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samedi 25 juillet 2009

Alain Refalo, symbole de notre résistance

Le pouvoir tape dur. De préférence au portefeuille. Qui n'obéit est un mauvais Français. Qui résiste est un criminel. Des citoyens prennent des risques. Quand, sous le régime de Vichy, le portrait de Pétain devait être affiché dans les écoles, des instituteurs ont refusé. La suite nous a appris qu'ils avaient raison. En serions-nous revenus là? Soyons solidaires d'Alain Refalo.



COMMUNIQUE - 24 juillet 2009

du Comité de soutien à Alain Refalo
et du Mouvement des Enseignants du primaire en Résistance Pédagogique.

Alain Refalo, professeur des écoles à l'école Jules Ferry de Colomiers, qui a comparu en commission disciplinaire le jeudi 9 juillet à l'inspection académique à Toulouse vient de se voir signifier une sanction disciplinaire de catégorie 2 : abaissement d'un échelon, soit la sanction qui a le plus de conséquences financières sur son traitement. S'ajoutant à la promotion qui lui a été refusée au mois de février, et indépendamment des 19 jours de salaire qui lui ont déjà été soustraits, cette sanction représente pour les quatre ans qui viennent une perte d'au moins 7 000 euros, alors qu' Alain Refalo a effectué l'intégralité de son service devant les élèves et que les rapports pédagogiques de ses inspecteurs sont élogieux. Les faits reprochés à Alain Refalo sont les suivants : refus d'obéissance, manquement au devoir de réserve, incitation à la désobéissance collective, attaque publique contre un fonctionnaire de l'Education Nationale. Il s'agit donc bien d'une sanction politique pour briser professionnellement l'initiateur du mouvement de résistance pédagogique et bâillonner la liberté d'expression des enseignants.
Le comité de soutien à Alain Refalo et le Mouvement des Enseignants du primaire en Résistance Pédagogique considèrent cette sanction, décidée par le ministre Luc Chatel, comme une attaque directe à l'encontre de tous les enseignants en résistance et plus largement de tous les citoyens et les élus qui se sont mobilisés massivement le 9 juillet pour soutenir Alain Refalo et défendre l'école publique. L'inspecteur d'académie de la Haute-Garonne qui avait indiqué à plusieurs reprises qu'il n'y aurait pas de sanction disciplinaire à l'encontre d'Alain Refalo, et qui, le vendredi 10 juillet, lors de son point de presse, avait souhaité s'inscrire dans une démarche d'apaisement, a doublement menti.
Luc Chatel qui ne cesse d'afficher une posture d'ouverture et de dialogue en direction des enseignants vient de montrer toute la duplicité de ses propos. La porte du dialogue que nous avions toujours laissée entrouverte est pour l'heure fermée de part la volonté du ministre qui devra en assumer toutes les conséquences dès la rentrée. Cette grave et injuste décision n'entamera pas la détermination d'Alain Refalo et celle de milliers d'enseignants du primaire en résistance dont les coordinateurs de toute la France se réuniront à la fin du mois d'août à Montpellier pour décider des initiatives communes de résistance aux "réformes" scélérates qui déconstruisent l'école publique.

http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/index-252147.html resistpedagogique@free.fr


Déclaration d'Alain Refalo (extrait)

Alors, à l'heure où la répression s'abat sur les enseignants en résistance qui refuse d'assister passivement à la déconstruction de l'école publique,

J'appelle, avec tous les enseignants du primaire en résistance, à une insurrection des consciences de la société civile pour sauver l'école de la République aujourd'hui menacée.

J'appelle les enseignants à se ressaisir en refusant cette attitude de soumission permanente et aveugle qu'une hiérarchie abusant de son autorité veut nous imposer au mépris de toute confiance et de tout respect envers les professeurs des écoles confrontés à des difficultés inégalées au quotidien.

J'appelle les syndicats d'enseignants à jouer pleinement leur rôle en organisant dès la rentrée un mouvement de résistance puissant à ces réformes scélérates qui aggravent une situation d'enseignement délicate et tout particulièrement à ces dispositifs pédagogiques qui trahissent l'esprit de notre mission qui est la réussite de tous les élèves.

