamentaux être installé dans notre pays.
Ce fichier est un brûlot qui mis dans de mauvaises mains, comme on l'a, malheureusement, déjà vécu dans le passé, pourrait être utilisé pour caractériser et discriminer des pans entiers de la population et remettre profondément en question la démocratie dans notre pays.

Nous ne devons pas accepter le développement de cette société policière liberticide et mettre rapidement fin à ces dérives.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux
1http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/03/pour-defendre-le-fichier-geant-des-francais-les-oublis-volontaires-de-mm-cazeneuve-et-urvoas_5024458_4355770.html

mercredi 2 novembre 2016

Oui, les élections présidentielles américaines nous concernent…



... Il y va de la démocratie !

En réalité, nous ne savons pas comment s'organise l'élection du Président des USA, cette fédération d'États qui est encore la plus puissante du monde occidental, économiquement et militairement ! Non que nous ne puissions le savoir, mais c'est compliqué, et d'abord parce que le scrutin a lieu État par État et non au suffrage universel, avec des règles qui ne sont pas partout les mêmes...

Pour succéder à Barack Obama qui, au bout de deux mandats, comme G W. Bush et Bill Clinton, ne peut se représenter1, dix candidats sont en lice, mais trois seulement qui remplissent les conditions, ont pu s'inscrire dans les cinquante États et y faire proposer des bulletins de vote. Ce sont les candidats démocrate, républicain et libertarien : Hillary Rhodam Clinton (69 ans), Donald Trump (70 ans) et Gary Johnson (62 ans). La candidate du Green Party, Jill Stein (62 ans), remplit les conditions dans quarante-quatre États. Quant aux quatre autres candidats, ils ne remplissent les conditions que dans 23, 20, 11 et 8 États. Ils ne sont même pas pris en considération dans les sondages, lesquels sondages ne prévoyaient qu'entre 7% et 3% pour le candidat libertarien et 3% et 2 % pour la candidate écologiste.

Le 8 novembre seront donc désignés les grands électeurs qui éliront le 45e président des USA le 12 décembre. Ce sera, en 244 ans d'histoire présidentielle étatsunienne, la 58ème élection depuis 1788. L'élu(e) prendra ses fonctions le 20 janvier 2017, pour quatre ans. Il faut avoir au moins 35 ans pour être élu2, ce qui est le cas des deux principaux candidats qui ont le double de cet âge. C'est encore un record car ils sont les deux candidats les plus âgés après Ronald Reagan en 1974 ! Si Hillary Rhodam Clinton est élue, ce sera la première femme présidente dans l'histoire des États-Unis.

Le 23e amendement de la Constitution n'attribue de grands électeurs (trois, comme dans le plus petit des États), en plus des 50 États membres de l'Union, qu'au seul district de Columbia (en fait la capitale fédérale : Washington). Les autres territoires des USA, dont Porto-Rico ou Guam, ne participent donc pas à l'élection présidentielle. C'est donc, en tout, 100 sénateurs (2 par État), plus 435 représentants (à la proportionnelle démographique des États), plus les 3 représentants du district de Columbia, soit 538 grands électeurs, qui vont choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump avant Noël 2016.

À défaut de majorité (270 voix), dans le cas, très rare mais pas impossible, où les grands électeurs (qui sont libres de leur vote), refuseraient de suivre le choix de leurs électeurs, alors c'est la Chambre des Représentants qui élit le Président. En 1824, 1876,1888 et 2000, le collège électoral n'a pas élu le candidat ayant recueilli la majorité des suffrages populaires. En 2000, Al Gore avait obtenu plus de suffrages que George W. Bush. À ce jour, la Chambre des représentants n'a élu le président qu'en deux occasions : en 1801 et en 1825. En raison du désaveu qui pèse sur Donald Trump, y compris dans les rangs républicains, il est éventuellement possible que la désignation s'effectue avec difficulté.

