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jeudi 21 mai 2015

Sans repères, à gauche comme à droite, la politique se meurt.


Beaucoup d'entre nous, lassés des politiques démagogiques de la droite depuis 2002, avaient voté, sans beaucoup de convictions, il est vrai, pour le candidat désigné par les primaires socialistes.

Très rapidement, ils ont déchanté et compris que François Hollande ne ferait pas la politique pour laquelle nous l'avions élu. Pour les plus anciens, en 1983, nous avions déjà été floués par François Mitterrand au prétexte de la prise en compte des réalités économiques.

Ces déceptions successives doivent définitivement nous éclairer et nous rendre à cette évidence : il n'y a pas de différence entre une politique de droite et une politique socialiste, ou si peu.

Il n'y a, tous simplement, plus de pensée dans la politique des partis de gouvernement.

Le qualificatif « de gouvernement » n'est, d'ailleurs, pas adapté au système institutionnel actuel. C'est le terme « Gouvernance », très à la mode et repris sur tous les tons, qui semble à même de déterminer les politiques suivies par la droite comme par la gauche.

Issu de l'expression anglaise corporate governance, le mot désigne la direction d'entreprise et la bonne gestion.

Nous y voilà, les Présidents et « leurs collaborateurs » ne gouvernent plus, ils gèrent ! Enfin, ne gèrent-ils que ce qu'on leur ordonne de gérer, car ces dirigeants ne sont plus que les instruments volontaires et serviles de la prise du pouvoir politique par les financiers. Et dans ce système, où les partis de gouvernement, PS et UMP1 devenus essentiellement gestionnaires et de ce fait interchangeables, le citoyen n'est plus considéré comme un électeur mais comme un coût parmi d'autres.

Dans un petit opuscule qu'il vient de faire paraître, Régis Debray 2 raille le nouvel annuaire qui circule sous le manteau. À l'Élysée : le PDG de la Maison France ; à Matignon : le top management ; au Sénat : le Conseil de surveillance et au Palais Bourbon le comité d'entreprise.

Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que Manuel Valls3, le 27 août 2014, reçu par les dirigeants français, comme l'un des leurs, lors de l'université d'été du Medef avait prononcé ces mots « j'aime l'entreprise » et tenu un discours digne des meilleurs économistes libéraux. Le Président de la République est, aujourd'hui, promu premier représentant de commerce français, spécialiste en armement, particulièrement en avions de combat Rafale. Son sens aigu du marché l'amène à parcourir le monde, même si le discours n'est pas le même partout. Au Qatar et en Arabie Saoudite (où l'on exécute en tranchant les têtes au sabre), il vend des armes, sans appeler au respect des droits de l'homme, ce qu'il n'oublie pas de faire à Cuba qui est, il est vrai, un tout petit « client » potentiel.

Quelles différences peut-on encore trouver entre la droite et la gauche de gouvernement ? 

Elles sont indiscernables !
  • Toutes deux ont une soif inextinguible de pouvoir,
  • Elles ont la même approche dans le traitement des problèmes sociaux et des dysfonctionnements sociétaux,
  • Elles ont la même aversion pour l'État-providence,
  • Elles ont un besoin maladif de surveiller tous leurs concitoyens,
  • Leurs dirigeants sont formés par les mêmes écoles,
  • Leurs politiques génèrent des inégalités profondes entre les classes sociales,
  • Tous deux répètent compulsivement les mêmes mots : sécurité, démocratie, civilisation, productivité, croissance, chômage, droits de l'homme… Mais, ce sont des mots vidés de leur sens, du verbiage, des généralités apprises par coeur dans des officines de formatage politique et seulement destinés à combler la vacuité de leurs discours convenus.

Les porte-parole de cette gauche et de cette droite superposables ne gouvernent plus, ils exécutent docilement les directives du FMI, de la BCE, de la Commission européenne dominée par le gouvernement allemand.
  
