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vendredi 1 mai 2015

Les Rafales de la honte


Tous contents : les employés de chez Dassault, le Président de la république et le Ministre des armées, les partis politiques soutiens du Gouvernement et même ceux qui lui sont opposés (ils auraient fait mieux, toutefois, disent-ils...). Bref, bonne nouvelle pour la France, parmi les toutes premières nations vendeuses d'armes au monde : nos machines volantes, porteuses de mort, les Rafales, se vendent bien, enfin !

À qui vend-on ces bombardiers sophistiqués ? À des pays qui sont, bien sûr, dans des zones de conflits : l'Inde face au Pakistan, l'Égypte face à la Lybie, Le Qatar et ses alliés face à l'Iran. Ne jamais oublier que l'Inde et le Pakistan, deux États dotés d'armes nucléaires s’opposent en permanence. On doit retenir que l'Égypte, située entre Israël, et la Lybie, face à l'Arabie saoudite, et avec le Soudan au sud, est revenue à la dictature. Quant au Qatar, c'est un État esclavagiste richissime, qui achète tout ce qu'il peut, et pas seulement le PSG. Pays sunnite et antichiite, qui fait partie, avec le Koweit et l'Arabie saoudite, de la coalition arabe, dirigée par Ryad, il est engagé dans la lutte contre les Houtis au Yémen. Et c'est là, dans ces pays sous tension, que vont atterrir les Rafales fabriqués chez Dassault !

On se permet de rappeler à l'Indonésie que la France et toute l'Europe sont hostiles à la peine de mort qui frappe des individus et, dans le même temps, on vend des appareils qui tueront des civils autant que des soldats, par milliers parfois, ou beaucoup plus !

Notre coopération militaire avec des pays qui bafouent la démocratie ou qui ne veulent pas en entendre parler (et notamment au Moyen-Orient) est une faute politique autant que morale. Pour faire la guerre, il faut des armes ; qui fournit les armes veut la guerre. La France, notre France veut et fait la guerre.

Résultat de recherche d'images pour "rafale"

Notre pays engagé dans des conflits africains où la plupart des États membres de l'Union européenne ne veulent pas entrer, se veut une grande puissance, ce qu'elle n'est plus. On a beau diminuer les crédits publics, sauf pour l'armée, les matériels s'usent et les soldats s'épuisent dans une dispersion militairement inefficace.

À cela s'ajoutent des soupçons de « bavures » qui salissent, en République  Centrafricaine, non seulement des soldats français accusés de viol, (et, apprend-on, d'autres encore...) mais la France elle-même, ainsi que l'ONU, au nom de qui l'action de « protection et de sécurité » était censée être menée !

Des questions philosophiques autant que politiques, majeures, dès lors, se posent. Où est la source de la violence en Afrique ? À qui revient-il de s'y opposer ? Sans aucun doute aux Africains eux-mêmes. Faire des affaires et obtenir des succès industriels et commerciaux se justifie-t-il, en toutes circonstances, notamment quand il s'agit de fabriquer et vendre des armes comme jamais on n'en a fabriqué dans le passé ? La France reste-t-elle ce qu'elle prétend être, le pays des droits de l'homme, quand elle se livre à de pareilles opérations où la logique libérale l'emporte sur toute autre considération ?

Il faut aussi rappeler qu'une activité industrielle n'est pas bonne en elle-même parce qu'elle fournit des emplois. Les syndicats qui se réjouissent de la dernière vente d'avions au Qatar font une analyse à courte vue ? Car - il faut oser ce raccourci - on ne défend pas les intérêts des salariés quand on produit de quoi donner la mort. Les entreprises qui fournissent ce qui nuit au genre humain ne sont pas justifiées parce qu'elles procurent de l'emploi et des salaires. Et ce ne vaut pas que pour l'industrie d'armement. Le profit ne suffit pas à tout rendre acceptable !

« L’armement made in France ? Il se porte bien, merci pour lui. Selon les chiffres - encore provisoires - publiés lundi 9 février par la Direction générale de l’armement (DGA), les ventes françaises de matériel militaire ont atteint 8,06 milliards d’euros en 2014, soit une progression de 17,3% par rapport à 2013 », lit-on dans le périodique Challenges1.

Nombre de nos concitoyens constatent, impuissants, que leur pays fournit de quoi s'entretuer sans que cela trouble exagérément les consciences ! Eh bien, non seulement cela trouble la nôtre, mais cela nous scandalise. Heureux les pays qui n'ont pas les moyens industriels de contribuer à propager la guerre. L'avenir de l'humanité ne passe pas par le déploiement de ces moyens d'action-là, faussement associés à la sécurité dans le monde. Ce n'est qu'après une guerre, hélas, que retentissent alors les voix des pacifiques. Qu'attend-on ? Que tombe sur nous, une catastrophe internationale, nucléaire ou pas, qui nous fera pleurer nos morts et manifester notre solidarité ? Mieux vaudrait, à l'avance, ne pas entrer dans ces engrenages fatals.

« Le duo Hollande-Le Drian est le meilleur qu’ait connu la France pour les ventes d’armes depuis des lustres", assurait, fin 2014, un patron du secteur, pourtant peu suspect de sympathie socialiste »2. Il faut dire qu'un socialiste militariste est socialiste autant qu'un Pape croyant est athée ... Parmi toutes les causes de ruptures avec le gouvernement actuel de la France, celle-ci, (le succès d'une entreprise privée, productrice d'avions de guerre, ayant le Chef de l'État lui-même pour agent commercial) suffit à nous détourner d'une politique qui engendre la haine des peuples. Deviendront pour longtemps nos ennemis ceux qui subiront les suites de cette livraison d'un matériel fait pour larguer bombes et ogives sur tous les êtres vivants, civils ou non. Les peuples victimes sauront qui a fourni ces engins effroyablement efficaces et nous aurons alimenté les désirs fous de vengeance, prenant ainsi notre part dans le développement du terrorisme.

1 http://www.challenges.fr/entreprise/20150209.CHA2919/l-insolente-sante-de-l-armement-made-in-france-a-l-exportation.html
2 op. cit.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 27 avril 2015

La trahison consommée de François Hollande.


« Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 ... » en prononçant ces mots, lors d'une émission de Canal Plus, et en assimilant les communistes d'hier, (près d'entrer dans le gouvernement de François Mitterrand, au temps du programme commun de la gauche), avec les ultranationalistes ou néofascistes d'aujourd'hui, François Hollande révèle son vrai visage.

C'est celui d'un pseudo–socialiste de centre droit renonçant définitivement à remettre en cause le capitalisme qui, pour lui et ses alliés, est, désormais, le seul système économique et politique possible.

Nous n'en sommes pas surpris, car il s'est, depuis longtemps, converti à la nouvelle religion néolibérale et rangé dans le camp des supporters du profit, des courtisans du CAC 40, des fanatiques de la marchandisation absolue et de la mondialisation impitoyable, de la libre entreprise dérégulée et de « la main invisible du marché ».

Pourtant, il avait essayé, et presque réussi, à nous séduire pendant la campagne présidentielle par son discours du Bourget. Son slogan : « le véritable adversaire, c'est le monde de la finance », avait de la gueule. Pourtant un mois plus tard, première trahison, il court à Londres, à la City, pour rassurer les financiers.

Il est édifiant de relire aujourd'hui ce discours1 pour être convaincu, définitivement, qu'il ne s'agissait que d'une posture de pure démagogie.

Quand on connaît le parcours politique de François Hollande, son passé médiocre à la tête du Parti socialiste, on ne peut pas être étonné de la direction social-démocrate, franchement libérale prise par la politique gouvernementale.

Le début de son quinquennat n'a été qu'une succession constante de reniements des promesses faites ( ratification du traité européen – hausse de la TVA – crédit d'impôts aux entreprises – loi bancaire très accommodante pour les établissements financiers …). En matière économique, ses positions et celles de son premier ministre, très technocratiques, sont transparentes : politique de l'offre en espérant une reprise de l'embauche en passant un accord avec le Medef. Aujourd'hui, il ne semble même plus en capacité de trouver les mots de gauche pour communiquer avec son électorat.

« Les promesses ( des hommes politiques ) n'engagent que ceux qui les écoutent » aurait dit Henri Queuille2, mais, avec François Hollande, on atteint le sommet de l'imposture. Ceux qui pensent qu'il s'agit de soumission ou d'incompétence se trompent. Il s'agit bel et bien d'une complicité de classe, d'un bipartisme alternatif où l'on se repasse le pouvoir, ce qui empêche le développement de toute autre alternative politique.

Combien de temps cela peut encore durer ? Les dernières élections ont montré l'irritation des électeurs dont le mécontentement croissant de ceux qui ne votent plus ! Il serait peut-être temps de mettre fin à ce jeu pervers avant que le nationalisme le plus ultra ne s'empare de l'opinion.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 

1 - http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-integralite-du-discours-de-francois-hollande-au-bourget.html
2 – François Hollande est souvent comparé à Henri Queuille.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Queuille

vendredi 24 avril 2015

Morts en méditérannée. Nous avons honte !





Notre colère est vive.

Le Conseil Européen du 23 avril 2015 réuni en urgence pour prendre des mesures à la suite de la mort de près de 900 migrants dans le naufrage d'un chalutier en méditerranée, a fait preuve, comme à l'accoutumée, de son impuissance, d'un profond cynisme et d'une totale hypocrisie.

Après avoir essuyé les larmes de crocodiles de circonstance sur le sort des pauvres victimes, les membres du Conseil Européen ont « courageusement » décidé de renforcer les frontières de la forteresse européenne en donnant des moyens supplémentaires au réseau Frontex, dont il faut rappeler qu'il n'est pas un système de sauvetage en mer, mais de surveillance des frontières.

A cette occasion, le Chef de l'Etat français, « magnanime », a affirmé «  la France prendra sa part1, c'est-à-dire (qu'elle accueillera) entre 500 et 700 réfugiés syriens ». Ainsi, alors que le Liban, pays de 6 millions d'habitants, fait face à un afflux de 1,2 millions de réfugiés syriens, notre pays de 66 millions d'habitants accueillera « royalement » 500 à 700 syriens.

Ces propos honteux, indignes du chef de l'Etat, et contraires à nos traditions humanistes, illustrent, une fois encore, l'état de pourrissement des valeurs de la République .

La Présidente d'Amnesty International France dit : « la politique française est basée sur le contrôle des flux migratoires, pas sur le sauvetage de vie ». Elle a tout à fait raison, nos gouvernants ont une machine à calcul greffée à la place du cerveau, ils considèrent la migration comme un coût et comme une menace sécuritaire. Ils veulent s'attaquer aux passeurs, mais ceux-ci, même si ce sont d'odieux personnages, ne sont pas la cause, mais la conséquence de la politique européenne.

Nous attendions des mesures d'urgence, par exemple celle d'ouvrir des voies de circulations légales garantissant aux réfugiés la possibilité d'accéder aux territoires de l'UE sans mettre leur vie en danger. Au contraire, les décisions du Conseil Européen alimentent les politiques discriminatoires ; elles empêchent les personnes de circuler, elles favorisent les trafics d’êtres humains et contreviennent au droit international.

Oui, les Européens peuvent avoir honte de leurs gouvernements et les Français particulièrement.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  Dixit Michel ROCARD

mercredi 1 avril 2015

La dictature du temps court.


Des élections viennent de se terminer.

De quelques couleurs politiques qu'elles proviennent, les professions de foi sont révélatrices de la pauvreté des programmes des candidats et cette observation est constante à toutes les élections. Ensuite, arrivés au pouvoir, ils gèrent le présent sans prendre en compte l'avenir.

Alors que la politique doit s'entendre dans le temps long, coincés par la durée de leur mandat, par la perspective de leur réélection et par le fonctionnement médiatique et sociétal, tous les hommes politiques font de la gestion de court terme.

En 2012, la Cour des Comptes les a tancés en affirmant dans un rapport « (qu'il fallait) mettre le politique au défi de se placer sur le temps long, pas sur celui des promesses électorales ».
« Assez de pilotage à vue » a écrit la Cour, ajoutant : « de se débarrasser des réflexes d'une société de consommation obnubilée par le temps … court »

Mais, comme tous leurs contemporains, ils se laissent prendre au piège de l'accélération du temps où l'on va toujours plus vite, où Internet permet d'être informé dans l'instant, où l’obsolescence programmée limite la durée de vie de tous les biens de consommation, où le retour sur investissement, non content d'être à deux chiffres, doit être immédiat, où les transactions boursières se font à la nanoseconde …
Le temps court permet de renouveler les produits plus souvent au bénéfice (importants) de quelques individus qui ont compris comment s'approprier les marges à leur profit.
Le temps court permet d'augmenter le rendement des capitaux qui tournent à la vitesse de la lumière et décuple la cupidité du système et des oligarques.
Le temps court est concomitant à la société de consommation dont le credo est de consommer toujours plus et toujours plus vite. L'accélération du temps est inhérent au système capitaliste et assure son succès.

Le monde a perdu de vue le temps long et ne s'intéresse qu'aux symptômes et plus aux causes.

« Nous empruntons la terre à nos enfants »

Oublier ce proverbe africain si chargé de bon sens, c'est oublier que nous devons toujours considérer nos actions en pensant aux générations futures, c'est oublier que le temps long est celui des visions politiques de long terme porteuses de progrès social et humain.

L'omission du temps long donne le confort d'ignorer les conséquences de nos actes et de nos décisions sur les générations à venir et obère jusqu'à l'avenir de l'humanité.

Malgré l'oxymore que certains dénoncent, le concept de « développement durable » est un rappel à l'ordre à notre modèle économique et à l'adulation du « dieu croissance ». Le modèle que nous montre l'évolution du monde depuis sa création est celui du temps long.
C'est l'arrogance et la prétention de l'homme « moderne » qui le met en contradiction avec la terre qui le porte.

La petitesse de notre passage sur la terre sur la terre en comparaison avec les temps géologiques devraient nous ramener à la plus grande modestie.

Tout dans la nature est là pour nous rappeler le temps long :

  • Le jardinier qui plante aujourd’hui un chêne sous l'ombre de laquelle se détendront ses petits enfants,
  • les énergies fossiles qui, œuvre des temps anciens, seront consommés en moins de deux siècles,
  • des pans entiers des forêts d'Amérique du Sud, d'Asie et d'Afrique détruites en quelques minutes par des machines géantes,
  • les ressources halieutiques en voie d'extinction détruites par l'avidité du monstre humain,
  • sans oublier la désagrégation lente des déchets nucléaires et la dégradation des nappes phréatiques, de la couche d'ozone, du climat, etc

Quelle prétention de se croire ainsi supérieur à la nature qui a mis des centaines de milliers d'années à élaborer ce que nous aurons dilapidé en l'espace de deux siècles.

Aujourd'hui, on constate que la Cour des Comptes n'a pas été entendue et que ses exhortations sont restées lettres mortes, pourtant, il faut absolument que la raison revienne à tous les décideurs, aux industriels, aux femmes et aux hommes politiques, mais aussi à nous tous car la prise en compte du temps long n'a de sens que collectivement.

Il est primordial que les conséquences de nos décisions comme de nos actes soient prises en compte sur la durée.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mercredi 25 mars 2015

De l'abstention politique au vote blanc politique ?


Entre un socialiste privé de socialisme (au PS), un libéral dur ou mou (au sein du conglomérat UMP-UDI-MODEM-Divers Droite) et un néofasciste nationaliste et antitoutiste (qui représente le FN), il n'est aucun choix possible, au second tour des départementales, dans la plupart des cantons.

Le paysage électoral a été nettoyé par l'élimination, le plus souvent, des candidats des autres formations politiques (ceux d'une gauche réelle mais à la dérive – qu'il s'agisse soit du PCF, du PG, ou d'autres groupuscules, ou ceux des écologistes, pour certains tentés par le retour au gouvernement ! – ).

La France s'est « droitisée » et le tandem Hollande-Valls aura achevé le travail bien engagé par Nicolas Sarkozy. Les électeurs de gauche, frustrés, ne peuvent s'y retrouver : ils ont été trahis. Ils ne savent comment sortir de cette impasse idéologique et politique qui les détourne de voter comme ils pensent.

Les appels à l'unité de la gauche sont dérisoires voire pervers puisque l'on ne pourra recoller ce qui a déjà été cassé. Voter « pour limiter les dégâts », quand se profile la menace d'une élection d'un candidat FN, mais quitte à renforcer le clan des partisans d'un capitalisme décomplexé, est une solution du désespoir que beaucoup vont écarter.

Que faire d'autre alors ? L'élection départementale 2015 est d'ores et déjà perdue pour la gauche. L'implantation du FN est chose faite, même s'il ne devait diriger aucun département. Il faut donc ouvrir et élargir un nouvel espace politique : celui des électeurs, très majoritaires, qui ont dit non à l'offre électorale offerte, en s'abstenant de continuer à participer au système politicien qui les broie.

Ceux qui n'ont pas voté, comme ceux qui ont voté blanc, et même une partie de ceux qui ont voté Front national se sont écartés du bipartisme qu'une loi électorale scélérate voulait renforcer, au moyen du barrage aux candidats n'obtenant pas, au premier tour, 12,5% des inscrits !

Puisque les votes blancs, depuis la loi du 21 février 2014 (qui a commencé de s'appliquer le 1er avril 2014), sont désormais comptabilisés à part, il devient possible de dire son refus d'une fausse alternative : ou bien rester hors du jeu politique ou bien se contenter de voter pour le moins mauvais ! Il faut commencer, dès à présent, à donner un nouveau sens au vote blanc, soit en plaçant un bulletin vierge dans l'enveloppe, soit en laissant l'enveloppe vide. C'est, du reste, un geste simple.

Créer une attitude nouvelle pour les abstentionnistes ou déclencher une attitude nouvelle de la part des électeurs qui ne veulent pas faire un choix heurtant leurs convictions : telle est la possibilité offerte par le vote blanc qui va, enfin, permettre de séparer les bulletins nuls, invalides, des bulletins et enveloppes sans désignation, valides.

Certes, les bulletins blancs ne seront pas encore, cette fois, des suffrages exprimés (par peur, ont jugé les parlementaires, que ce soit, parfois, le vote blanc qui passe avant le vote nominal). Pourtant, connaître le nombre d'électeurs qui ne se prononcent pas et pourtant auront voté, sera plus qu'une information mais sera l'expression d'une volonté politique très éclairante.

Sortir le pays du bipartisme (PS-UMP) ou du tripatisme (PS-UMP plus FN !) exige que soit crié : nous ne jouons pas à ce jeu là. Nous votons et voterons. Nous ne voterons plus jamais autrement que comme nous pensons. Si cela devenait impossible, désormais, nous voterions blanc.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 24 mars 2015

Est-on condamné à ne pas voter comme on pense ?


"Un bulletin de vote est plus fort qu'une balle de fusil."
Abraham Lincoln, 1856
Encore faut-il qu'on ne détourne pas ce bulletin de son objet...

1 électeur sur 2 ne s'est pas déplacé. Commentaire des médias : on a mieux voté qu'en 2011.
En 2011, on votait dans un canton sur 2 ; ce n'est pas comparable !
La réalité est telle : le désaveu démocratique reste entier.
Et les conséquences sur le résultat final seront lourdes.

Le gouvernement est une troisième fois sanctionné. Le PS limite les dégâts affirment les gazettes !
Pour les porte-parole socialistes, c'est la faute des autres qui ont divisé « la gauche »
La réalité est telle : depuis 2012 le reflux du vote de gauche est constant.
Les électeurs du PS abandonnent un navire qui ne vogue plus pour eux.

Le Front national, selon les sondages, devait être en tête. Résultat : il est en 3e position !
Il n'empêche que le tripartisme s'est installé : UMP-PS-FN...
La réalité est telle : les électeurs sont piégés par une loi électorale scélérate.
12,5% des inscrits, (soit autour du quart des exprimés) bipolarisent le second tour.

On ne parle, sur les ondes, que de gauche, de droite et de Front national.
Les autres sensibilités politiques ne comptent guère !
La réalité est telle : la voie électorale pour faire émerger la démocratie s'est bouchée.
La tentation est alors grande pour les citoyens de casser le système en votant FN !

On a fait silence radio sur le vote blanc, désormais comptabilisé mais encore peu employé !
Qui ne veut pas de la fausse gauche, de la droite dure ou du nationalisme fascisant est paralysé.
La réalité est telle : il n'est plus possible de voter comme on pense.
Les électeurs sont guidés vers les sentiers battus afin qu'ils votent non pas pour mais contre...

Les médias présentent l'anticapitalisme et l'écologie comme utopiques.
Les « partis de gouvernement » sont impuissants à changer la situation dont souffre le peuple.
La réalité est telle : l'impuissance s'est abattue sur les citoyens.
Ou ils ne votent pas ; ou ils pratiquent « l'antitoutisme » avec le FN ; ou bien... ils se résignent.

Le formatage entrepris par les grandes entreprises de communication font régner le mensonge.
On ne veut mesurer que les suffrages exprimés !
La réalité est telle : on veut que les non-votants soient politiquement annihilés, culpabilisés.
Comme les pauvres, les abstentionnistes seront jugés responsables de leur sort.

Le jargon de nombre des journalistes et des experts en communication est codée.
Ne pas vouloir entrer dans le jeu politicien serait être un mauvais citoyen !
La réalité est telle : on veut interdire toute velléité de sortir du système économico-politique.
Briser le carcan électoral qui nous assujettis est devenu une urgence citoyenne.

Ni sondages, ni expertises, ni enquêtes, ni « éléments de langage » n'explorent la politique.
Au contraire ils la formatent, la conditionnent, la déterminent, la plient au vouloir des chefs...
La réalité est telle : former peut déformer, formater, rendre conforme ou informe.
Rendre l'opinion malléable, plastique, docile, gouvernable est devenu l'objectif des puissants.

La propagande ou « bourrage de crâne » a pour but de nous convaincre de ne rien changer.
« Changer » le changement, revient à y renoncer à revenir en arrière.
La réalité est telle : réformer c'est supprimer, détruire le changement
Le combat culturel est devenu le premier engagement politique.

"On peut tromper une partie du peuple tout le temps
et tout le peuple une partie du temps,
mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps."
...Toujours d'Abraham Lincoln

Encore faut-il que le peuple refuse de se laisser embarquer sur le bateau de Panurge


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 21 mars 2015

De l'incompatibilité entre démocratie et élections.


Depuis les débuts de l'introduction de la démocratie dans les sociétés occidentales, il n'a jamais été envisagé que les élections pourraient faire obstacle à l'expression des citoyens.

Nous y voici, pourtant, aujourd'hui !

On a pu, certes, depuis longtemps, critiquer les modes de scrutin qui altéraient le vote des électeurs, mais on n'allait pas jusqu'à en déduire que les procédures démocratiques pouvaient s'en trouver totalement perverties.

On a pu prêcher « la grève des urnes »1 au début du XXe siècle, ou lancer le slogan « élections piège à cons »2, en 1968, mais il s'agissait de contestations restées minoritaires et qui ne remettaient pas en cause le principe même de la consultation électorale.

La progressive montée de l'abstention3 permet de franchir, à présent, la barre des 50% des électeurs inscrits4 (indépendamment des non-inscrits5 et des interdits de vote - tels que les résidents étrangers, communautaires ou extra-communautaires - ne pouvant, en France, participer à certaines des élections, voire à toutes ! ).

Certains politologues commencent à s'interroger sur l'utilité de rendre le vote obligatoire6, comme c'est le cas en Belgique ou pour les élections au second degré (telles que les sénatoriales) D'autres rappellent que l'abstention7, à partir d'un certain seuil, peut rendre invalides, en fait ou en droit, les résultats d'une élection désertée (au risque de faire procéder à une nouvelle élection avec de nouveaux candidats, ou même d'annuler provisoirement, ou définitivement, les scrutins dont le peuple s'est désintéressé.)

Sont étudiées, également, des hypothèses nouvelles aboutissant à substituer à la démocratie élective des formes de désignations démocratiques par tirage au sort, comme il fut procédé dans l'antiquité ou comme il est prévu pour constituer les jurys d'assise.

On a commencé aussi à rendre valides des votes blancs8 considérés, à présent, comme des suffrages exprimés, dans certaines élections. C'est ainsi que, pour les prochaines élections départementales, en France, l'ancienne confusion entre les votes nuls et les votes blancs (bulletins vierges ou enveloppes vides) est abolie.

Enfin, pour des raisons de respect de la parité, mais aussi de renforcement de la participation féminine, on a créé, en 2015, pour les élections départementales, - et c'est une première historique - des candidatures mixtes, en binômes.

Tous ces interrogations sur les modalités des votes ne compensent pas la réserve massive des citoyens lesquels, hormis l'élection présidentielle, cessent fréquemment de considérer leur droit de vote comme une obligation civique et morale. Il y a crise majeure de la démocratie représentative.

Il ne s'agit pas d'un désintérêt, d'une négligence ou d'un découragement ajoutés qui détourneraient de la responsabilité politique, il s'agit d'un recul, d'un rejet et d'une méfiance sans précédent vis-à-vis des partis politiques. Il s'agit aussi d'une manifestation de l'impuissance ressentie par les citoyens quant à l'utilité, l'efficacité et l'influence de leurs votes. Il s'agit d'une abstention devenue véritablement une expression politique mais dont les « professionnels » de l'activité citoyenne répugnent, pourtant, à tirer tous les enseignements.

Cette situation n'est pas principalement française. Là où les citoyens ne voient pas ou plus en quoi leur vote pèse sur leur propre destin, il y a régression des suffrages exprimés. C'est manifestement le cas pour les élections européennes, en l'absence d'une identité européenne clairement définie et considérée comme secondaire par rapport aux prérogatives des États.

La prise en compte des bulletins blancs dans la présentation du résultat d'une élection ne signifie pas encore la reconnaissance de ces votes comme de véritables suffrages exprimés. Ce serait, en effet, un bouleversement politique que de valider les refus de choisir s'ils venaient à dépasser le nombre des voix s'étant portées sur les candidats en compétition ! Dans les pays où les modes de scrutin sont de type majoritaire, la prise en considération des bulletins blancs comme suffrages exprimés risque, de surcroît, de détruire la majorité absolue. C'est bien pourquoi il n'est pas question d'introduire cette modalité d'expression citoyenne dans les élections présidentielles9.

Il y a lieu, enfin, de considérer les résultats électoraux ayant, fort légalement, amené au pouvoir des forces et des responsables politiques nuisibles aux intérêts des peuples concernés. Nul besoin de rappeler l'élection « démocratique », et du reste non contestée, d'Adolf Hitler en 1933. Sur tous les continents, des élections truquées, manipulées, accompagnées par des menaces et des violences ont conduit à des coups de force ou les ont suivis. Les régimes d'apartheid ou de dictatures, que ce soit en Amérique du sud ou en Afrique, n'ont pas eu besoin de supprimer les élections. Il suffisait de les encadrer, de les conditionner, de les mettre sous le contrôle total de polices politiques.

Sans aller jusqu'à ces extrémités d'élections antidémocratiques, masquant mal le caractère autocratique, souvent monocratique, de régimes hérités des temps coloniaux (mis en place sous l'égide de la Françafrique laquelle n'a pas cessé de sévir) ou soutenus par des intérêts économiques sans scrupules (en particulier en Amérique latine, sous des influences états-uniennes), il faut oser balayer devant les portes de l'Europe. On a voté, à l'Est, dans les « démocraties populaires », à l'époque dite stalinienne des « dictatures du prolétariat », avec des résultats dont on se gausse encore, frôlant les 100% de suffrages exprimés. On votait au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce, quand Salazar, Franco, Mussolini, ou les colonels faisaient régner la terreur. Il y a des décennies qu'on sait que des élections peuvent être organisées sans aucune garantie de démocratie.

On objectera que, s'il peut y avoir élections sans démocratie, il ne peut y avoir démocratie sans élections. Reste à préciser de quelle démocratie il est question même quand la liberté de voter n'est pas contestable.

Si l'on convient que la démocratie existe seulement quand la décision politique appartient au plus grand nombre des citoyens, on se doit de réexaminer et de prendre au sérieux toutes les réserves exprimées plus haut. Ne compter que les suffrages exprimés ne suffit plus dès que les non-votants sont plus nombreux que les votants. Les modes de scrutin qui limitent les possibilités de choix des électeurs réduisent le champ de l'expression démocratique. Les élections de listes, avec primes aux vainqueurs, placent, injustement, les minorités en-deçà de leur représentativité réelle. Or, la France use de plusieurs dispositifs électoraux qui cumulent ces travers. Ils sont tous à deux tours (ce qui ne serait pas le cas de la proportionnelle intégrale, comme ce l'est pour les législatives en Israël ou en Grande-Bretagne). Ils éliminent les « petits » candidats, au second tour (comme pour les législatives et les départementales). Ils confortent les majorités par des primes (pour les municipales et les régionales). Ils limitent le choix aux deux candidats les mieux placés (pour les présidentielles, lesquelles n'ont jamais - de De Gaulle à Hollande - donné l'occasion d'élire un candidat ayant, dès le 1er tour, obtenu plus de 50% des suffrages exprimés).

Il est donc des observations techniques qui permettent d’affirmer qu'il peut y avoir incompatibilité entre des procédures électorales et l'esprit même de la démocratie. Si sérieuses soient les contradictions entre le code électoral français et la démocratie authentique (celle qui valorise l'égalité absolue : un homme/une femme = une voix), ce sont les causes politiques et philosophiques de ces discordances qu'il faut scruter, analyser et interpeller. L'incompatibilité prend alors la forme d'un différend politique d'autant plus profond qu'il se situe aux racines mêmes de la politique.

En 2015, en France, les partis dits « de gouvernement » ne recueillent pas l'assentiment de la majorité des citoyens, tant s'en faut, mais pour exprimer ce discrédit il n'est plus que deux voies : refuser tout concours au fonctionnement des institutions existantes (abstention) ou voter, par provocation et scandale, pour le parti de l'anti-système (le Front national). Deux rejets de l'apparence de démocratie : d'une part, le rejet du choix limité aux sortants sans renouvellement possible et, d'autre part, le rejet, par l'absurde, d'une démocratie qui n'est plus démocratique. Autrement dit encore, quand « il n'y a plus d'alternative », il faut en inventer une et, pour cela, soit sortir de la fausse règle du jeu (se retirer du système électoral en vigueur), soit accentuer les contradictions (se servir du vote Font National pour contester l' « UMPS » !).

Quand les élections ne permettent plus l'expression de la volonté démocratique, il n'y a plus qu'à les contester radicalement soit à les brocarder. La tentative de Jean-Luc Mélenchon et de son Front de gauche étant restée dans le cadre du système à la française n'est pas apparue comme une alternative crédible. Ce que Syriza, en Grèce, ou Podemos, en Espagne, expriment non sans maladresse, mais avec des soutiens populaires importants, n'est pas reproductible au Nord de l'Europe, actuellement. Le vote blanc pèse moins que la grève des urnes. Les manifestations publiques, sans spontanéité, sont loin de perturber le jeu politique des dominants. La démocratie ne joue plus son rôle d'éveil et de révélation des forces intellectuelles capables de modifier la donne. Les élections, conséquences et non causes des mouvements qui bouleversent nos sociétés, ont été vidées de leur sens. Elles ne sont plus que l'outil de renouvellement d'élites faussement rivales qui organisent les alternances et jamais les alternatives. Sans événement aussi inéluctable qu'imprévisible, le divorce entre élections et démocratie est consommé.

Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ne fut jamais qu'une illusion. Rousseau l'avait prédit qui niait que le peuple puisse se laisser représenter. La voie démocratique empruntée, deux siècles durant, par les hommes politiques de l'Occident, a débouché sur une impasse. La démocratie représentative telle qu'elle a dominé, donnant à croire aux élus qu'ils avaient tous pouvoirs puisqu'ils incarnaient le peuple se délite pour plusieurs raisons. La première est née de la profonde transformation des savoirs : les cadres politiques n'en sont plus les seuls ni les principaux détenteurs, d'une part, et l'accès à l'information la plus précise est possible pour un nombre croissant de citoyens, d'autre part. La seconde est que les élus ne représentent plus guère la totalité des catégories sociales et font de leur responsabilité une carrière ou une profession. La troisième est que la démocratie est l'évolution permanente des pratiques de partage des décisions, ce à quoi la plupart des élus, formés par leurs partis, sont rebelles même quand ils évoquent la démocratie participative laquelle n'est, le plus souvent, qu'une association à l'information et nullement une approche de la co-décision. La hiérarchie des pouvoirs démocratiques a été bouleversée : au-dessus de l'électeur règne aujourd'hui l'élu ce qui est la contradiction même de l'affirmation fondamentale selon laquelle, en démocratie, l'élu dirige le bateau mais n'en fixe pas le cap.

La fin de la monarchie a voulu signifier le transfert de la décision politique vers les intéressés et la fin des privilèges. À part quelques soubresauts (en 1830, 1848, 1870), le XIXe siècle a laissé se réinstaller le règne des nantis, nobles ou pas. Le XXe siècle et ses guerres innommables n'a pas plaidé pour le triomphe de la civilisation et de la démocratie. Le XXIe siècle se veut l'ère de la généralisation de la démocratie, sur toute la planète mais avec toute l'efficacité des techniques de communication et de manipulation des opinions publiques, il est possible d'enlever aux peuples le pouvoir de décider de leur sort ? Ce n'est pas, dans le contexte contemporain, sur les élections qu'il faut compter d'abord pour réanimer la démocratie, voire pour commencer à lui donner un contenu !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


1 - Octave Mirbeau, La grève des électeurs, première édition en 1902. Rééditions en 1919, en 1924, en 1934, en 1980,
puis, plus récemment, chez Ludd en 1995, à l'Insomniaque en 2001 et 2007, aux Éditions du Boucher en 2002, chez
Allia en 2009 et chez Pennti en 2011.

2 - Jean Salem, Élections, piège à cons ? Que reste-t-il de la démocratie ? Flammarion, 2012.

Les résidents européens peuvent participer aux élections municipales et, bien entendu, européennes.
Les résidents non communautaires ne peuvent, en France, en dépit de promesses anciennes, avoir le droit de voter.

4 - Au 1er mars 2015, 44,6 millions de Français sont inscrits sur les listes électorales en France. Le nombre de jeunes
électeurs atteignant l’âge de voter et inscrits d'office sur les listes électorales est passé de 761 000 en 2013 à 544 000
en 2014.

6 - L'inscription sur les listes électorales est obligatoire, (article L9 du Code électoral). Toutefois, aucune sanction n'est prévue pour les citoyens qui ne s'inscriraient pas sur les listes électorales, ce qui rend, en fait, l'inscription facultative. C'est sur la base de cette obligation légale que sont inscrits d'office les jeunes Français atteignant l'âge de la majorité.

9 - Lors des élections présidentielles de 2012, par exemple, aucun des deux candidats du second tout n'aurait dépassé les 50% des suffrages exprimés si les bulletins blancs avaient été acceptés comme un choix politique licite.