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mardi 21 juillet 2015

Buen Vivir, ou la France du Vivre bien



 Le Buen Vivir, véritable philosophie de vie, est un concept alternatif au développement qui se répand dans le monde entier et trouve un écho de plus en plus large au sein des cercles de réflexion. Edgar Morin y voit le chemin pour éviter le chaos.

« Je me suis toujours fait une certaine idée de la France » a dit et écrit Charles De Gaulle. Sa principale erreur aura été de s'identifier à cette idée de la France au point de promouvoir des institutions où le Chef de l'État n'était plus le représentant des Français mais leur incarnation.

Quand l'un des porte-parole du gouvernement français monarco-républicain dit : « la France », il impose aux Français de penser que la politique qu'il exécute est celle qu'acceptent et soutiennent tous les Français. C'est manifestement faux ! On peut se faire d'autre idées de la France !

Cette conception de la France « éternelle », l'État-nation auquel ses habitants sont prêts à sacrifier leur vie – ce qui s'est passé mainte fois aux XIXe et XXe siècle – est un mythe puissant, qui a servi à construire une unité nationale, voire nationaliste, justifiant l'injustifiable, depuis l'Empire napoléonien, nocif pour l'Europe, funeste pour les Français, jusqu'à l'empire colonial et néocolonial, ravageur pour l'Afrique, taillant dans les territoires planétaires des espaces soumis à la puissance française...

Nous sommes loin de « ma France », celle de Jean Ferrat, celle d'une autre approche de l'histoire, celle des travailleurs, autrement dit celle des salariés, des exploités, des petits-et-sans-grade, celle des « sans », ces oubliés qui, pas à pas, sont, pourtant, les acteurs, les transformateurs, les bâtisseurs de la Cité humaine, à dimension planétaire.

Car c'en est fini de la France imposant ses lois et ses mœurs par la force. Elle n'est plus, avec la Grande-Bretagne, l'exemple du modèle occidental. Elle n'est plus même « la France des droits de l'homme ». Elle est une petite partie de la population humaine qui ne peut être pensée, désormais, qu'en milliards de personnes unies dans un destin commun où prime l'urgence de maintenir une habitabilité après des siècles d'exploitation sans retenue de la faune, de la flore, des minéraux et des richesses halieutiques.

L'action de l'espèce humaine sur Gaïa, la Terre, a ruiné et ruine encore tous les équilibres écologiques indispensables à la vie en communauté. Le concept biblique, « allez et dominez la Terre », relayé par la pensée de René Descartes, le grand philosophe dualiste français, qui sépara l'homme et la nature, a servi de fondement idéologique à la prise de possession des richesses planétaires, sans égard pour les destructions irréversibles engendrées. L'exploitation capitaliste n'aura été et n'est encore que la continuation de ces ravages, gaspillages et autres dilapidations des biens terrestres qui avait commencé avec « les Grandes Découvertes » et dont on ne veut pas reconnaître qu'ils sont inconcevables dans un monde limité.

Les bouleversements climatiques sont, à la fois, les conséquences et l'avertissement que nous adresse la Terre-mère, « la pachamama », comme il est dit, en Amérique du sud, dans la cosmogonie andine.

La France est, certes, capable de ce buen vivir qui conduit à la vie sobre. Mais cela conduit aussi à rompre avec des conceptions de la France incompatibles avec une hospitalité partagée, sur la Terre.

Et ces France qui ne sont pas de notre temps, il n'est pas si difficile de les repérer et de les exclure de notre de notre pensée politique : la France prédatrice du plus et du mieux que les autres qui exploite, sans prudence, en son sein et ailleurs, des richesses qui ne sont pas sa propriété, la France de la surconsommation, la France du spectacle devenu un objet de vente, la France du sport professionnel de compétition, vite transformé en sport-entreprises, la France de la bombe atomique, des centrales et des déchets nucléaires, la France de l'élitisme, la France qui poursuit le terrorisme en en ignorant les véritables causes, la France productrice et faisant commerce d'armes monstrueuses, la France du néocolonialisme africain qui veut porter le feu (ou l'a déjà porté : en Lybie, au Mali, en Syrie, en Irak, en République centrafricaine), la France complice sans vergogne de Moubarak ou de Khadafi, la France qui ne veut se voir telle qu'elle est : un État que ni sa démographie, ni son poids économique n'autorisent à dominer directement ou indirectement aucune partie du monde hors de l'hexagone.

La France du Buen Vivir, ou du Vivre bien est la France qui renonce à distinguer son sort de celui de tous les autres pays du monde et qui, au contraire, fait de l'hospitalité, de la solidarité et du partage l'expression même de sa devise républicaine, donnant ainsi, et enfin, un sens concret et politique à la fraternité. 

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran




dimanche 19 juillet 2015

2005-2015 : d'un référendum à l'autre ou 10 ans pour comprendre.


Nous ne l'avons pas voulue. Nous l'avons eue. L'Europe capitaliste, « coulée dans le marbre » de la constitution d'inspiration giscardienne, rejetée en France, après de longs débats, puis en Irlande et aux Pays Bas, a fini par être adoptée par des biais parlementaires reprenant, à peu près, ce que le référendum avait nettement rejeté. La trahison de Sarkozy et de sa majorité, mais aussi - déjà ! - de « socialistes », à peine masquée dans les brumes du « Traité de Lisbonne », a structuré une organisation de l'Union européenne des plus libérales, sous la coupe des États-puissance ou se croyant tels.

Nous payons, aujourd'hui, le prix de cet alignement et de ce refus de la prise en considération de votes émis dans des conditions indiscutablement démocratiques, c'est-à-dire respectueuses de toutes les formes garantissant l'honnêteté et la clarté des résultats.

Voici dix ans, comme à présent, un vote n'était licite, pour les maîtres de l'économie et de la finance, qu'à la condition de suivre les lois des marchés et des banques.

En 2008, nous avons vu ce que veut dire « lois du marché » : les banquiers n'ont jamais tort. Ils ont partie liée avec les dirigeants d'États prêts à tout leur accorder, y compris le renflouement de leurs immenses dettes.

En 2015, aura explosé le scandale et aura été révélé ce que veut dire « Europe à plusieurs vitesses » : il y a les États qui prospèrent et ceux qui paient.

La rébellion grecque et son referendum net et sans ambiguïté n'ont pas été acceptés par les créanciers d'un pays libre. L'Europe des marchés a refusé qu'un gouvernement de gauche exécute la politique pour laquelle il avait été élu.

Nous en sommes là.

De l'Écosse à la Catalogne, le peuple européen gronde mais il est privé des moyens de se faire entendre.

Le 9 juillet 2015, à Santa Cruz, en Bolivie, le Pape François, qui n'est ni notre maître à penser, ni notre inspirateur, mais qui est l'une des personnalités les mieux informées de la planète, a osé affirmer, déclenchant, alors, les protestations des puissants, que, « quand le capital dirige les choix des êtres humains et que l'avidité pour l'argent régit les systèmes socioéconomiques", l'homme et la nature sont condamnés ».

Karl Marx n'aurait pas mieux dit.

L'avertissement est, en effet, à la hauteur de la menace. Cette nouvelle pensée écologique et anticapitaliste ne s'exprime pas qu'au sein de l'Église catholique ! Nombre d'auteurs, - font - enfin - , la même analyse. L'année 2015 aura marqué un tournant dans l'histoire politique de ce siècle. Le lien entre les perturbations climatiques et les activités humaines déployées dans une logique insensée de croissance illimitée est établi. Un changement des structures économiques s'impose. Il y va de l'avenir de l'humanité.

La prise de conscience des citoyens d'Europe s'enfle. On ne fait pas le bonheur des peuples contre eux-mêmes. On ne peut, dès lors, exclure que des colères se manifestent.

La Grêce, où sont nés les concepts d'Europe et de démocratie, a été humiliée - et avec elle tous les démocrates d'Europe. Elle a subi, de la part de ses créanciers, un coup d'État financier dont les retentissements se répercuteront sur tout le micro-continent, et durant longtemps.

Il faut, à présent, choisir : ou laisser l'Europe des riches, actuellement dominante, poursuivre son action prédatrice ou s'appuyer sur cette expérience dont nous avons été les témoins, qui a été aussi instructive que douloureuse pour donner des contenus planétaires à la solidarité.

Avons-nous, du reste, le choix ?


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 15 juillet 2015

Grèce : Discours de Zoé Konstantopoulou présidente du parlement Grec


Dans les circonstances actuelles, où l'oligarchie européenne s'emploie à étrangler le peuple Grec, nous avons décidé de reproduire ci-dessous le discours tenu par la jeune  Présidente du Parlement Grec appelant à rejeter les propositions iniques et scélérates de l'eurogroupe.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

 
" Mesdames et Messieurs, chers collègues,  en de pareils instants, nous devons agir et parler avec sincérité institutionnelle et courage politique.

Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilité qui nous revient.

Protéger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacrés, inviolables et non négociables de notre peuple et de notre société.

Sauvegarder l’héritage de ceux qui ont donné leur vie et leur liberté pour que nous vivions aujourd’hui libres.

Préserver l’héritage des nouvelles générations et celles à venir ainsi que la civilisation humaine, de même que ces valeurs inaliénables qui caractérisent et donnent un sens à notre existence individuelle et collective.

La façon dont chacun choisit de décider et d’agir peut varier, mais personne n’a le droit de se moquer, de dégrader, de dénigrer ou d’utiliser à une fin politique les décisions qui sont issues d’un processus et d’une épreuve qui touchent au cœur de notre existence.
Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme noyau les forces anti-mémorandum, livre un combat inégal dans des conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le prétexte de la dette, une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et des compagnies étrangères.
Une dette que la Troïka, en accord avec les précédents gouvernements, a transformé frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de la corruption médiatique chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créé et gonflé, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une agression systématique et de grande envergure a contre une population avec l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions Européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour Pénale Internationale.

Le chantage n’est pas une fatalité. Et la création et la mise en place de conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet à personne de parler de liberté de « choix ».

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

Le peuple grec a honoré le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi que le Parlement qui lui a donné le droit de prendre sa vie et son destin entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,

NON aux chantages,
NON aux ultimatums,
NON aux memoranda de l’assujettissement,
NON au paiement d’une dette qu’il n’a pas créé et dont il n’est pas responsable,
NON à des nouvelles mesures de misère et de soumission,

Ce NON, les créanciers persistent obstinément à vouloir le transformer en OUI, avec la complicité perfide de ceux qui sont responsables de ces memoranda et qui en ont tiré profit, ceux qui ont créé la dette.

Ce NON du peuple nous dépasse toutes et tous et nous oblige à défendre son droit à lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie à moitié ou une vie servile, pour être fier de tout ce qu’il va laisser à ses successeurs et à l’humanité.

Le Gouvernement est aujourd’hui objet d’un chantage afin de lui faire accepter tout ce qu’il ne veut pas, qui n’émane pas de lui et qu’il combat. Le Premier Ministre a parlé avec sincérité, courage, franchise et désintéressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi celui qui a lutté comme aucun de ses prédécesseurs pour les droits démocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles générations, qui a représenté et représente notre génération et lui donne espoir. Je l’honore et je continuerai toujours de l’honorer pour son attitude et ses choix. Et en même temps, je considère de ma responsabilité institutionnelle, en tant que Présidente du Parlement, de ne pas fermer les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent.

Ma responsabilité envers l’histoire dans cette institution, je l’assume en répondant « présente » au débat et au vote d’aujourd’hui. Je considère ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier Ministre, aux générations futures et aux sociétés européennes, en exposant au grand jour les véritables conditions dans lesquelles le parlement est appelé à prendre des décisions et en refusant le chantage, au nom de l’alinéa 4 de l’article 120 de la Constitution.

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir. Et sans avoir peur. "

Zoe Konstantopoulou – 13 juillet 2015

Traduction : Yorgos Mitralias (source Médiapart)


mardi 7 juillet 2015

La croissance est indispensable : une fausse évidence.


Quel que soit le journal que l'on ouvre, la radio que l'on entend, la télévision que l'on regarde, tout doute est aboli dès qu'on évoque la sacro-sainte "croissance".

On comprend très vite que ce mot tabou recouvre bien plus que la progression de la production. C'est le capitalisme lui-même. Ce qui n'augmente pas est illégitime. C'est vrai des produits matériels et, désormais, plus encore, des produits financiers.

La perversité du "plus" à tout prix n'est même pas envisagée.

L'austérité elle-même est dénoncée par les productivistes solidaires des foyers modestes comme une violence liée à l'absence de croissance.

Produire moins et mieux semble relever pour la majorité de la classe politique d'un discours utopiste plus encore qu'utopique.
Oser le mot sobriété nous enfonce, cette fois, dans un moralisme irresponsable.
Il faut combattre le concept de croissance économique. Il ne suffit pas d'en constater le recul irréversible dans l'économie occidentale. il faut en démontrer la nocivité.
Ce qui étonne c'est que cette nocivité, non seulement, ne soit pas une évidence, mais plus encore puisse être comme une incongruité ! l'évidence est insensée !
Celui qui dénonce cette nocivité est considéré comme un complotiste, un traître, presque comme un dangereux terroriste.
On voit bien croître le nombre des adversaires de la croissance, mais, on est bien loin encore d'avoir atteint le seuil critique, celui à partir duquel les tenants de cette fausse évidence seront bouches-cousues car conscients de leur déraison et de leur irresponsabilité.

Tous les discours obligés sur la croissance font partie du conditionnement de l'opinion publique et il faut leur donner une contestation politique car il ne s'agit pas d'une question économique, mais, d'une question de philosophie politique.

Les hommes peuvent-ils vivre sur une planète dont on nie les limites, dont on gaspille les ressources et dont on ne recherche ni le renouvellement, ni le remplacement ?

Notre conception de la condition humaine est en jeu. Le sort de tous les modestes de la Terre qui ne sont plus pensés comme nos égaux en humanité avec qui tout doit être partagé non pas dans l'égalité absolue mais la justice effective est en cause.

La contestation du capitalisme a changé d'âme. Elle fut d'abord un rejet des injustices, de la domination des pauvres par les riches, du travail par le capital. Les producteurs de richesses n'en étaient pas suffisamment les bénéficiaires. C'était la lutte des classes.

On a vécu dans l'insouciance. Le temps s'est écoulé, sur deux siècles au moins et voici qu'il apparaît que l'injustice prend de l'ampleur. L'espèce humaine a cru : 7 milliards de vivants et plus mais cette croissance là n'a pas été prise en compte parce qu'elle obligeait au partage des biens, des services, des revenus et mettait le système économique en difficulté, voire en contradiction avec lui-même. Alors, On a "planétarisé" l'exploitation de la Terre et, ainsi, généralisé un mode de vie qui sécrète l'inégalité et la violence.

Il devient indispensable de globaliser la lutte contre le capitalisme qui n'est plus seulement l'exploitation de l'homme par l'homme, mais l'exploitation de la Terre par les terriens et de la majorité de l'humanité par une minorité. Il n'y a plus, sur le fond, d'écart entre les luttes sociales et les luttes écologiques. On le savait depuis longtemps, mais, le renoncement au principe du mieux par le plus - et vite - est impensable par nombre de ceux qui se croient encore "les représentants de la classe ouvrière", qui sont disciples de la croissance et donc idéologiquement à l'aise à l'intérieur d'un système qu'ils contestent sur la forme et peu sur le fond.

La quasi totalité des partis politiques se sont convertis à la croissance, mais oublions les ! car ils sont devenus de simple outil de conquête et de prise de pouvoir, qui perdent presque toujours leurs fins et donnent seulement des moyens théoriques et pratiques à ceux qui jouissent d'en être les chefs ou les bénéficiaires ...

Ceux qui en souffrent le plus se sont même convertis à la croissance .
Comment faire passer le slogan trop simple mais nécessaire : lutter contre le capitalisme (c'est à dire l'exploitation des pauvres par les riches.) c'est lutter pour chaque terrien en s'opposant, partout et en tous lieux, à la dégradation de la Terre-mère.

Nous avons en Europe conservé une logique coloniale : tous les hommes ne peuvent vivre heureux. Contentons-nous de préserver notre civilisation ("La Corrèze avant le Zambèze" du sinistre Le Pen, fut une formule au fond partagée par une majorité des Français.)

Nos discours républicains sur l'égalité et la fraternité ont été engloutis sous ceux consacrés au "Monde libre". La liberté, dont on attendait tout et faussement le droit à la richesse pour tous, devient, et on l'a constaté très vite, un principe abstrait perdant sa substance dès qu'elle fut dissociée de l'égalité.

En 2015, pour sauver la liberté, il est impératif de développer l'égalité maximale, ce qui, bien entendu, bouleversera notre mode de vie et nécessite l'apport et l'engagement de tous.

Vivre autrement fait partie de la sortie du capitalisme, mais, ne sera pas acceptée sur le champ, car échapper au monde de la surconsommation, de la publicité permanente, de la satisfaction du désir avant celle du besoin ne peut aller de soi, mais c'est pourtant un impératif à la survie de l'humanité.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 22 juin 2015

La vérité sur la dette grecque


Ce 22 juin 2015 fera date. Il y va de l'autorité d'un peuple libre : les Grecs. Il y va du rôle de l'Europe politique et de la solidarité de ses 28 Etats-membres. Nous publions ici la Synthèse du rapport de la commission pour la vérité de la dette grecque. Ce document, bien que long, mérite une lecture attentive. Nous en tirons, d'orres et déjà, les enseignements suivants :

• On impute au peuple grec tout entier des erreurs qui ont été celles de ses anciens dirigeants.

• Les armateurs grecs et l'Église orthodoxe grecque doivent payer leur part de l'impôt.

• Les dépenses consacrées à la défense, suite à l'ancien conflit turco-grec, sont très excessives.

• La dette accumulée ne peut être remboursée dans les délais qu'on voudrait imposer à la Grèce.

• Est manifeste la volonté politique de faire échouer le gouvernement dirigé par Aléxis Tsípras et Siryza.

• Vouloir faire rendre gorge à ceux qui sont sans ressources (retraités, chômeurs...) est criminel.

• La solidarité européenne est un concept vide si elle impose des "réformes" qui ruinent le peuple grec.

• Si se soumettre au FMI est le seul choix politique possible, c'est le triomphe a priori du capitalisme.

• L'Union européenne doit respecter ce qu'a voté la Grèce, pays où est né le concept de la démocratie.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


Synthèse du rapport de la Commission 

pour la vérité sur la dette grecque

Traduction : CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde). Le 18 juin 2015.

Prendre à bras-le-corps un ensemble de problèmes sociaux et économiques est une impérieuse nécessité autant qu’une responsabilité sociale. Prenant acte de cela, le Parlement Hellénique a mis en place en avril 2015 la Commission pour la Vérité sur la dette publique grecque. Il lui a donné mandat pour mener des investigations sur l’origine et l’augmentation de la dette publique, la façon dont cette dette a été contractée et les raisons qui y ont amené, enfin sur l’impact qu’ont eu sur l’économie et la population les conditionnalités attachées à ces contrats. La Commission pour la Vérité a pour mission d’amener à une prise de conscience sur les questions relatives à la dette grecque, tant sur le plan interne qu’au niveau international, de formuler des arguments et de proposer des scénarios relatifs à l’annulation de la dette.
Les recherches présentées par la Commission dans son rapport préliminaire mettent en lumière le fait que le programme d’ajustement auquel la Grèce a été soumise était, et reste dans son intégralité, un programme politiquement orienté. L’analyse technique bâtie sur des variables macroéconomiques et des projections de dette – des données en relation directe avec la vie et de la population et ses moyens de subsistance –, a permis de cantonner les discussions relatives à la dette à un niveau technique. Ces discussions ont principalement été centrées autour de la thèse selon laquelle les politiques imposées à la Grèce allaient lui permettre de rembourser sa dette. Les faits présentés dans ce rapport prouvent tout le contraire.
Les éléments dont nous faisons état dans ce rapport montrent que de toute évidence la Grèce, non seulement n’est pas en capacité de rembourser cette dette, mais qu’elle ne doit pas la rembourser, tout d’abord parce que la dette issue des mesures de la Troïka constitue une violation caractérisée des droits humains fondamentaux des résidents de la Grèce. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que la Grèce ne doit pas payer cette dette, du fait de son caractère illégal, illégitime et odieux.
Il est également apparu à la Commission que le caractère insoutenable de la dette publique grecque était évident depuis l’origine pour les créanciers internationaux, les autorités grecques et les grands médias. Pourtant, les autorités grecques et certains gouvernements de l’Union Européenne se sont ligués pour rejeter une restructuration de la dette publique en 2010, dans le seul but de protéger les institutions financières privées. Les grands médias officiels ont dissimulé la vérité au public en soutenant que le plan de sauvetage allait être bénéfique pour la Grèce, tout en passant en boucle le récit selon lequel la population ne faisait que payer pour ses propres turpitudes.
Les fonds versés dans le cadre des programmes de sauvetage de 2010 et 2012 ont été gérés de l’extérieur selon des schémas complexes, empêchant toute initiative propre en matière budgétaire. L’utilisation de ces fonds a été dictée de manière stricte par les créanciers et il est apparu que moins de 10 % de leur montant avaient été consacrés aux dépenses courantes du gouvernement.
Ce rapport préliminaire dresse un premier état des lieux des principaux problèmes et enjeux liés à la dette publique et fait état de violations juridiques majeures en ce qui touche aux contrats d’emprunt ; il pose également les bases juridiques sur lesquelles la suspension unilatérale des paiements de la dette peut être invoquée. Ces conclusions sont déclinées en neuf chapitres présentés comme suit :

Le chapitre 1, La dette avant la Troïka
, analyse l’augmentation de la dette publique grecque depuis les années 1980. Il conclut que l’accroissement de la dette n’est pas le résultat de dépenses publiques excessives, celles-ci étant en réalité restées plus faibles que les dépenses publiques d’autres pays de la zone euro. La dette provient pour l’essentiel du paiement aux créanciers de taux d’intérêts extrêmement élevés, de dépenses militaires excessives et injustifiées, d’un manque à gagner fiscal dû à la fuite illicite de capitaux, du coût de la recapitalisation de banques privées par l’État, et des déséquilibres internationaux issus des lacunes inhérentes au modèle de l’Union Monétaire.
L’adoption de l’euro a généré en Grèce une augmentation drastique de la dette privée à laquelle les grandes banques privées européennes ainsi que les banques grecques ont été exposées. En prenant de l’ampleur, la crise bancaire a débouché sur une crise de la dette souveraine grecque. En 2009, en mettant l’accent sur la dette publique et en gonflant le déficit, le gouvernement de George Papandréou a voulu présenter comme une crise de la dette publique ce qui était en réalité une crise bancaire.

Le chapitre 2, Les évolutions de la dette publique grecque de 2010 à 2015
établit que le premier accord de prêt de 2010 visait en premier lieu à sauver les banques privées grecques et européennes et à permettre aux banques de réduire leur exposition aux titres publics grecs.

Le chapitre 3, La dette publique grecque par créancier en 2015
, met en évidence la nature litigieuse de la dette grecque actuelle au regard des principales caractéristiques des prêts qui seront analysées plus en détail au chapitre 8.

Le chapitre 4, Les mécanismes de l’endettement en Grèce
, dévoile les mécanismes issus des accords entrés en vigueur à partir de mai 2010. Ces accords prévoyaient l’octroi de nouveaux emprunts d’un montant substantiel par des créanciers bilatéraux et le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) qui s’accompagnaient de coûts abusifs, amplifiant d’autant la crise. Ces mécanismes révèlent comment la majorité des fonds empruntés ont été directement transférés aux institutions financières. Au lieu de bénéficier à la Grèce, ils ont accéléré le processus de privatisation à travers l’utilisation d’instruments financiers.


Le chapitre 5, Les conditionnalités contre la soutenabilité
, présente la manière dont les créanciers ont imposé des conditionnalités excessives qui, associées aux accords de prêts, ont eu pour conséquence directe la non-viabilité économique et l’insoutenabilité de la dette. Ces conditionnalités, que les créanciers s’obstinent toujours à exiger, ont fait chuter le PIB tout en augmentant l’endettement public – un ratio dette/PIB plus élevé rendant la dette grecque encore plus insoutenable. Mais elles ont également généré des changements dramatiques dans la société et provoqué une crise humanitaire. La dette publique grecque peut ainsi être considérée comme totalement insoutenable en l’état actuel des choses.

Le chapitre 6, Impact des « programmes de sauvetage » sur les droits humains
, montre que les mesures mises en place dans le cadre des « programmes de sauvetage » ont directement affecté les conditions de vie du peuple et violé les droits humains que la Grèce et ses partenaires sont dans l’obligation d’assurer, de protéger et de promouvoir, conformément au droit national, au droit de l’Union et au droit international en vigueur. Les ajustements drastiques imposés à l’économie et à la société grecque dans son ensemble ont provoqué une détérioration rapide des niveaux de vie incompatible avec la justice sociale, la cohésion sociale, la démocratie et les droits de l’homme.

Le chapitre 7, Questions juridiques relatives aux MoU (Memorandum of understanding ou Protocole d’accord) et aux conventions de prêt
, soutient qu’il y a eu violation des obligations en matière de droits de l’homme de la part de la Grèce elle-même et de ses prêteurs, à savoir les États membres de la zone euro (prêteurs), la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds Monétaire International qui ont imposé ces mesures à la Grèce. Tous ces acteurs ont refusé d’évaluer les violations des droits de l’homme découlant des politiques publiques qu’ils obligeaient la Grèce à appliquer. Ils ont directement violé la constitution grecque en privant le pays de la plupart de ses droits souverains. En effet, les accords contiennent des clauses abusives, qui ont contraint la Grèce à renoncer à des pans importants de sa souveraineté. Cela a été attesté par le choix du droit anglais comme loi applicable à ces contrats, dans le but de faciliter le contournement de la constitution grecque et des obligations internationales en matière de droits humains. La remise en cause des droits humains et des obligations de droit coutumier, la présence de diverses preuves de mauvaise foi des parties contractantes, et leur caractère déraisonnable, remet en cause la validité de ces contrats.

Le Chapitre 8, Évaluation du caractère illégitime, odieux, illégal ou insoutenable de la dette
, examine la dette publique grecque en regard des définitions adoptées par la Commission concernant les dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables. Il aboutit à la conclusion qu’en juin 2015, la dette publique grecque est insoutenable, puisque la Grèce ne peut payer le service de la dette sans nuire gravement à sa capacité de remplir ses obligations les plus élémentaires en matière de droits humains. Par ailleurs, le rapport apporte la preuve de la présence dans cette dette d’éléments illégaux, illégitimes et odieux, et ce pour chaque groupe de créanciers.

La dette envers le FMI
doit être considérée illégale car elle a été consentie en violation des propres statuts du FMI, et que les conditions qui l’accompagnent violent la Constitution grecque, les obligations du droit coutumier international et les traités signés par la Grèce. Elle est illégitime, puisque les conditions imposées comprennent des dispositions qui violent les obligations en matière de droits humains. Enfin, elle est odieuse, puisque le FMI savait pertinemment que les mesures imposées étaient antidémocratiques, inefficaces, et allaient provoquer de graves violations des droits socio-économiques.
La dette envers la BCE doit être considérée illégale car la BCE a outrepassé son mandat en imposant l’application de programmes d’ajustement macroéconomique (par exemple la déréglementation du marché du travail), ceci par l’intermédiaire de sa participation à la Troïka. La dette envers la BCE est également illégitime et odieuse, car l’objectif du Securities Market Programme (SMP) était en fait de servir les intérêts des institutions financières en permettant aux principales banques privées grecques et européennes de se débarrasser de leurs obligations grecques.

Le FESF
a octroyé des prêts hors liquidités qu’il faut considérer comme illégaux parce que l’Article 122(2) du TFUE est violé, et parce que ces prêts portent atteinte par ailleurs à un certain nombre de droits socio-économiques et de libertés civiques. De plus, l’Accord cadre du FESF de 2010 et le Master Financial Assistance Agreement de 2012 contiennent plusieurs clauses abusives témoignant d’une attitude immorale de la part du prêteur. Le FESF va également à l’encontre de principes démocratiques, ce qui rend ces dettes illégitimes et odieuses.

Les prêts bilatéraux
doivent être considérés comme illégaux car ils violent les procédures spécifiées dans la Constitution grecque. Les prêts révèlent une attitude immorale des prêteurs et présentent des conditions qui contreviennent au droit et à l’action gouvernementale. Il y a atteinte tant au droit de l’Union européenne qu’au droit international lorsque les droits humains sont évincés par des programmes macroéconomiques. Les prêts bilatéraux sont par ailleurs illégitimes puisqu’ils n’ont pas été utilisés dans l’intérêt de la population, mais ont seulement servi à sauver les créanciers privés de la Grèce. Enfin, les prêts bilatéraux sont odieux car en 2010 et 2012 les États prêteurs et la Commission européenne, tout en étant conscients de ces violations potentielles, se sont bien gardés d’étudier l’impact sur les droits humains des ajustements macro-économiques et consolidation budgétaire qui étaient la condition des prêts.

La dette envers des créanciers privés doit être considérée illégale parce que les banques privées ont eu une attitude irresponsable avant l’existence de la Troïka, ne respectant pas une diligence raisonnable, et parfois, comme dans le cas de fonds spéculatifs, agissant de mauvaise foi. Une partie des dettes envers les banques privées et les fonds spéculatifs sont illégitimes pour les mêmes raisons qu’elles sont illégales ; de plus, il était illégitime que des banques grecques soient recapitalisées par les contribuables. Les dettes envers les banques privées et les fonds spéculatifs sont odieuses, puisque les principaux créanciers étaient bien conscients que ces dettes n’étaient pas contractées dans l’intérêt de la population mais pour augmenter leurs propres bénéfices.
Le rapport se conclut sur quelques considérations pratiques.

Le Chapitre 9, Fondements juridiques pour la répudiation et la suspension de la dette grecque souveraine, présente différentes options pour l’annulation de la dette et expose tout particulièrement les conditions dans lesquelles un État souverain peut exercer son droit à poser un acte unilatéral de répudiation ou de suspension de paiement de sa dette en droit international.
Il existe plusieurs arguments juridiques permettant à un État de répudier ses dettes illégales, odieuses et illégitimes. Dans le cas grec, un tel acte unilatéral peut se fonder sur les arguments suivants : la mauvaise foi manifeste des créanciers qui ont poussé la Grèce à violer son droit national et ses obligations internationales en matière de droits humains ; la primauté des droits humains sur les autres accords tels que ceux conclus par les gouvernements précédents avec les 
créanciers de la Troïka ; la coercition ; la présence de clauses abusives violant la souveraineté de l’État grec ; et enfin le droit reconnu en droit international pour un État de prendre des contre-mesures quand les créanciers posent des actes illégaux.
 S’agissant des dettes insoutenables, tout État est juridiquement fondé à utiliser l’argument de l’état de nécessité qui permet à un État confronté à situation exceptionnelle de
 sauvegarder un de ses intérêts essentiels menacé par un péril grave et imminent. Dans une telle situation, il peut s’affranchir de l’exécution d’une obligation internationale telle que le
 respect d’un contrat de prêt. Enfin, les États disposent du droit de se déclarer unilatéralement insolvables lorsque le service de leur dette est insoutenable, sachant que dans ce cas ils ne commettent aucun acte illégal et sont affranchis de toute responsabilité.

La dignité du peuple grec vaut plus qu’une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. 


A l'issue de ses premières investigations, la Commission considère que la Grèce a été et est toujours la victime d'une tentative de meurtre froidement préméditée par le trio que sont le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne. Cette attaque violente, illégale et immorale a été réalisée avec l'assentiment et la complicité des Etats européens qui, au lieu de servir et défendre l'intérêt général, ont préféré se mettre au service des banques et des intérêts particuliers d'une minorité.

En mettant ce rapport à la disposition des autorités grecques et du peuple grec, la Commission considère avoir rempli la première partie de sa mission telle que définie dans la décision de la Présidente du Parlement du 4 avril 2015. La Commission espère que son rapport constituera un outil utile pour toutes celles et tous ceux qui veulent sortir de la logique mortifère de l’austérité et qui se lèvent pour défendre ce qui ce qui est en danger aujourd’hui : les droits humains, la démocratie, la dignité des peuples et l’avenir des générations à venir.
Aujourd’hui, en réponse à ceux qui leur imposent des mesures iniques, le peuple grec pourrait leur rappeler ce propos de Thucydide lorsqu’il évoquait la constitution de son peuple : « Elle a reçu le nom de démocratie, parce que son but est l’utilité du plus grand nombre et non celle d’une minorité. » (Oraison funèbre de Périclès rapportée par Thucydide dans La guerre du Péloponnèse).


mercredi 17 juin 2015

Changer de mode de vie pour ne pas laisser tout s'effondrer.


Ou bien il faut enfermer, d'urgence, Naomi Klein, ou bien il faut lui réserver, dès à présent, une place au panthéon des personnalités dont la pensée aura changé le monde.

La grande journaliste canadienne a commis un livre de quelques 600 pages, traduit et édité, en France, chez Actes Sud. Son titre est provocateur : Tout peut changer et son sous-titre plus encore : Capitalisme et changement climatique.

Y est sous entendu, en effet, en reprenant ce que suggère ce long titre, que le changement climatique et ses conséquences destructrices pour l'espèce humaine ont, de nos jours, pour cause principale, le capitalisme et son organisation ultra-libérale de l'économie. Il devient, alors, urgent de « tout changer ». Ce n'est pas qu'un vœu, c'est possible. Toutefois, selon les plus hautes compétences que citent Naomi Klein, si rien n'est engagé avant 2017, l'avenir ne peut, ensuite, que gravement s'assombrir.

Le capital de Karl Marx, à côté de cette condamnation sans appel d'un régime économico-politique qui s'est imposé sur notre planète, depuis deux siècles au moins, et qui triomphe sans obstacle depuis 1989, semble une simple bluette et cette dangereuse communiste, dirait-on aux USA, devrait être dénoncée et traduite devant les tribunaux comme une néo-terroriste.

Car si les analyses et les conclusions de Naomi Klein contiennent une large part de vérité, il faut, en effet, rompre avec toutes les politiques et tous les politiciens qui ne tiennent nul compte de ce que « notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre ». La politique, désormais, se doit d'intégrer la dimension de notre survie.

Cette longue et impitoyable interpellation, très argumentée, adressée à « l'humanité défendant, à corps perdu, un mode de vie qui la mène à sa perte » est bien plus qu'un plaidoyer hyper-écologiste.

C'est,  envoyé avant la COP21, qui doit se tenir en décembre 2015, à Paris, un avertissement véhément : quelles que soient nos préférences politiques, il n'est plus possible de vivre comme nous vivons, car nous risquons non pas de tuer la planète mais d'anéantir notre espèce elle-même.

Naomi Klein n'est ni la première ni la seule à lancer un tel appel d'alerte face aux périls incommensurables que peut générer un changement climatique accéléré dont les activités humaines ont été et restent responsables. Les « climatosceptiques » ont beau violemment contester ces catastrophistes que seraient les scientifiques du GIEC, ils ont perdu la partie. Les faits parlent, les savants écrivent, l'information circule : il faut sortir au plus vite de l'impasse !

Les bouleversements constatés, (incendies, inondations, sécheresses, cyclones dont le nombre et l'intensité ne cessent d'augmenter) confortent les résultats de travaux qui tous convergent : au rythme où fondent les banquises, s'étendent les déserts, se multiplient les flux de migrations, s'écroule la biodiversité, le XXIe siècle peut voir se produire des violences mettant à mal les civilisations.

On peut craindre que les prises de conscience ne modifient pas grand chose. Il ne suffit pas de savoir pour changer. Nos addictions à la société de consommation ne peuvent être effacées par des mots. Notre « formation de formatés » a fait de nous des convaincus qui pensent que rien ne peut changer, dans notre mode de vie, sans régressions insupportables.

Nous n'avons, pourtant, que deux choix : ou bien attendre les événements dévastateurs qui vont nous contraindre de changer, dans la douleur, nos habitudes installées, ou bien commencer, sans tarder, à changer nos pratiques quotidiennes les plus néfastes à notre environnement et donc à nous-mêmes ainsi qu'à nos descendants, plus encore. Nous sommes dans le déni, parce que la révélation est trop violente.

Le livre de Naomi Klein mais aussi celui de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, paru aux éditions du Seuil, en 2015 également), nous orientent vers une relecture de l'actualité en nous suggérant qu'il est possible de faire d'un péril imminent une ultime chance. Difficile et indispensable conversion : la crise n'était pas budgétaire mais écologique. Les responsables politiques sont encore plus bloqués que les citoyens pour l'admettre car leurs repères sont en ruine, mais les faits finissent par s'imposer.

Il nous faut compter avec l'instinct de survie qui est tout puissant : nous ne sommes pas condamnés à subir et à périr ! Nous allons vivre une mutation bouleversante mais salvatrice.

N'en soyons pas que les spectateurs !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 9 juin 2015

Nous sommes républicains.


Est républicain celui qui est partisan de la République, écrit sobrement notre dictionnaire. À ce titre, nous sommes tous républicains, ou presque.
Au delà de cette appellation, nous sommes attachés aux valeurs dans lesquelles s'incarne la République : Liberté, Égalité, Fraternité et, plus que jamais, Laïcité.
La République ou res-publica, c'est la chose publique. C'est l'absolue priorité accordée à l'intérêt général et pas aux domaines privés. C'est le développement irréversible du service public.
Pourtant, à y regarder de près, au cours de l'histoire récente, particulièrement de la 5ème République, quel parti, après son passage au pouvoir, peut se faire une gloire d'avoir conduit une véritable politique respectant totalement ces valeurs ?
Aucun ! Ni de droite, ni de gauche.


La démarche de Nicolas Sarkozy visant à changer le nom de l'ex-UMP est un indigne détournement d'héritage et, comme l'a titré le journal Marianne, un « hold-up sur la République ».
Quand il était aux affaires, l'ex président de la République en a souvent pris à son aise avec les lois de la République et le voici qui s'autorise, aujourd'hui, à donner des leçons de républicanisme et de démocratie. Quelle prétention vulgaire !
Nous sommes convaincus que la République est notre bien commun et, à quelques exceptions près – hier les dirigeants de Vichy, à présent nombre de responsables du FN et de quelques organisations marginales –, nous sommes tous républicains quelles que soient nos divergences politiques, idéologiques, culturelles ou religieuses.
La République, qui n'est ni de droite, ni de gauche, a été construite par des hommes de différentes origines idéologiques ; elle ne saurait être la propriété d'un parti ou d'un homme.
C'est un bien en partage et nul n'a le droit de l'annexer, pas plus Sarkozy qu'un autre !


L'ex-président, devenu chef d'un vaste clan, veut faire passer le message selon lequel lui et ses soutiens seraient les seuls républicains, rejetant, ainsi, tous les autres Français hors du cercle constitutionnel. C'est une insulte intolérable !
Pour accréditer sa thèse, il prétend que les socialistes ne sont pas préoccupés par l'avenir de la République mais seulement par l'avenir du socialisme.
Quelle stupidité, surtout lorsqu'on constate que seulement une mince différence sépare la pratique politique de l'ex-UMP de celle du PS qui n'est plus, aujourd'hui, vraiment socialiste, mais plutôt social-libérale.
Et, quand bien même les socialistes seraient restés socialistes, rappelons-nous ce qu'affirmait Jean Jaurès : « Sans la République, le socialisme est impuissant ; mais sans le socialisme, la République est vide. »


La manœuvre de Sarkozy n'est que basse tactique pour essayer de faire oublier les affaires qui le poursuivent, dont il ne parvient pas à se débarrasser, tout en tâchant de rendre plus présentable l'idéologie qu'il incarne et qui est de plus en plus compatible avec celle du Front national.
Son parti, nouveau par le nom, mais antédiluvien par ses principes, présente, en effet, une très grande perméabilité avec les idées véhiculées par les Lepen.
Un ancien ministre de droite, Luc Ferry, a très bien résumé la situation créée par décision de renommer l'UMP en « Républicains » : « Les républicains, comme si nul autre ne l'était ! Comble du ridicule - imposture historique et intellectuelle. »
Le malheur de notre époque, c'est que l'héritage des Lumières, malmené et contesté par l'idéologie capitaliste, n'aura guère été défendu par les gouvernements qui se sont succèdés, et notamment pas par celui, actuel, de François Hollande.
C'est pourquoi nous attendons - sans grande conviction, hélas - que les organisations et associations qui défendent la démocratie et les droits fondamentaux, telles que la Ligue des Droits de l'Homme, s'expriment avec plus de force pour s'opposer à la confiscation de la République.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux