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mercredi 16 avril 2014

Ne laissons pas la désespérance s'emparer du monde

Le réel est complexe mais les choix sont simples.


Il n'est rien, absolument rien, de plus utile et urgent que de concevoir et proposer de quoi donner aux humains des raisons de vivre. La haute technologie n'est pas autonome et passe désormais après les orientations et les résolutions philosophiques dont dépend l'avenir de l'humanité.





Car les raisons de la désespérance surabondent mais, parmi elles, vu de France, il en est plusieurs qui sont prioritaires. Exposées, elles apparaissent insurmontables, mais il n'est pas supportable de penser que la fin du monde est venue à nos portes. Prendre en compte la situation des humains à naître oriente nos pensées.


Les menaces sur l'humanité, dans le désordre, - car elles ne se hiérarchisent pas et chacune peut déclencher le pire -, me semblent les suivantes :

• La non prise en considération des génocides du XXe siècle, dont les causes n'ont pas été explorées profondément, et notamment celui du Rwanda, qui affecte toute l'Afrique et nous avec, qu'on commémore, au lieu d'en pourchasser l'origine historique, politique, intellectuelle et « religieuse ».

• Le rôle prédominant des USA qui n'ont cessé, au nom de la lutte contre le terrorisme, de s'écarter de leurs propres principes, qui ont organisé une guerre secrète qui s'est étalée sur toute l'étendue du globe, qui a restauré le droit à la torture, et qui a justifié l'usage de moyens nouveaux de tuer (dont les drones qui banalisent la mort à distance et ne distinguent pas les innocents des supposés criminels).

• L'augmentation épouvantable des budgets d'armement qui permettent à des entreprises privées et d'état de faire d'immenses profits rendant inévitable la multiplication des conflits locaux, régionaux et internationaux.

• Le refus obstiné de tirer les enseignements économiques, agronomiques et politiques du réchauffement climatique, lequel se produit, s'aggrave et va vite, à présent, bouleverser la vie des peuples.

• La lente imprégnation des esprits, les médias aidant, qui aboutit à l'acceptation comme inévitable de sociétés où triomphent les riches et où le partage est relégué au rang de valeur appartenant au passé.

• L'entêtement historique de savants et de politiques qui persistent à vouloir maintenir et développer l'industrie nucléaire civile et militaire en dépit des enseignements (non retenus) des catastrophes survenues entre 1945 et 2011.

• La perversion des systèmes politiques se réclamant de la démocratie et qui ont confisqué, détourné, défiguré, travesti, (jusqu'à dénaturer, par de subtils modes de scrutin, les élections elles-mêmes), ce qu'elle recelait d'historique : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes loin de toute forme de monocratie.

• le blocage de tous les acquis culturels de la pensée et de l'art humains, (un trésor laissé enfermé dans les bibliothèques et les musées), qui sont niés, oubliés, ridiculisés, au profit d'une gestion comptable et économiste des organisations communes, brisant ainsi les espoirs des humbles.

• L'absence des débats essentiels relatifs la démographie et au vieillissement, pesant sur la fin du siècle engagé.

• La course en avant, appelée croissance, qui laisse entendre que les limites planétaires n'existent pas et qui conduit à l'épuisement des ressources ainsi qu'à la saturation des économies développées.

• Le maintien d'une conception du travail strictement lié à l'emploi lequel ne peut plus, pourtant, que reculer, dès lors que produire plus est possible avec une main d'œuvre de plus en plus réduite.

• L'incapacité de penser et donc de distribuer des revenus qui ne dépendent plus du salaire.

Décrire, à grands traits, ces causes de la désespérance, mais aussi de la colère des peuples du monde, fournit aussi la liste des chantiers sur lesquels les citoyens de toutes les nations, (et plus État par État), ont à travailler, de toute urgence, sans volonté de pouvoir sur autrui mais seulement sur la réalité de nos vies.