La complexité s'alourdit si l'on considère que le vainqueur dans presque tous les États « rafle » tous les mandats (sauf dans le Maine et le Nebraska qui répartissent les mandats à la proportionnelle !).

Notons que l'élection du vice-président, distincte de celle du Président, soit le démocrate Tim Kaine (58 ans) soit le républicain Mike Pence (57 ans) revêt une grande importance compte tenu de l'âge des candidats à la présidence.

L'élection éventuelle de Donald Trump qui aura énoncé des idées saugrenues, choquantes, violentes et sans fondements, placerait les USA dans un contexte très dangereux, aussi bien en politique intérieure qu'en politique étrangère. Cette possibilité qu'on a cru improbable révèle que le pire n'est jamais exclu comme nous l'a enseigné l'histoire contemporaine. Que les autres humains ne puissent qu'être spectateurs d'un événement qui peut avoir de lourdes conséquences sur leur vie quotidienne rappelle que nos sorts sont liés et que nous vivons sur la même planète, un territoire dont nous ne pouvons nous échapper.

Quels enseignements retirer de ces pratiques électorales tout à fait particulières et dont se vantent les citoyens américains, en en faisant même un modèle de démocratie représentative ?

1 - Pour être candidat à la présidence des États-Unis, il faut être très, très riche, (milliardaire, comme Donald Trump ou soutenue par des puissances financières, comme Hillary Clinton qui a recueilli encore bien plus de fonds que son rival). Quand c'est l'argent qui fait la réussite électorale, ne parlons pas de démocratie véritable.

2 – Quand les mêmes règles ne s'imposent pas à tous les États, quand les disparités peuvent interdire l'égalité des chances électorales, la démocratie est mise à mal.

3 – Si l'élection dépend de votes indirects, le résultat peut être inversé, comme on l'a vu, en 2000, quand Al Gore, vainqueur dans les urnes, a été battu par le vote des grands électeurs. Cette conséquence du vote par État, là où s'annulent les voix minoritaires, peut avoir des suites et des conséquences catastrophiques comme on l'a vu au cours de la présidence de George W. Bush. Quand une voix ne vaut pas une voix, la démocratie est bafouée.

4 – Dans les territoires sous autorité américaine, situés dans les Antilles et l'Océan Pacifique, vivent 4 millions d'habitants en 2016. Non rattachés à l'un des 50 États US, ils ne votent pas. Ou bien ils s'autogouvernent ou bien, s'ils dépendent des USA, ils doivent pouvoir voter et peser sur le gouvernement fédéral. Priver du droit de vote est antidémocratique.

5 - Le vote Trump est le vote de la revanche des « petits Blancs » qui n'ont jamais accepté l'élection d'un Noir à la tête des USA. Ce racisme anti Noir débouche sur la violence. Les propos sexistes proférés contre la femme politique qu'est Hillary Clinton manifestent la même haine d'ultra conservateurs qui menacent la démocratie.

6 – Le blocage de fait qui interdit l'apparition de nouvelles sensibilités politiques pouvant se situer à l'extérieur des partis démocrate ou républicain enferment le système électoral dans un passé dont les citoyens ne peuvent sortir. Un gouvernement par alternance livre le pays à la stagnation de la démocratie.

7 – Aux USA, l'âge des candidats est limité « par le bas » (35 ans) mais point « par le haut ». L'exercice du pouvoir suprême, même pour 4 ans, ne saurait être confié à des septuagénaires. D'autant que cela rend improbable ou fragile une réélection. La démocratie suppose de pouvoir faire appel à des candidats dans la force de l'âge et ouverts à des idées neuves.

8 – Cette élection donne à penser que les pratiques électorales se sont viciées et pas seulement aux États-Unis. Que ce soit par défaut (quand on ne peut voter librement), par trahison (quand les élus ne respecte pas leurs mandants), par détournement (quand l'on ne peut plus voter pour mais seulement contre ce qu'on craint!), par habitude (quand on satisfait à une tradition sans conviction), par lassitude (pour se débarrasser d'une obligation morale), par soumission (aux pressions que nos appartenances, familiales, religieuses exercent sur nos choix)..., voter n'a pas de sens démocratique si aucun changement ne peut s'ensuivre.

9 – Le spectacle médiatique affligeant auquel nous assistons, aujourd'hui aux États-Unis, hier au Royaume-Uni, demain en France, peut nous désoler mais surtout nous renseigne sur la main mise des forces de l'argent sur presque tous les comportements des citoyens. Résister aux lavages de cerveaux n'est plus seulement de bonne hygiène intellectuelle, c'est un réflexe vital. C'en est fini, sinon, de toute vie démocratique.

10 – Être lucide, informé, maître de sa vie exige un travail auquel nous ne sommes plus habitués. La campagne électorale nord américaine constitue un avertissement : voilà jusqu'où nous pouvons sombrer si nous nous laissons formater par des médias aux ordres et de faux intellectuels qui nous entrainent vers des voies en impasse. Cherchons où sont les vraies questions démocratiques posées à notre temps.

Non, tout n'est pas qu'argent ? Non, tout n'est pas que conquête du pouvoir sur autrui. Non, ce n'est pas la consommation qui régit notre bien être. Non, l'american way of life n'est pas l'idéal pour l'humanité. Non, ce n'est pas le plus fort, le mieux armé qui est le mieux protégé. Oui, nous n'avons qu'une Terre. Oui, vivre heureux, c'est mettre en commun. Oui, la démocratie c'est le partage.

Jean-Pierre Dacheux
________________________________________________________________________________________

1 Cette limitation du nombre de mandats à deux (pas nécessairement successifs) a été votée en 1947 et ratifiée en 1951.
2 Mais aussi être né aux USA  et y avoir vécu au moins 14 ans. (ce qui a fait polémique pour Barack Obama jusqu'à ce qu'il démontre, face aux arguments de Donald Trump, qu'il était né à Hawaï !)

lundi 31 octobre 2016

Non ! Le CETA n'est pas encore en vigueur.


Si on écoute les médias, on pourrait croire que « les carottes sont cuites » et qu'après le coup de semonce des Wallons belges, le traité de libre échange entre l'Europe et le Canada CETA signé à Bruxelles dimanche dernier est maintenant en vigueur.

C'est faux.

La plupart de nos concitoyens entende seulement le communiqué cité par la presse qui affirme que le CETA a été signé, puis les médias passent à autre chose, oubliant que nous ne sommes pas à la fin de l'histoire, loin s'en faut !

Est-ce par manipulation, par négligence, par paresse, par incompétence, par compromission que, souvent, les médias livrent des informations incomplètes et tronquées qui peuvent tromper les auditeurs et les lecteurs ne disposant pas des outils ou du temps nécessaires pour comprendre et évaluer l’information ?

Car, enfin, l'information complète est que si le traité CETA a effectivement été signé entre le Canada et la Commission Européenne, avant d'entrer en vigueur, il doit être ratifié par les 27 parlements des nations composant l'UE, que cette ratification sera longue et qu'elle n'est pas assurée car le traité contrevient à la Constitution de certains pays.

C'est le cas, par exemple, de Allemagne où la Cour Constitutionnelle oppose son veto à certaines dispositions du traité, c'est aussi le cas de la France où de nombreuses dispositions portent manifestement atteintes à la Constitution, par exemple le principe de précaution qui n'existe pas dans le traité en totale contradiction avec l’article 5 de la charte de l’environnement, mais aussi, le mécanisme de règlement des différends entre les investisseurs et les États ou la coopération en matière réglementaire, en effet, le traité prévoit la création d’un comité mixte réunissant des représentants du Canada et de l’Union européenne, mais pas des représentants des États membres.

D'autres pays ont aussi des oppositions. On le voit, les points de désaccord sont nombreux.

Suite à l'acceptation de la province wallonne, le premier ministre belge s'est empressé de dire que pas une virgule n'avait été déplacée, c'est faux … aussi, nous devons remercier nos amis wallons d'avoir résisté et attiré l'attention des Européens sur l'absence de fonctionnement démocratique de l'Union Européenne.

Nous aurions été en droit d'attendre une attitude semblable du parti socialiste français !

Réaliser l'union de l'Europe est une idée admirable, mais elle doit se construire sur des principes transparents et démocratiques où l'Homme a toute sa place, pas seulement les marchandises et la finance.

Si ces principes ne sont pas respectés, l'Union Européenne disparaîtra et l'Europe reviendra à ses vieux démons.

JCVitran – 31.10.16

samedi 29 octobre 2016

L'espérance de vie diminue en France !


Depuis les trente glorieuses, l'espérance de vie des Français ne cessait d'augmenter, cependant depuis 2015 cette hausse est interrompue.

L'espérance de vie à la naissance diminue à la fois pour les hommes et les femmes.

La constatation de l’augmentation continuelle de notre durée de vie devait déjà être relativisée, car une question se pose : … plus vieux mais dans quel état ?

Elle mérite d'être posée car ses conséquences sont importantes et multiples.

En effet, l'espérance de vie sans incapacité diminue depuis plusieurs années. En 2010, un homme français avait pour une durée de 78,2 ans, une espérance de vie sans incapacité de 61,9 ans et une femme, une espérance de vie sans incapacité de 63,5 ans, pour une espérance de vie de 85,3 ans.

Il faut aussi taire une fausse affirmation : la France ne se classe pas au premier rang en ce qui concerne l'espérance de vie ; elle se positionne, seulement, en quinzième position.

L'INSEE considère que la hausse de la mortalité est liée principalement à des conditions épidémiologiques et météorologiques peu favorables et pour le réseau Environnement et Santé, ces chiffres sont la conséquence de la situation de crise sanitaire dans laquelle la France s'enfonce depuis plusieurs années en raison de l'explosion des maladies chroniques, en effet, depuis 1990, les maladies cardio-vasculaires ont progressé 5 fois plus vite que la population, le cancer 4 fois plus, les affections psychiatriques 3 fois plus ...

Dans tous les cas, cette information est particulièrement symbolique car elle porte un sérieux discrédit à l'optimisme béat d'une société irresponsable qui veut nous faire croire que ses membres pourraient vivre mieux et plus longtemps.

JCVITRAN - 29.10.2016

dimanche 23 octobre 2016

Thomas Paine, pauvreté et civilisation.


Le texte, ci-dessous, qui, hormis l'évocation des Indiens d'Amérique, me semble toujours d'actualité, a été écrit en 1797 par Thomas Paine1.
La question reste effectivement sujette à grands débats !

JCVitran – 23.10.16
________________________________

« C'est une question sujette à de grands débats, que de savoir si cet état qu'on appelle avec orgueil, et peut-être par erreur, état civilisé, a plus contribué à avancer qu'à faire rétrograder le bonheur général des hommes.
D'une part, le spectateur est frappé de l'éclat des dehors les plus éblouissants ; de l'autre, il est navré du spectacle de la plus profonde misère ; l'un et l'autre sont l'ouvrage de la civilisation.
Les plus hauts degrés de l'abondance et du dénuement se trouvent réunis dans les pays qu'on appelle civilisés.
Pour bien comprendre ce que devait être l'état social, il faut auparavant se former une idée de l'état naturel et primitif des hommes, de cet état, dont on trouve encore l'image parmi les indiens de l'Amérique septentrionale.
On n'y rencontre nulle part le spectacle de cette pauvreté et de cette misère extrême, qui frappe nos regards dans toutes les villes et dans tous les carrefours de l'Europe.
La pauvreté est donc l'ouvrage de l'état social ; elle n'existe pas dans l'état de nature. »

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Paine

samedi 15 octobre 2016

Nauru, la déchéance d'une nation ... ou ce qui nous attend demain !




Nauru1 est une petite île de 21 km2, l’équivalent de trois arrondissements parisiens, isolée au sein du Pacifique central et qui forme aujourd'hui la République de Nauru.

Son histoire contemporaine est intimement liés à son unique ressource, le minerai de phosphate, et aux perversités du système économique libéral.

Découverte tardivement, elle est successivement colonisée par l'Allemagne à partir de 1888, l'Australie en 1920, le Japon de 1942 à 1945 puis à nouveau l'Australie en 1947.

Comme pour la plupart des sociétés traditionnelles, le contact avec les Européens se traduit par l'introduction de nouveaux produits : armes à feu, alcool, tabac, mais aussi l'argent dont l'usage se répand.
Jusqu'aux années 1850, la coutume nauruane permettait une gestion des conflits par la négociation mais l'introduction des armes à feu déséquilibre les rapports de force entre les tribus nauruanes et les accrochages au sujet de discordes se muent rapidement en une guerre civile tribale. Par ailleurs, la population est régulièrement décimée par des maladies inconnues jusqu'alors contre lesquelles leurs défenses immunitaires sont déficientes.

À partir de 1906, le gisement de minerai de phosphate de l'île est exploité par différentes compagnies coloniales et dans l'entre-deux-guerres, cette industrie est en pleine expansion car les agriculteurs australiens et néo-zélandais achètent le phosphate nauruan.

Pendant le conflit entre le Japon et les Etats Unis, plus de 2000 soldats et travailleurs japonais et coréens ainsi que 600 habitants déplacés d'Ocean Island arrivent sur l'île. En septembre 1943, les Japonais déportent 1200 habitants, soit la majorité de la population nauruane, vers les îles Truk à 1600 kilomètres au Nord-Ouest, où sont basées les forces navales japonaises du Pacifique.
À la fin de la guerre, l'île est exsangue : sur les 1 200 habitants déportés dans les îles Truk, 759 ont survécu et sont rapatriés le 31 janvier 1946 sur Nauru. La population est ainsi passée de 1848 habitants en 1940 à 1369 habitants en 1946.

En 1948, l'exportation du minerai de phosphate rapporte 745 000 dollars australiens à la British Phosphate Commission mais seuls 2 % reviennent aux Nauruans et 1 % à l'administration de l'île.

Le 31 janvier 1968, au 22e anniversaire du rapatriement des prisonniers des îles Truk, Nauru devient indépendant sous la forme d'une République.

Le nouvel État entre alors dans une période économique particulièrement favorable. En juin 1970, alors que le cours mondial du phosphate connaît une forte hausse, Nauru nationalise la British Phosphate Commission permettant un contrôle total de l'exploitation du minerai de phosphate,.
Tous ces facteurs permettent à l’île de s'enrichir considérablement avec un produit intérieur brut par habitant de 50 000 dollars américains et un niveau de vie2 atteignant celui des pays occidentaux.
Nauru se dote alors de nombreux équipements et infrastructures : un centre de conférence international, un hôtel de luxe, une station de télécommunication satellite, une connexion de tous les habitants au téléphone, l'agrandissement de l'aéroport international, etc.

Les Nauruans qui s'occidentalisent, se vautrent dans la société de consommation : voitures, téléviseurs, électroménager sont importés, des supermarchés apparaissent. Ils ne payent pas d'impôts et dépensent sans compter.

Le résultat est que l’île s’est littéralement auto-dévorée à force de creuser pour extraire le phosphate, jusqu’à 80% de sa superficie y est passé. Il n’en reste aujourd’hui que des trous dans un sol inexploitable et désert. La forêt tropicale luxuriante a disparu et avec elle les nappes phréatiques, car Nauru est probablement l’un des seuls de la planète à n’avoir, à l’heure actuelle, aucune ressource en eau, si ce n’est la pluie et le dessalement de l’eau de mer.

Pourtant, le gouvernement Nauruan, prenant peu à peu conscience de l'épuisement des réserves de minerai de phosphate, cherche des alternatives. Il fait appel à des sociétés et des institutions occidentales qui conseillent des investissements et des placements financiers et immobiliers à Hawaï, Guam, Washington, Houston, aux îles Marshall, dans l'Oregon, en Inde et à Londres. Malheureusement la majorité de ces opérations sont entachées de corruption et de détournements de fonds.

À partir du début des années 1990, l'État nauruan est confronté à une grave crise financière, ne possédant plus ni ressources naturelles, ni industrie, ni agriculture, les revenus commencent à diminuer, il se tourne alors vers des activités illicites qui lui valent d'être inscrit sur la liste des paradis fiscaux : blanchiment d'argent, vente de passeport, marchandage de ses votes aux organisations internationales, et dépendance des aides au développement. L'île choisit, aussi, de devenir le sous-traitant de l’Australie dans l’accueil des réfugiés politiques.3

À partir de la fin de l'année 2003, Nauru est en faillite totale et ses habitants se rapprochent du seuil de pauvreté. Les banques saisissent des biens et certaines entreprises cessent de fournir leurs services au pays allant jusqu'à couper les liaisons téléphoniques et satellites avec l'île.

Durant ces décennies, le passage d'une société tribale à une société hyper-consommatrice a conduit les Nauruans à adopter des modes de vie dangereux pour la santé publique. Les mauvaises habitudes alimentaires liées à la consommation d'aliments et de boissons industriels d'importation, la consommation de tabac, la baisse des quantités disponibles de nourriture et l'inactivité causée par un taux élevé de chômage ont entraîné une hausse des cas de diabète (40 % de la population et 66 % des personnes de plus de 55 ans touchées soit un des plus forts taux au monde), d'obésité (30 % des moins de 25 ans et 50 % des personnes âgées touchées soit le plus fort taux au monde), de surpoids avec 90 % des adultes, d'hypertension artérielle, de maladies du système digestif, de cirrhoses, de cancers, de maladies dentaires, d'insuffisances rénales et des maladies cardiaques. À cela s'ajoute un fort taux d'alcoolisme et une mortalité importante liée aux accidents de la route.

L'espérance de vie a ainsi diminué à 59 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes.

À ce déclin, s’ajoute la menace d’une montée des eaux due au dérèglement climatique car malgré un point culminant à 71 m de haut et un plateau central entre 20 et 45 m d’altitude, la très grande majorité de la population vit sur la plaine côtière large de 150 à 300 m qui culmine seulement à 10 m de haut.

Voilà comment comment en l'espace d'un siècle, la civilisation capitaliste a anéanti l'un des pays le plus riche du monde. Sur 21km2, c'est un concentré de capitalisme : pillage des ressources naturelles, surconsommation, corruption généralisée, clientélisme, pollution générale, mondialisation, investissements boursiers et fonciers, crise financière, argent sale, mafias, etc.

Nauru n’est pas un accident de l’histoire, mais le livre noir du capitalisme sauvage et de la mondialisation qui raconte comment un rêve de prospérité peut, en quelques années, virer au cauchemar.

Cela doit nous permettre de réfléchir aux conséquences du néo libéralisme mondial, à celles de nos modes de consommation et d'avoir une vision de ce que la folie de notre société pourrait nous réserver à l’avenir si rien n’est remis en cause …

JCVitran - 15.10.16
1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Nauru
2 Nauru devient le second pays après l'Arabie saoudite dans le classement du produit intérieur brut par habitant.
3http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/08/03/l-ile-de-nauru-accepte-de-recevoir-les-demandeurs-d-asile-australiens_3457187_3216.html