Les maîtres du marché qui dominent la planète sont devenues plus forts que les États et le seul rôle qu'ils assignent à leurs « gouvernants » est d'assurer une gestion programmée ainsi que le contrôle des populations.

Le mot « horizon », promesse d'un lendemain meilleur, a disparu de tout discours politique. Ce qui fut le Plan, cette tentative d'instaurer la solidarité, a été remplacé par des « feuilles de route ».

Quand les politiques se ressemblent, elles finissent par se confondre puis par perdre jusqu'à leur raison d'être. Elles disparaissent alors, mais non sans souffrances. Sans l'espérance de bouleversements profonds, de réformes tournées vers l'hospitalité et l'égalité au lieu d'être orientées vers la satisfaction des plus riches, l'avenir est bouché et ne peuvent que s'annoncer des réveils hasardeux, assurément difficiles et violents.


 Jean-claude Vitran et jean-Pierre Dacheux


1  Peut-être bientôt « républicain » !
2  Régis Debray - l'Erreur de calcul - Edition le point sur la table
3  Premier Ministre alors qu'il ne représente que 6 % aux élections primaires du parti socialiste.

dimanche 3 mai 2015

Que fêtons-nous le 1er mai ?


Comme beaucoup de fêtes qui ponctuent notre calendrier, l'origine du 1er mai s'est perdue dans les manipulations successives.

C'est en 1889 que le Congrès de l'Internationale Socialiste décide de faire du 1er mai la « Journée internationale de lutte des travailleurs ». Cette décision est prise pour commémorer le 1er mai 1886 qui marque le début d'une grève des organisations ouvrières de Chicago, en revendication de la journée de huit heures.
Cette époque est le règne, aux USA, des « Barons voleurs » 1 qui se moquent du droit du travail et de la vie des travailleurs. La grève se termine dans un bain de sang et 7 ouvriers « meneurs » sont traduits en justice et condamnés, 4 d'entre eux sont exécutés. Tous seront réhabilités en 1893.

Depuis cette époque, les politiciens de tous bords, conscients du caractère subversif du 1er mai, n'ont eu de cesse de le détourner de sa signification initiale.

En 1920, la Russie bolchevique proclame que le 1er mai sera chômé et deviendra la fête du travail.

En 1933, Hitler, parvenu légalement au pouvoir, institue le 1er mai comme un jour chômé célébrant le travail.

En 1941, en France, René Bellin, ancien secrétaire de la CGT, ministre du travail de Philippe Pétain, désigne le 1er mai comme « la fête du Travail et de la concorde sociale ». C'est aussi sous le gouvernement de Pétain que le muguet 2 remplace l'églantine ou l'aubépine qui était offerte auparavant.

A l'issue de la seconde guerre mondiale, en 1947, le 1er mai est inscrit dans le code du travail comme un jour férié, chômé et payé, tout en maintenant et officialisant la dénomination du gouvernement de Vichy : « fête du travail ».

De nos jours, le Front National s'est, lui aussi, emparé du 1er mai en souvenir malsain de l'expression « Travail - Famille - Patrie » et il réunit ses partisans pour célébrer le travail autour de la statue de Jeanne d'Arc, à Paris.

Par ces nombreux détournements, le 1er mai est devenu un jour de glorification du travail. C'était, à l'origine, la commémoration des luttes successives du mouvement ouvrier qui réclamait l'amélioration de leur situation et voulait obtenir des conditions de travail humaines et des salaires décents. En confondant, sciemment, fête du travail et fête des travailleurs, on célèbre non pas des personnes, mais le seul travail - emploi qui n'est pourtant, sur la planète, qu'une partie de l'activité de travail des êtres humains.

Près de 125 ans plus tard, les politiques actuelles et la voracité du capital ravivent les tensions. Un chômage endémique, la détérioration des conditions de travail, la volonté du patronat de détricoter le code du travail et de revenir sur les avantages acquis créent les conditions d'un retour à une situation de conflit permanent et de nouvelles luttes vont éclater.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilded_Age – Rien n'a changé depuis 125 ans car on retrouve les mêmes noms.
2  Blanc comme le lys, symbole de la monarchie et de la sainteté.

vendredi 1 mai 2015

Les Rafales de la honte


Tous contents : les employés de chez Dassault, le Président de la république et le Ministre des armées, les partis politiques soutiens du Gouvernement et même ceux qui lui sont opposés (ils auraient fait mieux, toutefois, disent-ils...). Bref, bonne nouvelle pour la France, parmi les toutes premières nations vendeuses d'armes au monde : nos machines volantes, porteuses de mort, les Rafales, se vendent bien, enfin !

À qui vend-on ces bombardiers sophistiqués ? À des pays qui sont, bien sûr, dans des zones de conflits : l'Inde face au Pakistan, l'Égypte face à la Lybie, Le Qatar et ses alliés face à l'Iran. Ne jamais oublier que l'Inde et le Pakistan, deux États dotés d'armes nucléaires s’opposent en permanence. On doit retenir que l'Égypte, située entre Israël, et la Lybie, face à l'Arabie saoudite, et avec le Soudan au sud, est revenue à la dictature. Quant au Qatar, c'est un État esclavagiste richissime, qui achète tout ce qu'il peut, et pas seulement le PSG. Pays sunnite et antichiite, qui fait partie, avec le Koweit et l'Arabie saoudite, de la coalition arabe, dirigée par Ryad, il est engagé dans la lutte contre les Houtis au Yémen. Et c'est là, dans ces pays sous tension, que vont atterrir les Rafales fabriqués chez Dassault !

On se permet de rappeler à l'Indonésie que la France et toute l'Europe sont hostiles à la peine de mort qui frappe des individus et, dans le même temps, on vend des appareils qui tueront des civils autant que des soldats, par milliers parfois, ou beaucoup plus !

Notre coopération militaire avec des pays qui bafouent la démocratie ou qui ne veulent pas en entendre parler (et notamment au Moyen-Orient) est une faute politique autant que morale. Pour faire la guerre, il faut des armes ; qui fournit les armes veut la guerre. La France, notre France veut et fait la guerre.

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Notre pays engagé dans des conflits africains où la plupart des États membres de l'Union européenne ne veulent pas entrer, se veut une grande puissance, ce qu'elle n'est plus. On a beau diminuer les crédits publics, sauf pour l'armée, les matériels s'usent et les soldats s'épuisent dans une dispersion militairement inefficace.

À cela s'ajoutent des soupçons de « bavures » qui salissent, en République  Centrafricaine, non seulement des soldats français accusés de viol, (et, apprend-on, d'autres encore...) mais la France elle-même, ainsi que l'ONU, au nom de qui l'action de « protection et de sécurité » était censée être menée !

Des questions philosophiques autant que politiques, majeures, dès lors, se posent. Où est la source de la violence en Afrique ? À qui revient-il de s'y opposer ? Sans aucun doute aux Africains eux-mêmes. Faire des affaires et obtenir des succès industriels et commerciaux se justifie-t-il, en toutes circonstances, notamment quand il s'agit de fabriquer et vendre des armes comme jamais on n'en a fabriqué dans le passé ? La France reste-t-elle ce qu'elle prétend être, le pays des droits de l'homme, quand elle se livre à de pareilles opérations où la logique libérale l'emporte sur toute autre considération ?

Il faut aussi rappeler qu'une activité industrielle n'est pas bonne en elle-même parce qu'elle fournit des emplois. Les syndicats qui se réjouissent de la dernière vente d'avions au Qatar font une analyse à courte vue ? Car - il faut oser ce raccourci - on ne défend pas les intérêts des salariés quand on produit de quoi donner la mort. Les entreprises qui fournissent ce qui nuit au genre humain ne sont pas justifiées parce qu'elles procurent de l'emploi et des salaires. Et ce ne vaut pas que pour l'industrie d'armement. Le profit ne suffit pas à tout rendre acceptable !

« L’armement made in France ? Il se porte bien, merci pour lui. Selon les chiffres - encore provisoires - publiés lundi 9 février par la Direction générale de l’armement (DGA), les ventes françaises de matériel militaire ont atteint 8,06 milliards d’euros en 2014, soit une progression de 17,3% par rapport à 2013 », lit-on dans le périodique Challenges1.

Nombre de nos concitoyens constatent, impuissants, que leur pays fournit de quoi s'entretuer sans que cela trouble exagérément les consciences ! Eh bien, non seulement cela trouble la nôtre, mais cela nous scandalise. Heureux les pays qui n'ont pas les moyens industriels de contribuer à propager la guerre. L'avenir de l'humanité ne passe pas par le déploiement de ces moyens d'action-là, faussement associés à la sécurité dans le monde. Ce n'est qu'après une guerre, hélas, que retentissent alors les voix des pacifiques. Qu'attend-on ? Que tombe sur nous, une catastrophe internationale, nucléaire ou pas, qui nous fera pleurer nos morts et manifester notre solidarité ? Mieux vaudrait, à l'avance, ne pas entrer dans ces engrenages fatals.

« Le duo Hollande-Le Drian est le meilleur qu’ait connu la France pour les ventes d’armes depuis des lustres", assurait, fin 2014, un patron du secteur, pourtant peu suspect de sympathie socialiste »2. Il faut dire qu'un socialiste militariste est socialiste autant qu'un Pape croyant est athée ... Parmi toutes les causes de ruptures avec le gouvernement actuel de la France, celle-ci, (le succès d'une entreprise privée, productrice d'avions de guerre, ayant le Chef de l'État lui-même pour agent commercial) suffit à nous détourner d'une politique qui engendre la haine des peuples. Deviendront pour longtemps nos ennemis ceux qui subiront les suites de cette livraison d'un matériel fait pour larguer bombes et ogives sur tous les êtres vivants, civils ou non. Les peuples victimes sauront qui a fourni ces engins effroyablement efficaces et nous aurons alimenté les désirs fous de vengeance, prenant ainsi notre part dans le développement du terrorisme.

1 http://www.challenges.fr/entreprise/20150209.CHA2919/l-insolente-sante-de-l-armement-made-in-france-a-l-exportation.html
2 op. cit.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 27 avril 2015

La trahison consommée de François Hollande.


« Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 ... » en prononçant ces mots, lors d'une émission de Canal Plus, et en assimilant les communistes d'hier, (près d'entrer dans le gouvernement de François Mitterrand, au temps du programme commun de la gauche), avec les ultranationalistes ou néofascistes d'aujourd'hui, François Hollande révèle son vrai visage.

C'est celui d'un pseudo–socialiste de centre droit renonçant définitivement à remettre en cause le capitalisme qui, pour lui et ses alliés, est, désormais, le seul système économique et politique possible.

Nous n'en sommes pas surpris, car il s'est, depuis longtemps, converti à la nouvelle religion néolibérale et rangé dans le camp des supporters du profit, des courtisans du CAC 40, des fanatiques de la marchandisation absolue et de la mondialisation impitoyable, de la libre entreprise dérégulée et de « la main invisible du marché ».

Pourtant, il avait essayé, et presque réussi, à nous séduire pendant la campagne présidentielle par son discours du Bourget. Son slogan : « le véritable adversaire, c'est le monde de la finance », avait de la gueule. Pourtant un mois plus tard, première trahison, il court à Londres, à la City, pour rassurer les financiers.

Il est édifiant de relire aujourd'hui ce discours1 pour être convaincu, définitivement, qu'il ne s'agissait que d'une posture de pure démagogie.