Il n'y a du reste pas le choix : entre le renoncement définitif à tout engagement dans l'ouverture d'une autre « voie » (qui n'est plus alors qu'attente de la mort) et la participation à la découverte d'un futur qui sera très éloigné que ce que contiennent les temps présents (et qui oblige à des ruptures avec les idéologies d'un passé persistant mais déjà ruiné), il faut vivre, écrire, parler, prendre les risques de l'erreur et aimer le vivant dont nous faisons partie.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


lundi 7 avril 2014

Rwanda : 20 ans de mensonge !

Les Français ne peuvent fermer les yeux sur un génocide où ils ont été présents !

Voici vingt ans débutait l'un des plus grands drames qu'ait connus l'Afrique sous les yeux d'Européens impuissants ou complices.

Il y a génocide quand il y a volonté d'État de faire disparaître un peuple à jamais. Le XXe siècle a été le siècle des grands génocides ! Le génocide arménien en Turquie (1915-1916), les génocides des Juifs et des Roms (dès le début des années 1940) en Allemagne, le génocide khmer (entre 1974 et 1979) au Cambodge, et le génocide des Tutsi au Rwanda (en 1994) ont blessé, pour toujours, notre histoire. Non qu'il n'y ai pas eu des massacres de masse, tout au long de l'histoire et maintenant encore, mais les génocides, tels qu'ils ont été définis, au cours du siècle passé, représentent la mise en œuvre d'un décision politique perpétrée par un gouvernement légitime. Et c'est une épouvantable « première » historique, de nature à faire douter de l'espèce humaine elle-même.

Le Rwanda, par la voix de son président -lequel n'est guère estimable et se conduit en dictateur- accuse la France d'avoir laissé commettre les crimes en ne faisant pas intervenir ses forces armées, présentes, et inévitables témoins des massacres systématiques. Pire, les Français, mais aussi les Belges, sont accusés d'avoir déclenché, nourri et motivé la haine des Hutus depuis fort longtemps. La France a fourni des armes et des conseils militaires bien avant les événements. Enfin, il est affirmé que des soldats français auraient même participé à des actions assassines !

Il n'y a pas de fumée sans feu. Les très nombreux ouvrages spécialisés qui tentent de cerner les faits et leurs causes ne laissent pas les militaires français à l'extérieur de la zone où le pire est survenu. Les sentiments colonialistes qui n'ont jamais disparu de l'attitude de nombre d'Européens vivant en Afrique noire ont toujours motivé leur mépris, voire leur hostilité à l'égard des populations jugées inférieures. Le comportement paternaliste et choquant de « missionnaires » catholiques a entretenu aussi le climat délétère, haineux, odieux, développé par radio Mille Collines. Le génocide n'a pas surgi ; il a été de longue main préparé.

Ce 7 avril 2014, il n'est pas encore question de tirer tous les enseignements historiques du génocide rwandais, mais ce jour viendra et la France, du moins ses responsables politiques et militaires d'alors, n'en sortiront pas les mains propres. L'opération Turquoise, décidée par le gouvernement Balladur, sous l'autorité du président Mitterrand, approuvée et soutenue par l'ONU, n'a pas permis d'arrêter ni même de limiter le nombre des victimes qui s'est compté, en quelques jours, par centaines de milliers ! 

Il serait à notre honneur non pas de défendre, d'abord, celui de l'armée française mais d'affronter la vérité, laquelle ne peut être que complexe et sûrement pas favorable à cette présence française ambiguë, puissante et complice -l'avenir dira jusqu'à quel point- de ceux qui ont préparé, voulu et exécuté cet acte politique massif et exceptionnellement monstrueux !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

jeudi 6 mars 2014

La mascarade de la journée de la femme.



« Une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner pour contrepoids au droit de l’homme le droit de la femme.1 » écrivait Victor Hugo dans les années 1870, dans une lettre, il ajoutait « Dans notre législation telle qu’elle est, la femme ne possède pas, elle n’est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse. »

Cela fait maintenant près d'un siècle et demi que Victor Hugo tenait ces propos, mais les femmes sont toujours contraintes de se battre pour faire reconnaître leur égalité avec les hommes.

