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mercredi 8 mai 2013

Commémorer l'abolition de l'esclavage des Roms



 



Le 10 mai 2013 aura eu lieu la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Une cérémonie officielle se sera déroulée, comme tous les ans, dans le jardin du Luxembourg, en présence du Président de la République. 

La loi Taubira du 21 mai 2001 concerne, en effet, la reconnaissance, comme crime contre l'humanité, des traites et des esclavages pratiqués, à partir du XVe siècle, sur certaines populations. Elle précise : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ». (article 1er).

Avant même le XVe siècle, l'esclavage fut une réalité historique, européenne autant qu’américaine, qui ne se limita pas à la perpétration de la traite négrière transatlantique. Parmi les abolitions intervenues au XIXe siècle, figure l'abolition de l'esclavage des Roms en Moldavie et Munténie (ou Valachie). L'Église moldave libéra ses esclaves roms en 1844 et l'Église de Munténie en 1847, mais cet esclavage fut largement maintenu et même réinstauré, en 1849 par les forces occupantes russes et turques. Il ne devint illégal, dans ces deux principautés, qu’en 1855 et 1856, mais ne fut définitivement aboli qu'en 1863, deux ans après l'unification et la création de la Roumanie, sous l’impulsion impériale française, en 1861. À ce mitan du siècle, l'abolition définitive de tout esclavage avait déjà été signée, en France, le 27 avril 1848, au début de la seconde République, à l’initiative de Victor Schœlcher. Le lien historique entre les abolitions transatlantique et européenne est bien avéré.

L'esclavage des Roms, qui dura donc un demi-millénaire, (dès leur apparition dans les principautés pré-roumaines, au milieu du XIVe siècle, jusqu'au milieu du XIXe siècle), appartient, à présent, à l'histoire de tous les Européens. Le déni et l’oubli d'un esclavage si long et si brutal n'est plus acceptable, viole la mémoire commune, et pèse encore sur les relations entre les Roms et les autres populations européennes. Il est temps d'enseigner et de rappeler à tous les concitoyens de l'Union que ce lointain passé a laissé des traces dans notre présent, partout en Europe.

L'abolition de l'esclavage des Roms a désormais toute sa place dans la commémoration, en France, de l'abolition des esclavages, chaque 10 mai.

"Les Européens organisent des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en Amérique alors que, sur leur propre continent, 400 000 Tsiganes sont maintenus en esclavage". Kogalniceanu Mihail, esquisse sur l'histoire, les moeurs et la langue des Cigains, connus en france sous le nom de Bohémiens, Berlin, 1837.
(Kogalniceanu est un historien roumain francophone qui devint premier ministre de la toute nouvelle Roumanie unifiée, en 1863.)


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran 

jeudi 2 mai 2013

Une petite discrimination quotidienne !


La lettre que nous reproduisons ci-dessous a particulièrement attiré notre attention et a provoqué notre indignation.
Elle a confirmé, ce que nous dénonçons journellement, qu'en ce qui concerne l'égalité des Français, certaines conditions « acceptables » doivent être réunies. Le nom en est un exemple.


 SPECTACLE HUMOURISTCHIQUE
écrit par Souâd Belhaddad



J’ai reçu un courrier du Régime social des indépendants (RSI) qui d’emblée me demande la photocopie de ma carte de séjour, sans autre préambule et sur le seul critère, j’imagine, de mon nom.

Comme je ne dois pas être la seule personne recevant ce « courrier type » et à me demander quand je pourrai un jour oublier que mes prénom et nom ne sonnent pas assez « locaux », je me suis dit qu’il serait utile de rendre publique la réponse que j’ai envoyée. Juste pour ne pas laisser passer.

Pas de mort d’homme, pas de tragédie, juste une petite vigilance à maintenir.