Quand on connaît le parcours politique de François Hollande, son passé médiocre à la tête du Parti socialiste, on ne peut pas être étonné de la direction social-démocrate, franchement libérale prise par la politique gouvernementale.

Le début de son quinquennat n'a été qu'une succession constante de reniements des promesses faites ( ratification du traité européen – hausse de la TVA – crédit d'impôts aux entreprises – loi bancaire très accommodante pour les établissements financiers …). En matière économique, ses positions et celles de son premier ministre, très technocratiques, sont transparentes : politique de l'offre en espérant une reprise de l'embauche en passant un accord avec le Medef. Aujourd'hui, il ne semble même plus en capacité de trouver les mots de gauche pour communiquer avec son électorat.

« Les promesses ( des hommes politiques ) n'engagent que ceux qui les écoutent » aurait dit Henri Queuille2, mais, avec François Hollande, on atteint le sommet de l'imposture. Ceux qui pensent qu'il s'agit de soumission ou d'incompétence se trompent. Il s'agit bel et bien d'une complicité de classe, d'un bipartisme alternatif où l'on se repasse le pouvoir, ce qui empêche le développement de toute autre alternative politique.

Combien de temps cela peut encore durer ? Les dernières élections ont montré l'irritation des électeurs dont le mécontentement croissant de ceux qui ne votent plus ! Il serait peut-être temps de mettre fin à ce jeu pervers avant que le nationalisme le plus ultra ne s'empare de l'opinion.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 

1 - http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-integralite-du-discours-de-francois-hollande-au-bourget.html
2 – François Hollande est souvent comparé à Henri Queuille.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Queuille

vendredi 24 avril 2015

Morts en méditérannée. Nous avons honte !





Notre colère est vive.

Le Conseil Européen du 23 avril 2015 réuni en urgence pour prendre des mesures à la suite de la mort de près de 900 migrants dans le naufrage d'un chalutier en méditerranée, a fait preuve, comme à l'accoutumée, de son impuissance, d'un profond cynisme et d'une totale hypocrisie.

Après avoir essuyé les larmes de crocodiles de circonstance sur le sort des pauvres victimes, les membres du Conseil Européen ont « courageusement » décidé de renforcer les frontières de la forteresse européenne en donnant des moyens supplémentaires au réseau Frontex, dont il faut rappeler qu'il n'est pas un système de sauvetage en mer, mais de surveillance des frontières.

A cette occasion, le Chef de l'Etat français, « magnanime », a affirmé «  la France prendra sa part1, c'est-à-dire (qu'elle accueillera) entre 500 et 700 réfugiés syriens ». Ainsi, alors que le Liban, pays de 6 millions d'habitants, fait face à un afflux de 1,2 millions de réfugiés syriens, notre pays de 66 millions d'habitants accueillera « royalement » 500 à 700 syriens.

Ces propos honteux, indignes du chef de l'Etat, et contraires à nos traditions humanistes, illustrent, une fois encore, l'état de pourrissement des valeurs de la République .

La Présidente d'Amnesty International France dit : « la politique française est basée sur le contrôle des flux migratoires, pas sur le sauvetage de vie ». Elle a tout à fait raison, nos gouvernants ont une machine à calcul greffée à la place du cerveau, ils considèrent la migration comme un coût et comme une menace sécuritaire. Ils veulent s'attaquer aux passeurs, mais ceux-ci, même si ce sont d'odieux personnages, ne sont pas la cause, mais la conséquence de la politique européenne.

Nous attendions des mesures d'urgence, par exemple celle d'ouvrir des voies de circulations légales garantissant aux réfugiés la possibilité d'accéder aux territoires de l'UE sans mettre leur vie en danger. Au contraire, les décisions du Conseil Européen alimentent les politiques discriminatoires ; elles empêchent les personnes de circuler, elles favorisent les trafics d’êtres humains et contreviennent au droit international.

Oui, les Européens peuvent avoir honte de leurs gouvernements et les Français particulièrement.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

1  Dixit Michel ROCARD

mercredi 1 avril 2015

La dictature du temps court.


Des élections viennent de se terminer.

De quelques couleurs politiques qu'elles proviennent, les professions de foi sont révélatrices de la pauvreté des programmes des candidats et cette observation est constante à toutes les élections. Ensuite, arrivés au pouvoir, ils gèrent le présent sans prendre en compte l'avenir.

Alors que la politique doit s'entendre dans le temps long, coincés par la durée de leur mandat, par la perspective de leur réélection et par le fonctionnement médiatique et sociétal, tous les hommes politiques font de la gestion de court terme.

En 2012, la Cour des Comptes les a tancés en affirmant dans un rapport « (qu'il fallait) mettre le politique au défi de se placer sur le temps long, pas sur celui des promesses électorales ».
« Assez de pilotage à vue » a écrit la Cour, ajoutant : « de se débarrasser des réflexes d'une société de consommation obnubilée par le temps … court »

Mais, comme tous leurs contemporains, ils se laissent prendre au piège de l'accélération du temps où l'on va toujours plus vite, où Internet permet d'être informé dans l'instant, où l’obsolescence programmée limite la durée de vie de tous les biens de consommation, où le retour sur investissement, non content d'être à deux chiffres, doit être immédiat, où les transactions boursières se font à la nanoseconde …
Le temps court permet de renouveler les produits plus souvent au bénéfice (importants) de quelques individus qui ont compris comment s'approprier les marges à leur profit.
Le temps court permet d'augmenter le rendement des capitaux qui tournent à la vitesse de la lumière et décuple la cupidité du système et des oligarques.
Le temps court est concomitant à la société de consommation dont le credo est de consommer toujours plus et toujours plus vite. L'accélération du temps est inhérent au système capitaliste et assure son succès.

Le monde a perdu de vue le temps long et ne s'intéresse qu'aux symptômes et plus aux causes.

« Nous empruntons la terre à nos enfants »

Oublier ce proverbe africain si chargé de bon sens, c'est oublier que nous devons toujours considérer nos actions en pensant aux générations futures, c'est oublier que le temps long est celui des visions politiques de long terme porteuses de progrès social et humain.

L'omission du temps long donne le confort d'ignorer les conséquences de nos actes et de nos décisions sur les générations à venir et obère jusqu'à l'avenir de l'humanité.

Malgré l'oxymore que certains dénoncent, le concept de « développement durable » est un rappel à l'ordre à notre modèle économique et à l'adulation du « dieu croissance ». Le modèle que nous montre l'évolution du monde depuis sa création est celui du temps long.
C'est l'arrogance et la prétention de l'homme « moderne » qui le met en contradiction avec la terre qui le porte.

La petitesse de notre passage sur la terre sur la terre en comparaison avec les temps géologiques devraient nous ramener à la plus grande modestie.

Tout dans la nature est là pour nous rappeler le temps long :

  • Le jardinier qui plante aujourd’hui un chêne sous l'ombre de laquelle se détendront ses petits enfants,
  • les énergies fossiles qui, œuvre des temps anciens, seront consommés en moins de deux siècles,
  • des pans entiers des forêts d'Amérique du Sud, d'Asie et d'Afrique détruites en quelques minutes par des machines géantes,
  • les ressources halieutiques en voie d'extinction détruites par l'avidité du monstre humain,
  • sans oublier la désagrégation lente des déchets nucléaires et la dégradation des nappes phréatiques, de la couche d'ozone, du climat, etc

Quelle prétention de se croire ainsi supérieur à la nature qui a mis des centaines de milliers d'années à élaborer ce que nous aurons dilapidé en l'espace de deux siècles.

Aujourd'hui, on constate que la Cour des Comptes n'a pas été entendue et que ses exhortations sont restées lettres mortes, pourtant, il faut absolument que la raison revienne à tous les décideurs, aux industriels, aux femmes et aux hommes politiques, mais aussi à nous tous car la prise en compte du temps long n'a de sens que collectivement.

Il est primordial que les conséquences de nos décisions comme de nos actes soient prises en compte sur la durée.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mercredi 25 mars 2015

De l'abstention politique au vote blanc politique ?


Entre un socialiste privé de socialisme (au PS), un libéral dur ou mou (au sein du conglomérat UMP-UDI-MODEM-Divers Droite) et un néofasciste nationaliste et antitoutiste (qui représente le FN), il n'est aucun choix possible, au second tour des départementales, dans la plupart des cantons.

Le paysage électoral a été nettoyé par l'élimination, le plus souvent, des candidats des autres formations politiques (ceux d'une gauche réelle mais à la dérive – qu'il s'agisse soit du PCF, du PG, ou d'autres groupuscules, ou ceux des écologistes, pour certains tentés par le retour au gouvernement ! – ).

La France s'est « droitisée » et le tandem Hollande-Valls aura achevé le travail bien engagé par Nicolas Sarkozy. Les électeurs de gauche, frustrés, ne peuvent s'y retrouver : ils ont été trahis. Ils ne savent comment sortir de cette impasse idéologique et politique qui les détourne de voter comme ils pensent.

Les appels à l'unité de la gauche sont dérisoires voire pervers puisque l'on ne pourra recoller ce qui a déjà été cassé. Voter « pour limiter les dégâts », quand se profile la menace d'une élection d'un candidat FN, mais quitte à renforcer le clan des partisans d'un capitalisme décomplexé, est une solution du désespoir que beaucoup vont écarter.

Que faire d'autre alors ? L'élection départementale 2015 est d'ores et déjà perdue pour la gauche. L'implantation du FN est chose faite, même s'il ne devait diriger aucun département. Il faut donc ouvrir et élargir un nouvel espace politique : celui des électeurs, très majoritaires, qui ont dit non à l'offre électorale offerte, en s'abstenant de continuer à participer au système politicien qui les broie.

Ceux qui n'ont pas voté, comme ceux qui ont voté blanc, et même une partie de ceux qui ont voté Front national se sont écartés du bipartisme qu'une loi électorale scélérate voulait renforcer, au moyen du barrage aux candidats n'obtenant pas, au premier tour, 12,5% des inscrits !

Puisque les votes blancs, depuis la loi du 21 février 2014 (qui a commencé de s'appliquer le 1er avril 2014), sont désormais comptabilisés à part, il devient possible de dire son refus d'une fausse alternative : ou bien rester hors du jeu politique ou bien se contenter de voter pour le moins mauvais ! Il faut commencer, dès à présent, à donner un nouveau sens au vote blanc, soit en plaçant un bulletin vierge dans l'enveloppe, soit en laissant l'enveloppe vide. C'est, du reste, un geste simple.

Créer une attitude nouvelle pour les abstentionnistes ou déclencher une attitude nouvelle de la part des électeurs qui ne veulent pas faire un choix heurtant leurs convictions : telle est la possibilité offerte par le vote blanc qui va, enfin, permettre de séparer les bulletins nuls, invalides, des bulletins et enveloppes sans désignation, valides.

Certes, les bulletins blancs ne seront pas encore, cette fois, des suffrages exprimés (par peur, ont jugé les parlementaires, que ce soit, parfois, le vote blanc qui passe avant le vote nominal). Pourtant, connaître le nombre d'électeurs qui ne se prononcent pas et pourtant auront voté, sera plus qu'une information mais sera l'expression d'une volonté politique très éclairante.

Sortir le pays du bipartisme (PS-UMP) ou du tripatisme (PS-UMP plus FN !) exige que soit crié : nous ne jouons pas à ce jeu là. Nous votons et voterons. Nous ne voterons plus jamais autrement que comme nous pensons. Si cela devenait impossible, désormais, nous voterions blanc.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran