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lundi 13 septembre 2010

Le retour de la République

" Sous la IVème République, il n'y avait, en réalité, qu'un pouvoir : l'Assemblée ; le Gouvernement n'existait plus, il était dominé, écrasé, phagocyté par le Parlement. Sous la Vème, il n'y a de nouveau qu'un pouvoir : l'exécutif, le Gouvernement ou plutôt le Président ; l'Assemblée ne joue aucun rôle, sinon de pure figuration. On est passé d'un extrême à l'autre".
Pierre Mendès-France

République et Démocratie

On a eu beau parler, au siècle dernier, de "la Nouvelle République" (1), le mot république avait pris le sens que lui donnaient les Républicains made in USA : le société gouvernée par les élites. La République gaullienne était de nature présidentialiste. La Vème République, en dépit de ses évolutions, l'est restée.

Quand Jean-Pierre Chévénement parlait de République, il faisait appel, lui aussi, à un État fort, sévère et juste, très réticent devant la décentralisation, la régionalisation et l'Europe politique.

Cette République-là se distinguait de la démocratie quand elle ne s'en s'éloignait pas ! La "République moderne" mendésiste, au contraire, voulait un équilibre des pouvoirs qui ne réduise pas la République à une "monarchie républicaine".

Le temps passe. La République se réveille de la léthargie dans laquelle elle a été plongée. Sous jacente aux institutions, elle s'en détache parce que la res-publica, "la chose publique", est passée derrière les intérêts privés que les gouvernements français ont privilégiés. Le gouvernement actuel a dépassé les bornes en rendant publique sa connivence avec les puissances d'argent. Auparavant, la solidarité avec les capitalistes se faisait discrète; on respectait des formes. Non seulement cette prudence a cessé mais, en même temps, des événements appelés "crise" ont mis en doute la nécessité d'associer le capitalisme à la démocratie.

Alors l'idée républicaine a refait surface ! La démocratie qui est l'association plus ou moins forte des citoyens aux décisions politiques a été rejointe par la République qui est l'organisation politique où prime l'intérêt général. La République qui fut, d'abord, le rejet du pouvoir absolu, ne se reconnait pas dans "l'exercice solitaire du pouvoir" condamné par François Mitterrand et si bien exercé par lui. La République n'a rien à voir avec le gouvernement ultra centralisé, "élyséen", que nous voyons à l'œuvre ! En clair, la Vème République n'avait gardé de la République que ce que De Gaulle y avait laissé : s'obliger à s'incliner devant une décision populaire exprimée par référendum. Dès que cette obligation même a été "oubliée", conduisant à la cohabitation, cette fiction démocratique, la République a cessé d'être ce qu'elle est !

La République n'est pas une Constitution numérotée ! La République est un vivre ensemble organisé où les choix sont ceux qui font de "la chose publique" la priorité. Il est des Républiques défigurées qui portent un nom mais n'ont plus la substance républicaine, laquelle est nécessairement démocratique parce que la chose publique est la chose de tous.

Si, à l'occasion du prochain scrutin présidentiel, n'est pas mise en avant la question vitale pour le pays, (la restauration d'une République au contenu de ce siècle), nous resterons hors de la République réelle.

(1) L'Union pour la nouvelle République (UNR) était un parti politique français destiné à soutenir l'action de De Gaulle, revenu au pouvoir, au mois de juin 1958.

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Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 11 septembre 2010

62 ans...

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Le onze septembre social est-il survenu ? Imperturbable, obéissant, le Parlement a suivi son chef.

Manif. ou pas, sondages ou non, syndicats unis comme jamais ou non, rien n'y fait, la machine politique sarkozienne tourne à plein régime et écrase tout sur son passage. Oui, tout ! Car, si grave soit la tentative de déformer le système des retraites, en France, il y aussi, -et le Sénat s'est couché devant la volonté du Prince à ce sujet-, notre enfermement collectif dans la "prison virtuelle" qui fait, de chaque Français, un délinquant potentiel placé en surveillance informatique, manifestants et contestataires inclus. Oui, c'est tout un système pervers, répressif et dur aux faibles, qui s'installe.

Le piège est béant : si la révolte débouche sur la violence, le pouvoir, qui s'y est préparé, y trouvera prétexte à justifier sa répression et fera tout pour mater les indociles.

Le report, de 60 à 62 ans, de l'âge ouvrant droit à la retraite est hautement symbolique. Il nous invite à admettre que le temps est venu du passage d'un "travailler plus pour gagner plus" à un "travailler plus sans gagner plus". Il nous oblige à oublier que l'on ne trouve guère d'emploi quand on le perd après 50 ans. Il tue l'espoir d'une vie allégée de la charge de l'emploi quand on n'en peut plus de fatigue... Il souligne que la démographie est coupable et, en faisant froid dans le dos, que trop nombreux sont les vieux vivant encore ! Il insiste sur la volonté de faire payer les retraites par les travailleurs, d'abord, ce qui ne fonctionne plus dans une société où l'emploi est contracté et où la production dépend de moins en moins des salariés. Il révèle que rien ne se négocie plus et que les organisations syndicales sont réduites à constater le passage en force du gouvernement.

Le Parti socialiste fait savoir que, s'il revient "aux affaires" (comme on dit !), on retournera de 62 à 60 ans, pour partir, "si on le veut", en retraite. C'est bien le moins...! L'expérience, cependant, nous enseigne que ce n'est pas sur les alternances qu'il faut compter pour revenir à une situation antérieure ! Plus encore : il serait dangereux de compter sur cette annonce pour obtenir justice. Jamais l'on n'a vu des élections se substituer aux luttes sociales. Tout au mieux peuvent-elles les accompagner.

Nous voici entrés dans l'ultime étape du conflit politique majeur et la partie n'est pas gagnée d'avance. Sarkozy est loin d'être à la retraite. Woerth n'est toujours pas en retrait. Hortefeux se voit déjà premier ministre ou à la tête de l'UMP. Besson à l'intérieur. Alliot Marie au Conseil Constitutionnel. Bertrand à la Justice. Nous n'en sommes plus à un cauchemar près !

La résistance, celle qui n'a rien à oublier de ce qu'avait voulu le Conseil National de la Résistance, en 1945, est engagée. Nous ne nous reconnaissons pas en ce gouvernement-là. Nous ne nous considérons pas représentés par ce Chef d'État, même s'il fut régulièrement élu. La France s'est trompée en 2007. Elle le sait, à présent. Elle cherche comment corriger son erreur sans renier la République. Passerons-nous par un Sarkogate ? Nous ne sommes pas aux USA ! Le 23 septembre, syndiqués ou non, il faudra sortir dans les rues ! Que la plus grande des manifestations jamais organisées depuis le début du XXIe siècle, révèle la force du peuple s'il veut n'avoir pas à entrer en rebellion.

Et n'oublions rien : tous ceux qui ont plié, se sont courbés, ont fait allégeance depuis deux ans, se sont déconsidérés à jamais, y compris ceux qui ont été sensibles aux "ouvertures" (qu'ils y aient cédé ou pas !). Ce n'est pas d'alternance que le pays à besoin, mais d'une véritable alternative, d'une société qui mettent, enfin, le juste partage avant tout autre considération.

60 ans était une barrière infranchissable. Ceux qui l'ont franchi ont fait l'acte politique de trop.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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jeudi 9 septembre 2010

Le onze septembre : les anniversaires de la politique qui tue

1973, 2001 : ces onze septembre ont marqué l'histoire politique de ce dernier demi-siècle.

En 1973, avec l'aide des USA, l'armée chilienne a assassiné Salvador Allende et ses soutiens.



En 2001, les USA ont été très douloureusement blessés par un attentat géant qui a déclenché une riposte militaire géante dont nous ne sommes pas encore sortis.

En 1973 la tentative d'instauration d'une société socialiste par la voie pacifique a été balayée par les tenants d'un capitalisme dur ayant l'appui de Richard Nixon. Il s'en est suivi de longues années de nuit fasciste dont le Chili n'a pu sortir avant longtemps!