Bien sûr, il y a eu des évolutions notables depuis la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne2 qui conduisit Olympe de Gouges3 à l'échafaud en 1794, mais il fallut attendre 1944 pour voir reconnu, après d’âpres combats, le droit de vote des femmes4, puis 1965 pour que les femmes mariées puissent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. Ensuite 1967, que la loi Neuwirth autorise la contraception et 1975, que la loi Veil, accouchée au parlement dans l'insulte et les débats houleux, légalise l’Interruption Volontaire de Grossesse5. Dès 1972, le législateur veut réduire les inégalités dans le travail des femmes et dans leur représentation dans les Institutions par la reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal » repris en 2006 par une nouvelle loi6 et en 2008  par l'inscription dans la Constitution de « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Dans le même temps, des lois renforcent la prévention et la répression des violences au sein du couple et sanctionnent plus durement le harcèlement sexuel. 

Pourtant, malgré tous ces textes de lois, des femmes meurent encore, tous les jours, sous les coups de compagnons indignes et l'écart reste important entre la législation largement égalitaire et la situation réelle. Les inégalités persistent, pire, les effets de la crise intensifient la pauvreté et la précarité féminines. Des extrémismes, momifiés dans des concepts d'un autre temps, voudraient revenir sur les acquis et renvoyer les femmes à un statut d'inférieures, dans le cadre d'une famille patriarcale. En France, mais aussi dans d'autres pays européens, ils attaquent l'avortement et sous des prétextes fallacieux et dignes de l'inquisition, ils s'en prennent aux bibliothèques, à l'école publique et  tiennent des discours homophobes.


Ces discriminations faites aux femmes sont lamentables dans un pays qui se dit civilisé et avant de critiquer la condition féminine dans d'autres régions, d'autres contrées, nous devrions regarder d'abord chez nous. Nous n'avons aucune leçon à donner.

Même à l'Assemblée Nationale, lieu où le citoyen est en droit d'exiger de ses représentants la tempérance et le respect des personnes, des députés, se transforment en « sus scrofa domesticus » machistes et insultent des ministres femmes pendant leurs interventions.

C'est le personnel politique et les managers masculins, les « petits » machos de tout poil qui se croyant supérieurs à la gent féminine, alors que la réussite scolaire prouve le contraire, qui empêchent à la femme de prendre sa place pleine et entière dans la société.

Stop à ces injustices et oui à une société harmonieuse et équilibrée, où chacune et chacun, sans distinction, bénéficieront des mêmes libertés et des mêmes droits.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



1 Victor Hugo - Actes et paroles - 1872
2http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/femmes/olympe-de-gouges_declaration-des-droits-de-la-femme.asp
3Il nous semble que la panthéonisation d'Olympe de Gouges aurait une valeur particulièrement symbolique de la reconnaissance par la France des droits de la femme
4 Le refus d'accorder le droit de vote aux femmes a été construit sur une double argumentation constante et opposée :
  • En votant, les femmes compromettraient leur rôle fondamental, celui d'épouses et de mères de famille. C'est pour les préserver du « cirque politique » qu'il faut leur interdire le vote.
  • Les femmes sont immatures, inférieures, influençables et ne peuvent donc prendre part de façon intelligente à la vie publique.
Il est stupéfiant de noter que dans le même temps, il existe, et peut-être encore aujourd'hui, un certain nombre d'hommes politiques et de penseurs pour remettre en cause le suffrage universel au prétexte que le peuple est « incompétent ». A la question : « Les femmes doivent-elles voter ? » en 1910, le philosophe Alfred Fouillée répondait : « N'ajoutons pas le suffrage des incompétences à celui des incompétents ». L'écrivain Romain Rolland, prix Nobel de littérature, mort en 1944, reconnu, pourtant, comme grand humaniste ne réagissait pas autrement.
5 C'est la loi, dite loi Veil, du 17 janvier 1975 relative à l'interruption volontaire de grossesse qui encadre la dépénalisation de l'avortement. Elle a été préparée par Simone Veil, ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Le vote à l'Assemblée nationale a fait l'objet de débats houleux, comme ce que lança Jacques Médecin, alors député maire de Nice : « … C’est de la barbarie, organisée et couverte par la loi, comme elle le fut, hélas ! il y a trente ans, par le nazisme en Allemagne. »
6    Les salaires féminins sont inférieurs de 27 % à ceux des hommes. (Données DARES) et les femmes touchent en moyenne 825 € contre 1 426 € pour les hommes.

vendredi 14 février 2014

Le vote blanc : un tout petit pas en avant !

 
Le 14 février 2014, le Sénat, en seconde et dernière lecture, a approuvé, sans y rien changer, le projet de loi, adopté par l'Assemblée Nationale en novembre 2013, qui cesse de faire du vote blanc un vote nul.

À partir du 1er avril 2014 (donc à l'occasion des prochaines élections européennes, le 25 mai) les électeurs qui ne retrouvent pas leurs préférences dans les listes ou les noms soumis à leurs suffrages, pourront, en votant blanc, émettre un avis politique reconnu comme valide.

Une expression qui ne sera pas un suffrage exprimé : on comptera, certes, à part les bulletins blancs mais ils n'entreront pas dans le calcul des majorités électorales ! Les enveloppes vides ou contenant un bulletin sans inscription ne seront plus mélangées avec les enveloppes contenant des bulletins erronés, ou injurieux, ou identifiables. Mais c'est tout !

La déception est vive mais un pas est franchi et il y en aura d'autres : en démocratie, le souverain, c'est-à-dire le peuple, peut récuser les candidats et ne pas vouloir choisir entre eux s'ils les considèrent comme incompétents ou porteurs de politiques rejetées. Et pour cela, il faudra bien que les votes blancs soient concurrentiels avec les votes nominatifs et donc, tôt ou tard, considérés comme des suffrages exprimés !

Il est des pays où cette expression politique complète est déjà admise, quand le vote est obligatoire : c'est le cas de la Belgique (depuis 1893), du Luxembourg, de la Grèce, de l'Autriche, de l'Uruguay, de la Colombie, du Brésil.

Depuis 2003, la Suisse comptabilise les bulletins blancs pour les élections au scrutin majoritaire, (ces votes participent à l'établissement de la majorité absolue, mais au second tour, c'est la majorité relative qui est appliquée).

L'Espagne et les Pays Bas sont les seuls pays qui considèrent les votes blancs comme valides à toutes les élections. Les bulletins blancs entrent dans le calcul des pourcentages, notamment pour les rares référendums. Toutes les élections, pour élire des représentants, sont à la proportionnelle mais ces bulletins blancs, sans candidats, ne sont évidemment pas transformés en sièges, même s'ils sont nombreux.

La Suède était dans le même cas que l'Espagne, mais les bulletins blancs ont été récemment écartés de la catégorie « bulletins valides ». Ils le restent cependant pour les référendums.

Au Pérou, lorsque deux tiers des électeurs votent blanc, le scrutin est annulé. Le peuple possède, en quelque, sorte un droit de veto.

La France ne fait donc que se rapprocher timidement de ce que d'autres États expérimentent parfois depuis des décennies. Il faut dire que notre pays n'a jamais été très en avance pour ce qui est de la pratique électorale de la démocratie ! Il ne faut jamais oublier que le suffrage déclaré universel en 1848 n'a été réel qu'en 1944, quand la moitié du corps électoral, féminin, a enfin été autorisée à voter !

Quels enseignements retirerons-nous des scrutins à venir où les bulletins blancs seraient plus nombreux que les bulletins porteurs des noms de candidats ? Nous contenterons-nous de déplorer, comme auparavant, ce que nous ne pourrons plus appeler un désintérêt électoral ?

La possibilité de déposer dans l'urne des enveloppes vides peut prendre sens : faute de disposer de bulletins blancs dans les bureaux de vote (cela reste interdit), il sera simple et très pratique de n'utiliser qu'une enveloppe. Inutile, puisque des enveloppes vides sont à disposition, d'effectuer des découpes à domicile et d'emmener son bulletin dans sa poche (au reste, actuellement, et ce fut précisé au cours des débats, la taille du bulletin sans inscription ne joue pas)... Encore faudra-t-il qu'elles soient assez opaques pour ne pas laisser constater qu'aucun bulletin n'y a été introduit.

Mais le fond du débat politique demeure le calcul des majorités. On ne pourra pas, selon la loi votée le 12 février 2014, dénombrer les bulletins blancs pour les futures élections présidentielles et pour les référendums. Autrement dit, dans un pays qui privilégie le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il faut éviter de rendre visible l'absence de majorité absolue pour les scrutins majeurs. Si les bulletins blancs avaient été acceptés comme des suffrages exprimés, François Hollande n'aurait été élu qu'à la majorité relative, ce que ne permet pas la Constitution. Même si les bulletins blancs étaient seulement dénombrés, il pourrait être révélé que l'élu ne dispose pas d'une autorité politique suffisante si trop peu d'électeurs ont choisi l'un des deux candidats restés en compétition.

Sur les sept élections auxquelles les Français peuvent participer au suffrage direct, seules les élections locales (municipales-communautaires, départementales, régionales) et les élections législatives ou européennes accepteront les bulletins blancs. Avant que les électeurs ne se servent du bulletin blanc comme un outil politique efficace, il y aura encore de nombreuses « abstentions politiques » car, dans la masse des abstentionnistes (toutes motivations ou absence de motivation confondues), on compte une part importante de « grévistes du vote ».

Bref, depuis que des projets de lois ont été, depuis de très nombreuses années, préparés, soumis, abandonnés par le Parlement, c'est la première fois qu'une décision est prise, plus que timide, mais pouvant faire apparaître, enfin, que « refuser la donne électorale » n'est pas incivique. Avec l'assimilation de l'enveloppe vide au bulletin blanc, une avancée supplémentaire existe, car, sans facilité pratique inutile de parler d'un élargissement du droit de vote. Il faudra, dès le printemps prochain, mesurer si l'abstention est érodée par les bulletins blancs. À l'avenir, peut-être hélas lointain, il s'imposera que récuser toutes les candidatures n'est pas un refus de vote. Il n'est pas de démocratie sans liberté du choix.




Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran














lundi 20 janvier 2014

Centralisation et fausse décentralisation.

 
Décentraliser, c'est démocratiser, partager les pouvoirs.

Il ne faut évidemment pas les éparpiller, sous peine de donner raison aux centralisateurs. 


Moins de régions ? Pourquoi pas, si c'est pour diminuer le nombre de baronnies.
Moins de départements ? Pourquoi pas, si c'est pour commencer à sortir du système jacobin.
Moins de communes ? Attention, si cela doit conduire à la supracommunalité plus qu'à l'intercommunalité !
Dans un système constitutionnel présidentiel, il y a lieu d'être méfiant.

La centralisation est partout, camouflée ou pas.
La déconcentration n'est pas la décentralisation, on l'a vu avec la loi Defferre. L'État est confronté à une contradiction : il veut tout maîtriser et il y a trop de niveaux politiques.
La réforme que prépare Mme Lebranchu est la meilleure et la pire des initiatives. Elle se situe bien dans le projet de François Hollande qui, à peu près, est le même que celui de ces prédécesseurs. (cf. le projet Balladur, qui diminuait le nombre des échelons administratifs mais sans restituer des pouvoirs aux citoyens).

Car, à l'évidence, il n'y aura pas de réforme institutionnelle sans réforme constitutionnelle. La monarchie, royale ou républicaine, est centripète, peu ou prou.
 
Il n'y aura pas de réduction du nombre des collectivités locales sans annulation du cumul des mandats. 
Il n'y aura pas approbation citoyenne sans droit d'intervention par consultation référendaire quand des questions locales importantes sont en question. 
Il n'y aura pas renforcement des collectivités locales sans abandon progressif des délégations des services publics aux grandes entreprises privées prédatrices des collectivités locales.
Mais de cela, il n'est pas question ! Le seul argument affiché est celui de la meilleure efficacité et du moindre coût. Ce serait acceptable si... c'était vrai ! Il s'agit, en fait, de rendre les échelons administratifs français plus compatibles avec ceux des grands pays de l'Union européenne.


Le souci démocratique est absent car il conduirait à une réorganisation des compétences et à l'élimination des doublons administratifs. Ce serait recourir à l'intervention des citoyens au niveau de leur vie quotidienne et donc à la fin de la démocratie uniquement représentative.

Les élections municipales devraient fournir l'occasion de poser les questions fondamentales d'exercice de la démocratie, c'est-à-dire de la souveraineté populaire. 

Cela ne semble pas la préoccupation des leaders politiques en ce début d'année 2014 !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 15 janvier 2014

Une trahison politique historique

Inutile d'invoquer, à mots couverts, Jean-Baptiste Say (1767-1832) et donc ses idées passées, dépassées, comme le fit  François Hollande, hier, 14 janvier 2014, depuis son palais de l'Élysée !

"JBS", ce protestant (Dieu sait ce que le capitalisme doit au protestantisme !), républicain, girondin, proche de Mirabeau, très brillant intellectuel (2), qui fit affaire sous l'Empire, industriel du coton très lié à l'esclavage (1), est la référence française d'une pensée libérale assumée. Il soutint que l'économie se fondait sur la propriété privée, la libre concurrence et le rôle limité de l'État, ce que ses successeurs entrepreneurs n'ont cessé d'approuver depuis. Dans le même temps, il écrivit aussi, et là est apparue la contradiction innée entre le libéralisme et l'écologie : « Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques » !

Cette perspective conduit à favoriser l'offre et non la demande. Autrement dit la production commande. Le consommateur achète ce qu'on lui offre. La satisfaction des besoins passe après la satisfaction des désirs que l'entrepreneur suscite. Le client n'est roi que s'il paie bien, cher et souvent. Sans croissance, il n'est pas d'économie durable. Le gouvernement vient de verser dans cette doctrine rétrograde et pourtant non encore éculée, puisqu'elle fonctionne.

Il est acquis, semble-t-il, dans les sphères où circulent les dirigeants officiels ou clandestins, que le socialisme est incompatible avec la démocratie capitaliste. Quel que soit le socialisme, il porterait atteinte à la liberté d'entreprendre et déboucherait sur une dictature franche, ou larvée, qui nuirait aux démocraties en place ou en construction. Les "socio-démocrates" qui ne s'avouent pas encore socio-libéraux, mais ça ne saurait tarder, conduiront donc des politiques économiques s'inspirant de Jean-Baptiste Say... Après Shroeder et Blair en voici, avec Hollande, la version française. Le patronat se réjouit. Ce que Sarkozy n'avait pas totalement réussi, Hollande va le faire. Il s'assure, ainsi, les soutiens nécessaires (bien que non suffisants) à sa réélection.

Les écologistes de parti, en avalant une couleuvre de plus, risquent de s'étouffer car le contenu de cette couleuvre c'est, tout simplement, l'abandon, de leur conviction fondamentale (l'inverse de celle de J-B Say) selon laquelle les richesses naturelles sont épuisables. Ils devront donc, tôt ou tard, accepter les OGM, le gaz de schiste, le maintien de l'industrie nucléaire, la poursuite de la production d'armements, la reconquête néocoloniale de marchés africains, la privatisation poursuivie des services publics, etc...

Il n'est, dès lors, plus question, pour qui conteste le système économique prédateur, où la demande est principalement produite par une offre publicitaire, toujours plus subtile ou/et massive, de rechercher un compromis politique avec les partis ex-socialistes : ils sont devenus l'équivalent, sur l'essentiel, des partis libéraux. 

Tel est l'enseignement majeur de ce début d'année 2014. Il n'est plus d'offre électorale anticapitaliste crédible. Nous vivons une trahison historique : le productivisme (qui a son ministère, en France) a envahi tous les esprits (y compris dans le monde syndical) et, en dépit de la certitude que l'illimité trouvera ses limites, on offre une croissance défaillante comme modèle économique incontournable. 

Il ne reste plus aux citoyens non convertibles à cette dynamique implacable qu'à refuser leur concours à ce monde libéral inhumain et, à terme, condamné. D'abord en votant blanc (et en luttant pour la prise en compte effective de cette expression politique), ensuite en votant "libre" (c'est à dire, ici ou là, en appuyant telle ou telle initiative clairement écologique et antilibérale) enfin, et surtout, en prenant des initiatives intellectuelles et pratiques préparant l'après capitalisme, que ce soit demain (comme nous l'avions un peu vite cru, en 2008) ou dans cent ans. Le vieux monde est mort et tous ceux qui le servent, quelle que soit l'étiquette de leur parti, doivent être abandonnés.

(1) La part dans la production mondiale du coton brut des plantations américaines est passée brutalement de 5 % à 70 % en moins de quinze ans, entre 1790 et 1805, les nouveaux États-Unis d'Amérique tentant difficilement de suivre l'explosion de la demande des fabriques de la région de Manchester où le coton est sur cette courte période le ferment de la première révolution industrielle. 

(2) Auteur, en 1803, du premier Traité d'économie politique. 

 Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 7 janvier 2014

Citoyenneté et démocratie.



Le titre d'un article en couverture de la dernière livraison du trimestriel de la Ligue des droits de l'homme « Hommes et Libertés » a, par son imprécision, attiré mon attention : « RETRAITES, notre société a-t-elle le choix ? ».

Dans son préambule, l'auteur annonce : « encore une réforme des retraites avec toujours le même discours : pour sauver nos retraites, pas d'autres solutions que de travailler plus longtemps. Cette pseudo-évidence dissimule une réalité : c'est d'un choix de société qu'il s'agit, et nous devons en débattre » et il termine son article en écrivant : «  Il est urgent, sur les retraites comme sur la plupart des questions sociales, de sortir la tête de l'eau et d'enfin penser ensemble. »

Je partage totalement ces propos.

Alors quand commence-t-on à réfléchir, à débattre, et surtout à contraindre les gouvernants, empêtrés dans leur archaïsme, ainsi que les « marionnettes » des financiers, à changer de politique ?

Car dénoncer c'est bien, mais agir, c'est mieux !

Je ne peux pas imaginer que le citoyen d'aujourd'hui se contente seulement de critiquer et de pleurer sur la fin de ses acquis. On écrit beaucoup, on parle encore plus, mais la société civile a renoncé et personne n'ose considérer le changement radical de notre rapport au monde et le rêve même de la révolution est devenu un slogan publicitaire des « marchands » pour vendre leurs salmigondis.

Selon l'antienne «  there is no alternative » nous n'avons pas le choix, seulement l'attente fataliste de la catastrophe finale et le souvenir béat d'un passé révolu ; la régression sociale est stupéfiante si on la regarde avec les yeux de 1983. C'est comme si les citoyens étaient endormis sous l'emprise d'anesthésiants.

Il est pourtant temps de se réveiller avant qu'il ne soit trop tard !

Depuis la fin du second conflit mondial, le recul des institutions démocratiques est important et je crains qu’il n’y ait plus d’espoir à attendre des gauches traditionnelles. Elles sont convaincus des bienfaits d'un libéralisme qu'elles se croient capables de dompter, quelle présomption !

Elles n'ont pas compris, ou plutôt, par intérêt, elles n'ont pas envie de comprendre qu'assagir le capitalisme est une mission impossible.

Depuis les années 1970, un « féroce » capitalisme financier a éliminé le capitalisme industriel. Il n'a pas d'éthique, pas d'objectifs à moyen et long terme sinon ceux d'un profit maximum et immédiat.

Si le capitalisme se réforme, il se suicide, car par essence, exponentiel, il ne peut qu'aller toujours plus loin dans le pillage des ressources et l’exploitation du travail ; de plus ceux qui décident agissent de manière à confisquer la capacité d'action de ceux qu'ils dominent.

Les autres partis politiques, dits de la gauche de gauche, ne jouent pas non plus le jeu de la démocratie. Les Verts d'EELV, pourtant particulièrement concernés par la crise, ne font que de la politique politicienne au lieu de faire de l'écologie et ceux dits de la gauche extrême restent dans une confortable critique non constructive ne voulant surtout pas participer au pouvoir.

Les syndicats qui devraient défendre les travailleurs ont abdiqué. Pour s'en convaincre, Il suffit de regarder la position de la CFDT qui joue depuis de nombreuses années le jeu du patronat. Le dernier exemple en date est le ralliement du délégué Édouard Martin d’Arcelor Mittal Florange au parti socialiste contre un fauteuil doré aux élections européennes. Cette centrale syndicale est de fait le syndicat sur lequel le pouvoir socialiste s’appuie pour faire passer ses contre-réformes et faire avancer la sacro-sainte « construction européenne ». La situation est comparable dans les syndicats de l'éducation nationale où les directions nationales protègent le gouvernement et refusent, malgré les injonctions de leurs bases, d’organiser la riposte face aux graves dangers qui pèsent sur l’école et sur les statuts des personnels.

Cette analyse devrait nous convaincre qu'il y a le feu à la maison et que la priorité n'est pas dans la préservation de l'euro, dans la réduction de la dette ou dans les accords économiques mondiaux mais dans la défense des droits fondamentaux et donc de la démocratie.

Nous avons besoin de nouveaux acteurs pour compenser la décomposition du paysage politique, nous avons besoin que la société civile, les citoyens qui ont perdu confiance en eux-mêmes comme citoyens, tant ils se sentent impuissants face à des pouvoirs sur lesquels ils pensent n'exercer aucune influence, reprennent leurs vraies places dans la société et pèsent sur les décisions qui concernent directement leur avenir.

Je pense que des associations, comme la Ligue des Droits de l'Homme, mais aussi d'autres, doivent aujourd'hui contribuer à sortir d'un renoncement coupable et jouer, pour les plus anciennes, le rôle qui fut le leur au cours de l'histoire et, pour les plus récentes, peser sur la vie politique de nos pays.

Pourquoi n'attaquent-elles pas, de front, le libéralisme  qui est comme tous les esprits sensés l'affirment, la cause de tous les maux dont souffre aujourd'hui la démocratie ?
La liste de ces maux est très longue : inégalité, absence de dignité, injustice, paupérisation toujours plus importante, perpétuation et accroissement du chômage, surveillance généralisée, atteintes aux libertés, exploitation des minorités, etc. De plus, la société qui nous est promise est celle de « l'interdiction » : elle court d'interdit en interdit, de surveillance en surveillance, de réduction des libertés en réduction des libertés ....

Des décisions aux conséquences dangereuses et incalculables se prennent en dehors des circuits démocratiques, les discussions sur les différents traités de libre échange économiques – transatlantique et transpacifique - sont emblématiques à ce sujet. Elles donneraient les pleins pouvoirs aux financiers internationaux et aux entreprises multinationales

Les grands sujets qui traversent notre société, les révolutions techno-scientifiques en marche – biotechnologie, génie génétique, transhumanisme, nanotechnologie, internet des objets, robotique, sciences cognitives, etc. - et qui bouleverseront notre quotidien, auront des conséquences considérables sur les droits humains fondamentaux. Elles ne sont pas à l'ordre du jour de la réflexion de ces organisations qui ne semblent pas être suffisamment concernées par les mutations de la société et leurs conséquences sur la vie des citoyens. Une connivence certaine s'est installée entre elles et le pouvoir en place alors qu'elles affirment, - quelle hypocrisie ! - ne pas vouloir se mêler de politique. Pourtant, tous les jours, en permanence, les militants font de la Politique.

Aujourd'hui, nous avons dépassé ce stade, nous ne pouvons plus laisser une oligarchie décider pour nous. Il faut redonner sa place à la société civile et à ses représentants et que les citoyens soient écoutés et entendus. Ils ne veulent pas la révolution, seulement exister dans le respect de la démocratie.

Il est désespérant de constater que les associations et les organisations dont le but est la défense des droits humains fondamentaux, de la citoyenneté et de la démocratie ne remplissent plus pleinement leur mission.
Il est impératif pour notre avenir qu'elles se modernisent rapidement et qu'elles assument leur rôle national, sinon elles deviendront des monuments de la société et de l'histoire française, des pièces de musée.

De magnifiques outils sans utilité incapables de préserver l'avenir de l'humanité.

Jean-Claude Vitran