La voici :
« Madame,
Le courrier du 4 avril 2013 que vous m’adressez, intitulé “Demande de renseignements”, me semble, je crains, relever d’une certaine discrimination au nom.
Dès les premières lignes, vous me demandez d’emblée de vous fournir un titre de séjour. Sur quelle base posez-vous ce postulat ? En fonction de quel critère s’opère la répartition de vos “courriers types” ?
Car ce courrier pique ma curiosité : je doute, en effet, que le texte de ce courrier aurait été identiquement formulé à un(e) affilié(e) qui, par exemple, s’appellerait, disons Ayrault (imaginons Jean-Marc de son prénom), ou bien Canfin (imaginons le prénom de Pascal), ou Touraine (Marisol, autre exemple)...
Peut-être auriez-vous eu quelques hésitations pour un(e) nommé(e) Carlotti ou bien Bertinotti ? Ou encore un(e) nommé(e) Valls, au prénom sans doute incertain pour vos critères ?
Je crains qu’en revanche certains affiliés reçoivent le même courrier que celui que j’ai eu la stupéfaction de lire, si par exemple, ils/elles portent le nom de Arif (disons comme prénom Kader) ou bien le nom de Belkacem (à moins qu’il ne soit accolé à un autre, comme Vallaud par exemple et que votre logiciel opte alors pour un autre “ texte type ”…) ?
Enfin, resterait peut-être comme dilemme, pour vos envois types, des noms tels que Benguigui (prénom Yamina) ou Israel (Moshe) ? Carte de séjour demandée ? Actes de naissances ? Autres signes distinctifs ?
J’ose espérer, chère Madame, que vous n’ignorez pas que dans notre pays, se comptent aujourd’hui par milliers les Français(e)s, né(e)s sur le sol hexagonal avec la nationalité française, de parents français ou non, même si leur nom n’est pas considéré, à vos oreilles, comme celui de compatriotes.
Journaliste, et spécialisée sur les questions de discrimination et en faveur du vivre-ensemble, j’ai été frappée qu’un organisme utilise une telle approche discriminante auprès de ses affiliés. Enfin, de certains de ses affiliés.
La simple question “êtes-vous de nationalité française ?” aurait évité toute ambiguïté, tout préjugé et malaise. Votre courrier distingue explicitement plusieurs catégories de Français, selon leur nom et/ou lieu de naissance – des critères qui, en plus d’être illégaux, ne sont pas à l’image des principes de notre République. »

Souâd Belhaddad | Journaliste - Depuis le site Rue 89


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


dimanche 28 avril 2013

Lamentable politique ou politique de lamentables !


Les événements survenus il y a quelques nuits à l'Assemblée Nationale sont pitoyables et nous interrogent sur le fait de savoir si nos députés se rendent compte de ce qu'ils représentent.

Voir les représentants du peuple d'une démocratie qui se dit la « patrie des droits de l'homme » s'admonester dans l'hémicycle a quelque chose de minable que les citoyens ne peuvent tolérer.

Voir vociférer comme le dernier des soudards, la bave à la commissure des lèvres, le visage déformé par la haine, le responsable d'un groupe parlementaire, ancien ministre de surcroit, a de quoi nous alarmer, plus encore, nous angoisser.

L'Assemblée nationale ne serait donc plus ce lieu respectable où l'on débat de l'avenir de notre pays et de ses habitants dans l'écoute et le respect mutuel, c'est devenu, comme Wagram, une salle de boxe où l'on fait le coup de poing pour faire entendre son point de vue.
Quel exemple pour notre jeunesse à qui l'on répète, à l'envi, que la violence, arme des faibles, est indigne.

Les députés oublieraient-ils qu'ils sont nos représentants élus au suffrage direct et que ce privilège ne leur donne pas, au contraire, le droit de se conduire comme des rustres, honte de notre République.

Doit-on s'attendre à un coup de force, si, d'aventure, les projets de lois n'allaient pas dans le sens attendu car l'attitude belliqueuse de ces castagneurs « antiparlementaristes », qui contestent, jusque dans la rue la légitimité de l'Assemblée dont ils sont membres, est inquiétante.
Elle remet en cause le fonctionnement démocratique de la République.
On a même vu un député « écharpé » des Côtes d'Armor1 s'en prendre dans une échauffourée au calot d'un CRS et on entend ces responsables de la droite dite "républicaine" clamer : « que la rue a forcément raison et doit l’emporter sur la représentation nationale, que le Parlement n’est nullement représentatif du pays réel, que les élections au scrutin majoritaire ne lui confèrent aucune légitimité. »
Ces propos dangereux pour la démocratie et ces agissements sont indignes de parlementaires responsables, ce ne sont là que des pratiques de voyous.