En 2001, les Tours jumelles, symbole même d'un haut lieu de la finance, ont été abattues par un avion dont des fanatiques kamikazes avaient pris les commandes. Il s'en est suivie une période de violences extrêmes perpétrées en Irak et en Afghanistan pour venger ce crime sans équivalent historique. En vain.



Aujourd'hui, le monde change lentement de visage. L' Amérique du sud a largement "viré à gauche" au grand dam de l'Oncle Sam. L' Amérique du Nord a vu s'installer un Noir à la Maison Blanche ! Rien de totalement révolutionnaire en tout ça, mais une série d'enseignements dont nous aurions intérêt à tenir le plus grand compte !

1 - Le socialisme ne s'instaure ni par la force, ni par la non-violence. Il résulte d'un processus qui ne vient pas "d'en haut", de l'État, ou des élections. Il n'est pas enfermable dans des frontières et, de La Havane à Santiago, il n'est pas qu'un chemin pour sortir du capitalisme.

2 - On ne terrorise pas le terrorisme. Le plus puissant État du monde tombe en un piège en voulant tenir à sa merci des adversaires dispersés, déterminés mais surtout portés par la haine de l'Occident à un niveau que nous n'avons pas encore mesuré.

3 - L'antagonisme Est/Ouest, du type "communisme"/capitalisme, a été remplacé par une double rivalité planétaire : économique, dans le cadre libéral, (et les USA, le Japon et l'Allemagne s'effacent peu à peu derrière la Chine et l'Inde), politique, dans le cadre écologique (et, sans lutte armée, l'équilibre du monde tourne à l'avantage des peuples émergents, les plus nombreux, par suite des gâchis et des surexploitations accumulés, ces dernières décennies).

Ce 11 septembre 2010, n'aurions-nous pas à nous prémunir du retour de la droite intransigeante, dure et prête à employer la force contre le peuple. En France, en particulier.

Ce 11 septembre 2010, au moment où un pasteur intégriste s'apprête à brûler publiquement des Coran pour relancer la "guerre des civilisations" n'est-il pas temps de rappeler que tous les intégrismes le chrétien comme le musulman débouchent sur les plus effroyables violences. Aux USA et en Afghanistan, en particulier...

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 7 septembre 2010

Mais où est l'argent ?


La Semeuse a t-elle vidé son sac ou a-t-elle, dedans, plus d'un tour ?

Les caisses sont vides ! La rigueur s'impose ! Mais où est l'argent ? Les citoyens n'y comprennent rien et ne peuvent rien y comprendre !

Les comptes de la Sécurité Sociale sont, nous dit-on, dans le rouge. Il nous est précisé aussi que l'État n'a pas payé sa part et que s'il la payait, les comptes seraient en équilibre. Si c'est bien le cas, on ne pourrait affirmer que la Sécurité Sociale est en déficit qu'une fois les retards de paiement effectués. Mais cette exigence rationnelle, comptable et citoyenne ne s'exprime guère. Pourquoi ? Passe de faire des économies et de ne pas gaspiller, mais ne rien changer à notre façon de nous soigner, continuer à faire de la santé un marché, et autoriser l'État à prélever sur cette manne tout en diminuant les remboursements. Non !


La bonne fortune n'est pas dans les étoiles !

Mais il y a plus grave encore, si possible ! Il faudrait travailler plus tard et cotiser davantage pour pouvoir assurer les retraites des Français ! Cette curieuse logique repose sur plusieurs idées fausses. La première est qu'il faut travailler plus, allonger donc le temps passé dans l'entreprise, alors que, depuis des décennies, très régulièrement, il faut de moins en moins de temps travaillé pour produire davantage ! La seconde est que l'allongement de la durée de la vie coûte et qu'il faut donc le payer, alors que les revenus du capital croissent sans aucune commune mesure avec les revenus du travail. La troisième est que l'on a besoin de la compétence des anciens au travail et que satisfaire le désir d'emploi correspond à un besoin de société, alors que le chômage, ou plutôt la décrue programmée de l'emploi tout au long de la vie professionnelle, est un objectif avéré du patronat.

Ces deux domaines fondamentaux sur lesquels repose la sécurité des sécurités, la sécurité sociale, sont ceux où apparait le mieux la rupture que veut opérer le gouvernement : faire de tout un marché, n'accepter aucun déficit, faire tout payer aux usagers, tenir des comptabilités qui n'englobent pas l'ensemble des coûts et des rentrées possibles, bref, rompre avec l'apport du Conseil National de la Résistance qui avait obtenu du patronat collaborateur qu'il se plie aux exigences sociales de l'après-guerre !

Mais une question reste à examiner : où est l'argent ? Comment peut-on en trouver pour sauver les banques et pas pour sauver les retraites ? Il ne s'agit pas seulement de faire "payer les riches", il s'agit de savoir où est l'argent et qui en dispose ? L'État ? Les banques ? les entreprises ? Les rentiers ? Les actionnaires ? Comment se partage "le gâteau" ? Pourquoi les parts sont-elles de plus en plus inégales ? Pourquoi le salariat supporte-t-il plus les coûts que ceux qui paient les salaires ? Pourquoi ces très vieilles et banales questions n'ont-elles jamais reçu de réponse claire, quel que soit le régime politique en place, qu'il soit "communiste" ou "capitaliste" (dans ses deux variantes social-démocrate ou libérale ?)


La Poule aux œufs d'or une fois tuée révèle vide.

Il n'y a pas de Poule aux œufs d'or, de Corne d'abondance, de Semeuse semant sans fin ou de Dame Fortune. Il n'est pas de mythe en l'affaire ou plutôt dans les affaires ! Que BP puisse sacrifier des milliards de dollars pour sauver sa réputation menacée par la pollution géante du golfe du Mexique révèle bien qu'il est deux mondes : celui où l'on ne compte plus parce qu'on a tout et celui où l'on compte constamment parce que l'on a peu.


La richesse n'est pas dans l'argent mais dans ce qui produit l'argent.

Où est l'argent ? Et, question subsidiaire, à qui est-il ? Que des particuliers possèdent plus que des peuples entiers est non seulement insensé et choquant mais inhumain, intolérable et nous condamne, tous. Oui, se condamne celui qui accepte cette injustice géante et radicale qui concentre les avoirs au lieu de les distribuer. Mais attention, l'acceptation n'est pas uniquement celle de celui qui en jouit, elle est chez celui qui la supporte, voire espère avoir son tour, à la loterie du bonheur !



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 6 septembre 2010

Les bessons

Les bessons, ce sont des jumeaux. Dans la nature. Pas en politique. Les Besson sont loin d'être frères !



Louis Besson (l'ancien) est le ministre socialiste qui s'efforça de contraindre les villes de plus de 5000 habitants à laisser, dans la commune, un espace de vie digne aux familles résidant en habitat mobile. Il dut s'y reprendre à deux fois, la première Loi Besson, votée dix plus tôt, n'ayant pas eu l'efficacité escomptée. Ainsi naquit la Loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.




Éric Besson (le moins vieux) est le ministre sarkoziste, ex-membre du PS, soutien de DSK en 2006, qui se sera efforcé d'appliquer la politique de son nouveau maître et qui, avec beaucoup de talent, d'aisance et de culot, aura réussi à présenter comme une action humanitaire, l'expulsion des Roms roumains et bulgares venus tenter de vivre en France.

La confusion entre les deux noms est à la mesure de la confusion entre "les gens du voyage", Français tsiganes, (Manouches ou Gitans, appelés aussi les Roms
de France) et les étrangers tsiganes (Roumains ou Bulgares, parfois Kossovars, appelés aussi Roms en France). Les uns sont nos compatriotes ; les autres sont nos concitoyens européens depuis janvier 2007. Mais basta, tous les campements irréguliers seront désormais considérés comme des repaires de brigands !

Louis Besson voulait l'accueil des Roms
de France ; Éric Besson veut le départ des Roms en France. Le premier, à défaut d'intégration, prônait l'insertion de façon pratique. Le second prétend que toute situation d'irrégularité, qu'elle concerne des "sans papiers" ou des "Roms", doit entrainer un retour au pays d'origine de gré ou de force.

Louis Besson recherchait, avec maladresse et bonne volonté, pour les Français, tsiganes ou non, vivant en caravane, des lieux où le stationnement et le séjour seraient rapidement autorisés et organisés, dans des conditions matérielles décentes. Dix ans après la loi Besson 2, ce programme n'est réalisé qu'en faible partie, du fait de l'absence de volonté politique des majorités qui se sont succédées depuis 2002.

Éric Besson, exécute avec une audace et une habileté qui laissent pantois, sa mission conjointe avec celle du ministre de l'Intérieur : toute immigration doit être une intégration, sinon...dehors ! L'homme est trop intelligent pour ne pas savoir que présenter comme une évidence cette contre-vérité est voué à l'échec, mais il a lié son sort à celui du président de la République actuel et il défendra
mordicus ce qu'il n'a pas toujours dit (voire pensé) : "la France, on en respecte toutes les lois, ou on la quitte" ; et sous certaines des lois, il y a désormais ceci : "si tu es trop pauvre, et donc si tu n'as pas les moyens de vivre en France, va-t-en !"

Louis était un honnête socialiste ; Éric ne fut socialiste qu'en façade. Louis a agi pour améliorer le sort des hommes. Éric agit pour que les Français se rangent, en majorité, derrière le porte-parole de la politique la plus intransigeante et la plus brutale que la France ait connue, depuis Vichy, mise à part la période de la guerre d'Algérie !

Il est remarquable que ce soit à propos des personnes et des familles sans habitat stable que se soient illustrés les deux Besson ! Encore une fois, même sans reconnaître la minorité tsigane en tant que telle, Louis Besson a œuvré pour que chaque Français dispose d'un véritable droit à vivre, comprenant le droit à stationner, indissociable du droit de circuler. Éric Besson, lui, quand il s'agit du droit communautaire à circuler dans toute l'Europe, ne laisse ce droit ouvert qu'aux riches, ceux dont les revenus, obtenus par le travail ou pas,
en France, en Roumanie, ou ailleurs, permettent de demeurer en France, d'y vendre et acheter ce qu'on veut, le cas échéant en se vautrant dans le luxe.

Il faut avoir la patience et le courage de réentendre l'émission de C/Politique du 5 septembre 2010, dont le premier invité aura été Éric Besson, pour mesurer toute l'étendue du savoir faire de cet habile et dangereux politique, trop sous estimé par ses adversaires.

En tout cas pas par nous !

http://www.france5.fr/c-politique/index.php?page=article&numsite=4097&id_article=12215&id_rubrique=4100

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



jeudi 2 septembre 2010

La politique est morte, vive la politique !

20 PICASSO GUERNICA

Guernica et le Veau d'Or de Picasso, inspirés par l'horreur de la guerre d'Epagne, sont, devant nous, le rappel permanent de l'épouvante passée. Pour citer d'anciens maîtres de la pensée socialiste, (tel Jaurès), il nous faut garder à l'esprit, et devant nos yeux grands ouverts, que "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage". Jaurès mourut de l'avoir dit, crié et mis en débat et l'on sait ce qui s'en suivit : deux guerres mondiales !

"Le temps du monde fini commence" avait annoncé Paul Valéry, en 1945, peu avant sa mort. survenue moins de quinze jours avant le crime historique d'Hiroshima et Nagasaki, jamais reconnu comme tel ! Depuis, nous nous sommes avancés vers cette finitude et le sort de l'humanité se trouve, à présent, deux fois mis en cause. D'une part, nous serions en capacité de nourrir 15 milliards de Terriens mais, par refus du partage, nous ne faisons pas face aux besoins des 7 milliards de vivants actuels (hormis ceux qui consomment plus qu'il n'est nécessaire). D'autre part, nous avons accumulé de quoi produire une énergie nucléaire, civile et militaire qui, par sa violence libérée, par ses déchets, peut, à court ou long terme, éliminer notre espèce et, en principe, détruire la planète plusieurs fois (mais une seule fois suffirait...).



"Que faire", alors, eut dit Lénine ? Pour qui veut en finir avec ce qu'on appelait jadis "l'exploitation de l'homme par l'homme", il faut "sortir du capitalisme", nous rappelle Hervé Kempf. Oui, mais comment ?

Les socialistes, écologistes, communistes, altermondialistes, trotskistes et autres radicaux qui ne sont pas des "objecteurs de croissance" se retrouvent, aujourd'hui, sans arguments, mains nues devant ce qu'ils contestent, et condamnés à se trahir eux-même. Car la contestation radicale du système capitaliste suppose la mise en cause totale de la croissance.

Et bien voilà : nous y sommes ! On peut le dire, à présent : il n'y a d'anticapitalisme qu'écologiste.

Ceux des socialistes qui ne cessent de croire en la croissance indéfinie, ne sont plus socialistes, parce qu'ils s'interdisent de désirer encore ce pour quoi leur parti était né, la fin de l'appropriation privée des moyens de production. !

Les écologistes qui, par "réalisme", se refusent à une totale mise en cause de la croissance, ne sont plus eux-mêmes écologistes. Pour l'avoir trop oublié et n'avoir plus fait des luttes antinucléaires l'axe principal de leur politique, ils se sont enfermés dans des compromis électoraux les menant à des compromissions irréversibles.

Les grands thuriféraires de la croissance se moquent bien, de nos jours, de la gauche et de la droite. Ils veulent du profit, de l'argent pour les actionnaires et une bonne protection de leurs joujoux productifs, quitte à limiter (un peu) les excès antiécologistes de certains.

Et nous voici revenus à l'objection de croissance qui est aussi une objection des consciences car elle est la manifestation de volontés politiques innombrables, de plus en plus éclairées. La découverte de la capacité des hommes à devenir leurs propres prédateurs n'est certes pas récente mais ce qui est nouveau, c'est que des milliards de Terriens désormais le savent et glissent du sentiment de la fatalité à celui de la responsabilité.

La politique est morte, celle qui consiste à tromper le peuple aussi longtemps qu'il est possible. Vive la politique, celle qui substitue à la professionnalisation des élus, quel que soit leur mode d'élection, la responsabilisation, elle croissante, de tous les citoyens qui veulent agir non pour la domination mais la coopération de tous les humains.

Et qu'on ne nous dise pas que c'est une utopie, un rêve, un idéal ! C'est, tout simplement, la seule voie qui reste ouverte pour que la politique retrouve un sens

Voir le texte de Paul Valéry. http://www.archipope.net/article-12074109.html

Nous sommes la Terre

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 1 septembre 2010

Le oui de droite et le non de gauche

Au temps où "droite" et "gauche" avaient encore un sens, la droite conservait et la gauche contestait. On disait oui à l'ordre établi ou non à l'exploitation des salariés. En ce temps-là, la droite était capitaliste et la gauche socialiste. Les riches disaient oui à l'argent, à droite, et les pauvres disaient non à la misère, à gauche.

Mais les temps ont changé. "Au jour d'aujourd'hui" (comme disent, vilainement, les bavards se croyant à la mode), la droite ne fait pas que conserver : elle conquiert et elle dit non à une société non fondée sur la croissance; de son côté, la gauche fait mieux que contester, elle attend son tour et dit oui à une alternance qui lui permettra d'accéder à la tête de l'État.


On peut du reste inverser le propos : la gauche dit non à une société non fondée sur la croissance et la droite dit oui à une alternance qui lui permet de revenir, à coup sûr, à la tête de l'État.

En réalité, le socialisme est incompatible avec la croissance parce que le capitalisme c'est la croissance et la droite, ayant converti la gauche à la croissance, a fait coup double : elle a installé l'économique au pouvoir et transmué la gauche en droite.

La gauche aurait donc dit non à son propre avenir ? Pas si simple... S'il n'est de gauche qu'anticapitaliste (ça, qui était, hier encore, difficile à affirmer, se réinstalle dans l'opinion), où est le positif de la politique de la gauche de gauche ? À quel avenir dit-elle oui ? Et nous revoici face à la croissance : il n'est de gauche que celle qui est pour le juste partage des richesses produites, pour la juste production du nécessaire, pour la qualité l'emportant sur la quantité, pour une égalité et une liberté cimentées par la fraternité, pour une acceptation de nos limites, pour une autonomie maximale des personnes substituées aux individus.

Autrement la gauche qui se dit non à elle-même est biface : d'un côté, il y a la caricature de celle qui s'est convertie aux idées de son adversaire et, de l'autre côté, il y a la représentation de celle qui ne sait pas encore se penser en dehors des schémas du passé, quand la terre ne produisait pas assez pour nourrir tous ses enfants.

Non seulement, donc, il n'y a de gauche fidèle à elle-même que celle qui est solidaire des exploités, qui est antilibérale et anticapitaliste comme au temps de Jaurès et (pardon !) de Marx, mais cette gauche, si elle veut garder son nom (ou en trouver un meilleur qui ne trahisse pas son histoire), doit dire : oui à la décroissance ! Alors, "la décroissance, un projet marxiste ?" demande Serge Latouche, dans Politis. ( www.politis.fr/La-decroissance-un-projet-marxiste,11303.html )



Le citoyen économe ne brade pas les richesses des nations. L'économie responsable doit dire non à l'essence du capitalisme qui est l'accumulation du capital encore appelée croissance. Car, par un tour de passe-passe historique, on a confondu richesse et argent, bien-être et bien-avoir, satisfaction des besoins et augmentation permanente du capital. On fait la politique de la France à la Bourse, contrairement à ce qu'affirmait De Gaulle, et pas que la politique de la France... Gérer au mieux n'est pas gérer au plus ! Ne produire et consommer que ce qui est indispensable à tous les Terriens (avec les "extras" que tolèrent les célébrations du bonheur...), c'est la Révolution du bon sens.

Aussi bien, l'écologie est-elle déjà dépassée, comme est dépassé tout ce qui prend place dans le banal. Il n'est peut-être plus de gauche qu'écologique, mais cela ne veut pas dire que les partis de l'écologie recouvrent, à eux seuls, tout le champ de la gauche nouvelle (dont il convient vraiment de savoir si elle ne doit pas se trouver un autre nom tant elle s'est défigurée). Ni réformiste, ni gauchiste, ni écologiste, la politique indissociable de l'économie qui va devoir s'affirmer n'est pas de l'anti-droite mais de la non-droite. Quelle différence ? Dans un cas, on se définit contre et l'on est toujours rattrapé par son adversaire, dans l'autre, on considère comme obsolète, a-historique, cette droite qui, elle, s'est confondue avec le capitalisme sous toutes ses formes mais ne s'est pas reniée.

La décroissance est la meilleure contestation du capitalisme et le trait constitutif d'une politique qui serait dite de gauche, mais son succès, qui est loin encore d'être un triomphe, repose, précisément, sur l'intuition que le capitalisme est mis en danger par cette radicalité sereine. Il faut aller plus avant. Le mot décroissance, qui fait peur, n'est pas en cause car il dit bien ce qu'il dit : la croissance est incompatible avec une société d'équilibre social car elle détruit la planète. Pourtant, nous finirons pas changer de vocabulaire politique : gauche/droite, ce couple est né avec la venue au monde du capitalisme triomphant et en a conforté le système capital/travail. Ne doit-il pas mourir avec lui ? La décroissance, aujourd'hui indispensable comme rejet efficace du modèle sacralisé et indiscuté de la croissance capitaliste, perdra sa pertinence au fur et à mesure de sa prise en compte réelle. Que lui souhaiter de mieux qu'un succès dû à une disparition ? Encore faut-il sortir de schémas de pensée où la politique a été, jusqu'ici, tenue enfermée.

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Jean-Pierre Dacheux