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mercredi 2 septembre 2009

Berlusconi et la presse


Ce qui se passe en Italie ne peut pas nous laisser sans réaction.

Silvio Berlusconi intente un procès au quotidien italien La Repubblica en raison des demandes que ce journal lui adresse quotidiennement depuis le 14 mai et auxquelles il ne veut pas répondre. Non content de s’en prendre à la presse italienne, il menace de faire procès à la presse étrangère qui relate ses frasques. Silvio Berlusconi qui est entrepreneur, propriétaire d’organes de presse et éditeur veut museler la liberté d’expression. Par ailleurs, il accuse La Repubblica de subversion car ce journal ferait partie d’une vaste conspiration internationale fomentée par les journaux et les chancelleries pour le renverser.

Si ce n’était pas dramatique et dangereux, (voir ce qu'écrivait, sur de telles pratiques, Hannah Arendt*), cela serait risible venant d’un individu qui se conduit comme un simple d'esprit. Mais ce qui se passe en Italie ne nous laisse pas indifférents, et peut se répéter en France. Nous avons donc nous aussi décidé de soutenir La Repubblica et de défendre la liberté d’expression :

Liberté de la presse : soutenons La Repubblica.

Silvio Berlusconi réclame un million d'euros de dommages et intérêts pour diffamation au quotidien La Repubblica qui lui a posé publiquement dix questions sur sa vie privée. Trois juristes, Franco Cordero, Stefano Rodotà et Gustavo Zagrebelsky, publient un appel pour la liberté de la presse, dont voici le texte.

Les attaques à l'encontre de La Repubblica, dont la plainte en justice pour diffamation n'est que le dernier épisode en date, ne peut être interprétée que comme une tentative de réduire au silence la presse libre, d'anesthésier l'opinion publique, de nous isoler de la circulation internationale des informations et, en définitive, de faire de notre pays une exception à la démocratie.

Les questions adressées au président du Conseil ont suscité un intérêt non seulement en Italie mais dans la presse mondiale. Si l'on considère qu'elles ne sont que des figures rhétoriques parce qu'elles suggéreraient des réponses désagréables, il n'y a qu'un seul moyen de les démonter : y répondre plutôt que de tenter de faire taire celui qui les pose.

Au contraire, la voie empruntée est celle de l'intimidation à l'encontre de celui qui exerce le droit et le devoir de " chercher, recevoir et diffuser avec tous moyens d'expression, sans considération de frontières, les informations et les idées " comme l'indique la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 approuvée par le concert des nations à un moment où l'on se souvenait encore de ce qu'était l'information transformée en propagande sous les régimes non libéraux et antidémocratiques du siècle dernier.

La pétition peut être signée à l’adresse informatique suivante : http://temi.repubblica.it/repubblica-appello/?action=vediappello&idappello=391107
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En solidarité avec le quotidien La Repubblica, voici les dix questions posées chaque jour au président du Conseil italien depuis le 14 mai :

1 - Quand avez-vous rencontré pour la première fois Mlle Letchi ? Combien de fois l'avez-vous vue ? Quand l'avez-vous rencontrée ? Avez-vous jamais fréquenté, et fréquentez-vous toujours, des mineures ?

2 - Quelle raison exacte vous a empêché de dire la vérité durant les deux derniers mois, vous conduisant à produire quatre versions de la façon dont vous avez rencontré Mlle Letizia avant deux aveux tardifs ?

3 - Pensez-vous que le fait d'avoir récompensé des jeunes filles qui vous appelaient "Papi" en leur offrant des places sur des listes électorales et en leur promettant des responsabilités politiques pose un sérieux problème pour la démocratie italienne et pour votre pouvoir ?

4 - Vous avez passé la nuit du 4 novembre 2008 avec une prostituée. Selon l'enquête des magistrats, des dizaines de call girls ont fréquenté votre résidence. Saviez-vous que ces femmes étaient des prostituées ? Si vous ne le saviez pas, pouvez-vous fournir des garanties du fait que ces rencontres ne vous ont pas rendu vulnérable ou ne vous ont pas exposé au chantage — comme le montre, par exemple, les enregistrements produits par Patrizia D'Addario ou les photographies de Barbara Monreale ?

5 - La flotte aérienne officielle a-t-elle été utilisée pour conduire ces invitées à vos résidences sans que vous soyez à bord ?

6 - Etes-vous totalement sûr que vos relations n'ont pas compromis les affaires de l'Etat ? Pouvez-vous assurer à ce pays et à ses alliés qu'aucune de ces femmes ne dispose de moyens de pressions qui pourraient affecter votre autonomie politique sur des affaires de politique interne ou internationale ?

7 - Votre comportement entre en contradiction avec votre politique. Pourrez-vous encore prendre part au Jour de la famille ou promulguer une loi qui punit les clients des prostituées ?

8 - Croyez-vous que vous pouvez toujours poser votre candidature pour devenir président de la République italienne ? Et si ce n'est pas le cas, pensez-vous que quelqu'un qui n'est pas digne du Quirinal (le palais présidentiel) peut exercer les fonctions de premier ministre ?

9 - Vous avez dit être victime d'un "complot subversif". Pouvez-vous garantir que vous n'avez jamais eu recours ou voulu utiliser les services secrets ou la police contre les témoins, les magistrats ou les journalistes ?

10 - À la lumière de tout ce qui a été révélé ces deux derniers mois, quel est votre état de santé ?

* Hannah Arendt, Le système totalitaire (Tome 3 des Origines du totalitarisme), réédition le Seuil, 2005.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mardi 1 septembre 2009

Le totalitarisme et la grippe.

La grippe mexicaine, porcine, A, H1N1, proclamée pandémie, s'étendant sur la planète entière, qui n'est ni plus ni moins (plutôt moins jusqu'à présent...) dangereuse que la grippe ordinaire, fait l'objet d'une médiatisation à nulle autre pareille qui distille l'angoisse.

Cette grippe tue. Peu. Dans l'hémisphère sud, où s'inversent les saisons, la grippe A n'est guère plus mortelle que dans l'hémisphère Nord. Les annonces de catastrophe, au cours de notre prochain automne, en Europe, n'ont aucun caractère de certitude. Il n'est pas non plus certain que la grippe ne frappera pas des dizaines de milliers de personnes...

Laissons de côté l'horreur que représente l'exploitation commerciale de cette possibilité de risque sanitaire majeur. Les masques, les mouchoirs en papiers, les vaccins serviront ou ne serviront pas mais, en tout cas rapporteront beaucoup, beaucoup d'argent! Le coup est parti. Les engagements sont pris. Les labos seront payés. Non, là ne se loge pas le pire.

Il est hautement instructif d'apprendre qu'il est possible, en notre siècle, qu'une infection peut faire le tour de la Terre à une vitesse inimaginable et concerner des populations innombrables. Que peu ou beaucoup d'hommes et de femmes en soient victimes est presque devenu secondaire! L'information prioritaire est qu'une peste, noire, jaune ou blanche, peut submerger la planète. Et, ou bien n'y rien faire d'autre que ce qui s'y passe ordinairement, (quelques milliers de morts), ou bien : faire, sur la population mondiale, une large ponction inimaginable encore.



Les pouvoirs paniquent parce qu'ils n'auraient plus, en cette circonstance, aucun pouvoir. Les vaccins n'offrent qu'une protection supposée et de toute façon faible. Ils peuvent causer plus de dégâts qu'élever des barrières immunitaires! On ne se protège pas d'un virus qu'on ne connaît pas. Affaiblir les immunités au lieu des les étendre peut aggraver les catastrophes. En réalité, nous agitons du vent afin de nous rassurer. Pour les pouvoirs publics, ne rien faire est pire que tout et obligerait à reconnaître notre impuissance, (ce qui est impossible pour un État déjà placé sous la menace de bouleversements écologiques et sociaux comme on n'en a très rarement connus)!

Alors, il faut tirer d'un rien un bien (pour les gouvernements en place!). "Parions, se disent les responsables politiques aux affaires, que la grippe sera une grippette. On ne le sait pas, mais tablons sur cette probabilité. Voici une aubaine au moment où des insatisfactions peuvent déboucher sur des fortes contestations. Brisons les peurs par la peur".

Occupez vous de votre sort vital et point de votre sort social, nous suggèrent des médias tout à la fois habilement manipulés et manipulateurs, transmettant des informations d'autant plus crédibles qu'elles sont douteuses. Ce qui peut arriver est aussi dangereux que ce qui arrivera surement. Et comme il est impossible d'affirmer que le pire ne se produira pas, la panique devient, dans la presse, un beau sujet d'intérêt.

Le totalitarisme commence quand nul ne peut penser autrement que ce que les dirigeants d'un pays suggèrent. Au moment, historique, où une mutation de société s'annonce, ceux qui ne veulent voir rien changer qui bouleverserait leurs privilèges, ont la tentation de semer ces graines de panique et d'embrouiller les cerveaux.

Pour les personnalités politiques en exercice, de deux choses l'une : ou la grippe à venir sera terrible et il faudra survivre et permettre aux survivants de conserver leurs profits, ou bien, plus probablement, la grippe à venir n'aura que des effets réduits, et ce sera temps gagné si les citoyens rebelles se sont trouvés réduits au silence par leurs angoisses et les graves préoccupations de santé publique sans cesse commentées.

En clair, il est devenu très suspect qu'on parle de la grippe comme l'on parlerait d'on ne sait quel paludisme ou sida tueurs, qu'il faudrait combattre sans trop savoir comment s'y prendre. Du paludisme, du reste, le vrai, celui qui cause des millions de victimes, on ne se soucie guère, en vérité, de l'éradiquer, et si l'on jetait dans la balance de l'espoir de vivre, tout l'argent qu'on consacre à la lutte contre la grippe, cette fièvre jaune reculerait considérablement. Mais cela ne concerne, après tout, que des Africains...

Le totalitarisme nous enveloppe dans une une société où l'on peut survivre mais point vivre. On n'y peut exprimer que des pensées conventionnelles, celles qui s'imposent. Reste à former des hypothèses que, plus tard, l'histoire confirmera, peut-être...

Eh bien, formulons l'hypothèse que tout ce tapage autour de la grippe A est fait pour nous interdire d'entendre ce qui vient, les appels d'un Nouveau Monde tel que celui qu'annonçait Gustav Malher dans sa neuvième symphonie, ou Ludvig van Beethoven, lui aussi par une neuvième symphonie, dans l'Ode à la Joie. Alors que nul ne sait dire où nous allons, il nous est même interdit d'ouvrir les yeux pour choisir notre voie. Soyons lucides et ne nous laissons pas embarquer sur des vaisseaux fantômes. Vivons.



Et un mystère de plus, dans cette panique montante sur la grippe A ! Alertée par un virologue américain, Tom Jefferson, la presse allemande est en train de lever un drôle de lièvre, qui pourrait bien nourrir les débats de la rentrée. Elle relève l'étrange modification par l'OMS de sa définition de la "pandémie". En substance, auparavant, il fallait "de nombreux morts" pour que l'on puisse parler de pandémie. Or l'OMS vient de modifier en catastrophe cette définition. Exit la nécessité des "nombreux morts". Simple querelle sémantique ? Peut-être. Mais ce n'est pas l'avis de certains scientifiques, comme Jefferson, qui décèlent sous ce changement un coup de pouce donné par l'OMS à l'industrie pharmaceutique (dont elle a besoin pour financer ses actions) pour écouler davantage de vaccins. La grande chaîne publique ZDF, l'hebdomadaire Der Spiegel, ont ouvert le dossier.
Voir : Arrêt sur images n° 88.

Jean-Pierre Dacheux

lundi 31 août 2009

Une politique de primaires!

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"Les Grenouilles qui demandent un roi". C'est plus qu'une fable; c'est actuel!

La politique, en France, à la rentrée de septembre 2009, consiste principalement à tourner et retourner les arguments en faveur de primaires électorales, notamment pour désigner, bien à l'avance, le leader capable de remporter les Présidentielles de 2012.

Nous y voilà donc. Un pas de plus est franchi dans la direction d'une américanisation de notre société! Après la personnalisation médiatique, voici la "people-isation" de la politique, région par région, ville par ville, quartier par quartier! Les grenouilles citoyennes vont se choisir un roi-candidat qui pourra d'autant mieux, une fois sur son perchoir élyséen, régner sur le vivier électoral et s'y nourrir tout à son aise!

La Fontaine nous en a pourtant prévenus! Ceux qui réclament un prince tombant du ciel en seront les victimes. Comment peut-on encore concevoir la démocratie, la gestion des affaires du peuple, comme la recherche du meilleur gouvernant au lieu de se préoccuper du meilleur gouvernement?



Jean de la Fontaine (1621-1695)

Au lieu de contester les institutions de la monarchie républicaine que nous a léguées De Gaulle, au lieu de nous opposer à la bipolarisation qui ne fait que s'accentuer, au lieu de rénover une démocratie qui concentre les pouvoirs et refuse de les partager, au lieu de promouvoir le mandat unique (plutôt que le très vague cumul des mandats), au lieu de confier les responsabilités à exacte parité entre humains des deux sexes, au lieu de penser un avenir où l'initiative politique ne sera plus déléguée mais de plus en plus cogérée, on ouvre la boîte de pandore de primaires faites pour seulement choisir l'élite des élites! Et cette idéeAfficher l'image en taille réelle de primaires, exprimée de façon primaire, par des esprits primaires, surgit, une fois de plus, de ce parti né pour que le peuple se saisisse de son destin et qui, tout au contraire, s'empresse, en ce début de siècle, de s'emparer de tous les moyens de gérer le destin du peuple à sa place! Du socialisme, je ne vois pas la trace dans cette copie, palotte, de pratiques d'outre atlantique dont l'Italie nous a révélé combien elles étaient inadaptées à l'Europe et surtout à ce qui se prétend "la gauche"!



Nous ne sommes ni des éléphants (à la mode PS) ni des ânes (à la mode US). Cette politique de caucus à la française ne pourrait qu'être une politique de cocus! Ne nous laissons pas plus berlusconiser que sarkoïser : des primaires, comme axe de nos choix politiques, ce serait l'échec garanti.

jeudi 27 août 2009

Dépasser la gauche ou dépasser à gauche?

Nombreux sont les citoyens qui s'interrogent : pourquoi, depuis l'avènement de la République, en France, les forces politiques de gauche ont-elles toujours été mises en échec? Le Front populaire de 1936 en est l'exemple historique. Les années Mitterrand en seraient l'unique exception, mais s'agissait-il, au cours des deux septennats, de gouvernements de la gauche ?

Il n'a sans doute jamais été aussi urgent et nécessaire de se demander pourquoi cette malédiction semble frapper une partie de la représentation politique ? Ne serait-ce pas parce qu'elle n'a jamais su inventer un modèle économique autre que celui fondé sur la croissance permanente de la production? Comment, dès lors, exercer, de façon durable voire permanente, un pouvoir qui consiste à faire fonctionner un système qui vous nie? Vient un moment où la contradiction est trop violente et il ne reste plus qu'à se débarrasser de responsabilités embarrassantes sans rapport avec ce pour quoi on a été élu.

La question vaut d'autant plus d'être posée qu'aujourd'hui il devient de plus en plus visible que, sans l'écologie, la gauche n'est plus du tout la gauche. Une fois achevée la période 1917-1989 pendant laquelle on a pu croire qu'il y avait une alternative socialiste au capitalisme, communisme et socialisme sont devenus caduques. Sans les nationalisations (et l'étatisation qui les accompagnait), il a semblé que n'existerait jamais plus de véritable bipolarisation économique et politique : est contre ouest, égalité contre liberté, collectivisation contre responsabilisation individuelle, solidarité contre compétition... On a même prétendu que nous étions entrés dans la fin de l'histoire, autrement dit, "la messe était dite" et le capitalisme triomphant était installé à jamais. Plus d'alternative donc, mais, à l'intérieur d'une économie mondialisée, de simples alternances : les bipolarisations étaient devenues celles du grand jeu médiatique électoral et nullement celles de changements d'orientation au sein de régimes différents. Qui veut accéder à la direction des affaires publiques n'aurait pas à faire triompher des idées mais à démontrer l'étendue de ses compétences. Le pilote du navire évite les écueils mais ne détermine pas le cap. La politique serait un savoir faire et un savoir dire; ce ne serait plus un savoir penser l'avenir. D'autres s'en chargent.

Ce que nous appelions la gauche était, précisément, le lieu où se concevait, se préparait, s'organisait un avenir tout autre : la République plutôt que la monarchie, la démocratie plutôt que la dictature, la liberté plutôt que l'esclavage, l'indépendance plutôt que le colonialisme, la coopération plutôt que l'élitisme, le partage social plutôt que l'égoïsme de classe, la paix plutôt que la conquête, l'hospitalité plutôt que l'exclusion, etc. La liste pourrait s'allonger. Le génie des assoiffés de pouvoir aura été de récupérer une partie de ces valeurs, de les adopter et de les adapter afin qu'elles apparaissent comme compatibles avec les principes mêmes de la société clivée où la richesse principale ne puisse jamais échapper aux mêmes.


Paul Valéry (1871-1945)

Nous en sommes là mais une nouveauté inattendue bouleverse la donne politique : le temps du monde fini a commencé comme l'avait bien vu le poète Paul Valéry, dès 1945. Ce n'est plus qu'une question de temps mais le capitalisme a terminé sa phase et la gauche, qui n'y est pour rien, n'a plus qu'à se remettre à rechercher une alternative à un système failli. Si elle ne le peut, elle mourra, puisqu'alors incapable de contester pratiquement ce qu'elle dénonce! Le marxisme tel qu'il a été compris et enseigné (souvent éloigné de la pensée même de Marx) n'offre aucune perspective susceptible de substituer un "nouveau monde" à celui qui prend fin. Nous ressemblons à ces marins qui, sur leur navire, enfermés dans un port dévoré par les flammes, n'ont d'autre choix que celui de fuir et de prendre la mer alors que la tempête y fait rage. Où est le plus grand danger? À l'abri des flots déchainés, au cœur de l'incendie, ou bien, loin de la menace d'un feu mortel, mais affrontés au pire ouragan? Attendre et compter sur sa chance ou prendre l'initiative au risque de tout perdre?

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Marx, l'écrivain, dont la pensée reste active (1818-1883).

Eh bien, il se peut que le pire des crimes soit celui de l'aveugle qui espère un retour au calme. La gauche dite molle qui fonde ses espoirs sur les échecs des actuels gouvernants pour s'emparer des rennes, par simple effet d'alternance, vivent sur une autre planète, qui n'existe plus... , celle où le plus produisait le mieux.

Chaque jour, les affaires reprennent et les inconscients s'en réjouissent, mais la fin du travail aussi s'annonce : on peut produire plus avec moins d'heures travaillées. Ce sur quoi reposait le capitalisme naissant : du travail pour tous, afin d'enrichir toujours plus les détenteurs des moyens de production ne correspond plus à l'organisation de l'économie moderne. Le chômage détruit la vie sociale comme jamais et nous en verrons bientôt les effets ravageurs.

Primaires ou pas primaires ( encore une confusion entre des moyens électoraux et l'ouverture d'un débat national, voire européen), il faudra bien, d'urgence, se pré-occuper des échéances immédiates dont font partie la lutte contre l'effet de serre, le dérèglement climatique, la fin des énergies fossiles, la préservation des réserves en eau, le recul de la bio-diversité, le partage des ressources alimentaires, le développement massif des énergies renouvelables, etc.

Dans ce blog, désormais, plus fréquemment, nous allons prendre notre part dans ce débat qui élargit la solidarité sociale à la solidarité écologique. La gauche véritable (ou tout autre désignation) aura à intégrer ce vieil aphorisme de Gandhi : "vivons simplement pour que tous les hommes puissent, simplement, vivre"!


Gandhi (1869-1948)

Oui, la gauche est dépassable, comme toutes les institutions humaines, mais si elle doit être dépassée, dépassons là à gauche, c'est-à-dire en fidélité avec ce qui l'a fondée, tout en usant du moyen actuel de contester ce capitalisme : l'écologie radicale, celle qui se moque de la croissance verte et solidarise toutes les luttes transgénérationnelles.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


lundi 24 août 2009

Idée de décroissance ou décroissance des idées?

La rentrée politique 2009 s'effectue sous nos yeux, dans notre France à la peine. Les médias bruissent de faux scoops tendant, tous, à laisser entendre que le grand rassemblement anti Sarkozy, des Verts au MODEM, est en train de s'opérer. Bien sûr, on laisse grogner quelques récalcitrants, mais la cause est entendue : "Vous voulez avoir une majorité, oui ou merde" (sic), s'écrie Daniel Cohn-Bendit, à Nîmes, devant les Verts, pendant leurs journées d'été ?

L'ennui est que l'antisarkozisme ne constitue pas une politique. La droite du PS, par la voix de Manuel Valls, l'avait déjà affirmé parce qu'elle était prête à se rallier à la majorité, pour peu qu'elle y trouve des places. Olivier Besancenot, à son tour, -divine surprise pour lui!- le rappelle vivement, en espérant pouvoir, de nouveau, installer le NPA comme axe d'une opposition anticapitaliste.


Le choix de société passe par l'argent...!

Les écologistes héritent d'une grave responsabilité! Qu'est-ce qui constitue leur politique? Faire progresser l'écologie dans ce rassemblement fourre-tout qui n'unirait que des opposants, ou affirmer non pas seulement l'autonomie de leurs organisations mais l'autonomie de leur politique? Il leur faudrait, pour cela, un courage qu'il est difficile d'avoir dans un un environnement qui reste marqué par l'électoralisme. C'est d'autant plus difficile que l'avenir économique reste obscur (avec une relance aggravant le chômage!) et que nulle recherche d'une alternative politique véritable n'est engagée.

Précisons. L'antisarkozisme est-il, ou non, un anticapitalisme? L'anticapitalisme du NPA est-il, ou pas, antiproductiviste et antidirigiste? Aux deux questions il faut bien répondre non! La gauche, ou ce qu'il en reste, reste enfermée dans la contradiction qui la scinde : d'un côté les tenants d'une "culture de gouvernement" qui autorise à pactiser avec l'économie de marché; de l'autre les partisans des luttes sociales décisives, censées, un jour, à défaut de Grand Soir, refaire chanter les matins... Bref, d'un côté, la gauche dite molle, qui se refuse à redevenir anticapitaliste, et, de l'autre, une gauche dite extrême, dont l'anticapitalisme, verbal et formel, constitue une "culture de l'opposition permanente".

Il semble qu'il n'y ait de radicalité anticapitaliste et pratique, aujourd'hui, que dans l'écologie politique de la décroissance. Une partie des Verts l'a compris. Mais les "décroissants", parfois bavards et agressifs, qui sont porteurs d'espoir, pourtant déçoivent! Ils s'enferment, à leur tour, dans la dénonciation des impurs et peu de partenaires trouvent grâce à leurs yeux! Il nous faudra bien admettre que la décroissance est chose trop importante pour la confier aux seuls décroissants!


Sans "les sans", la politique manque de sens...

Europe-Écologie a lancé une lumière qui pourrait vite s'éteindre. Tant qu'il ne s'est agit que de s'exprimer soi-même (ce que permet le scrutin proportionnel à un tour, pour les élections européennes!), l'autonomie politique était facile à démontrer. Mais, dès qu'un scrutin à deux tours s'annonce, les obligatoires alliances obligent à des compromis susceptibles de faire glisser de la forme au fond et d'abandonner ce pour quoi l'on existe, autonomie y compris!

Daniel Cohn-Bendit n'a certes pas tort de dire que les électeurs ne sont la propriété d'aucune formation politique et donc que les électeurs du MODEM ne sont pas maudits. Mais il a beau aller répétant qu'il n'a plus d'ambition personnelle, qu'il n'est l'homme d'aucun parti, qu'il n'est pas question de faire des accords au sommet, ce qui transparait, derrière ses discours, c'est l'acceptation du cadre économique où nous vivons, parce que nulle expérience historique heureuse n'a encore jamais permis d'espérer un dépassement du capitalisme.

C'est pourtant de cela qu'il va s'agir! Les uns -dans "la gauche" parlementaire- ne l'envisagent même pas; les autres -dans la gauche antilibérale classique- le désirent , mais sans proposer comment interdire le retour d'un totalitarisme à tout le moins d'un autoritarisme; les troisièmes, enfin, -parmi les écologistes- s'ils l'ont envisagé, le croient impossible avant longtemps, alors qu'il faut agir tout de suite.

Le vrai débat, le grand clivage est donc là. Pas dans la recherche, à court terme, des moyens de remporter les élections régionales puis l'élection présidentielle! Au-delà des moyens, il y a les fins et, sans l'affirmation des fins, tout succès ne peut être qu'incertain, précaire ou improbable. Comme toujours, c'est en visant au delà de l'immédiat qu'on obtient de bons résultats immédiats. Si Europe-Écologie a émergé, c'est parce que ce rassemblement offrait du neuf. Tout recul vers les tractations traditionnelles reconduirait les écologistes vers des satisfactions médiocres, faites pour reconduire des élus, pas pour changer la donne politique!

C'est souvent l'évènement qui commande. La crise, ou soit disant telle, a fait bouger les lignes. Toute la politique des droites (fausse gauche incluse) consiste, à présent, à revenir à la situation antérieure, celle où il n'est question que d'alternance, jamais d'alternative. D'ici 2010, faudra-t-il que les souffrances des hommes, liées à la dégradation économique, s'étendent et se creusent, pour interdire de continuer à se contenter de ces "petites manœuvres politiciennes"? La mutation de civilisation que les écologistes prétendent avoir annoncée, depuis les années 1970, avec Ivan Illich et René Dumont, mais aussi ces dernières années, après André Gorz, ne permet pas de se livrer au jeu de ces petites phrases qui font les délices des journalistes.


Ivan Illich (1926-2002)

Le capitalisme est-il, oui ou non, déjà dépassé et, si oui, que faisons nous pour changer de navire dès lors que celui sur lequel nous sommes embarqués a bel et bien commencé de couler?

Jean-Pierre Dacheux


dimanche 23 août 2009

Le sport : une forme qu'emprunte le capitalisme

Le sport est une activité humaine particulièrement euphorique, qui valorise le corps humain et qu'à son tour, bien entendu, comme toujours, l'appât du gain a dévoyé.


L'olympisme a été acheté.

Le professionnalisme qui nie la gratuité, la compétition qui ne considère que le vainqueur, le nationalisme qui accompagne obligatoirement les champions, les rémunérations énormes qui sont versés aux compétiteurs comme à leurs entraineurs, la politique chauvine des grandes puissances, tout concourt à détruire l'olympisme et à transformer en marchandises et en faire-valoir les athlètes eux-mêmes.

Le capitalisme s'est emparé du sport tout entier, a supprimé à peu près toute activité d'amateur et a porté le "toujours plus" à des niveaux impressionnants. Pour gagner, vaincre, l'emporter, monter sur le podium, être le champion des champions, la tentation du dopage est devenue permanente. L'art de masquer ces dépassements des capacités physiques est même devenu un savoir en renouvellement constant que les traqueurs de fraude ne parviennent plus à surprendre. Les athlètes y jouent leur santé et subissent, de toute façon, drogue ou pas, des entrainements qui lèsent l'organisme sur le long terme. Ne comptent que les résultats immédiats.

Quant aux nageurs, coureurs, sauteurs, lanceurs, cyclistes et autres joueurs des sports collectifs, ils disparaissent dans l'anonymat, même s'ils ont excellé, dès lors qu'ils ne sont pas classés parmi les tout premiers. Qui n'est pas une vedette n'a pas d'existence médiatique. Entre les grands noms de footballeurs, tennimen, et autres recordmen, surpayés, d'une part, et tous ceux et toutes celles, simples salariés, qui entourent ces personnages, sur les stades, qui les valorisent mais que le public regarde à peine, d'autre part, il y a un océan! L'entreprise sportive a désormais, comme l'entreprise artistique, ses cadres, ses tâcherons, ses millionnaires et ses prolétaires.

L'esprit olympique s'est dissous. Il n'y a plus que la gagne qui compte, à tous prix. La devise des Guillaume d'Orange : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer", si souvent citée, ne s'applique plus en rien, à présent, au domaine sportif. On ne s'engage dans la compétition que si l'on peut y triompher. Le sport comme simple moyen d'épanouissement du corps ne suffit pas. Le sport qui ne rapporte ni argent ni honneurs est devenu sans intérêt.

Il est particulièrement révélateur d'effectuer ce constat : la compétition est une guerre. L'adversaire est un ennemi. Pour le dé-faire, il faut l'affronter jusque dans ses ressorts psychologiques! Il n'est pas question de se contenter de le surpasser à un moment donné; il faut le détruire en tant que compétiteur, ruiner ses espoirs et, plutôt que le battre, l'abattre.

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En 2008, à Pékin, les Jeux ont permis à la Chine, d'effectuer un coup de force politique.

La philosophie du sport moderne est une philosophie de l'agression : la valeur ne se partage pas. On n'est que si l'on est le premier. La violence est toujours sous-jacente. Le baron Pierre de Coubertin, contrairement à ce que parfois l'on dit de lui, fut le promoteur du culte du héros sportif qui va "plus haut, plus vite, plus loin"... que les autres! Les Jeux Olympiques ont vite cessé d'être des jeux pour devenir des rivalités, des antagonismes et des conflits. Les gouvernements nationaux ont vite compris que ces J.O étaient l'occasion d'une survalorisation des États. Ceux qui l'emportent s'enveloppent d'un drapeau qu'ils font monter, ensuite, lors de cérémonies officielles, au-dessus des stades et au son des hymnes! La victoire se célèbre et ce n'est pas le sport qui est célébré mais l'État vainqueur dont l'athlète triomphant a été un bon soldat. En 1936, à Berlin, Hitler enragea qu'un Noir puisse être le meilleur. Durant des décennies, les "pays de l'Est" ont dopé moralement et physiquement nombre de leurs représentants aux compétitions sportives, notamment, toujours, en Allemagne, en RDA. Cette année 2009, à Berlin encore, les athlètes, entourés de staffs techniques et médicaux, percent les plafonds des records. Ce n'est ni le nazisme ni le communisme qui, cette fois, motivent les passions pour les courses à la gagne, c'est, avec l'intérêt économique, le développement de l'esprit de compétition qui contient un principe ravageur : il faut des vaincus. Non seulement l'on ne peut pas tous triompher mais il est bon que, sous les yeux des spectateurs et des téléspectateurs, des élites s'imposent aux dépens des plus petits... Passe que quelques Kényans courent en équipe et plus vite que d'autres, sur de longues distances, mais quand on comptera les médailles, les "grandes nations" feront toujours la démonstration de leur supériorité.

Le capitalisme sportif est dominant. Il dévore les sportifs en les triant, les sélectionnant, les surentrainant, les conditionnant, les enrichissant pour qu'au cours de quelques années d'exploits, ils prouvent que l'argent est bien le roi qui fait les princes de ce monde. Qu'un autre univers sportif soit possible ne vient plus à l'esprit de personne.

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La compétition, un risque mortel?

Eh bien, c'est dans cette gageure, ce challenge, cette compétition nouvelle qu'il faut s'engager : la compétition pour la compétition comme la croissance pour la croissance n'est pas un bonheur pour l'humanité et, au contraire, est une illusion éblouissante mais dangereuse. La seule compétition qui vaille, c'est celle qui lance le défi des défis : c'est en satisfaisant le plus grand nombre des humains qu'on remporte des succès durables.

Jean-Pierre Dacheux

La croissance ou la voracité de l'Occident.

Connaissez-vous Elzéard Bouffier ? Ce berger paisible et solitaire de Haute-Provence est l’un des premiers « décroissants ».

"Décroissant", quel vilain mot pour nommer les adeptes d'une croissance intelligente qui respecte la pérennité de la nature et la survie de l'humanité.

Les fanatiques de la croissance ne sont pas baptisés les "croissants", ce sont des capitalistes tout simplement. Pourtant, quelle drôlerie que de qualifier Georges Bush, Nicolas Sarkozy et beaucoup d'autres de croissants... (au beurre, bien entendu, car ils se le font, leur beurre !).

Ces fanatiques, plutôt, ces extrémistes de la croissance, sont des assassins en puissance que nous devrions juger par avance pour homicide volontaire. Ils obèrent l'avenir des générations futures, et celui plus immédiat de milliers de nos contemporains qui n'ont pas la chance de vivre dans le monde occidental.

Ils génèrent la barbarie par leur recherche acharnée du profit. La barbarie, déjà présente en Irak, en Birmanie, en Afrique, là où pour exploiter à bon compte les ressources pétrolières ou minières, ils mettent en place et soutiennent des régimes corrompus dont la seul besogne est de faire régner l’ordre par la violence et de se remplir le compte en banque sur le dos de leurs frères.

Une barbarie qui se retrouve dans les camps de réfugiés de Palestine, de Turquie, du Caucase, de la Corne de l'Afrique, de la région des grands lacs africains, du Libéria, d'Angola, de Sierra Leone, du Sri Lanka, de l'ex Yougoslavie, de Colombie, du Timor Oriental, d'Indonésie et j'en oublie.

Et la barbarie ne fera que croître et embellir, quand des millions de réfugiés ne pourront trouver de solutions à leur exode causé par la montée des eaux conséquence du dérèglement climatique. On estime à plus de 50 millions le nombre de personnes, enfants, femmes et hommes, déplacées sans espoir de revoir un jour leur terre.

Tous ces conflits ethniques ou religieux ne sont que des alibis à la voracité de l'occident qui non content de s'en prendre aux personnes, dépècent la Terre de ses réserves. Dans un monde fini, le développement ne peut être infini.

Mais revenons à Elzéard Bouffier. C'est le berger que Jean Giono* a mis en évidence sur le plateau, entre Sisteron et Mirabeau. Ce personnage extraordinaire, solitaire, en parfaite osmose avec la nature, tout en gardant ses moutons, plantait des arbres, des milliers d'arbres, des chênes. Il a ainsi, tout seul, redonné vie à un plateau désertique.

D'aucun dise que c'est une fiction, moi je sais que son histoire est vraie, au vu des résultats **. Elzéard ne prélevait que sa nécessité journalière et, en plus, il aidait la nature à se régénérer.

Voyez, c'est bien l'anti-barbarie, le premier décroissant.

Puis non, décroissant, c'est vraiment trop péjoratif pour qualifier sa sagesse et son intelligence.

Il faut vite trouver un autre mot.

* Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres, Folio Cadet Rouge / Gallimard, 1953.

** Lettre que Giono écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, en 1957, au sujet de cette nouvelle :


Cher Monsieur,

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l'arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j'en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J'ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l'autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C'est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c'est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler précisément de l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps qu'on fasse une « politique de l'arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté.

Très cordialement

Jean Giono


Lire le texte de la nouvelle sur : http://www.pinetum.org/GionoFR.htm
Jean-Claude Vitran