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mercredi 30 juillet 2014

Revenir à la pensée et à l'idéal de Jaurès.


Il y a juste 100 ans, le 31 juillet 1914, à la veille de la Première guerre mondiale, Jean Jaurès était assassiné.

Raoul Vilain, un illuminé pensant sauver le monde, lui tire, à bout portant, deux balles de revolver dont l'une lui fracasse la tête. Il succombe immédiatement.

A la fin de la guerre, son assassin, qui a tranquillement passé le conflit en prison, est acquitté et la Cour condamne la veuve de Jaurès aux dépens du procès ! Non seulement l’assassin de son mari est déclaré innocent, mais elle est financièrement sanctionnée. En réaction, Anatole France qui avait dit : « On croit mourir pour sa patrie, on meurt pour des industriels.» adresse une lettre à la rédaction de L’Humanité : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! ».

Le 23 novembre 1924, le gouvernement dirigé par Édouard Herriot fait entrer Jean Jaurès au Panthéon. A cette occasion, le rédacteur en chef de l’Humanité, Paul Vaillant-Couturier, pensant que la République est dans les mains de députés et ministres capitalistes favorisant la finance et l’industrie aux dépens du respect des citoyens, écrit dans le journal qu'il s'agit du « deuxième assassinat de Jaurès. », il ajoute « Ils n’honorent pas Jaurès. Ils le salissent. Ils l’affadissent. Ils le maquillent. Ils s’acharnent à rapetisser l’honnête homme à leur taille de politiciens misérables. (...)».

Un siècle après sa mort, tous les partis et tous les hommes politiques, de tous bords, revendiquent son héritage. Beaucoup, beaucoup trop encensent Jean Jaurès, et son nom, son oeuvre, sa pensée sont accommodés à toutes les sauces dans de nombreux discours. Autant de tentatives multiples et multiformes d'instrumentalisation démagogique.

Au-delà de la commémoration de circonstance de ce funeste anniversaire, il faut explorer son héritage humain, intellectuel et politique, d'une exceptionnelle actualité, qui devrait permettre de tenter de répondre à la profonde angoisse de la société française et de la gauche en particulier.

Jaurès est un phare qui éclaire l'avenir pour nous guider. C'était, avant tout, un socialiste authentique, un partageux, un ami des gueux. Il n'est pas soluble dans le social-libéralisme.

Au contraire de l'image diffusée par beaucoup de membres de la classe politique contemporaine, les messages qu'il nous envoie restent ceux d'un « honnête homme », incorruptible, profondément humain, fidèle, scrupuleux, cultivé, internationaliste, mais patriote et attaché à la justice sociale. Il était résolument du côté des ouvriers, des précaires, parce qu’il les savait victimes d’un système capitaliste injuste. Convaincu que les « indigènes » étaient l'égal des autres, il a combattu vivement la politique coloniale. Sa conception de la laïcité, qu'il a développée lors du vote de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, fondée sur la liberté, est d'actualité.

Grand orateur, il donnerait, aujourd'hui, de la voix pour condamner le conflit israélo-palestinien et la position du gouvernement français. Il avait une grande admiration pour le monde arabe et l’islam, dont il a dit : « deux tendances inverses s’y trouvent : il y a des fanatiques, oui, il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux, Il y a toute une élite qui dit : l’Islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix » et, en 1896, à la Chambre des députés, il avait dénoncé les premiers massacres d'Arméniens commis en Turquie dans ces termes : « Devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos bouches, pas une parole n'est sortie de vos consciences... ».

L'humanisme de Jean Jaurès, n'est plus à prouver, il se retrouve dans ses convictions, dans son intérêt et son abnégation pour le peuple, auquel il s'adressait sans démagogie, dans son combat contre la peine de mort ou dans ses positions fortes pour la défense du Capitaine Dreyfus, dont il disait : « Si Dreyfus est innocent, il n’est plus un officier ou un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer.» L'humanité, mot dont il a fait le nom de son journal.

Il accordait une grande importance à la sincérité des convictions dont chacun était porteur, et son premier objectif était la transmission de ses idées et la persuasion de ses auditeurs, pas l’état de l’opinion. Contrairement à la classe politique actuelle, il n’était pas hanté par sa réélection et il ne s’est jamais investi en politique pour bénéficier d’une position avantageuse. Il a toujours vécu de ses salaires et refusé les honneurs. Il a, par exemple, sous le gouvernement Millerand, refusé un poste de ministre pour ne pas faire obstacle à l'unité des socialistes.

Il était convaincu qu'il fallait conserver, garder des forces pour la vérité et la justice. On lui prête à juste titre une phrase reprise souvent : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ». Elle est sortie de son contexte, car elle a été prononcée le 30 juillet 1903, au lycée d’Albi, où Jaurès enseigna, et où il défendit, dans son « Discours à la jeunesse », une vision pacifiste de la vie.1

« Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre (...).
Le courage, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie.
Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces (...).
Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant avec la vie générale (...).
Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin.
Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.
Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Quel extraordinaire programme dont nos femmes et hommes politiques contemporains devraient faire leur credo.

Nos sociétés, mondialisées, globalisées, s'enfoncent dans l'inhumanité, demain la barbarie. Elles deviennent de plus plus injustes, inégalitaires. Une petite minorité d'oligarques, la plupart cyniques et malhonnêtes, exploite, sans vergogne, le reste de l'humanité et s'enrichit de manière éhontée. Les gouvernements, complices, laissent faire et favorisent ces dérives.

Depuis l'assassinat de Jean Jaurès, un siècle s'est écoulé, un siècle de sauvagerie et de brutalité pendant lequel le monde n'a jamais été aussi violent : Grande Guerre, fascisme, nazisme, communisme soviétique, etc ...

Des avancées sociales ont été gagnées de haute lutte, toujours par la grève et le combat des forces de gauche, mais, aujourd'hui, au prétexte de crises artificiellement fabriquées, on assiste à une régression des acquis sociaux et à une manipulation des esprits.

Le 23 avril 2014, lors d'un discours de François Hollande à Carmaux, en hommage à Jean Jaurès, une dame a interpellé le Président, lui disant : « Jaurès, il ne parlait pas comme vous ». Cette dame, clairvoyante, avait raison et elle a soulevé, ainsi, la question cruciale de la perversion de notre vie politique actuelle.

Aujourd'hui, il est vital, pour l'avenir de l'humanité, de parler comme Jean Jaurès, de revenir à sa pensée et à son idéal.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


1   http://www.lours.org/default.asp?pid=100

dimanche 20 juillet 2014

Avion de la Malaysia Airlines, que nous cache-t'on, puisque l'on sait !




Si le Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines a été abattu par un missile, les services de renseignements occidentaux le savent parfaitement.1

Ils savent même exactement d'où a été tiré ce missile et qui a appuyé sur le bouton de mise à feu.

En consultant les adresses suivantes :
  • http://www.radarvirtuel.com/ vous aurez la vision instantanée et détaillée de l'ensemble des appareils survolant l'Europe.
  • Chakhtarsk google maps », vous pourrez voir en détail les maisons et les voitures sur les routes de la ville de Chakhtarsk auprès de laquelle l'appareil s'est écrasé
La résolution des satellites militaires est infiniment plus performante que celle les satellites civils, rien ne peut leur échapper.
Comme, nous sommes dans une zone de conflit, limitrophe de la Russie, tous les nombreux radars de l'Otan observent seconde par seconde tout ce qui se passe dans la région.

Il est impossible aux occidentaux d'ignorer dans le détail ce qui s'est réellement passé.

Alors, qu'on nous dise ce qui s'est passé le jeudi 17 juillet dans l'après-midi au dessus de l'Ukraine et qu'on respecte les familles qui attendent, dans le chagrin, de savoir.

De grâce, qu'on arrête de nous prendre tous pour des imbéciles.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1 La technologie a fait des progrès considérables depuis 1980 et le crash d'Ustica. Rien de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde ne peut être caché.
   Voir le monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/PURGATORI/50612

samedi 19 juillet 2014

Après deux siècles de guerres...

 
Guerres impériales, guerres nationales,
guerres mondiales, guerres totales :
quelle alternative pour sortir d’un cauchemar historique ?


« On croit mourir pour la patrie , on meurt pour les industriels » Anatole France. Le 18/07/1922.

1814-1914, 1914-2014 : deux siècles au cours desquels l’Europe a connu les plus violentes guerres jamais connues par l’humanité.

Trois dates repères :
1814 : Napoléon abdique une première fois, le 6 avril, à Fontainebleau, après plus d’une décennie de guerres très meurtrières.
1914 : une guerre industrielle, pour la première fois qualifiée de mondiale, s’engage et va laisser des millions de morts sur les champs de bataille.
2014 : le 6 juin, en Normandie, est commémoré le débarquement gigantesque de 1944, qui a conduit vers la fin du régime nazi en Europe.

Avons-nous tiré tous les enseignements de ce cycle historique de conflits au cours desquels on a saigné les peuples, puis entraîné les survivants dans l’illusion de la victoire ?

La réponse est non!

L’aventurier Bonaparte, qui mit fin à la Révolution française tout en prétendant porter ses valeurs universelles à la pointe des baïonnettes, dans toute l’Europe et au-delà, reste encore un héros national ! Il fallut, une coalition de monarchies européennes pour, à Waterloo, mettre une fin définitive au pouvoir de ce génie malfaisant qui avait emporté la France loin de la République, puis l’avait plongée dans des échecs et des souffrances horribles. Peu d’historiens et d’analystes politiques1 ont osé décrire comme une catastrophe aux prolongements désastreux2 l’action d’un dictateur, non encore reconnu comme tel, en 2014, dans notre pays !

Un siècle exactement après la première abdication de « l’Empereur des Français », et en dépit de l’avertissement poignant de Jean Jaurès3, s’ouvrait un conflit de quatre ans, une boucherie infernale dont l’horreur ne calma pas l’exaltation et ne réduisit pas les erreurs de la hiérarchie militaire et des dirigeants politiques d’alors. Après avoir conduit plus d’un million de leurs concitoyens à la mort (et quelle mort !), les autorités civiles et militaires françaises qui se proclamaient vainqueurs, allaient, par le traité de Versailles de 19194, imposer à l’Allemagne défaite des conditions économiques et territoriales les plus humiliantes. Ainsi allaient se trouver dispersées les graines de la revanche, préparé le terrain politique facilitant l’installation du national-socialisme et, finalement, vingt ans plus tard, rassemblées toutes les conditions de la guerre « mondiale » suivante, plus meurtrière encore pour tous les peuples qui y seraient engagés.

En 2014, nous constatons que nous étions restés enfermés dans la logique des fausses victoires. Se réjouir de la fin d’une guerre ne saurait être confondu avec la joie d’avoir terrassé l’adversaire. Sans réconciliation, la guerre reprend inévitablement. L’impérialisme, le nationalisme, le fascisme, le totalitarisme5 n’ont pas éclairé nos jugements. Avant même les XIXe et XXe siècles s’étaient déjà installés l’esclavagisme6 et le colonialisme dont beaucoup d’entre nous n’ont pas voulu et ne veulent toujours pas admettre, sans détour, tous les crimes innommables.7

L’exploitation industrielle et mercantile des armes de guerre, qui s’était développée pendant les deux siècles écoulés, a perduré et même s’est largement amplifiée. Aussi, quand la deuxième guerre mondiale s’est achevée avec les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, Albert Camus a-t-il pu s’exclamer, dans l’incompréhension générale, que « la civilisation mécanique venait de parvenir à son dernier degré de sauvagerie »8.

En deux siècles, cette « civilisation » dont s’est réclamé l’Occident, se sera donné les moyens politiques et techniques de conduire des millions d’êtres humains à des morts atroces, considérées non seulement comme inévitables mais comme nécessaires ! Aujourd’hui, aveugles ou résignés, nous essayons d’oublier que nous continuons de vivre sous la menace d’exterminations massives, en particulier celles qui ont été rendues possibles par la captation, la maîtrise, l’emploi militaire de l’énergie nucléaire.

Ne pas vouloir sortir de cet engrenage fatal qui place des peuples entiers sous l’épée de Damoclès géante que peuvent abattre des maladroits, des fous, des cyniques ou des pervers, est, à l’évidence, la plus lourde de toutes les fautes que commettent les dirigeants politiques contemporains, mais aussi tous les citoyens qui les approuvent !

L’arme nucléaire est devenue le symbole même de cette folie tolérée qui nous donne à croire et nous fait rabâcher qu’il faut, « préparer la guerre si l’on veut la paix ». Utilisée une première et unique fois, par les forces américaines, pour réduire totalement la résistance japonaise, l’arme atomique, a été, par la suite, multipliée, accumulée, « modernisée », et elle remplit encore les arsenaux des « grandes puissances 9». Elle contient, en germe et en réserve, les possibilités de pousser à l’extrême les meurtres de masse, de façon infiniment plus brutale qu’à Waterloo, à Verdun ou à Dresdes ! Si le génocide est, au sens strict, le droit, que s’accorde indûment un État, d’éliminer une population entière, civils et militaires confondus, pour des raisons politiques, racistes ou de prétendue défense, alors il faut admettre que la simple détention de l’arme nucléaire est révélatrice d’une capacité génocidaire.

Quiconque accepte ne fut-ce que l’idée de l’éventualité de l’usage des armes de destruction massives, atomiques, bactériologiques ou chimiques, est un criminel qui ruine le droit international. Affirmer que, durant la « Guerre froide », l’équilibre de la terreur10 réduisait la probabilité d’une guerre atomique, ne supprime pas, de nos jours, le risque de génocide puisque la doctrine de la dissuasion ne peut l’exclure : si l’ultime menace dissuade, c'est parce qu’elle ne peut s’exercer, car rien n'est pire ! Nous restons prisonniers de cette aporie. 

Le terrorisme des États dotés de l’arme nucléaire devient, dès lors, l'une des formes possibles de leur action tout aussi condamnable que le terrorisme de bandes armées fanatisées. On ne terrorise pas les terroristes avec des bombes atomiques. Penser la défense des peuples en exposant agresseurs et agressés à une même extermination constitue une faute suprême contre l’esprit ! C’est, aurions-nous dit, quand dominait la pensée chrétienne, le péché mortel par excellence.

Il est temps de reconnaître, en 2014, que la volonté de pouvoir, la volonté de puissance auront tout justifié et continuent de tout justifier ! Les meilleures causes elles-mêmes auront été invoquées pour autoriser les conquêtes, les invasions, les oppressions, les tyrannies. Il revient aux hommes de notre temps d’établir le lien entre les massacres de masse des guerres passées, « mécaniques » disait Camus, avec, aujourd’hui comme hier, tous ces armements industriels surpuissants qui deviennent, de jour en jour, plus technologiques, redoutables et « efficaces ». Bientôt, ils seront à la portée de tous ceux qui disposeront des connaissances scientifiques et des fonds nécessaires à leur acquisition. Inutile, dans ces conditions, de dénoncer les terroristes puisqu’on leur offre et l’exemple exécrable de la production de machines à tuer sophistiquées et la possibilité d’accéder à des munitions toujours plus meurtrières.

Ou bien nous tournerons la page de la contre civilisation qu’est devenue la nôtre, qui a ruiné tant d’espérances humaines, au cours des deux siècles écoulés, ou bien, disposant, aujourd’hui, des outils et moyens de nous détruire, (lesquels surpassent ceux dont on a vu les effets dévastateurs durant les guerres précédentes), c’en sera fait, alors, de l’humanité tout entière. La Terre peut s’embraser partout au cours de ce nouveau siècle, que ce soit d’un seul coup, dans un nouveau conflit généralisé, ou en passant d’une région terrestre à une autre, partout où sourdent des conflits inexpiables et permanents, (Moyen et Proche-Orient, Afrique centrale et subsaharienne, Chine et Japon, Inde et Pakistan, Russie et marges de l’Europe, etc…).

Les politiques fondées essentiellement sur des rapports de force mènent toutes à l’amplification de l’exercice de cette force. Les armes nouvelles finissent toujours par être employées. Les plus récentes, dont la puissance n’est plus imaginable, ni maîtrisée, sont ou seront employées. Ou bien nous considérons comme inéluctable et faisant partie de la condition humaine cette domination aveugle de la violence, en tous lieux et en tous temps, (mais cessons alors de penser que la civilisation a un sens, acceptons la loi de la jungle, renonçons loyalement aux Droits de l’homme partout affirmés et nulle part mis en œuvre), ou bien alors, osons changer de paradigme, de logiciel philosophique, d’organisation politique, de pratiques économiques et de mode de vie quotidienne.

S'il s'agit de l'utopie des utopies, elle n'est pas plus irréaliste que de continuer à « progresser » dans l’impasse mortelle où nous voici engagés. Le conditionnement des esprits a pris, lui aussi, un caractère mécanique et tout se passe comme s’il était impossible d’échapper à la fatalité de la mondialisation du meurtre ! L’histoire des humains ne serait-elle donc qu’une tragédie sans échappatoire !

Cependant, un choix radical, et imprévisible voici quelques années encore, se présente à nous … Soit -dans notre inhumanité assumée- nous tolérerons un monde où l’on continuera de se faire la guerre, fut-ce de loin, sans risques pour qui tue, à l’abri de son bunker, au moyen de drones, parce qu’un monde sans guerre n’a jamais existé et ne peut exister, et nous survivrons quelque temps encore, privé d’espoir. Soit, au contraire, - dans une quête de civilisation réassumée -, nous rechercherons un monde qui soit désarmé progressivement et où se répartissent équitablement les biens et richesses que nous avons en partage. Ne faut-il pas redonner sens et réalité à cette égalité, devenue suspecte, et qui a été arrachée de notre devise républicaine ?

Entre l’échec fatal et l’utopie incertaine, il reste à choisir le moindre risque, à trouver des raisons de vivre ? Entre le cauchemar et le rêve mieux vaut encore tenter le rêve.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



1 Lionel Jospin s’y est efforcé, mais il n’a pas su ou pu affronter le discrédit qu’engendrerait la dénonciation complète de ce général aux visées impérialistes, qui, de coup d’État en coups de forces internationaux, a cherché à mettre à genoux l’Europe tout entière. Lionel Jospin, Le mal napoléonien, Paris, Le Seuil, 2014.
2 Le mythe impérial, incarné par le propre neveu de Napoléon Ier, (« Napoléon le petit » selon Victor Hugo), abolit la seconde République, et s’acheva par le désastre de Sedan qui, avec la perte de l’Alsace et de la Lorraine, contribua à nourrir la haine de l’Allemagne et à motiver les appels à une guerre de récupération plus de quarante ans après. Napoléon III (1808–1873), qui régna plus longtemps que son oncle, fut le dernier monarque français.
3 Jean Jaurès, pour avoir prédit, annoncé et dénoncé la guerre, fut assassiné le 31 juillet 1914, trois jours avant l’entrée en conflit, par le nationaliste Raoul Villain, lequel fut acquitté en 1919 ! Ce fut là l’un des signes évidents du triomphe du pseudo patriotisme d’après-guerre, en fait du nationalisme hégémonique français.
4 Le traité de Vienne, au terme du Congrès de Vienne de 1814-1815, n’avait pas humilié la France ramenée à ses frontières de 1790. Il permettra le maintien d’une paix précaire pendant plusieurs décennies.
5 Hannah Arendt a analysé les causes des totalitarismes hitlérien ou stalinien. Elle n’a que partiellement été entendue, comprise et approuvée.
6 En 1802, Napoléon réinstalla, de fait, l’esclavage aboli par la Révolution française, notamment à Saint Domingue ( Haïti), et son corps expéditionnaire y connut une défaite cinglante avant la création de la toute première République noire en 1804. Plus de 100 000 hommes perdirent la vie, dans des violences inouïes, au cours de toutes les expéditions, dans l’ensemble des Antilles et en Guyane !
7 Si le terme « colonialisme » apparaît dans les années 1902-1903, bien avant, à la conférence de Berlin, en 1884, les empires coloniaux d’occident avaient reconnu l’occupation des territoires déjà effectuée et entériné le partage de l’Afrique.
8 Albert Camus, éditorial du journal Combat, le 8 août 1945, entre les deux bombardements des 6 et 9 août.
9 Le concept de puissance, a fortiori de grande puissance, implique que certains pays, sur notre territoire planétaire, disposent des outils économiques, militaires et diplomatiques de la domination. Parmi les neufs États dotés de l’arme atomique, la France et la Grande-Bretagne notamment, seuls États européens, s’accrochent au mythe de cette grande puissance qu’elles furent et dont elles s’éloignent peu à peu.
10 L’argument, du reste, ne tient plus, car depuis la chute de l’Union soviétique, il n’y a plus d’« équilibre de la terreur ».

dimanche 29 juin 2014

Pacte de responsabilité et de solidarité : qui croire ?


Le ministre de Finances, Michel Sapin, s'époumone à marteler que la mise en oeuvre du pacte de responsabilité et de solidarité actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale,1 devrait créer 190 000 emplois à l'horizon 20172 et doper la croissance.

Selon ces dires, les conséquences des 21 milliards d'allègements supplémentaires du pacte de responsabilité et de solidarité produiraient la création de 40 000 emplois en 2015 et 190 000 en 2017 et l'impact sur la croissance serait d'environ 0,25 % de croissance supplémentaire en moyenne par an.

Pendant ce temps, les services du « dit ministre » - Direction Générale du Trésor et des Finances publiques du Ministère des Finances - précisent dans des simulations que l'impact du pacte de responsabilité et de sa contrepartie, les 50 milliards de réduction des dépenses publiques, aura des conséquences négatives sur l'emploi en détruisant 250 000 emplois - solde négatif de moins 60 000 - et générera une perte de 0.7 % de croissance par an.

Il y peu, le Medef affirmait qu'un allègement de 100 milliards des cotisations sociales conduirait à la création de 1 million d'emplois et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg demandait en contrepartie des avantages accordées aux entreprises la création 1.8 millions d'emplois.

Alors qui devons nous croire ?

Ou plutôt, il n'y a personne à croire, car il est temps qu'on arrête de prendre les citoyens pour des imbéciles, quelle que soit la vérité sur ce pacte, établir des plans pour réduire le chômage de 250 000 personnes lorsqu'il y a 5 millions de sans emploi et près de 5 autres millions qui occupent des emplois précaires, est, en terme correct, se moquer du monde.

Inutile d'être sociologue, économiste, de sortir de l'Ena, de Sciences Po ou de Polytechnique pour percevoir que notre société se transforme et que le nombre total des emplois disponibles continuera inexorablement à décroître.

Le temps n'est plus à concevoir des plans de replâtrage, mais c'est de mettre à plat le problème du partage du travail dans nos sociétés, de faire preuve d'inventivité, de combattre les conservatismes et les égoïsmes du libéralisme et de la finance.

Mais pour cela, il faut du courage politique, c'est ce qui manque le plus, aujourd'hui.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  Le vote en première lecture est prévu le 1 juillet dans l'après-midi.
2   Il faut noter que l'Insee a annoncé vendredi dernier que nous avions dépassé le cap des 5 millions de chômeurs de catégorie A.

mardi 17 juin 2014

Handicap et accessibilité.



Alors que dans notre pays, selon l'INSEE, 9,6 millions de personnes1 sont concernées directement par le handicap, le 12 juin, l'Assemblée Nationale a voté en première lecture un projet de loi qui permettra « (aux) acteurs publics et privés (de) bénéficier de trois à neuf ans supplémentaires pour mettre aux normes leurs installations afin de les rendre accessibles aux handicapés. »

La loi de 2005 prévoyait un délai de 10 ans, et une nouvelle fois, par un retour en arrière, les pouvoirs publics démontrent leur impuissance et leur manque de courage à imposer une loi qui stoppe net les discriminations en matière de handicap.


Le baromètre de l’accessibilité réalisé par l’APF2 confirme que plus de la moitié des écoles et seulement 42% des réseaux de bus sont accessibles aux personnes en situation de handicap, même constat pour les cabinets médicaux et paramédicaux où plus de la moitié des personnes en situation de handicap ont des difficultés à en trouver un accessible.

Même dans les constructions récentes, de nombreuses insuffisances sont constatées, ce qui est particulièrement inadmissible. On ne peut pas croire que ce sont les lobbies qui sont à la manoeuvre pour faire pression et abaisser les coûts de construction ou augmenter les profits.

Une fois de plus la solidarité est mise en défaut et on ne peut expliquer ces carences autrement que par un manque de volontarisme et de courage politique et blâmer un gouvernement qui sur ce sujet comme sur d’autres se montre si faible.

1  Soit 7 % de la population
2  http://presse.blogs.apf.asso.fr/media/01/01/1824062542.pdf

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mardi 10 juin 2014

Ils nous ont volé notre football !




Rebaptisé « Mondial », la coupe du monde de football va se tenir dans quelques jours au Brésil.

Enfin, s'agit-il encore réellement de football ?

Comme tous les grands raouts mondiaux (jeux olympiques, etc) cette manifestation sert avant tout d'alibi aux leaders économiques mondiaux1 pour satisfaire leur soif inextinguible de profit.
Peu importe que la construction des installations et que l'organisation désorganisent les finances des pays accueillants2, que des populations entières parmi les plus miséreuses soient déplacées, reléguées, que pour construire les installations sportives, les organisateurs fassent appel à une main d'œuvre émigrée qu'ils exploitent sans scrupule, quand, ils n'oublient pas simplement de la payer3, il faut sacrifier à la divinité finance et à ses grands prêtres.

Et les joueurs, mais s'agit-il encore de joueurs ?
Nous pouvons nous poser la question lorsque l'on entend, étourdi par l'importance de la somme, le montant des contrats et des salaires de ces « gonzes », complices des grandes messes du sacrifice, et qui ne font que pousser un ballon devant eux habillés en homme sandwich.

Où sont le Brésilien Socrates dont la devise poing levé était : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie. », le Chilien Carlos Caselzy qui aida à la chute de Pinochet ou Rubby Fowler au Royaume-Uni qui prit sur les terrains la défense des dockers de Liverpool ?

Mais ça, c'était avant, avant qu'il y ait de l'argent.

Y pas à dire, on nous a bien volé notre football4 !


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  http://fr.fifa.com/worldcup/organisation/partners/
2  Les couteux jeux olympiques d'Athènes de 2004 sont en partie responsables de la crise grèque.
3  Voir les derniers rebondissement du mondial de 2022 au Qatar.
4  Comment ils nous ont volé le footbal ? par Fakir Editions - 130 pages, 6 €.

samedi 10 mai 2014

Commémorons l'abolition de l'esclavage des Roms.

 


Le 10 mai 2014 a lieu la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Une cérémonie officielle se déroule, comme tous les ans, en présence du Président de la République. La loi Taubira du 21 mai 2001 aura été la grande loi mémorielle française concernant la reconnaissance, comme crime contre l'humanité, des traites et des esclavages pratiqués, à partir du XVe siècle, sur certaines populations. Son article 1er précise que « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

L'esclavage fut bien une réalité historique européenne mais elle ne se limita pas à la perpétration de la traite négrière transatlantique. Au nombre des abolitions intervenues au XIXe siècle figure l'abolition de l'esclavage des Roms en Roumanie ( Moldavie et Munténie -ou Valachie-).

Au XIXe siècle, en 1818, le code pénal de Valachie inclut les articles suivants :
« Section 2 :  les tsiganes naissent esclaves. Section 3 : tout enfant né d’une mère esclave est esclave Section 5 : tout propriétaire a le droit de vendre ou de donner ses esclaves Section 6 : tout tsigane sans propriétaire est la propriété du Prince. »
Quant au code pénal moldave de 1833, il précise :
« Section II.154 : des mariages légaux ne peuvent avoir lieu entre des personnes libres et des esclaves. Section II.162 : Les mariages entre esclaves ne peuvent avoir lieu sans le consentement de leurs propriétaires. Section II.174 : Le prix d’un esclave doit être fixé par le tribunal, selon son age, sa condition et sa profession. »
Les Roms sont vendus et achetés à des foires aux esclaves, le prix, au 19ème siècle, étant généralement d’une pièce d’or par kilo, sans égard pour les liens familiaux qui unissent des Roms entre eux (malgré une loi de 1757 qui interdit de vendre les enfants séparément de leurs parents), le plus souvent par lot.

Kogalniceanu (1), tsiganologue roumain du 19ème siècle, (qui devint premier ministre de la toute nouvelle Roumanie unifiée, en 1863) écrit : « Quand j’étais jeune, je voyais dans les rues de Iassy des êtres humains aux mains et pieds enchaînés, certains même portant des anneaux de fer autour du cou et de la tête. Des peines cruelles de fouet, de privation de nourriture, d’enfumage, de maintien nus dans la neige ou dans la rivière gelée, tels étaient les traitements infligés aux Gitans. La sainteté de leurs mariages et de leurs liens familiaux n’étaient pas respectés. On arrachait la femme à son mari, la fille était séparée de force de sa mère, on arrachait les enfants des bras de leurs parents, on les séparait et on les vendait aux quatre coins de la Roumanie. Ni les hommes, ni les lois n’avaient pitié de ces malheureux êtres humains. »

Les « mariages » entre Roms sont le plus souvent arrangés entre les propriétaires pour de simples questions de reproduction, un prêtre officialisant l’union avant qu’on les force à se reproduire. Si le code de Basile le Loup prévoit que « un tsigane qui viole une blanche doit être brûlé vif», les propriétaires ne se gênent pas pour violer des esclaves, si bien qu’au 19ème siècle, le journaliste français Félix Colson note que de nombreux esclaves roms sont blonds. Pour avoir une idée des conditions de vie des esclaves de maison, on peut citer Félix Colson qui, en visite chez un baron roumain, indique dans ses mémoires que « la misère se lit tellement sur leurs corps qu’à les regarder, on risque de perdre l’appétit ». Il est à noter que si la loi n’autorisait pas un baron à tuer son esclave, cette pratique était néanmoins courante (la loi n’interdisant pas de toute façon les châtiments corporels qui pouvaient se terminer par la mort de l’esclave).

L'Église moldave libéra ses esclaves roms en 1844 et l'Église de Munténie en 1847. L'esclavage, peu après, devint illégal une première fois, dans ces deux principautés, en 1855 et 1856, soit sept à huit ans après l'abolition définitive signée, en France, le 27 avril 1848, au début de la deuxième République, sous l'impulsion de Victor Schoelcher. Réinstauré, l'esclavage des Roms ne fut définitivement aboli qu'en 1864, deux ans après l'unification de la Roumanie. Le lien historique entre ces abolitions transatlantique et européenne est avéré.
 
L'esclavage oublié des Roms qui dura un demi-millénaire, dès leur apparition dans les principautés pré-roumaines, au milieu du XIVe siècle jusqu'au milieu du XIXe, appartient, à présent, à l'histoire de tous les Européens. Le déni d'un esclavage si long et si brutal n'est plus supportable et pèse encore sur les relations entre les Roms et autres populations européennes, de nos jours. Il est temps d'enseigner et de rappeler à tous les concitoyens de l'Union que ce lointain passé a laissé des traces dans notre présent. 

L'abolition de l'esclavage des Roms en Europe a désormais toute sa place dans la commémoration, en France, de l'abolition des esclavages, tous les esclavages, chaque 10 mai.

(1) « Les Européens organisent des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en Amérique alors que, sur leur propre continent, 400 000 Tsiganes sont maintenus en esclavage » Kogalniceanu Mihail, Esquisse sur l’histoire, les mœurs et la langue des cigains, connus en France sous le nom de Bohémiens, Berlin,1837.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran