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mardi 9 juin 2015

Nous sommes républicains.


Est républicain celui qui est partisan de la République, écrit sobrement notre dictionnaire. À ce titre, nous sommes tous républicains, ou presque.
Au delà de cette appellation, nous sommes attachés aux valeurs dans lesquelles s'incarne la République : Liberté, Égalité, Fraternité et, plus que jamais, Laïcité.
La République ou res-publica, c'est la chose publique. C'est l'absolue priorité accordée à l'intérêt général et pas aux domaines privés. C'est le développement irréversible du service public.
Pourtant, à y regarder de près, au cours de l'histoire récente, particulièrement de la 5ème République, quel parti, après son passage au pouvoir, peut se faire une gloire d'avoir conduit une véritable politique respectant totalement ces valeurs ?
Aucun ! Ni de droite, ni de gauche.


La démarche de Nicolas Sarkozy visant à changer le nom de l'ex-UMP est un indigne détournement d'héritage et, comme l'a titré le journal Marianne, un « hold-up sur la République ».
Quand il était aux affaires, l'ex président de la République en a souvent pris à son aise avec les lois de la République et le voici qui s'autorise, aujourd'hui, à donner des leçons de républicanisme et de démocratie. Quelle prétention vulgaire !
Nous sommes convaincus que la République est notre bien commun et, à quelques exceptions près – hier les dirigeants de Vichy, à présent nombre de responsables du FN et de quelques organisations marginales –, nous sommes tous républicains quelles que soient nos divergences politiques, idéologiques, culturelles ou religieuses.
La République, qui n'est ni de droite, ni de gauche, a été construite par des hommes de différentes origines idéologiques ; elle ne saurait être la propriété d'un parti ou d'un homme.
C'est un bien en partage et nul n'a le droit de l'annexer, pas plus Sarkozy qu'un autre !


L'ex-président, devenu chef d'un vaste clan, veut faire passer le message selon lequel lui et ses soutiens seraient les seuls républicains, rejetant, ainsi, tous les autres Français hors du cercle constitutionnel. C'est une insulte intolérable !
Pour accréditer sa thèse, il prétend que les socialistes ne sont pas préoccupés par l'avenir de la République mais seulement par l'avenir du socialisme.
Quelle stupidité, surtout lorsqu'on constate que seulement une mince différence sépare la pratique politique de l'ex-UMP de celle du PS qui n'est plus, aujourd'hui, vraiment socialiste, mais plutôt social-libérale.
Et, quand bien même les socialistes seraient restés socialistes, rappelons-nous ce qu'affirmait Jean Jaurès : « Sans la République, le socialisme est impuissant ; mais sans le socialisme, la République est vide. »


La manœuvre de Sarkozy n'est que basse tactique pour essayer de faire oublier les affaires qui le poursuivent, dont il ne parvient pas à se débarrasser, tout en tâchant de rendre plus présentable l'idéologie qu'il incarne et qui est de plus en plus compatible avec celle du Front national.
Son parti, nouveau par le nom, mais antédiluvien par ses principes, présente, en effet, une très grande perméabilité avec les idées véhiculées par les Lepen.
Un ancien ministre de droite, Luc Ferry, a très bien résumé la situation créée par décision de renommer l'UMP en « Républicains » : « Les républicains, comme si nul autre ne l'était ! Comble du ridicule - imposture historique et intellectuelle. »
Le malheur de notre époque, c'est que l'héritage des Lumières, malmené et contesté par l'idéologie capitaliste, n'aura guère été défendu par les gouvernements qui se sont succèdés, et notamment pas par celui, actuel, de François Hollande.
C'est pourquoi nous attendons - sans grande conviction, hélas - que les organisations et associations qui défendent la démocratie et les droits fondamentaux, telles que la Ligue des Droits de l'Homme, s'expriment avec plus de force pour s'opposer à la confiscation de la République.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

lundi 1 juin 2015

La France sous anesthésie ...

Dans son édition du 15 mars 1968, Le Monde publiait un article devenu célèbre, (« Quand la France s'ennuie... » ), dans lequel le journaliste Pierre Viansson-Ponté constatait que, dans la société française, « on s’ennuyait ». Quelques jours plus tard, commençaient des événements qui allaient totalement bouleverser les mœurs et les institutions du pays.

Sommes-nous à la veille d'une semblable période de l'histoire de la France et de l'Europe tout entière qui transformerait et nos modes de vie et l'organisation même des pouvoirs publics ? Rien ne le donne à penser si l'on s'en tient à l'état léthargique de notre vieux continent. Et pourtant !

La France ne s'ennuie pas ; elle s'endort. Ou, plus exactement, on l'endort et elle s'anesthésie. D'autres États voisins, reçoivent également, du reste, par les médias, les mêmes somnifères et narcotiques stupéfiants !

Dans un article, « Décortiquer la crise démocratique », publié par Médiapart, le 29 mai 20151, Fabien Escalona fait l'analyse détaillée de la situation de blocage dans lequel se trouvent placées la France et l'Europe. Il donne, en effet, à penser que non seulement les citoyens sont endormis mais qu'ils sont paralysés, anesthésiés par de multiples drogues au premier rang desquelles se trouve la démocratie atteinte par la corruption et la dégradation de ses institutions, voire de ses agents !

L'auteur de ce document propose des références multiples d'écrits convergents qui fondent cette formule : « les craquements sous la surface se multiplient, mais le séisme ne se produit pas ». Autrement dit, nous sommes entrés dans une période où va surgir l'inconnu, car la globalisation de l'économie a engendré une situation instable, intenable, dont la rupture est inévitable. Le volcan sur lequel repose le capitalisme occidental, étendu à deux géants orientaux, est endormi mais explosera. C'est la même la conviction, mais autrement argumentée, plus écologique et pragmatique, que Pablo Servigne & Raphaël Stevens expriment dans leur livre2 consacré à la « collapsologie » (un néologisme utilisé pour identifier l'étude de l’effondrement de la société thermo-industrielle).

Les leçons de mai 1968 ont été enregistrées par ceux qui ne veulent plus perdre le contrôle de leurs pouvoirs économiques et politiques. Pour éviter toute « rechute » dans l'imprévisible, les têtes pensantes de la société libérale, ont conçu et installé des pratiques de la démocratie qui se retournent contre la démocratie elle-même. Ali Kebir interroge, dans un livre concis3, la tolérance des citoyens à l'égard de cette démocratie dévoyée. À le lire, on se demande, avec le philosophe Tony Ferri4 : «  d’où vient le fait que les citoyens admettent aujourd’hui la démocratie sinon comme le bien politique suprême, du moins comme un régime quasi incontestable et presque naturel, alors même qu’elle véhicule des technologies de pouvoir et qu’elle est le résultat de relations complexes (sociales, politiques, historiques, culturelles) autour desquelles gravite l’enjeu majeur de la reconduction, de la conservation, de la perpétuation de la domination d’un groupe (les puissants, les décideurs, les possédants) sur d’autres groupes (les sujets ou « assujettis » démocratiques, les dominés) ».

Nous vivons, dès lors, une douloureuse certitude : d'une part, « ça ne peut plus continuer comme ça ! » mais, d'autre part, on ne sait ni quand ni comment va s'enclencher cette néo-révolution, d'un nouveau type, n'ayant rien à voir avec les précédentes, et qui modifiera - mais à quel prix ? - les relations humaines. Les motifs d'inquiétude s'alourdissent sans que l'on sache par quel voie vont s'avancer soit les catastrophes, soit les bouleversements positifs.

Ainsi la COP21, en France, en décembre 2015, va-t-elle mobiliser l'attention des plus conscients des humains et nul ne sait jusqu'où ira ce mouvement d'opinion. Mais, au niveau des dirigeants des États, cette conférence ne peut qu'échouer puisque ceux qui la préparent sont ceux qui sont la cause du désastre climatique. Et il y a pire : dans notre pays, champion du nucléaire, d'aucuns voudraient nous convaincre que, pour limiter le réchauffement de la planète à +2°, « il faut favoriser le financement des énergies bas-carbone, et parmi elles, le nucléaire ». Sombrent aussitôt dans l'oubli les risques immenses de l'élimination des déchets, les impossibilités de démantèlement des centrales, le lien avec la prolifération de l'armement nucléaire, etc... C'est un mauvais rêve !

Mais ce n'est pas tout : comment avons-nous pu oublier que seulement 1% de l'eau sur terre est potable ? Que 2% sont gelés ? Que le reste est de l’eau salée contenue dans les mers et les océans ? Ou que les débits, lors des périodes estivales, pourraient diminuer de 80% en Europe centrale, de l’Est, et du Sud, au cours des 50 prochaines années ? Le manque d'eau potable s'annonce comme le risque global principal dans une large partie du monde pouvant engendrer de nouvelles et monstrueuses guerres. Voici un autre mauvais rêve !

Il n'y a vraiment pas de quoi s'ennuyer et s'endormir, en France, où l'étroitesse de son territoire et la perméabilité de ses frontières, terrestres et maritimes, ruine toute politique à caractère autarcique et nationaliste. L'enfermement dans des idéologies d'État-nations retarde l'inéluctable mais elles n'empêcheront pas que l'Europe soit d'autant plus visitée qu'elle est un îlot de richesse relative dans un monde où toujours plus d'humains manquent de revenus, subissent d'affreuses sécheresses et craignent les violences de ceux qui les transforment en marchandises.

Que la France s'endorme est certes un péril mais, à l'évidence, c'est un regard global, les yeux tout grand ouverts, que l'ensemble des citoyens, devenus peu à peu, à leur insu mais de fait, des citoyens du monde, ont à porter sur cette planète limitée, dont ils ne peuvent encore sortir et où les frontières des États ne sont plus infranchissables.

La maîtrise de eau, de l'atome, du climat et des migrations internationales est au tout premier rang des préoccupations de chacun mais elle ne semble pas celles de nos représentants, dès lors de moins en moins représentatifs. Le temps de la délégation aux experts, aux élites et aux dotés tire à sa fin. Nous sommes tous directement concernés. La montée de la démographie, la facilitation de la circulation des peuples, l'explosion de la communication par internet et par téléphone ont modifié les rapports des vivants entre eux.

Là s'installe la politique, désormais. C'est de notre vie qu'il s'agit.

 Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

 
1   http://www.mediapart.fr/journal/france/290515/decortiquer-la-crise-democratique
2   Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Le Seuil, 19 €.
3  Ali Kebir, Sortir de la démocratie, L'Harmattan, 2015.
4  Tony Ferry, le 10 mars 2015, dans : http://ici-et-ailleurs.org/spip.php?article484

jeudi 21 mai 2015

Sans repères, à gauche comme à droite, la politique se meurt.


Beaucoup d'entre nous, lassés des politiques démagogiques de la droite depuis 2002, avaient voté, sans beaucoup de convictions, il est vrai, pour le candidat désigné par les primaires socialistes.

Très rapidement, ils ont déchanté et compris que François Hollande ne ferait pas la politique pour laquelle nous l'avions élu. Pour les plus anciens, en 1983, nous avions déjà été floués par François Mitterrand au prétexte de la prise en compte des réalités économiques.

Ces déceptions successives doivent définitivement nous éclairer et nous rendre à cette évidence : il n'y a pas de différence entre une politique de droite et une politique socialiste, ou si peu.

Il n'y a, tous simplement, plus de pensée dans la politique des partis de gouvernement.

Le qualificatif « de gouvernement » n'est, d'ailleurs, pas adapté au système institutionnel actuel. C'est le terme « Gouvernance », très à la mode et repris sur tous les tons, qui semble à même de déterminer les politiques suivies par la droite comme par la gauche.

Issu de l'expression anglaise corporate governance, le mot désigne la direction d'entreprise et la bonne gestion.

Nous y voilà, les Présidents et « leurs collaborateurs » ne gouvernent plus, ils gèrent ! Enfin, ne gèrent-ils que ce qu'on leur ordonne de gérer, car ces dirigeants ne sont plus que les instruments volontaires et serviles de la prise du pouvoir politique par les financiers. Et dans ce système, où les partis de gouvernement, PS et UMP1 devenus essentiellement gestionnaires et de ce fait interchangeables, le citoyen n'est plus considéré comme un électeur mais comme un coût parmi d'autres.

Dans un petit opuscule qu'il vient de faire paraître, Régis Debray 2 raille le nouvel annuaire qui circule sous le manteau. À l'Élysée : le PDG de la Maison France ; à Matignon : le top management ; au Sénat : le Conseil de surveillance et au Palais Bourbon le comité d'entreprise.

Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que Manuel Valls3, le 27 août 2014, reçu par les dirigeants français, comme l'un des leurs, lors de l'université d'été du Medef avait prononcé ces mots « j'aime l'entreprise » et tenu un discours digne des meilleurs économistes libéraux. Le Président de la République est, aujourd'hui, promu premier représentant de commerce français, spécialiste en armement, particulièrement en avions de combat Rafale. Son sens aigu du marché l'amène à parcourir le monde, même si le discours n'est pas le même partout. Au Qatar et en Arabie Saoudite (où l'on exécute en tranchant les têtes au sabre), il vend des armes, sans appeler au respect des droits de l'homme, ce qu'il n'oublie pas de faire à Cuba qui est, il est vrai, un tout petit « client » potentiel.

Quelles différences peut-on encore trouver entre la droite et la gauche de gouvernement ? 

Elles sont indiscernables !
  • Toutes deux ont une soif inextinguible de pouvoir,
  • Elles ont la même approche dans le traitement des problèmes sociaux et des dysfonctionnements sociétaux,
  • Elles ont la même aversion pour l'État-providence,
  • Elles ont un besoin maladif de surveiller tous leurs concitoyens,
  • Leurs dirigeants sont formés par les mêmes écoles,
  • Leurs politiques génèrent des inégalités profondes entre les classes sociales,
  • Tous deux répètent compulsivement les mêmes mots : sécurité, démocratie, civilisation, productivité, croissance, chômage, droits de l'homme… Mais, ce sont des mots vidés de leur sens, du verbiage, des généralités apprises par coeur dans des officines de formatage politique et seulement destinés à combler la vacuité de leurs discours convenus.

Les porte-parole de cette gauche et de cette droite superposables ne gouvernent plus, ils exécutent docilement les directives du FMI, de la BCE, de la Commission européenne dominée par le gouvernement allemand.
  
Les maîtres du marché qui dominent la planète sont devenues plus forts que les États et le seul rôle qu'ils assignent à leurs « gouvernants » est d'assurer une gestion programmée ainsi que le contrôle des populations.

Le mot « horizon », promesse d'un lendemain meilleur, a disparu de tout discours politique. Ce qui fut le Plan, cette tentative d'instaurer la solidarité, a été remplacé par des « feuilles de route ».

Quand les politiques se ressemblent, elles finissent par se confondre puis par perdre jusqu'à leur raison d'être. Elles disparaissent alors, mais non sans souffrances. Sans l'espérance de bouleversements profonds, de réformes tournées vers l'hospitalité et l'égalité au lieu d'être orientées vers la satisfaction des plus riches, l'avenir est bouché et ne peuvent que s'annoncer des réveils hasardeux, assurément difficiles et violents.


 Jean-claude Vitran et jean-Pierre Dacheux


1  Peut-être bientôt « républicain » !
2  Régis Debray - l'Erreur de calcul - Edition le point sur la table
3  Premier Ministre alors qu'il ne représente que 6 % aux élections primaires du parti socialiste.

dimanche 3 mai 2015

Que fêtons-nous le 1er mai ?


Comme beaucoup de fêtes qui ponctuent notre calendrier, l'origine du 1er mai s'est perdue dans les manipulations successives.

C'est en 1889 que le Congrès de l'Internationale Socialiste décide de faire du 1er mai la « Journée internationale de lutte des travailleurs ». Cette décision est prise pour commémorer le 1er mai 1886 qui marque le début d'une grève des organisations ouvrières de Chicago, en revendication de la journée de huit heures.
Cette époque est le règne, aux USA, des « Barons voleurs » 1 qui se moquent du droit du travail et de la vie des travailleurs. La grève se termine dans un bain de sang et 7 ouvriers « meneurs » sont traduits en justice et condamnés, 4 d'entre eux sont exécutés. Tous seront réhabilités en 1893.

Depuis cette époque, les politiciens de tous bords, conscients du caractère subversif du 1er mai, n'ont eu de cesse de le détourner de sa signification initiale.

En 1920, la Russie bolchevique proclame que le 1er mai sera chômé et deviendra la fête du travail.

En 1933, Hitler, parvenu légalement au pouvoir, institue le 1er mai comme un jour chômé célébrant le travail.

En 1941, en France, René Bellin, ancien secrétaire de la CGT, ministre du travail de Philippe Pétain, désigne le 1er mai comme « la fête du Travail et de la concorde sociale ». C'est aussi sous le gouvernement de Pétain que le muguet 2 remplace l'églantine ou l'aubépine qui était offerte auparavant.

A l'issue de la seconde guerre mondiale, en 1947, le 1er mai est inscrit dans le code du travail comme un jour férié, chômé et payé, tout en maintenant et officialisant la dénomination du gouvernement de Vichy : « fête du travail ».

De nos jours, le Front National s'est, lui aussi, emparé du 1er mai en souvenir malsain de l'expression « Travail - Famille - Patrie » et il réunit ses partisans pour célébrer le travail autour de la statue de Jeanne d'Arc, à Paris.

Par ces nombreux détournements, le 1er mai est devenu un jour de glorification du travail. C'était, à l'origine, la commémoration des luttes successives du mouvement ouvrier qui réclamait l'amélioration de leur situation et voulait obtenir des conditions de travail humaines et des salaires décents. En confondant, sciemment, fête du travail et fête des travailleurs, on célèbre non pas des personnes, mais le seul travail - emploi qui n'est pourtant, sur la planète, qu'une partie de l'activité de travail des êtres humains.

Près de 125 ans plus tard, les politiques actuelles et la voracité du capital ravivent les tensions. Un chômage endémique, la détérioration des conditions de travail, la volonté du patronat de détricoter le code du travail et de revenir sur les avantages acquis créent les conditions d'un retour à une situation de conflit permanent et de nouvelles luttes vont éclater.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilded_Age – Rien n'a changé depuis 125 ans car on retrouve les mêmes noms.
2  Blanc comme le lys, symbole de la monarchie et de la sainteté.

vendredi 1 mai 2015

Les Rafales de la honte


Tous contents : les employés de chez Dassault, le Président de la république et le Ministre des armées, les partis politiques soutiens du Gouvernement et même ceux qui lui sont opposés (ils auraient fait mieux, toutefois, disent-ils...). Bref, bonne nouvelle pour la France, parmi les toutes premières nations vendeuses d'armes au monde : nos machines volantes, porteuses de mort, les Rafales, se vendent bien, enfin !

À qui vend-on ces bombardiers sophistiqués ? À des pays qui sont, bien sûr, dans des zones de conflits : l'Inde face au Pakistan, l'Égypte face à la Lybie, Le Qatar et ses alliés face à l'Iran. Ne jamais oublier que l'Inde et le Pakistan, deux États dotés d'armes nucléaires s’opposent en permanence. On doit retenir que l'Égypte, située entre Israël, et la Lybie, face à l'Arabie saoudite, et avec le Soudan au sud, est revenue à la dictature. Quant au Qatar, c'est un État esclavagiste richissime, qui achète tout ce qu'il peut, et pas seulement le PSG. Pays sunnite et antichiite, qui fait partie, avec le Koweit et l'Arabie saoudite, de la coalition arabe, dirigée par Ryad, il est engagé dans la lutte contre les Houtis au Yémen. Et c'est là, dans ces pays sous tension, que vont atterrir les Rafales fabriqués chez Dassault !

On se permet de rappeler à l'Indonésie que la France et toute l'Europe sont hostiles à la peine de mort qui frappe des individus et, dans le même temps, on vend des appareils qui tueront des civils autant que des soldats, par milliers parfois, ou beaucoup plus !

Notre coopération militaire avec des pays qui bafouent la démocratie ou qui ne veulent pas en entendre parler (et notamment au Moyen-Orient) est une faute politique autant que morale. Pour faire la guerre, il faut des armes ; qui fournit les armes veut la guerre. La France, notre France veut et fait la guerre.

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Notre pays engagé dans des conflits africains où la plupart des États membres de l'Union européenne ne veulent pas entrer, se veut une grande puissance, ce qu'elle n'est plus. On a beau diminuer les crédits publics, sauf pour l'armée, les matériels s'usent et les soldats s'épuisent dans une dispersion militairement inefficace.

À cela s'ajoutent des soupçons de « bavures » qui salissent, en République  Centrafricaine, non seulement des soldats français accusés de viol, (et, apprend-on, d'autres encore...) mais la France elle-même, ainsi que l'ONU, au nom de qui l'action de « protection et de sécurité » était censée être menée !

Des questions philosophiques autant que politiques, majeures, dès lors, se posent. Où est la source de la violence en Afrique ? À qui revient-il de s'y opposer ? Sans aucun doute aux Africains eux-mêmes. Faire des affaires et obtenir des succès industriels et commerciaux se justifie-t-il, en toutes circonstances, notamment quand il s'agit de fabriquer et vendre des armes comme jamais on n'en a fabriqué dans le passé ? La France reste-t-elle ce qu'elle prétend être, le pays des droits de l'homme, quand elle se livre à de pareilles opérations où la logique libérale l'emporte sur toute autre considération ?

Il faut aussi rappeler qu'une activité industrielle n'est pas bonne en elle-même parce qu'elle fournit des emplois. Les syndicats qui se réjouissent de la dernière vente d'avions au Qatar font une analyse à courte vue ? Car - il faut oser ce raccourci - on ne défend pas les intérêts des salariés quand on produit de quoi donner la mort. Les entreprises qui fournissent ce qui nuit au genre humain ne sont pas justifiées parce qu'elles procurent de l'emploi et des salaires. Et ce ne vaut pas que pour l'industrie d'armement. Le profit ne suffit pas à tout rendre acceptable !

« L’armement made in France ? Il se porte bien, merci pour lui. Selon les chiffres - encore provisoires - publiés lundi 9 février par la Direction générale de l’armement (DGA), les ventes françaises de matériel militaire ont atteint 8,06 milliards d’euros en 2014, soit une progression de 17,3% par rapport à 2013 », lit-on dans le périodique Challenges1.

Nombre de nos concitoyens constatent, impuissants, que leur pays fournit de quoi s'entretuer sans que cela trouble exagérément les consciences ! Eh bien, non seulement cela trouble la nôtre, mais cela nous scandalise. Heureux les pays qui n'ont pas les moyens industriels de contribuer à propager la guerre. L'avenir de l'humanité ne passe pas par le déploiement de ces moyens d'action-là, faussement associés à la sécurité dans le monde. Ce n'est qu'après une guerre, hélas, que retentissent alors les voix des pacifiques. Qu'attend-on ? Que tombe sur nous, une catastrophe internationale, nucléaire ou pas, qui nous fera pleurer nos morts et manifester notre solidarité ? Mieux vaudrait, à l'avance, ne pas entrer dans ces engrenages fatals.

« Le duo Hollande-Le Drian est le meilleur qu’ait connu la France pour les ventes d’armes depuis des lustres", assurait, fin 2014, un patron du secteur, pourtant peu suspect de sympathie socialiste »2. Il faut dire qu'un socialiste militariste est socialiste autant qu'un Pape croyant est athée ... Parmi toutes les causes de ruptures avec le gouvernement actuel de la France, celle-ci, (le succès d'une entreprise privée, productrice d'avions de guerre, ayant le Chef de l'État lui-même pour agent commercial) suffit à nous détourner d'une politique qui engendre la haine des peuples. Deviendront pour longtemps nos ennemis ceux qui subiront les suites de cette livraison d'un matériel fait pour larguer bombes et ogives sur tous les êtres vivants, civils ou non. Les peuples victimes sauront qui a fourni ces engins effroyablement efficaces et nous aurons alimenté les désirs fous de vengeance, prenant ainsi notre part dans le développement du terrorisme.

1 http://www.challenges.fr/entreprise/20150209.CHA2919/l-insolente-sante-de-l-armement-made-in-france-a-l-exportation.html
2 op. cit.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 27 avril 2015

La trahison consommée de François Hollande.


« Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 ... » en prononçant ces mots, lors d'une émission de Canal Plus, et en assimilant les communistes d'hier, (près d'entrer dans le gouvernement de François Mitterrand, au temps du programme commun de la gauche), avec les ultranationalistes ou néofascistes d'aujourd'hui, François Hollande révèle son vrai visage.

C'est celui d'un pseudo–socialiste de centre droit renonçant définitivement à remettre en cause le capitalisme qui, pour lui et ses alliés, est, désormais, le seul système économique et politique possible.

Nous n'en sommes pas surpris, car il s'est, depuis longtemps, converti à la nouvelle religion néolibérale et rangé dans le camp des supporters du profit, des courtisans du CAC 40, des fanatiques de la marchandisation absolue et de la mondialisation impitoyable, de la libre entreprise dérégulée et de « la main invisible du marché ».

Pourtant, il avait essayé, et presque réussi, à nous séduire pendant la campagne présidentielle par son discours du Bourget. Son slogan : « le véritable adversaire, c'est le monde de la finance », avait de la gueule. Pourtant un mois plus tard, première trahison, il court à Londres, à la City, pour rassurer les financiers.

Il est édifiant de relire aujourd'hui ce discours1 pour être convaincu, définitivement, qu'il ne s'agissait que d'une posture de pure démagogie.

Quand on connaît le parcours politique de François Hollande, son passé médiocre à la tête du Parti socialiste, on ne peut pas être étonné de la direction social-démocrate, franchement libérale prise par la politique gouvernementale.

Le début de son quinquennat n'a été qu'une succession constante de reniements des promesses faites ( ratification du traité européen – hausse de la TVA – crédit d'impôts aux entreprises – loi bancaire très accommodante pour les établissements financiers …). En matière économique, ses positions et celles de son premier ministre, très technocratiques, sont transparentes : politique de l'offre en espérant une reprise de l'embauche en passant un accord avec le Medef. Aujourd'hui, il ne semble même plus en capacité de trouver les mots de gauche pour communiquer avec son électorat.

« Les promesses ( des hommes politiques ) n'engagent que ceux qui les écoutent » aurait dit Henri Queuille2, mais, avec François Hollande, on atteint le sommet de l'imposture. Ceux qui pensent qu'il s'agit de soumission ou d'incompétence se trompent. Il s'agit bel et bien d'une complicité de classe, d'un bipartisme alternatif où l'on se repasse le pouvoir, ce qui empêche le développement de toute autre alternative politique.

Combien de temps cela peut encore durer ? Les dernières élections ont montré l'irritation des électeurs dont le mécontentement croissant de ceux qui ne votent plus ! Il serait peut-être temps de mettre fin à ce jeu pervers avant que le nationalisme le plus ultra ne s'empare de l'opinion.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 

1 - http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-integralite-du-discours-de-francois-hollande-au-bourget.html
2 – François Hollande est souvent comparé à Henri Queuille.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Queuille

vendredi 24 avril 2015

Morts en méditérannée. Nous avons honte !





Notre colère est vive.

Le Conseil Européen du 23 avril 2015 réuni en urgence pour prendre des mesures à la suite de la mort de près de 900 migrants dans le naufrage d'un chalutier en méditerranée, a fait preuve, comme à l'accoutumée, de son impuissance, d'un profond cynisme et d'une totale hypocrisie.

Après avoir essuyé les larmes de crocodiles de circonstance sur le sort des pauvres victimes, les membres du Conseil Européen ont « courageusement » décidé de renforcer les frontières de la forteresse européenne en donnant des moyens supplémentaires au réseau Frontex, dont il faut rappeler qu'il n'est pas un système de sauvetage en mer, mais de surveillance des frontières.

A cette occasion, le Chef de l'Etat français, « magnanime », a affirmé «  la France prendra sa part1, c'est-à-dire (qu'elle accueillera) entre 500 et 700 réfugiés syriens ». Ainsi, alors que le Liban, pays de 6 millions d'habitants, fait face à un afflux de 1,2 millions de réfugiés syriens, notre pays de 66 millions d'habitants accueillera « royalement » 500 à 700 syriens.

Ces propos honteux, indignes du chef de l'Etat, et contraires à nos traditions humanistes, illustrent, une fois encore, l'état de pourrissement des valeurs de la République .

La Présidente d'Amnesty International France dit : « la politique française est basée sur le contrôle des flux migratoires, pas sur le sauvetage de vie ». Elle a tout à fait raison, nos gouvernants ont une machine à calcul greffée à la place du cerveau, ils considèrent la migration comme un coût et comme une menace sécuritaire. Ils veulent s'attaquer aux passeurs, mais ceux-ci, même si ce sont d'odieux personnages, ne sont pas la cause, mais la conséquence de la politique européenne.

Nous attendions des mesures d'urgence, par exemple celle d'ouvrir des voies de circulations légales garantissant aux réfugiés la possibilité d'accéder aux territoires de l'UE sans mettre leur vie en danger. Au contraire, les décisions du Conseil Européen alimentent les politiques discriminatoires ; elles empêchent les personnes de circuler, elles favorisent les trafics d’êtres humains et contreviennent au droit international.

Oui, les Européens peuvent avoir honte de leurs gouvernements et les Français particulièrement.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  Dixit Michel ROCARD