Pour faire bonne mesure, il faut, aussi, ajouter, ce ministre socialiste qui, avec un aplomb confondant ment pendant plusieurs semaines à la France entière et plus particulièrement à ses pairs du Parlement.

Nous devons immédiatement rappeler avec vigueur à nos élus que c'est seulement grâce à notre volonté qu'ils occupent ces fauteuils et que nous leur avons confier cette tâche, seulement, pour qu'ils travaillent sereinement et avec compétence dans le respect des valeurs de la République.

Nous, électeurs, nous devrions réfléchir à la possibilité de sanctionner, voir révoquer ceux qui déshonorent la fonction par leur attitude et qui mettent en cause la légitimité populaire.

1 http://www.huffingtonpost.fr/2013/04/20/video-mariage-gay-depute-ump-marc-le-fur-gendarme_n_3123461.html?utm_hp_ref=france

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mercredi 3 avril 2013

Cahuzac ou le révélateur de l'impasse politique social-libérale

"La crise de la représentation politique est entrée dans sa phase terminale. C’est l’état d’alerte pour les démocraties". Ainsi peut-on lire, sous la plume de Christian Salmon (1), cette dernière phrase de son article intitulé : "Démocratie état d'alerte" et paru dans Médiapart, le 31 mars 2013.

Il n'y a pas lieu de se réjouir de voir anéantis les forts-en-gueule, les bravaches et les surdoués du discours mensonger. Jérôme Cahuzac nous a fait choir, avec lui, dans le gouffre d'une politique sans nom, sans principe et sans objectif, et nous n'en sortirons pas indemnes, si nous en sortons.

Car de quoi s'agit-il ? 

Rappelons-nous la sortie de l'ex-ministre du budget, sur Antenne 2, face à Jean-Luc Mélenchon : « La lutte des classes, ça résume notre réelle divergence. Vous y croyez toujours, je n’y ai jamais cru"... "Jamais ?" avait relancé Mélenchon. "Jamais" avait rétorqué Cahuzac... Tout était dit : Porte-parole du gouvernement, ce jour-là, il reconnaissait que son socialisme n'avait rien à voir avec celui que l'histoire avait mis en valeur : la solidarité indéfectible avec les petits, les sans grades, les sacrifiés du système capitaliste. Il reniait Jaurès, Blum et même Jospin. Il faisait passer le PS à droite.

Considérons l'état de ce compte en Suisse ayant échappé à tout contrôle fiscal ! Jérôme Cahuzac n'a accumulé et mis à l'abri "que" 600 000 euros. Là n'est pas son pire délit. Il est des PDG ou de simples joueurs de foot-ball qui s'offrent, aujourd'hui, des rémunérations bien plus importantes encore. Non, ce qui hallucine c'est que, pour la première fois dans l'histoire de France, le ministre en charge du budget de la nation avoue qu'il a fraudé le fisc. Toute confiance s'en trouve abolie. Tout se passe comme si mon banquier était le cambrioleur qui vient de se faire prendre dans ma maison.


Pensons à tout ce qui s'abat aujourd'hui sur les citoyens modestes. Celui qui influençait la politique financière du gouvernement est le même qui lâche, à la face des chômeurs, des petits retraités, des sans abris, des sans revenus et des sans espoirs, sur son blog (!), quelque chose comme : "oui, c'est bien moi qui ai menti à tout le monde, je m'enrichissais dans l'ombre et j'en demande pardon au chef de l'État ainsi qu'à tous ceux qui m'ont mandaté". Trop facile! Jérôme Cahuzac a plus que menti : il a trahi après s'être montré méprisant, cynique, fort de sa supériorité, voulant trainer ses contradicteurs devant les tribunaux. C'est un désastre absolu qui n'a qu'un équivalent : celui qui emporta DSK dont Cahuzac fut proche. Mais que voient et que disent, au sein du PS, ceux qui, depuis des années ont constaté des dérives multiples et n'ont pas osé les condamner ? 

Reste à tirer des enseignements de cette série de manifestations de malhonnêteté au sein de la classe politique. Certains sont déjà condamnés, d'autres mis en examen, et quelques-uns "blanchis" faute de preuves. La justice, qui n'est pas elle-même toujours exempte d'impartialité, compte, en son sein, des magistrats courageux et, de même, dans la presse, quand des journalistes d'investigation font leur métier non sans risques, la vérité sort du puits, choquante dans sa nudité et pourtant révélatrice de l'état réel de notre société.

Il est temps que cesse le scandale du cumul des mandats qui incite à thésauriser argent et pouvoirs.
Que l'on sache pourquoi plus il est de richesses produites moins il est de fonds disponibles.
Que l'on sache pourquoi l'austérité est promise aux modestes et le luxe aux nantis.
Que l'on sache pourquoi il n'est plus ni droite ni gauche si tous les élus font la même politique.
Que l'on sache comment accèdent au pouvoir d'État des prédateurs sans scrupule.
Que l'on sache pourquoi est blessée à mort la démocratie quand aucune élection ne change rien?
Que l'on sache pourquoi on en revient à faire le lit des démagogues totalitaires ?

De même qu'il faut s'indigner pour mieux se révolter contre l'injustice, il faut, à présent, se scandaliser pour contraindre les décideurs à décider non ce que commandent "les marchés" mais ce qu'exigent les peuples : vivre en paix dans le partage et l'équilibre sans s'en remettre à ceux qui n'ont d'autre intérêt que le leur.

(1)  Chercheur au CNRS, auteur, notamment, de Storytelling : La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (2007, La Découverte).

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran





samedi 23 mars 2013

Les va-t-en-guerre de l'UMP contre la justice





Décision très médiatique, cette semaine : Nicolas Sarkozy est mis en examen pour abus de faiblesse dans l'affaire Bettencourt.

Bien sûr, comme tout citoyen, le prévenu Sarkozy a le droit à la présomption d'innocence. On peut néanmoins s'interroger sur la question de savoir si l'abus de faiblesse n'est pas le sport préféré de certains militants de l'UMP 1.

Le Code Pénal prévoit trois ans de prison et 375 000 euros d'amende pour qui se rend coupable d'avoir profité "d'une personne à la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique".

Il n'est pas inutile pour la compréhension de cette affaire de se rappeler sa délocalisation, de Nanterre à Bordeaux, en décembre 2010, pour mettre fin aux guerres intestines du tribunal de Nanterre. À l'époque, on pensait à des pressions gouvernementales sur les juges pour enterrer l'affaire.

Une mise en examen n'est pas une condamnation et l'ancien président de la République a fait appel. Ce qui est regrettable, c'est qu'il se soit fait élire; en 2007; en promettant, entre autres mensonges, une rupture avec les affaires de financement de la vie politique.

Au delà de cette mise en examen, qui ne sera certainement pas la seule, le vrai problème aujourd'hui est l'attaque en règle des ténors de l'UMP qui prennent le risque de mettre en cause publiquement l'indépendance de la justice, qui tentent de déstabiliser l'institution judiciaire et qui jouent contre la démocratie et les valeurs de la République au moment où le populisme progresse dans toute l'Europe.

Le Front national cherchera à en profiter et F. Bayrou, le président du MoDem n'a pas apprécié les attaques de l'UMP contre les juges, en les qualifiant d'attaques contre la démocratie.

La Constitution de la Ve République garantit, dans ses articles 64 et 65, l'indépendance de la fonction judiciaire à l'égard des pouvoirs exécutif et législatif.

Henri Guaino, député des Yvelines, a tenu les propos suivants :

« Ce qu’a fait ce juge est extrêmement grave. Dans la République, quand on vous confie des responsabilités, des pouvoirs, il y a une nécessité absolue à ce que chacun les exerce avec un sens aigu de la responsabilité ( …. ). Je trouve, et je prends mes responsabilités, que cette décision est irresponsable, parce qu’elle n’a pas tenu compte des conséquences qu’elle pouvait avoir sur l’image du pays, sur la République et sur nos institutions (…).  Je conteste la façon dont il fait son travail (le juge), je la trouve indigne. Je le dis. Je trouve qu'il a déshonoré un homme, il a déshonoré les institutions et il a aussi déshonoré la justice parce que tout ça a des conséquences dramatiques (…) J’ai dit que cette décision était indigne (…). La décision est indigne et je pense qu’elle est irresponsable».

M. Guaino n'est pas seul, d'autres nombreuses critiques, tout aussi inacceptables, ont été formulées par des personnalités de la famille politique de Monsieur Sarkozy. Imprudentes, ces déclarations inadmissibles tombent sous le coup de la loi. Commenter une décision, la contester par les voies de droit est légitime. Attaquer la personne du juge, et plus largement l'ensemble des magistrats ne l'est pas, et viole la séparation des pouvoirs.

Ces propos, indignes de représentants élus des citoyens, plus proches des théories à la Berlusconi que de la démocratie, en rupture totale avec le principe du respect de l'indépendance des magistrats, portent atteintes à l'autorité de la justice et, au-delà à l'intégrité même de la République.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 


1) Il est, en effet, troublant qu'un des fidèles de l'ex-Président, l'ex-député Yannick Paternotte, maire UMP de Sannois (Val d'Oise), soutien de J.F. Copé et président de la contestée et fumeuse commission nationale des recours de l'UMP, ait été condamné, jeudi 13 décembre 2012, à quinze mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité, lui aussi pour abus de faiblesse envers une vieille dame de 91 ans !


dimanche 17 mars 2013

Discrimination et contrôle d'identité



Les Jeunes Socialistes du mouvement des MJS ont-ils un jugement plus éclairé que leurs ainés ?

C'est ce qu'il semble si l'on regarde, entre autres, leur prise de position sur les contrôles d'identité.

Très au courant des dérives, voir des abus des forces de polices qui pratiquent des contrôles d'identité à répétition, souvent fondés sur l'allure ou le faciès, et dont ils sont les premières victimes, ils réclament, à juste titre, l'instauration d'une arme antidiscrimination : un récépissé qui serait remis par les policiers lors d'un contrôle d'identité.

En effet, beaucoup de jeunes, et pas seulement ceux des quartiers dits sensibles, se plaignent d'être soumis à un nombre de contrôles excessif, et cette demande de la remise d'un récépissé, de la part d'une partie de la gauche et des ONG de défense des droits fondamentaux, faisait partie des engagements du candidat François Hollande, lors de la campagne présidentielle.

Un mois, avant la remise du rapport demandé au Défenseur des Droits sur le sujet et, hasard du calendrier, elle est enterrée, en septembre 2012, par Manuel Valls qui la juge « très difficile … trop bureaucratique et lourde à gérer », le jour même où les policiers mis en cause dans la mort de deux adolescents, en 2005, à Clichy sous Bois, bénéficient d'un non-lieu.

Pourtant, cette semaine, lors d'une rencontre avec les jeunes socialistes et à leur demande, Mme Taubira, Ministre de la Justice a ressorti des cartons cette disposition en ajoutant : « la responsabilité de la puissance publique est de mettre un terme à une ambiance, des inégalités, des injustices, des exclusions. »

Il est vrai que les relations se sont passablement dégradées, depuis le passage au ministère de l'Intérieur puis à la Présidence de la République de Nicolas Sarkozy, et qu'il y a beaucoup à faire pour pacifier les rapports entre le citoyen et sa police.

Les raisons invoquées par le ministre de l'Intérieur sont spécieuses, car de nombreux pays ont adopté la remise d'un récépissé : le Royaume-uni, l'Espagne, la Bulgarie (en Europe) ; les États-Unis et le Canada ont également opté pour cette mesure.

Le bilan, malgré des réticences, est plutôt positif. En général, on note une diminution notable des contrôles arbitraires, mais aussi, une hausse des interpellations réussies et une progression du respect mutuel entre les policiers et les citoyens.

Au Canada et en Espagne, le système est accompagné d'une formation aux réalités multi-culturelles pour faire évoluer les comportements lors des contrôles.

Comme dans le traitement des minorités, il serait temps que le ministre de l'Intérieur entende les demandes des citoyens et qu'il inscrive son action dans le respect du résultat des élections présidentielles et législatives, des droits fondamentaux et de la dignité des personnes.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux