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lundi 13 décembre 2010

Pour en finir avec la gauche... !

Notre blog du 5 décembre dernier fait place à la pensée de Simone Weil à propos des dangers, pour l'expression démocratique, que contiennent et diffusent les partis politiques. La publication de ce texte, retardée, nous incite à inviter nos lecteurs à s'y reporter, d'autant qu'il n'est pas sans rapport avec ce qui est dit ici, aujourd'hui.


On n'arrivera pas à bétonner les fleurs.

L
a gauche n'est plus. Elle s'est tuée.

Quand le parti communiste dominait, à gauche, le totalitarisme idéologique et l'aveuglement prosoviétique ont blessé la gauche de façon inguérissable. Quand, en 1989, deux siècles après la révolution française, le temple du léninisme s'est effondré, toutes les chapelles qui en dépendaient se sont trouvées sans dieu. Les partis communistes ont disparu de la scène politique et n'en sont restés que des squelettes, de plus en plus fragiles, ou des caricatures (comme en Corée du Nord et en Chine). Le parti n'est plus que l'instrument du pouvoir et, quand le pouvoir s'effondre, le parti ne survit pas. Nous le verrons, un jour, en Chine, et nous y voyons déjà que, de communisme, il n'est plus question. Le parti marxiste-léniniste n'est qu'un souvenir historique associé à des horreurs sans nom, dont nous ne finissons pas de découvrir l'ampleur qu'elles avaient prises dans l'empire soviétique et ses satellites ! Cependant, des générations entières ont cru que l'espoir d'égalité et de fraternité, et même de liberté, était à l'est. Ce fut une tragédie dont des "armées de militants" ne se sont pas relevées. Les soubresauts actuels de membres d'un parti qui, quatre-vingt dix ans après sa naissance en France, n'a plus de raison d'être, ne sont que vaines agitations. Le communisme est à repenser et il ne passera plus par un parti.

François Mitterrand, à la tête du parti socialiste avait préparé, en France, la fin du parti communiste et capté le reste de son influence, au fur et à mesure qu'elle décroissait, après les événements du Budapest, de Prague et de Poznam. La croyance que le socialisme avait vocation à se substituer au communisme pour contester le capitalisme a fait le reste... Dans les années 1970 et 1980, il était encore fort mal vu de contester le contenu marxiste des orientations du PS. La mort programmée du PCF stalinien a précédé de quelques années la mort du PS révolutionnaire. À partir de 1983, le réalisme économique a conduit le PS, en France, dans la voie du libéralisme, bien avant la Chine. Tout n'a plus été, alors, qu'un habillage de mots d'autant plus progressistes qu'ils cachaient la résignation devant l'impossibilité de modifier quoi que ce soit dans l'ordre occidental, dominé par les USA, et cadré au sein d'une Europe sans autre politique que celle de la soumission au capitalisme international. Ce fut le temps de la fin de l'histoire. Tout était dit : après 1989, la défaite définitive du socialisme international n'offrait que deux pistes à gauche (la disparition ou l'adaptation aux exigences du mondialisme).

Exit donc les partis communistes et socialistes quand ils étaient effectivement socialistes et communistes. N'en demeurent que de fortes structures politiciennes, encore capables de gagner des élections mais pas de prendre un pouvoir réel sur la réalité économique, autrement que pour la servir et y être asservi...

L'apparition, à partir des années 1970, du partenaire écologiste a pu faire, un temps, illusion. L'incompatibilité entre le productivisme, la croissance et la centralisation capitalistes face à une prise de conscience fulgurante des limites, des dégâts et de la domination dans lesquels s'enfermait le libéralisme, a pu donner à penser que la gauche trouverait là son nouveau ferment, sa possibilité de réanimation, son espoir d'un partage fondé sur de nouveaux principes. La nécessité d'entrer dans des compromis pour accéder aux responsabilités politiques a vite enfoui ces disponibilités écologiques dans le même dispositif : ou bien on reste marginal ou bien on accepte de rentrer, peu ou prou, dans les logiques marchandes.


Prenons notre monde en main

Si la gauche n'est plus ou ne peut plus être partageuse, liée au service public, attachée à la population qui ne dispose pas de capitaux, mobilisatrice des coopératives, des mutuelles, des syndicats, bref de tout ce qui réduit l'influence des individus richissimes sur la collectivité, si la gauche n'est pas ouverte au monde entier, à la préservation des ressources, à une universalité sans unification, à un renoncement aux politiques de force qui multiplie les guerres, etc..., ne parlons plus de gauche, c'est alors un concept qui a perdu son sens et il est urgent de travailler à en inventer un autre.

Le jour où il est apparu à la quasi totalité des citoyens que la politique n'avait d'expression que par l'intermédiaire des partis, la gauche a cessé d'être parce que, tout simplement, gauche ayant jadis signifié partage du pouvoir entre tous et cet objectif étant abandonné, ce qui demeure n'est plus qu'une image fanée, une photo ancienne d'une réalité qui n'existe plus.


En un mot comme en cent, si le mot gauche est devenu obsolète, ce n'est pas parce que la droite l'a emporté définitivement, c'est parce qu'il n'est plus de politique que de droite, une droite qui n'est même plus conservatrice ou qui, du moins, ne se veut conservatrice que du pouvoir, quitte à sacrifier tous les autres conservatismes !

Le combat culturel et politique inextricablement mêlé n'a besoin, au XXIe siècle, ni de l'idée de gauche ni du concept de parti pour se déployer. Plus même : le faux dualisme droite/gauche et l'outil parti captent les énergies et les détournent; ils font obstacle à l'action.

Qu'on ne voit pas là l'avancée d'une idéologie "gauchiste". Le gauchisme non seulement souffre du même mal et meurt de la même mort, mais il conserve les mêmes défauts, souvent aggravés, qui ont conduit à l'échec de "la gauche" sous toutes ses formes : le dirigisme, le sectarisme, l'idéologisme, l'esprit de parti, le vedettariat, le culte de l'avant garde, l'enfermement dans des certitudes toutes faites. Plus qu'ailleurs on y rencontre le "yakisme", cette conviction qu'il suffit d'être patient pour avoir tout seul raison, tôt ou tard...

Non, à gauche de la gauche, comme disait René Dumont, on n'est pas davantage à gauche, on est à l'extérieur, sorti de la gauche officielle, qui s'affiche, sûre d'elle mais sans autre existence qu'une apparence mythique. Quand la gauche est un leurre elle n'a aucune substance et c'est ce que, dans ses profondeurs, le pays a compris. D'où l'apparente contradiction de ceux qui préfèrent "une" gauche à la droite actuelle, mais sans croire qu'aucune gauche ne pourra jamais les satisfaire. Les recettes médiatisées des partis ne garantissent pas que le repas social servi satisfera l'appétit et les besoins fondamentaux des habitants.


Il serait temps qu'elle y aille..., en effet !

Ce n'est pas le renoncement à la politique qui fait fuir les partis et, de plus en plus, les bureaux de vote (hormis l'élection présidentielle dont - hélas et horreur ! - nous voyons bien qu'elle est la seule décisive !), c'est le désenchantement, cette maladie pernicieuse qui pourrit nos vies en nous pénétrant de cette idée que nous ne pouvons rien à rien ("there is no alternative" -TINA- nous susurre François Fillon)!

Devrons nous aller, comme le recommandait Octave Mirbeau, en 1888, jusqu'à "la grève des électeurs" ? Rien n'est interdit dès lors qu'il ne s'agit ni d'abandon ni de mépris à l'égard de nos concitoyens. Éveiller et réveiller l'esprit des pré-révolutionnaires d'avant 1789, avant qu'on ne parle de gauche et de partis, ceux qui ont réussi à faire parler le peuple en ses profondeurs : c'est de cela qu'il est question en en appelant aux États-généraux et aux Cahiers de doléance du XXIe siècle. Puissions-nous être entendus.


http://www.homme-moderne.org/textes/classics/mirbeau/greve.html


http://www.rue89.com/files/20080707GaucheclandestineGA.jpg
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 12 décembre 2010

L’épisode de la neige francillienne ou l’échec de la politique sécuritaire.



Jeudi 9 décembre 2010, le premier ministre a nié toute défaillance des services de l'Etat dans la pagaille qui a suivi l'épisode neigeux en Ile-de-France, en voulant faire endosser la responsabilité du chaos par les météorologues de météo France.

En effet pour lui, gouverner, ce n'est plus prévoir, mais chercher des boucs émissaires : en l'occurrence les prévisionnistes.


Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur revenait sur ses déclarations de la veille : "Je me suis exprimé à 16 h 30 et j'ai dit 'à ce stade, il n'y a pas de pagaille', ce qui était le cas. Après, la situation météorologique s'est dégradée de manière rapide." Effectivement, la veille, au plus fort de la tempête, il avait nié "la pagaille" qui commençait à régner et reproché à ceux qui voyait une pagaille d'oublier de dire, comme on le fait en général, qu'elle était "indescriptible" ajoutant, avec ce brillant humour qui le caractérise, que ce qui est indescriptible n’existe pas et que seulement quelques problèmes se concentraient "sur les routes lorsqu’elles sont inclinées".


C’était puissamment observé.


Bien entendu, Météo France qui avait placé, dès la veille, l’Ile-de-France en vigilance orange, s’est empressée de démentir et les syndicats ont évoqué la baisse des effectifs et le démantèlement des services de l'Etat comme premiers responsables de la crise.


Pour ajouter à la discordance de la communication gouvernementale le ministre des transports contredisait, vendredi 10 décembre, le premier ministre : "Il y a eu un bon travail fait par Météo France", assure le secrétaire d'Etat, pour qui "les services ont fait le maximum", et même "un travail remarquable ».


Comme pour la pseudo grippe H1N1, pour la tempête Xynthia au printemps ou pour les pénuries d'essence durant les grèves de novembre, la communication du gouvernement laisse pour le moins à désirer.


Cette volonté de relativiser, de faire croire qu’il a prise sur tous les événements, toutes ces erreurs de jugements sont révélatrices de la volonté de ce gouvernement d’affirmer qu’il est a même d’assurer en permanence la sécurité des citoyens et de leur promettre le risque zéro.


Ces hommes et femmes politiques, voulant montrer à quel point ils sont irréprochables, à quel point ils maîtrisent les risques, point d’orgue de la politique sécuritaire, trop prétentieux et arrogants, ne peuvent avoir l’humilité d’admettre qu’ils sont faillibles comme chacun d’entre nous, et ils remettent, alors, leur responsabilité, si quelque chose cloche, sur le dos des autres !

Comment faire confiance à ces responsables politiques, qui pour quelques flocons de neige sont capables de maquiller la réalité et de mentir comme des collégiens pris en faute.


Ils seraient tellement plus grands s’ils restaient simples et normaux.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

samedi 11 décembre 2010

Universel !




La Terre est devenue, jusqu'en son cœur, un objet de consommation

Nicolas Baverez, énarque, normalien, essayiste et journaliste, nous l'a révélé, hier, sur les ondes de Radio-France : "le capitalisme est universel". On s'en doutait un peu. La Déclaration des Droits de l'homme l'étant aussi, nous ne sommes plus loin de croire que le capitalisme fait à ses yeux, partie des Droits de l'homme...

Dès lors qu'il n'y a, sur Terre, aucune alternative connue au capitalisme, peut-être faut-il reconnaitre, en effet, à notre grand dam, que... le capitalisme est universel. Du reste, le capitalisme et le communisme n'ont-ils pas fait, en Chine, un mariage de raison qui a fusionné l'un et son contraire ? L'universel prix Nobel de la paix n'y fera rien : le commerce international n'a que faire du sort de Liu Xiaobo.

Que disons-nous là ? Staline, en 1948, ne s'était pas opposé à la ratification de la Déclaration universelle, aux côtés des pays capitalistes (L'URSS, comme l'Union sud africaine de l'apartheid, comme l'Arabie saoudite riche et si démocratique, parmi 10 pays "exemplaires", sur les 58 États-membres de la toute nouvelle ONU, s'était... abstenue). Universel signifiait alors : unanimes pour accepter ce qui ne fait pas vraiment discussion (puisque ce n'était pas contraignant). Capitalisme et communisme, déjà, s'entendaient dans un mensonge... universel.

62 ans plus tard, ce qui est, à l'évidence, universel, c'est le mépris pour les Droits de l'homme. Universel veut dire qui nous concerne tous, et ce qui nous concerne tous, c'est la domination irréversible, irrésistible, indiscutable, intouchable, inévitable du capitalisme. C'est le conditionnement intellectuel et culturel qui interdit d'échapper à cette doxa selon laquelle c'est à chacun de se faire sa place au soleil, fut-ce au détriment d'autrui...

Le pays des Droits de l'Homme (ainsi appelait-on la France) est condamné par l'opinion internationale à cause de l'état de nos prisons et surtout de l'état des prisonniers qui en ressortent. On en parlera ce week-end des 11 et 12 décembre 2010, à Lyon, mais comme souvent, et désespérément, les meilleurs diagnostics et les plus nécessaires exigences resteront dans des dossiers que le Gouvernement interdira d'ouvrir.

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Avec ou sans embonpoint, le tout est de masquer les apparences...

L'Universel débat sur le changement climatique se termine, aujourd'hui, à Cancun, au Mexique. On y considérera peut-être comme une victoire de ne pas avoir aboli le protocole de Kyoto. On se gardera bien de faire ressurgir toutes les espérances qui, à Copenhague, avaient été violemment déçues. L'avons-nous enfin compris : le capitalisme est universel bien plus encore que ne l'est le bouleversement climatique dû à l'activité humaine, (ce qu'Allègre et consorts ne peuvent plus nier). En conséquence, majorité républicaine aux USA oblige, et domination capitaliste généralisée s'imposant, on attendra que Gaïa se réveille, que Biogée se fâche, que l'horreur déferle pour tenir... une énième conférence mondiale qui ne pourra rien faire tant que les peuples ne s'en mêleront pas (et ils n'interviendront que s'ils souffrent et sont terrifiés).

Les Droits de l'Homme ne sont pas un simple habillage politique. Sous le vêtement de mots, de textes et de principes philosophiques, il y a la chair des hommes, de plus en plus nombreux et de plus en plus privés de ces droits qui leur sont abstraitement accordés. Il n'est donc d'autre cause à défendre que celle, universelle, de ces habitants de notre planète rendue inhospitalière non d'abord par le déferlement des forces de la nature, mais par l'irresponsabilité de ceux qui n'y recherchent que leur pouvoir sur les autres et leurs profits, quoi qu'il en coûte à leurs semblables.


Mieux vaut passer pour un fou que pour un lâche !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 5 décembre 2010

Pour la réouverture des "Cahiers de doléances"

simone weil_puteaux.jpgSimone Weil, agrégée de philosophie, écrivit, peu avant son décès, en 1943, une Note sur la suppression générale des Partis Politiques (Réédition chez Climats, en 2006).
http://www.atelier-idees.org/archive/2010/01/19/simone-weil-1909-1943-note-sur-la-suppression-generale-des-p.html

Elle y rappelle que l'idée de parti n'entrait pas dans la conception française de la politique française en 1789, sinon comme mal à éviter, mais il y eut le club des Jacobins.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Club_des_Jacobins

Le jacobinisme l'a emporté et domine encore. Il contient deux tares insurmontables : la suppression de la diversité culturelle, idéologique et géographique (c'est une machine unificatrice totalitaire) d'une part, et l'obligation de faire agir les citoyens dans le cadre du ou des partis qui raflent l'expression démocratique (cela conduit au parti unique ou -ce qui revient au même- au bipartisme centrifugeur), d'autre part.

Simone Weil a analysé, avec rigueur, le processus qui tue la politique en la confiant aux partis. Il n'a jamais été aussi urgent de la relire et de méditer ses observations doublées de recommandations.



Notre idéal républicain procède entièrement de la notion de volonté générale due à Jean Jacques Rousseau. "Une autorité n'est légitime que si elle émane de tout le corps social dont les membres, égaux entre eux, sont les citoyens. Seule la volonté générale doit être souveraine. La loi en est l'expression. La volonté générale n'est pas la somme des volontés particulières, elle est la volonté qui veut le bien commun".

La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger...

Il y a deux conditions indispensables pour appliquer la notion de volonté générale :

* qu'il n'y ait dans le peuple aucune passion collective

* que le peuple ait à exprimer son vouloir à l'égard des problèmes de la vie publique et non pas à faire seulement un choix de personnes... C'est en 1989, seulement, que s'exprima une pensée collective dans les cahiers de revendications (de doléances).

Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient d'en discerner les caractères essentiels :

* un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective

* un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres,

* la première fin et, en dernière analyse, l'unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.

Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration.

La croissance matérielle du parti devient l'unique critère par rapport auquel se définissent en toutes choses le bien et le mal. Dès lors que la croissance du parti constitue un critère du bien, il s'ensuit inévitablement une pression collective du parti sur les pensées des hommes. Cette pression s'exerce en fait, elle s'étale publiquement. Elle est avouée, proclamée. Cela nous ferait horreur, si l'accoutumance ne nous avait pas endurcis.

Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice. La pression collective est exercée sur le grand public par la propagande.

Les partis parlent, il est vrai, d'éducation à l'égard de ceux qui sont venus à eux, sympathisants, jeunes, nouveaux adhérents. Ce mot est un mensonge. Il s'agit d'un dressage pour préparer l'emprise bien plus rigoureuse exercée par le parti sur la pensée de ses membres.

Supposons un membre d'un parti, député, candidat à la députation, ou simplement militant, qui prenne en public l'engagement que voici : « Toutes les fois que j'examinerai n'importe quel problème politique ou social, je m'engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice ». Ce langage serait mal accueilli. Les siens et beaucoup d'autres l'accuseraient de trahison.

Si un homme, membre d'un parti, est absolument résolu à n'être fidèle en toutes ses pensées qu'à la lumière intérieure exclusivement et à rien d'autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est donc vis- à- vis de son parti en situation de mensonge. C'est une situation qui ne peut être acceptée qu'à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis.

On tenterait vainement de s'en tirer par la distinction entre la liberté intérieure et la discipline extérieure. Car il faut alors mentir au public, avec qui tout candidat élu a une obligation particulière de vérité. De ces trois formes de mensonge, au public, au parti et à soi-même, la première est de loin la moins mauvaise. Mais si l'appartenance à un parti contraint toujours, en tout cas, au mensonge, l'existence des partis est absolument, inconditionnellement un mal.

Le mensonge, l'erreur- mots synonymes- ce sont les pensées de ceux qui ne disent pas la vérité, et de ceux qui désirent la vérité et autre chose en plus. Par exemple qui désirent la vérité et en plus la conformité avec telle ou telle pensée établie.

Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l'étendue d'un pays, pas un esprit ne donne son attention à l'effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice et la vérité. Il en résulte que -sauf un très petit nombre de coïncidences fortuites- il n'est décidé et exécuté que des mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité. Si l'on confiait au diable l'organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux.

La conclusion, c'est que l'institution des partis semble bien constituer du mal à peu près sans mélange. Ils sont mauvais dans leur principe, et pratiquement leurs effets sont mauvais. La suppression des partis serait du bien presque pur. Les candidats diraient aux électeurs, non pas : « j'ai telle étiquette »- ce qui pratiquement n'apprend rigoureusement rien au public sur leur attitude concernant les problèmes concrets- mais je pense telle ou telle chose à l'égard de tel, tel, tel grand problème ».Les élus s'associeraient et se dissocieraient selon le jeu naturel et mouvant des affinités.

Hors du Parlement, comme il existerait des revues d'idées, il y aurait tout naturellement autour d'elles des milieux. Mais ces milieux devraient être maintenus à l'état de fluidité. On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu'en prenant position « pour » ou « contre » une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soi contre, c'est exactement la transposition de l'adhésion à un parti. D'autres ayant pris position pour une opinion, ne consentent à examiner rien qui lui soit contraire. C'est la transposition de l'esprit totalitaire.


Presque partout -et même souvent pour des problèmes purement techniques- l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée. ...C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

Simone Weil n'a pas conseillé d'en revenir aux Cahiers de doléances ! C'est pourtant une voie à explorer, à rouvrir, à débroussailler, à débarrasser de ses vieilleries, à visiter armés de nos ordinateurs, à faire prendre à tous ceux qui croient que ce qu'ils pensent doit passer par les chemins tout tracés où se trouvent les guides des partis. Au reste nous n'avons pas le choix : ou bien les partis continueront de régner sur la politique et la politique ne sera plus que caricatures; ou bien ce sont les citoyens qui, eux-mêmes, règneront sur la politique laquelle cessera, alors, d'être ce que le peuple subit pour devenir ce qu'il cherche et veut.

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samedi 4 décembre 2010

Société de surveillance, de culpabilité, de sanction


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Évoquer la société de surveillance, c’est aborder le problème du contrôle social qui présente, classiquement, deux aspects : d’abord, celui d’un mécanisme de régulation individuelle par un ensemble de normes intériorisées où chacun a son propre référentiel de libertés et de contraintes et, d’autre part, celui d’un ensemble de dispositifs publics de surveillance et de répression.

Il convient de faire la distinction entre ce qui relève de la délinquance, c’est-à-dire la norme pénale et ce qui relève de la déviance, de l’imposition d’une norme sociale qui veut organiser le normal et le pathologique, le conforme et le non-conforme. Dans cette combinaison non figée d’éléments se situe notre réflexion sur la société de surveillance.

Dans un système non démocratique, l’ensemble des normes collectives du contrôle social ne s’arrête pas à la seule délinquance pénale mais va bien au delà. Savoir où se situe le curseur entre la liberté et la contrainte permet d’évaluer le niveau de démocratie. En partant du postulat avéré que la stratégie générale des nations occidentales est de faire comme si les valeurs centrales de la société en matière d’orientation et de pratique politiques étaient la sécurité et le sécuritaire, il est légitime d’affirmer que le monde occidental s’enfonce dans une société de surveillance généralisée.

Pour arriver à leurs fins, ces nations qui s’inventent des ennemis partout, instillent sournoisement, dans l’esprit des citoyens, la peur, l’insécurité, puissant moyen de domination. C’est alors le potentiel de dangerosité qui justifie cette surveillance de tous les instants et comme il n’est pas visible avant le passage à l’acte, le mieux est la connaissance, à priori, d’une part des caractéristiques individuelles qui permettront la meilleure identification, et d’autre part des déviances, des actes qui pourraient expliquer le passage à la délinquance ou à la contradiction de l’ordre établi. Ainsi la norme sociale se confond avec la norme pénale, et, comme l’a dit Alex Turk, président de la Cnil, le fondement de la politique judiciaire change et la séquence « peine-réparation-oubli »n’existe plus.

Les exemples sont nombreux de l’implication directe du pouvoir de notre pays dans la politique sécuritaire. Il n’est qu’à voir la façon dont chaque crime devient autant d’occasions de justifier la politique du gouvernement, de se saisir de la peur des Français, d’interpréter leur demande de sécurité, et la moindre critique provoque un fond roulant de trémolos et de propos outrés, qui renvoie les contradicteurs dans le camp des assassins.

Se présentant comme le garant des gens normaux, le président de la République et certains membres du gouvernement, ne pouvant ou ne voulant pas revenir sur la suppression de la peine de mort, justifient toutes les autres orientations, y compris les plus involutives de la philosophie judiciaire qui organise l’exécution des peines. Il est vrai que ce n’est pas une surprise, que les Français étaient prévenus puisque le président a fondé sa crédibilité sur son passage au ministère de l’Intérieur. Il n’est donc pas étonnant que le triptyque « ordre – discipline - sanction » ait été à la base de sa victoire électorale.

Dans cette situation, où la réussite politique supposée satisfaire les électeurs est la maîtrise de tous les risques, le gouvernement joue de cet outil dont il dispose en propre : la politique sécuritaire et ses instruments. Ce surinvestissement semble sans partage ni limite grâce à l’avènement et l’arrivée à maturité de nombreux systèmes de haute technologie.

Pour les partisans du contrôle généralisé, la seule norme sociale acceptable est de caractériser tout le monde, pour que personne n’échappe à la classification. Les logiques instrumentales à l’œuvre peuvent se définir ainsi : - Multiplication de la création de fichiers - Extension des fichiers existants, EDVIGE par exemple - Disparition du principe de finalité. - Interconnexion des fichiers et donc la fin de la recherche dédiée - Affaiblissement des contre-pouvoirs de contrôle, Cnil et autorités administratives indépendantes - Forte implication et incitation du secteur marchand - Biologisation du contrôle (ADN, biométrie) - Invisibilité grandissante des systèmes (par exemple, le système Navigo en région Ile-de-France)
On voit que le concept de contrôle social est bien plus large que celui qui le réduirait à une nouvelle amélioration du contrôle policier. Il s’agit bien d’un quadrillage social sur la base d’une conception globale du risque social.

Affirmer que l’on s’enfonce dans la surveillance généralisée laisse présager que nous étions plus libres, il y quarante ans. Ce qui est sûr, c’est que les citoyens de cette époque étaient plus soucieux de leurs libertés et des atteintes éventuelles à leur vie privée. En effet, en 1974, le gouvernement de M. Georges Pompidou décide de créer une méga base de données de l'ensemble des données administratives des Français nommée SAFARI. La réaction fut immédiate et très vive, et le projet fut retiré rapidement.

En réaction à ce rejet, en 1978, le gouvernement crée la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés dotée de pouvoirs de contrôle étendus, pouvoirs sérieusement rognés en 2004. Depuis cette décennie, notre société a glissé d’abord lentement, puis beaucoup plus rapidement d’une société permissive à une société de culpabilisation et de sanction. Dans un ouvrage célèbre Surveiller et punir, Michel Foucault l’a démontré : surveiller a pour conséquence directe et immanente de sanctionner, car surveiller pour surveiller serait inepte, il est donc normal, nécessaire dans un système dominateur, de punir.

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Alors pourquoi, cette importante accélération du phénomène ? Le pouvoir effectivement en use et en abuse mais il n’est pas seul responsable de cette aggravation. Il semble qu’il y ait 6 causes majeures à l’apparition de l’insécurité, mère des politiques sécuritaires et de la généralisation de la surveillance :

1) l’essor des technologies informatiques : il y a tout d'abord le développement extraordinaire des technologies informatiques dont chacun connaît les conséquences en terme de vitesse d’exécution, de capacité de stockage des informations et de diminution des coûts d’acquisition.

2) l’apparition du chômage de masse au mitan des années 70 : après les "Trente glorieuses", le chômage de masse s’installe de façon durable et produit un climat d’angoisse et d’incertitude en l’avenir. C’est aussi le prélude à la création des quartiers de relégation des pauvres et des miséreux débouchant sur les zones dites sensibles, creuset de la délinquance. À l’époque on affirmait que la misère était la cause de la délinquance, aujourd’hui, quelle que soit sa couleur politique, on martèle que la misère est la conséquence de la délinquance.

3) L’alibi du 11 septembre 2001 : ces dramatiques attentats ont entraîné une paranoïa volontairement instrumentalisée et alibi facile à l’accélération de la dérive sécuritaire qui devient alors le principal axe de communication des hommes politiques et qui inverse le paradigme innocence / culpabilité, chacun d’entre nous étant, à partir de ce moment, considéré comme potentiellement dangereux.

4) Le risque zéro : Chacun sait que le risque zéro n'existe pas, pourtant le système de communication et de marketing du pouvoir, et sa dérive langagière permanente, le conduit à inventer des concepts de protection des citoyens : la vidéo protection, par exemple, terme mensonger puisque ce système ne protège personne. Malheureusement réclamé par de nombreux citoyens qui voudraient même l’immortalité, le dogme du risque zéro sert la politique sécuritaire du pouvoir. Dormez bonne gens, nous nous occupons de votre sécurité.

5) Le mélange vie privée – vie publique : Les exemples donnés par les femmes et les hommes politiques ne manquent pas ces derniers temps. Hannah Arrendt a écrit : « Un des piliersde nos démocraties est la frontière entre le public et le privé ». L'intime est absolument nécessaire à la construction psychologique du sujet. Notre inconscient a besoin de différenciation entre l'externe et l'interne, entre le fantasme et le réel, entre moi et l'autre. Cet intime mis à mal amène à des conséquences importantes qui peuvent devenir pathologiques. Quelques sociologues et des journalistes prédisent la fin de la vie privée. Cette fin, si elle devait advenir, amènerait l’humanité à la folie collective et à la barbarie.

6) Le secteur marchand : le dernier point, c’est la dictature du secteur marchand. Un exemple caricatural des excès de ce secteur est le livre bleu du GIXEL qui est le groupement des industries de l'interconnexion des composants et des sous ensembles électroniques. On peut y lire : « La sécurité est très souvent vécue, dans nos sociétés démocratiques, comme une atteinte aux libertés individuelles, il faut donc faire accepter par la population les technologies,utilisées et, parmi celles-ci, la biométrie, la vidéo-surveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront, être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire,accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées, d'un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par,l'apport de fonctionnalités attrayantes : éducation dès l'école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l'école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents s'identifieront pour aller chercher les enfants. La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l'apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l'électronique et l'informatique peuvent contribuer largement à cette tâche. » La sécurité a changé de nature, elle est devenue une valeur marchande et une source de profit extrêmement lucrative. Pour le secteur industrio-financier, pas question d’avoir des états d’âme, de penser éthique, respect des libertés et des droits fondamentaux et de se passer d’une croissance de 15 % l’an et d’un marché de la sécurité représentant, en 2006, plus de 11 % du chiffre d’Affaire de l’Industrie française. La volonté de développer une technologie de contrainte et celle de se servir de la « persuasion » et du pouvoir, donc de la loi, pour la faire accepter à des fins purement mercantiles ne sont que les deux faces d'un même dessein. Le ministre de l'intérieur voulant intensifier la mise en place de caméras vidéo n’est-il pas dans cette posture ? Car installer 1200 caméras dans Paris, représente un marché dont on peut imaginer l’ampleur.

Mais pourquoi s’inquiéter, nous dira-t-on?
Nous, qui sommes honnêtes, n’avons rien à nous reprocher. Ainsi pense la majorité de la population et ainsi pensaient, aussi en 1942, les Tsiganes, les handicapés mentaux, les homosexuels et les Juifs.
Et pourtant, l’employeur, l’assureur, le banquier, le maire (loi sur la prévention de la délinquance), le fournisseur d’accès à Internet, l’hypermarché, l’État, tous sont preneurs ou seront preneurs de notre profil, pour nous démarcher souvent, pour nous sanctionner parfois, pour nous surveiller toujours.

Le fichage global peut, dans les toutes prochaines années, si nous ne réagissons, rapidement, mettre un outil extrêmement performant au service de la sélection : EDVIGE et les enfants de 13 ans, de la discrimination : ELOI, de la stigmatisation des déviants et du contrôle social généralisé.

Avant de clore cette première partie développant les causes, voici deux exemples de surveillance/culpabilité/sanction qui ne sembleront pas liés directement à des atteintes à nos droits fondamentaux, mais qui pourtant reflètent bien le passage d’une société de confiance, de présomption d’innocence, à une société de défiance, vis à vis de nous, tous potentiellement coupables. voilà qui donne un indice de la haute opinion du pouvoir actuel sur la probité et l’honnêteté de l’ensemble des citoyens de notre pays.

Le contrôle – sanction des chômeurs. Ne croyez-vous pas que le chômage est déjà une sanction sociale suffisante ? Non, le pouvoir, qui a une grande responsabilité dans les crises qui amènent au démantèlement des entreprises, peut-être, même, pour maquiller sa responsabilité, entend surveiller, culpabiliser et sanctionner les citoyens qui ne seraient pas suffisamment dociles voire serviles.

Le contrôle – sanction des arrêts de travail et des indemnités journalières abusives, une nouveauté du ministre du budget. Là encore, on entend surveiller, culpabiliser et sanctionner tous les citoyens en partant du principe simple qu’un arrêt de travail est sûrement demandé par un « tire au flanc », coupable de collusion avec son médecin traitant. Ce sera donc au malade, même s’il n’a rien à se reprocher, de faire la preuve de sa maladie.

Nous pourrions multiplier les exemples de ces contrôles – surveillances, avec demandes de justifications tatillonnes et non fondées qui débouchent, le plus souvent, sur des sanctions injustifiées ; le pouvoir considérant toujours chaque individu comme un sujet dangereux et potentiellement coupable.

Une société où la confiance n’existe plus entre les citoyens et le pouvoir est-elle encore vraiment démocratique ?

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PROCHAIN ÉPISODE : Les moyens de surveillance.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

Requiem pour le PS

À la vérité, on ne sait exactement quand il est mort...

Ce mardi matin passé, Benoit Hamon, porte parole du parti socialiste était interrogé par RTL. Les questions roulaient sur la candidature de Ségolène Royal à la magistrature suprême qu’elle venait de confirmer quelques instants plus tôt sur une autre chaine de radio.

Tous les auditeurs sentaient bien qu’il était en difficulté, bien embarrassé pour répondre et qu’il cherchait désespérément des échappatoires. "La crise, elle sera à droite, qui aura, elle, plusieurs candidats au premier tour de la présidentielle" de 2012. "Nous n'aurons pas plusieurs candidats au premier tour. On fait des primaires pour choisir le meilleur candidat", se déclarant "pas vraiment surpris " de l'annonce de Ségolène Royal. " Ma responsabilité, c'est de dire : "il faut être les meilleurs opposants et les meilleurs proposants et, comme ça, on s'illustrera comme de bons socialistes" finissait-il par dire.

Pauvre Benoit, comment voulez vous qu’il annonce aux auditeurs qu’ils étaient les témoins désarmés et impuissants d’une mise à mort annoncée et que se jouait, en direct, le dernier opus du Requiem pour le PS ?

Ce ne sont pas les affirmations de Mme Royal qui rassurent : "Ce n'est pas une décision par surprise. Je fais mouvement dans le respect de tout le monde (...) La compétition ne se fait pas les uns contre les autres, elles se fait en regardant les Français", a expliqué l'ancienne candidate PS à la présidentielle, qui assure avoir annoncé ses intentions à Dominique Strauss-Kahn, lors de sa visite en France, ainsi qu'à Martine Aubry avant de se lancer. "Nous avons une alliance fraternelle entre nous, pour qu'il n'y ait pas de guerre des chefs, pour que nous nous respections (...) et que nous puissions, le moment venu, nous rassembler", assure-t-elle. En ajoutant, en parlant de DSK, avec un aplomb extraordinaire : "D'ailleurs quoiqu'il arrive, il fera un excellent Premier ministre. "

Avec cette spécialiste de la pirouette, grande perturbatrice de la vie publique à la capacité de nuisance inégalée, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Sa certitude narcissiste, proche de celle du président en exercice, d’avoir un destin « national » et l’exubérance de son surmoi l’amèneront à toutes les extrémités. En réalité, M me Royal ne peut pas entretenir une relation normale avec une organisation collective structurée.

Nous oublions tous, ou nous feignons d’oublier ce propos entendu sur BFM radio, en février 2010, en réponse à la question de savoir si elle pourrait concourir en 2012 contre le ou la candidate investi(e) par le PS, et Ségolène Royal de répondre qu'il faudra compter sur elle en 2012, avec ou sans le PS. Quelle bande de sourds sommes-nous, tout était déjà presque consommé.

De plus, Mme Royal n’est pas une socialiste ou, sinon, de ce faux socialisme d’après 1983, devenu libéral et adepte de l’économie de marché, et ses idées sur la sécurité reviennent en force dans le projet du PS qui marque un véritable virage idéologique pour le parti. Elle et ses lieutenants évoquent à nouveau "l’ordre juste", "la sécurité durable", et l’encadrement militaire des jeunes délinquants. Par ailleurs, Mme Royal a rajouté dans sa déclaration de candidature : "Je crois que nous pouvons construire en France un capitalisme d’état" dévoilant enfin la nature de son éventuel gouvernement : "néolibéral socialiste".


Elle est à gauche de l’UMP et elle a sa place dans le nouveau gouvernement, c’est seulement la grande opinion qu’elle a d’elle même qui l’ont empêché de suivre la trace de son comparse, l’actuel ministre de l’industrie.

Cet instant de la tragédie grecque où l’héroïne porte le coup fatal et où tous les combattants, désorientés, s’éparpillent et retournent à leur base, laissant derrière eux un désert infertile, était inévitable.

Car la candidature de Mme Royal n'est que le révélateur d'une situation trouble et intenable qui ne pouvait perdurer. Le nombre de courants est suffisamment important pour que le parti puisse occuper, à lui seul, tous les degrés du Palais Bourbon, de la gauche extrême à la droite frontiste. Vouloir concilier l'inconciliable pour des raisons de basse politique électoraliste et d'ambitions égotistes, sans vrai programme ni dessein pour notre pays, ne peut produire que l'éclatement du parti.

Pour le confirmer, il suffit simplement de comptabiliser, 9 mois avant la date officielle, le nombre de candidats en lice pour la désignation suprême : pour l'instant, pas moins de 11 sont dans les starting-blocks.

Nous observions avec intérêt cet assemblage hétéroclite de la carpe et du lapin et bien d’autres animaux, courbant le dos en redoutant le moment où allaient apparaître les premières fissures.

Nous constatons avec chagrin que ce moment est arrivé.

Il ne reste plus qu’à demander au compositeur de nous interpréter le dernier opus de la messe pour les défunts et, pour ceux qui sont croyants, de prier pour une résurrection.

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Puissent les socialistes reprendre le pouvoir dans leur parti et laisser filer la socialo-capitaliste...

Jean-Claude Vitran et Jean -Pierre Dacheux

lundi 29 novembre 2010

Que sont les marchés ?

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Nous n'infligerons pas ici une leçon d'économie. Cela n'est pas, d'ailleurs, de notre compétence. Nous sommes, pourtant, tenus nous poser "la question du citoyen" !

Chaque jour, sur les médias, il est annoncé ce que pensent, disent, ou veulent "les marchés" ! Mais... que sont les marchés.

Qu'est-ce que cette abstraction concrète ? Quels sont, derrière ces "marchés", ces inconnus, sans doute fort connus, qui se cachent derrière un anonymat factice ? Quels noms mettre sous cette appellation dont chacun devine qu'elle représente l'autorité des maîtres de l'économie ?

On peut, certes, sans peine, comprendre que les grands chefs d'entreprises, le MEDEF, des responsables politiques (prêts à tout pour que le pouvoir réel ne leur échappe pas) ont une place dans ces marchés qui, à la différence du marché populaire où l'on achète ses carottes, ne sont accessibles qu'aux puissants et aux riches.

Mais enfin, comment avons-nous pu faire des personnages actifs de ces nuages obcurs chargés de foudre, ces "cumulus" où s'accumule la puissance des nantis, qui interviennent dans notre vie quotidienne, sans que jamais nous sachions réellement ce qu'ils sont, ni qui ils sont ?

Devant les marchés les États tremblent. De Gaulle affirmait que l'on ne fait pas la "la politique de la France à la corbeille" (à la Bourse), mais, aujourd'hui, on la mène à la baguette ! On a même inventé, depuis quelques années, des organismes de contrôle nouveaux, cousins des marchés, à moins que ce ne soient leurs jumeaux : les agences de notation.

L'économie mondiale est devenue une grande école, avec les bons et les mauvais élèves ! Les notes sont distribuées en fonction de la capacité à enrichir les actionnaires. Là où cela se passe mal, on tape sur les doigts de celui des États qui manque à ses devoirs et ne soumet pas le peuple assez vite, ou assez fortement, à la loi non écrite de l'acceptation du partage inégal. Quand les forces du travail résistent aux marchés qui détiennent le capital, on les sanctionne, et l'État trop tolérant, irresponsable donc, est "mal noté".

"Une agence de notation est une entreprise ou une institution chargée de la notation des collectivités (États…) ou des entreprises, selon certains critères définis par une réglementation ou par les acteurs de marché", lit-on sur Wikipedia. On en dit trop ou pas assez ! Pourquoi les États se laissent-ils noter ? Quelle est l'autorité politique d'un gouvernement dont les choix sont soumis à des jugements et à des juges qui n'ont aucun compte à rendre si ce n'est le compte des profits réalisés !

La Grèce puis l'Irlande, puis le Portugal, demain l'Espagne, l'Italie ou la France (ne parlons pas de la Hongrie ou de la Roumanie, ces cancres...) ont hérité du bonnet d'âne. On se demande si la classe tout entière ne va pas devoir retourner au cours préparatoire puisque les États ne savent pas lire et ne comprennent pas qu'il faut plus de rigueur pour qu'il y ait plus de... croissance !

On se demande si la vie n'est pas devenue un cauchemar où l'évidence est qu'il faut accepter le nouvel esclavage d'un maître d'autant plus fort et brutal qu'il ne se montre pas quand il frappe.

Les restos du Cœur ouvrent aujourd'hui; ils sont déjà débordés : les marchés n'ont aucun souci de la misère. La conférence de Cancun sur le climat commence aujourd'hui; il n'en sortira sans doute rien de mieux qu'à Copenhague, car il faudrait prendre des mesures qui déplairaient aux marchés. On vote en Haïti; pour rien, car le malheur, la concussion et la violence l'emporteront, avec l'accord des marchés (car on n'a cessé de faire des affaires en Haïti, au milieu des cadavres et du choléra!). On vote en Côte d'Ivoire mais, les comptes qui s'y règlent sont ceux du néocolonialisme économique et les rivaux ne se feront aucun cadeau. Arrêtons là : ce ne sont que des images de ce jour... La réalité, plus complexe, plus générale et plus fuyante, est pire. La planète tout entière souffre et plus encore ceux qui font leur chemin de vie à sa surface.

Le manifeste d'économistes atterrés (5,50€), après le tout petit livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous (3€) nous supplient de ne pas nous laisser enfoncer dans la résignation. Ce sont d'ultimes cris d'espoir. Notre sort n'est pas, quoi qu'il y paraisse, dans les mains des marchés et de leurs valets, il est dans les nôtres.

Créons l'agence de notation du peuple souverain.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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