J'appelle les parents d'élèves, les citoyens et les élus à se mobiliser pour défendre le service public d'éducation que le pouvoir veut démanteler alors que nous avons plus que jamais besoin d'un système éducatif cohérent, outillé pour affronter les défis de l'échec scolaire et de la violence juvénile.

A tous mes collègues déjà entrés en résistance et à tous ceux qui le seront inévitablement bientôt, je leur dis : ne nous résignons pas, car se résigner c'est déjà abdiquer de sa liberté, de sa raison et de sa dignité. Ayons confiance en nous-mêmes. Vous le savez, le verbe résister est un verbe qui se conjugue au présent... Alors osons dessiner, dès aujourd'hui, un a-venir pour l'école aux couleurs de la générosité et de l'espérance.




Relisons nos classiques. Il est grand temps!


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



mardi 21 juillet 2009

Liberté et sécurité



http://www.securite-surveillance.com/blog/wp-content/uploads/2009/03/camera-video-surveillance.jpg

En mars 1981, Pierre Mauroy, Premier ministre socialiste, affirmait que la première des sécurités, c'était la Liberté.

Fin 1997, Jean-Pierre Chevènement, puis Lionel Jospin soutiennent que la première des libertés, c'est la sécurité.

Dés le lendemain, trop heureux, Patrick Devedjian diagnostique une grande victoire idéologique pour l'opposition. L’histoire lui a donné raison car depuis cette époque s'est mis en place, dans notre pays, sous l'impulsion de la "gauche" un paysage sécuritaire où la politique sociale et judiciaire de l'État se décline sur le seul registre répressif.

En effet, on ne trouve plus un élu socialiste, aujourd'hui, pour affirmer que la vidéo surveillance est liberticide pour les libertés individuelles et est dangereuse pour les droits fondamentaux.

Actuellement, à Paris, Bertrand Delanoë, soutenu par le responsable de la sécurité municipale parisienne, Georges Sarre, ancien ministre socialiste, apporte leur soutien au plan de la préfecture de police : "1000 caméras pour Paris".

Il s'agit plutôt de 1250 caméras, imposées par le gouvernement, qui assure vouloir tripler le nombre de caméras de vidéo surveillance installées dans notre pays. Pour surveiller les Parisiens, tous les arguments sont bons, même les plus fallacieux.

http://www.atelier-idees.org/www/images/stories/videosurveillance.jpg

Il faut pourtant rappeler trois grands principes constitutionnels aux édiles parisiens si prompts à donner des leçons de vertu républicaine.

Le principe de finalité :
Les données personnelles doivent être collectées dans un but précis et pour des finalités déterminées, explicites et légitimes, et ne peuvent être pas traitées ultérieurement de manière incompatible avec ces finalités. Seul cet objectif détermine les données à recueillir.
La finalité doit être connue par la personne dont les données sont traitées.
Elle doit être énoncée précisément afin d'assurer l'information de l'individu.
De plus, le respect du principe de finalité interdit toute modification ultérieure de celle-ci.

Dans le cas du système mis en place à Paris, la finalité annoncée « vidéo protection » est mensongère puisque le système ne protège pas mais surveille uniquement.
Comme l’annonce Georges Sarre aux maires d’arrondissements parisiens, dans sa note du 29 juin 2009, il permet, éventuellement, d’élucider plus rapidement des enquêtes policières, mais ne protège pas les citoyens d’un hypothétique danger.

Le principe de proportionnalité :
Les moyens technologiques de traitement des données doivent être proportionnés à l'objectif poursuivi (pas de recueil de données sensibles pour un objectif banal). En terme trivial : on ne casse pas une noix avec un marteau pilon.

Dans le cas de la vidéo surveillance parisienne, la collecte des données est hors de proportion avec le but recherché qui, toujours selon M. Georges Sarre, est : prévenir les agressions et les vols, lutter contre le terrorisme, assurer la fluidité de la circulation, etc.
L’ensemble de ces buts assignés ne nécessite pas l’enregistrement et le stockage des images, et le coût de l’installation et de la maintenance, (300 millions d’Euros sur 15 ans, hors salaires des « surveillants »), est disproportionné par rapport au but recherché.

Le principe d'universalité des Droits :
Ces systèmes, installés à Paris ou ailleurs, contournent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui dans son article 12 rappelle que : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, …… » et dans son article 13 « toute personne a le droit de circuler librement ….. » On peut aussi ajouter le droit à l’image qui lui aussi est un droit fondamental.



Il faut aussi rappeler ces principes au maire d'Ermont, Hugues Portelli, pourtant professeur de droit constitutionnel, qui installe des caméras dans sa commune, ainsi qu'à Luc Strehaiano, maire de Soisy, à François Balageas, maire socialiste d'Eaubonne, ou à Dominique Lefèvre, maire socialiste de Cergy...

Arrêtons l'énumération, la liste serait trop longue.

L’ensemble de ces systèmes est mis en place dans de nombreuses communes de France en dehors de tous débats démocratiques et sans l’avis éclairé des citoyens, alors que plusieurs pays, le royaume Uni et les USA, entre autres, réfléchissent au démantèlement des systèmes mis en place.

Il est vrai que pour résister à la vidéo surveillance, il faut avoir le courage de déplaire à une partie de son électorat. Mais ce courage n'est pas le trait dominant des élus municipaux.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

lundi 20 juillet 2009

Passé ou présent ?


Nous sommes certains que les conditions des travailleurs se sont améliorées depuis le début de la révolution industrielle. C'est indubitable.

Pourtant, à comparer certains écrits de l'époque avec la situation d’aujourd'hui, on peut en douter.

Le publiciste Saint-Marc de Girardin (1801-1873) illustre les inquiétudes bourgeoises lorsqu'il écrit, en 1831, que « Les barbares qui menacent la société ne sont pas du Caucase ni des steppes de la Tartarie, ils sont des faubourgs de nos villes manufacturières ».

Il ne s'agissait pas alors de Villiers-le-Bel ou de Vaulx-en-Velin !


Professeur de poésie française à la Sorbonne, député en 1834, 1848 et 1871, conseiller d’État et ministre de l’Instruction publique en 1848.

En même temps, toujours vers 1830, il s’écrit dans les gazettes que « Le libéralisme dominant, concept inventé vers 1776 par Adam Smith, répugne à toutes formes d'interventions en vue de protéger les travailleurs car ceux-ci doivent être tenus pour responsables de leur état ».

Ou encore :

« Vers 1860, alors que le salaire réel tend à augmenter, la majorité des ouvriers ne laissent rien à leur mort; pour les élites, c'est leur vice et leur imprévoyance qui est la cause de leur misère ».

Je ne sais pas pour vous, mais, pour moi, ces propos qui ont pourtant 150 ans me semblent d'une actualité criante ; je les entends, nuancés peut-être, dans la bouche de nos gouvernants.

Pauvre misérable, tu n'es pauvre que par ta faute, reste donc pauvre et misérable.

Jean-Claude Vitran.

vendredi 19 juin 2009

Le mouvement qui tue les partis


Quoi de neuf en Europe après les élections?


Tout a changé et rien ne change! Chaque jour les médias nous assomment avec de fausses évidences économiques. La Bourse ne se porte pas si mal que ça. Merci. La France souffre de la « crise », mais moins que ses voisins, paraît-il. Elle est forte ! On sortira du marasme à la fin de l’année, ou en 2010 ; au pire en 2011. Patience! Le chômage enfle dangereusement. Mais ça ne fait pas de mal à l’économie. Alors… Le capitalisme est mort. Vive le capitalisme. Chaque jour, il nous est insufflé que plus rien ne sera jamais comme avant, mais chaque jour, il nous est prouvé que le retour de la croissance est une question de temps. Mensonges et contradictions pleuvent. Les citoyens en prennent conscience.

Nous n'en appelons pas au grand soir, mais cette stagnation fait peur! Alors, il est inévitable que le peuple bouge : c'est cela le mouvement qui s'annonce. Les partis ne l'ont ni prévu, ni voulu, ni organisé. Ils se sont déconsidérés. Il suffisait, hier, de dire son mépris de la politique et des politiciens. C'est fini : le temps est compté. Nul ne sait quand cela se produira, mais cela se produira. Le politique ne peut plus être étouffé par les professionnels de la politique.

Les élections européennes ont démontré, à qui savait en lire les résultats, que les électeurs sont aussi des citoyens, des citoyens qui peuvent, y compris, faire la grève des urnes. Aucun parti ne sort indemne de cette consultation. Au-delà des apparences, un mouvement a ébranlé le fonctionnement de l'organisation politique. Les "grosses formations" ont nettement marqué le pas ou plongé : de l'UMP au PS.


Un échec renversant!

Les formations moyennes ont fondu : à commencer par le MODEM et le FN. Les petites formations sont restées... petites : de LO au NPA. Les regroupements informels seuls tirent leur épingle du jeu : le Front de gauche, qui sauve les derniers meubles du PCF allié au nouveau Parti de gauche, mais surtout Europe-Écologie qui obtient des résultats qui en font, souvent, la seconde formation politique, à égalité, d'un coup avec le PS.


Un grand soir flétri par le soleil.

Il y a lieu d'analyser ce que recouvre ce succès modeste mais très significatif de la part des écologistes. Un éditorial de Thomas Legrand, sur France-Inter, ce jour, demande : Est-ce bientôt la fin des partis politiques ?

Extraits :
"La semaine dernière, la question à la mode c’était : le PS va-t-il disparaître ? Est-il mort ? Le sens de la question était de savoir s’il allait être remplacé par un autre parti. Mais l’exemple d’Europe écologie nous amène à reposer la question non seulement pour le PS mais pour tous les partis. Et là, il ne s’agit plus de se demander si un parti sera remplacé par un autre, mais si LE parti, la forme d’organisation partisane classique, est morte ou du moins est en train de mourir. Europe écologie, est-il du côté des écologistes - l’exemple précurseur de ce que seront les organisations politiques de demain ? En analysant de près les évolutions de la vie partisane de ces dernières années, on s’aperçoit que la question est pertinente. Europe Ecologie n’est pas un parti. Ce n’est pas une fédération de partis, comme a pu l’être l’UDF, ce n’est pas un rassemblement comme l’est l’UMP. Ses concepteurs expliquent que c’est un mouvement. Ils revendiquent le fait de s’inscrire dans une démarche dite « mouvementiste ». C’est une formulation volontairement très large, qui n’implique pas de forme précise et, surtout, qui intègre le côté possiblement éphémère. Un mouvement suggère aussi que son objet est d’obtenir des résultats politiques mais pas forcément - ou pas uniquement - par l’accession au pouvoir (voir l’action de Nicolas Hulot, par exemple). Le parti vert a accepté, aux vues des résultats inespérés d’Europe écologie, et parce que Cécile Duflot, la patronne des verts n’est pas rongée par l’ambition personnelle, de se laisser ingérer par ce mouvement. Ce mouvement n’a pas de structure pyramidale, il n’a pas de militants encartés, pas de parlement, pas d’exécutif. Et pourtant, il va falloir qu’il s’organise pour les régionales. /.../

Internet joue un grand rôle dans cette nouvelle façon de faire de la politique. L’internaute engagé devient plus important que le militant encarté. /.../ En réalité, la nouvelle façon de faire de la politique, de mettre au point un programme, de sélectionner des candidats, est à inventer. Internet permet une participation, large et à géométrie variable des citoyens, un brassage d’idées et une grande ouverture, mais c’est aussi une masse informe, pas quantifiable et surtout qui ne permet pas (ou pas encore) d’établir de véritable système de représentativité, qui ne génère pas de légitimité interne au mouvement politique, donc de démocratie. Alors oui, le PS va mourir un jour, mais sans doute aussi, à moyen terme, tous les grands partis. Le seul problème c’est que l'on s'oriente, pour les remplacer, vers des structures à la fois assez séduisantes mais encore très incomplètes et toujours nébuleuses".



Le Cohn-Bendit nouveau est-il arrivé?

Voilà le débat lancé, dès lors que les médias le reprennent. Non seulement nous ne sommes pas surpris, mais nous sommes satisfaits de voir la politique libérée du contrôle exclusif des partis pour devenir une circulation de pensée innervant tout le corps social. Même ce qui se déroule en Iran, à cet égard, vaut d'être regardé attentivement. La démocratie n'est pas dans les urnes (qu'on peut fermer ou bourrer ou n'ouvrir qu'a des citoyens conditionnés); elle est l'intervention du peuple dans les grands choix de société avec ou sans recours aux élections. Ce qui va se passer, au cours des mois à venir, illustrera sans doute ce propos en maintes circonstances. La part d'imprévisible dans ces évènements inéluctables trouble évidemment les esprits et notamment ceux des élites habituées à fixer, elles-mêmes, les règles du jeu. Sous cette incertitude remonte un peu l'espoir. Sachons le nourrir de nos propres contributions.


http://fanfanlaboiteamalices.unblog.fr/files/2008/03/espoir.jpg

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 8 juin 2009

Lucidité et modestie...



Prudence, avant de commenter les résultats des élections européennes! Il faut considérer les vrais résultats et ne pas se laisser égarer par les thuriféraires médiatiques...

Si l'on rapporte tous ces résultats à l'électorat complet, celui qui était appelé à voter, le 7 juin 2009, tels sont les chiffres, indiscutables ( à affiner heure après heure, en ce début de journée).

Abstention : 60,2 %
UMP : 11,1 %
Parti socialiste : 6,7 %
Verts : 6,4 %
MoDem : 3,4 %
Front National : 2,6 %
Front de gauche : 2,5 %
NPA : 1,9 %



On voit que que c’est une victoire éclatante pour le pouvoir en place, puisque 1 français sur 10 a voté pour lui! On ne peut, en effet, trouver meilleure légitimité pour continuer la politique menée depuis quelques années...

Pour ce qui est du pouvoir qui n'est plus en place, celui du PS, il n'y a guère de raison de voir la vie en rose. Du reste, elle est fanée...



Quant au pouvoir de l'écologie, mieux vaudrait attendre que les pousses vertes aient un peu grandi... C'est un conseil de citoyens qui espèrent voir la plante s'épanouir.

Cy Jung — Europe écologie

Bref, hormis ceux qui, par choix ou désintérêt, se sont abstenus, tout le monde a perdu..., car l'on n'a pas gagné quand les autres ont seulement encore plus perdu que soi!

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


dimanche 31 mai 2009

Et ça continue... Des enfants délinquants?


"Un enfant de huit ans a été auditionné samedi (30 mai) avec son père par les gendarmes de Courdimanche (Val-d'Oise) après s'être battu à l'école avec un de ses camarades de classe, rapporte, dimanche, Le Parisien/Aujourd'hui en France Dimanche. Lors de son audition, qui a duré une vingtaine de minutes, le garçonnet a reconnu s'être battu avec l'un de camarades de classe qui "cherchait à (le) manipuler". "C'est une histoire qui n'aurait même pas dû sortir de l'école. Elle aurait dû se régler entre adultes, au lieu de dramatiser à ce point", déplore le père, cité par le quotidien".

http://www.lejdd.fr/cmc/scanner/societe/200922/bagarre-d-ecole-un-enfant-de-8-ans-entendu_213495.html?popup

http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/a-8-ans-chez-les-gendarmes-31-05-2009-532276.php


Cela devient une habitude! Une mauvaise habitude! Les forces de l'ordre s'occupent de ce dont les parents et les enseignants ont à s'occuper! Ils interviennent dans des affaires scolaires et interrogent des enfants au risque de les traumatiser ou... de banaliser l'autorité dont ils sont investis!

Un enfant n'est pas un délinquant, y compris quand il commet des actes répréhensibles! En la circonstance, il s'agit d'un conflit mineur entre enfants pour lequel la famille de l'un d'eux, au lieu de s'adresser au directeur de l'école, a cru devoir se tourner vers la gendarmerie! Là aussi, il y a erreur : on porte plainte pour peu de chose, et l'on dramatise ce qui doit être traité de façon à apaiser les élèves!

Ce qui est grave, dans ce que révèle le fait divers, c'est que la politique du tout répressif, en milieu urbain, conduit à une perte de repères de la part des adultes! Il semble que la société doive se défier de ses enfants et les considérer comme des délinquants potentiels! Cette conception de l'enfance et de l'adolescence est porteuses de conflits qui peuvent devenir dramatiques! Faute de rechercher les causes de comportements à surveiller, on généralise la suspicion à l'égard des enfants. Rien n'est plus détestable!

http://img234.imageshack.us/img234/8735/enfant7sh.jpg

Ah le sale gosse!

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 27 mai 2009

La Grève des électeurs.


Les prochaines élections européennes sont mal accueillies par les citoyens européens qui ne voient pas en quoi elles les concernent en tant qu’acteurs de la démocratie. Allons-nous vers un abstentionnisme politique historique ?

En France où, en 1979, la première élection au suffrage universel du Parlement européen avait connu une participation de 60% et où, depuis, tous les cinq ans, la participation électorale n’a cessé de décroître jusqu’à tomber, en 2004, à 42%, on annonce la possibilité d’un taux de participation inférieur à 40% !

À ce niveau, il s’agirait d’un événement politique majeur. Il n’y a pas si longtemps, en 2007, les Français ont élu le Président de la République en se déplaçant deux fois plus nombreux : la participation fut supérieure à 80% ! Il ne s’agit donc p as d’une mauvaise habitude nationale de désertion des bureaux de vote, ni d’une négligence, ni d’un incivisme, mais bien d’un refus dont les causes sont multiples.

La première est qu’il n’y a décidément pas de citoyenneté européenne : on ne vote pas le même jour, de la même manière, pour des candidats connus et approchables, et l’entité Europe n’a d’autre existence politique que celle que les États-nations lui délèguent. Je ne suis européen que parce que français et nullement européen parce que… européen ! Du reste, à notre frontière, la Suisse nous fournit l’exemple même de la non évidence de cette citoyenneté : au cœur de l’Europe, elle ne fait pas partie de cette Europe politique qui, en dépit de ses élargissements successifs, n’est encore qu’une Union européenne et pas l’Europe.

La seconde cause de refus est que ce manque d’Europe s’accompagne d’un flagrant manque de démocratie. On se donne une règle puis on la bafoue : il fallait l’unanimité des États pour valider de nouvelles institutions européennes. Trois rejets par référendum, en France, aux Pays-Bas et en Irlande n’y auront pas suffi : on a inventé un quasi clone du projet ces institutions écartées, sous la forme d’un traité dit de Lisbonne, et on l8 0a soumis à des parlements plus dociles que les peuples… Quant à l’Irlande dont la constitution interdit le non recours au référendum, eh bien, on la fera revoter en lui promettant monts et merveilles… Proposer aux Européens, par l’intermédiaire d’une constituante, un texte qui pourrait être voté à une majorité définie (les deux tiers des voix, par exemple), il n’en est pas question car… cela ferait exister l’Europe politique !


Le suffrage est-il bien universel?

La troisième cause de refus est de l’ordre de la déception. L’Europe de Bruxelles est le très vaste manteau sous lequel les gouvernements des 27 États intéressés s’entendent, ou derrière lequel ils s’abritent, pour faire passer les mauvais coups de la libéralisation capitaliste. L’Europe cache derrière les droits de l’homme (côté face de la pièce libérale) une volonté implacable de privatisation au nom de la concurrence (et c’est le côté pile, celui de l’économie de marché). Ce marché du charbon, de l’acier puis du reste, dont on espérait, après la seconde guerre mondiale, la garantie d’une paix durable, a vidé les Parlements nationaux de leurs droits à régir l’activité économique et, contradictoirement, a interdit la naissance d’une communauté européenne supranationale ! Une instance supra étatique sans contenu supranation al : voilà l’Europe. Les électeurs naviguent entre ces deux pôles ( trop d’Europe et pas assez d’Europe) sans savoir où accoster. L’euroscepticisme (celui des nationalistes acharnés comme celui des déçus de l’Europe fédérale) trouve là sa source.

Cette crise politique, en pleine période de bouleversements économiques, est, à court terme, sans solution. D’instinct, l’électeur ne veut pas entrer dans ce jeu de dupes. La montée fulgurante du chômage en parallèle à la progression non encore freinée des périls écologiques le font douter d’une réponse électorale à une situation que les grandes et petites formations politiques ne maîtrisent plus. L’Europe est née de l’économie et, pour qu’elle n’en meure pas, il faudrait que la démocratie pèse sur des choix économiques. Mais la société marchande se refuse à ce marchandage : l’économie est chose trop délicate pour la confier aux peuples irresponsables, incultes et sans moyens financiers ! Quant à l’écologie, si elle ne devient un nouveau marché, celui de la croissance verte, du capitalisme vert, elle est un facteur de déstabilisation dangereux, une source de subversion qui n’a pas sa place en Europe. Il faudra, pensent les eurocrates, en convaincre les écologistes ou les éliminer des compétitions électorales.

Telles sont, parmi d’autres encore, les causes principales de cet abstentionniste annoncé. Qui va le reconnaître ? Qui va en tirer des enseignements ? On va déplorer la maigreur des participations, dans la plupart des États d’Europe, puis on se résignera à faire avec les résultats sortis des urnes ! Un parti « vainqueur » à 25% des suffrages exprimés pèsera, en réalité, 10% de l’électorat, mais cela n’invalidera nullement son succès relatif ! Les 732 députés siègeront puis on oubliera… Sauf que, cette fois, on va établir une assemblée parlementaire sur un volcan dont on ne connaît ni la date de l’éruption ni la violence de l’explosion, ni la direction que prendra le flot de lave ! L’angoisse, la misère, la déception dans une période d’incertitudes et de régression sociale nourrissent des révoltes qui, lentes à se manifester, peuvent surgir de façon soudaine et incontrôlée ! Voilà ce que dissimule cette abstention qui vient : la volonté de sanctionner, de montrer son mépris et d’exiger une autre approche de l’action publique, sinon… Sinon l’Europe en son entier va bouillonner et connaître des conflits sans fin.

Le 7 juin, regardons bien ce que représenteront les suffrages exprimés, c’est-à-dire les votes émis qui seront pris en compte. Il faudra soustraire du total des électeurs potentiels constituant le corps électoral ( d’ailleurs incomplet du fait des non inscrits ou des résidents étrangers sans droit de vote), les abstentionnistes, les bulletins nuls ou volontairement annulés, les bulletins blancs, mais aussi les bulletins valides portés sur les listes n’ayant pas obtenu, selon notre mode de scrutin, les 5% nécessaires à une représentation. L’observation risque de surprendre car, le faible pourcentage pronostiqué par les médias pourrait bien se voir aggravé…

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Octave Mirbeau (1848-1917)

Le 28 novembre 1888, Octave Mirbeau, dans un article du journal /Le Figaro /en appelait à la grève du suffrage universel ! On imagine mal, aujourd’hui, la parution d’un tel article, politiquement incorrect, dans quelque quotidien que ce soit, et surtout pas dans /Le Figaro/ ! Curieusement, les éditions Allia font reparaître, en mai 2009, pour trois euros, ce pamphlet antiboulangiste dont la pertinence heurte notre confort intellectuel, plus de cent ans après sa parution! /La grève des électeurs/ fit scandale et dérange encore. Pourtant, « ce n’est pas l’idée de démocratie qu’Octave Mirbeau remet en cause mais sa pratique qui a toujours confisqué au peuple le pouvoir au profit d’une poignée d’exploiteurs qui parle en son nom », écrit Cécile Rivière en postface, à ce tout petit mais beau livre.

Et si, en effet, plus d’un siècle après l’incitation d’Octave Mirbeau, était attendue la première grève des électeurs ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran