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lundi 6 septembre 2010

Les bessons

Les bessons, ce sont des jumeaux. Dans la nature. Pas en politique. Les Besson sont loin d'être frères !



Louis Besson (l'ancien) est le ministre socialiste qui s'efforça de contraindre les villes de plus de 5000 habitants à laisser, dans la commune, un espace de vie digne aux familles résidant en habitat mobile. Il dut s'y reprendre à deux fois, la première Loi Besson, votée dix plus tôt, n'ayant pas eu l'efficacité escomptée. Ainsi naquit la Loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.




Éric Besson (le moins vieux) est le ministre sarkoziste, ex-membre du PS, soutien de DSK en 2006, qui se sera efforcé d'appliquer la politique de son nouveau maître et qui, avec beaucoup de talent, d'aisance et de culot, aura réussi à présenter comme une action humanitaire, l'expulsion des Roms roumains et bulgares venus tenter de vivre en France.

La confusion entre les deux noms est à la mesure de la confusion entre "les gens du voyage", Français tsiganes, (Manouches ou Gitans, appelés aussi les Roms
de France) et les étrangers tsiganes (Roumains ou Bulgares, parfois Kossovars, appelés aussi Roms en France). Les uns sont nos compatriotes ; les autres sont nos concitoyens européens depuis janvier 2007. Mais basta, tous les campements irréguliers seront désormais considérés comme des repaires de brigands !

Louis Besson voulait l'accueil des Roms
de France ; Éric Besson veut le départ des Roms en France. Le premier, à défaut d'intégration, prônait l'insertion de façon pratique. Le second prétend que toute situation d'irrégularité, qu'elle concerne des "sans papiers" ou des "Roms", doit entrainer un retour au pays d'origine de gré ou de force.

Louis Besson recherchait, avec maladresse et bonne volonté, pour les Français, tsiganes ou non, vivant en caravane, des lieux où le stationnement et le séjour seraient rapidement autorisés et organisés, dans des conditions matérielles décentes. Dix ans après la loi Besson 2, ce programme n'est réalisé qu'en faible partie, du fait de l'absence de volonté politique des majorités qui se sont succédées depuis 2002.

Éric Besson, exécute avec une audace et une habileté qui laissent pantois, sa mission conjointe avec celle du ministre de l'Intérieur : toute immigration doit être une intégration, sinon...dehors ! L'homme est trop intelligent pour ne pas savoir que présenter comme une évidence cette contre-vérité est voué à l'échec, mais il a lié son sort à celui du président de la République actuel et il défendra
mordicus ce qu'il n'a pas toujours dit (voire pensé) : "la France, on en respecte toutes les lois, ou on la quitte" ; et sous certaines des lois, il y a désormais ceci : "si tu es trop pauvre, et donc si tu n'as pas les moyens de vivre en France, va-t-en !"

Louis était un honnête socialiste ; Éric ne fut socialiste qu'en façade. Louis a agi pour améliorer le sort des hommes. Éric agit pour que les Français se rangent, en majorité, derrière le porte-parole de la politique la plus intransigeante et la plus brutale que la France ait connue, depuis Vichy, mise à part la période de la guerre d'Algérie !

Il est remarquable que ce soit à propos des personnes et des familles sans habitat stable que se soient illustrés les deux Besson ! Encore une fois, même sans reconnaître la minorité tsigane en tant que telle, Louis Besson a œuvré pour que chaque Français dispose d'un véritable droit à vivre, comprenant le droit à stationner, indissociable du droit de circuler. Éric Besson, lui, quand il s'agit du droit communautaire à circuler dans toute l'Europe, ne laisse ce droit ouvert qu'aux riches, ceux dont les revenus, obtenus par le travail ou pas,
en France, en Roumanie, ou ailleurs, permettent de demeurer en France, d'y vendre et acheter ce qu'on veut, le cas échéant en se vautrant dans le luxe.

Il faut avoir la patience et le courage de réentendre l'émission de C/Politique du 5 septembre 2010, dont le premier invité aura été Éric Besson, pour mesurer toute l'étendue du savoir faire de cet habile et dangereux politique, trop sous estimé par ses adversaires.

En tout cas pas par nous !

http://www.france5.fr/c-politique/index.php?page=article&numsite=4097&id_article=12215&id_rubrique=4100

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



jeudi 2 septembre 2010

La politique est morte, vive la politique !

20 PICASSO GUERNICA

Guernica et le Veau d'Or de Picasso, inspirés par l'horreur de la guerre d'Epagne, sont, devant nous, le rappel permanent de l'épouvante passée. Pour citer d'anciens maîtres de la pensée socialiste, (tel Jaurès), il nous faut garder à l'esprit, et devant nos yeux grands ouverts, que "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage". Jaurès mourut de l'avoir dit, crié et mis en débat et l'on sait ce qui s'en suivit : deux guerres mondiales !

"Le temps du monde fini commence" avait annoncé Paul Valéry, en 1945, peu avant sa mort. survenue moins de quinze jours avant le crime historique d'Hiroshima et Nagasaki, jamais reconnu comme tel ! Depuis, nous nous sommes avancés vers cette finitude et le sort de l'humanité se trouve, à présent, deux fois mis en cause. D'une part, nous serions en capacité de nourrir 15 milliards de Terriens mais, par refus du partage, nous ne faisons pas face aux besoins des 7 milliards de vivants actuels (hormis ceux qui consomment plus qu'il n'est nécessaire). D'autre part, nous avons accumulé de quoi produire une énergie nucléaire, civile et militaire qui, par sa violence libérée, par ses déchets, peut, à court ou long terme, éliminer notre espèce et, en principe, détruire la planète plusieurs fois (mais une seule fois suffirait...).



"Que faire", alors, eut dit Lénine ? Pour qui veut en finir avec ce qu'on appelait jadis "l'exploitation de l'homme par l'homme", il faut "sortir du capitalisme", nous rappelle Hervé Kempf. Oui, mais comment ?

Les socialistes, écologistes, communistes, altermondialistes, trotskistes et autres radicaux qui ne sont pas des "objecteurs de croissance" se retrouvent, aujourd'hui, sans arguments, mains nues devant ce qu'ils contestent, et condamnés à se trahir eux-même. Car la contestation radicale du système capitaliste suppose la mise en cause totale de la croissance.

Et bien voilà : nous y sommes ! On peut le dire, à présent : il n'y a d'anticapitalisme qu'écologiste.

Ceux des socialistes qui ne cessent de croire en la croissance indéfinie, ne sont plus socialistes, parce qu'ils s'interdisent de désirer encore ce pour quoi leur parti était né, la fin de l'appropriation privée des moyens de production. !

Les écologistes qui, par "réalisme", se refusent à une totale mise en cause de la croissance, ne sont plus eux-mêmes écologistes. Pour l'avoir trop oublié et n'avoir plus fait des luttes antinucléaires l'axe principal de leur politique, ils se sont enfermés dans des compromis électoraux les menant à des compromissions irréversibles.

Les grands thuriféraires de la croissance se moquent bien, de nos jours, de la gauche et de la droite. Ils veulent du profit, de l'argent pour les actionnaires et une bonne protection de leurs joujoux productifs, quitte à limiter (un peu) les excès antiécologistes de certains.

Et nous voici revenus à l'objection de croissance qui est aussi une objection des consciences car elle est la manifestation de volontés politiques innombrables, de plus en plus éclairées. La découverte de la capacité des hommes à devenir leurs propres prédateurs n'est certes pas récente mais ce qui est nouveau, c'est que des milliards de Terriens désormais le savent et glissent du sentiment de la fatalité à celui de la responsabilité.

La politique est morte, celle qui consiste à tromper le peuple aussi longtemps qu'il est possible. Vive la politique, celle qui substitue à la professionnalisation des élus, quel que soit leur mode d'élection, la responsabilisation, elle croissante, de tous les citoyens qui veulent agir non pour la domination mais la coopération de tous les humains.

Et qu'on ne nous dise pas que c'est une utopie, un rêve, un idéal ! C'est, tout simplement, la seule voie qui reste ouverte pour que la politique retrouve un sens

Voir le texte de Paul Valéry. http://www.archipope.net/article-12074109.html

Nous sommes la Terre

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 1 septembre 2010

Le oui de droite et le non de gauche

Au temps où "droite" et "gauche" avaient encore un sens, la droite conservait et la gauche contestait. On disait oui à l'ordre établi ou non à l'exploitation des salariés. En ce temps-là, la droite était capitaliste et la gauche socialiste. Les riches disaient oui à l'argent, à droite, et les pauvres disaient non à la misère, à gauche.

Mais les temps ont changé. "Au jour d'aujourd'hui" (comme disent, vilainement, les bavards se croyant à la mode), la droite ne fait pas que conserver : elle conquiert et elle dit non à une société non fondée sur la croissance; de son côté, la gauche fait mieux que contester, elle attend son tour et dit oui à une alternance qui lui permettra d'accéder à la tête de l'État.


On peut du reste inverser le propos : la gauche dit non à une société non fondée sur la croissance et la droite dit oui à une alternance qui lui permet de revenir, à coup sûr, à la tête de l'État.

En réalité, le socialisme est incompatible avec la croissance parce que le capitalisme c'est la croissance et la droite, ayant converti la gauche à la croissance, a fait coup double : elle a installé l'économique au pouvoir et transmué la gauche en droite.

La gauche aurait donc dit non à son propre avenir ? Pas si simple... S'il n'est de gauche qu'anticapitaliste (ça, qui était, hier encore, difficile à affirmer, se réinstalle dans l'opinion), où est le positif de la politique de la gauche de gauche ? À quel avenir dit-elle oui ? Et nous revoici face à la croissance : il n'est de gauche que celle qui est pour le juste partage des richesses produites, pour la juste production du nécessaire, pour la qualité l'emportant sur la quantité, pour une égalité et une liberté cimentées par la fraternité, pour une acceptation de nos limites, pour une autonomie maximale des personnes substituées aux individus.

Autrement la gauche qui se dit non à elle-même est biface : d'un côté, il y a la caricature de celle qui s'est convertie aux idées de son adversaire et, de l'autre côté, il y a la représentation de celle qui ne sait pas encore se penser en dehors des schémas du passé, quand la terre ne produisait pas assez pour nourrir tous ses enfants.

Non seulement, donc, il n'y a de gauche fidèle à elle-même que celle qui est solidaire des exploités, qui est antilibérale et anticapitaliste comme au temps de Jaurès et (pardon !) de Marx, mais cette gauche, si elle veut garder son nom (ou en trouver un meilleur qui ne trahisse pas son histoire), doit dire : oui à la décroissance ! Alors, "la décroissance, un projet marxiste ?" demande Serge Latouche, dans Politis. ( www.politis.fr/La-decroissance-un-projet-marxiste,11303.html )



Le citoyen économe ne brade pas les richesses des nations. L'économie responsable doit dire non à l'essence du capitalisme qui est l'accumulation du capital encore appelée croissance. Car, par un tour de passe-passe historique, on a confondu richesse et argent, bien-être et bien-avoir, satisfaction des besoins et augmentation permanente du capital. On fait la politique de la France à la Bourse, contrairement à ce qu'affirmait De Gaulle, et pas que la politique de la France... Gérer au mieux n'est pas gérer au plus ! Ne produire et consommer que ce qui est indispensable à tous les Terriens (avec les "extras" que tolèrent les célébrations du bonheur...), c'est la Révolution du bon sens.

Aussi bien, l'écologie est-elle déjà dépassée, comme est dépassé tout ce qui prend place dans le banal. Il n'est peut-être plus de gauche qu'écologique, mais cela ne veut pas dire que les partis de l'écologie recouvrent, à eux seuls, tout le champ de la gauche nouvelle (dont il convient vraiment de savoir si elle ne doit pas se trouver un autre nom tant elle s'est défigurée). Ni réformiste, ni gauchiste, ni écologiste, la politique indissociable de l'économie qui va devoir s'affirmer n'est pas de l'anti-droite mais de la non-droite. Quelle différence ? Dans un cas, on se définit contre et l'on est toujours rattrapé par son adversaire, dans l'autre, on considère comme obsolète, a-historique, cette droite qui, elle, s'est confondue avec le capitalisme sous toutes ses formes mais ne s'est pas reniée.

La décroissance est la meilleure contestation du capitalisme et le trait constitutif d'une politique qui serait dite de gauche, mais son succès, qui est loin encore d'être un triomphe, repose, précisément, sur l'intuition que le capitalisme est mis en danger par cette radicalité sereine. Il faut aller plus avant. Le mot décroissance, qui fait peur, n'est pas en cause car il dit bien ce qu'il dit : la croissance est incompatible avec une société d'équilibre social car elle détruit la planète. Pourtant, nous finirons pas changer de vocabulaire politique : gauche/droite, ce couple est né avec la venue au monde du capitalisme triomphant et en a conforté le système capital/travail. Ne doit-il pas mourir avec lui ? La décroissance, aujourd'hui indispensable comme rejet efficace du modèle sacralisé et indiscuté de la croissance capitaliste, perdra sa pertinence au fur et à mesure de sa prise en compte réelle. Que lui souhaiter de mieux qu'un succès dû à une disparition ? Encore faut-il sortir de schémas de pensée où la politique a été, jusqu'ici, tenue enfermée.

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Jean-Pierre Dacheux

lundi 30 août 2010

À qui la fau...te !

Au bal des faux-culs les ministres valsent avec aisance !

Bernard Kouchner, se souvenant, sans doute, qu'au Kosovo il y avait des Roms, qu'avaient instrumentalisés les Serbes et chassés les Albanais, exprime toute sa sollicitude et laisse dire qu'il a failli démissionner, cet été... Mais non, avec courage, l'indispensable Chef du Quai d'Orsay est resté à son poste d'où, croyez-le, il peut être plus utile à tous les maltraités du monde, y compris ceux que son gouvernement tourmente et tracasse ! Le brave homme !

Hervé Morin, ministre des armées, porte-parole de la France combattante, en lutte contre les monstrueux Talibans, s'émeut, à son tour, du sort des Roms et exprime, avec beaucoup de talent, les réserves que la politique actuelle du gouvernement lui inspire. Le brave homme !

Il est ainsi des hommes politiques qui, avec infiniment plus d'éloquence et de conviction que ceux qui le pensent, disent ce qu'ils ne pensent pas !

Dans Les liaisons dangereuses 1960, Gérard Philippe séduisait Jeanne Moreau, qu'il n'aimait pas, plus aisément que celui qui l'aimait sincèrement. Grande leçon politicienne : il ne s'agit pas de croire mais de faire croire qu'on croit ! Ensuite, il suffit de jouir de ce qu'on a conquis : un morceau de roi, le pouvoir !

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Mais il n'est pas que les ministres "aux affaires" qui font des entrechats ! Certains leaders de l'opposition ne sont pas non plus maladroits ! Ah ! Combien de maires, combien de capitaines, bien installés au gouvernail de leur ville, sont des champions de la lutte anti-Roms, à Sarcelles, Dijon, Cergy-Pontoise, Carrières-sous-Poissy, et en cent lieux, ailleurs ? Ils protestent contre les mauvaises manières du Président qu'ils voudraient voir remplacé par un de leurs amis, mais usent, eux-mêmes, de la pire des manières qui soient : l'exclusion, sans solution de remplacement, et parfois, même, en faisant semblant de le déplorer.



Ce qui est pratique avec les Roms, c'est qu'ils ne disent rien et se soumettent, apparemment ! On veut qu'ils aillent se faire voir ailleurs et... ils y vont. "Pas ces gens-là chez moi" ! Hors de ma vue. Hors de ma ville ! C'est la faute à l'État qui ne fait rien...

Et que dit l'État ? C'est la faute à l'Europe qui n'a rien fait ! On n'aurait pas dû agrandir l'Union à ces incapables qui nous envoie leurs pouilleux ! La Roumanie, la Bulgarie, qu'avons-nous à faire avec ces ex-communistes ? Et l'on voudrait continuer à accueillir d'autres États au club des riches au risque de se ruiner ! Quelle folie ! La Serbie ? Mais il y a des Rroms en Serbie ! La Turquie ? N'en parlons pas : il y a 500 000 Rroms en Turquie dont pas mal de musulmans ! L'Albanie ? La Macédoine ? Et même la Croatie ! Tous les Balkans sont mités par ces poches de Rroms. On veut bien de l'Europe, mais sans Rroms... Objection : partout où il y de l'Europe, il y a des Rroms.

Et que dit l'Europe des 27 ? C'est la faute aux États membres qui ne font pas passer dans les actes les recommandations du Parlement européen ! Et que dit l'autre Europe, celle des 47? C'est la faute aux États membres du Conseil de l'Europe qui sont, à Strasbourg, indignés par le sort des Rroms, mais qui ne peuvent que se contenter de morigéner les gouvernements les plus romaphobes. Bref, mistigri ou patate chaude, les décideurs se repassent les Rroms pour mieux ne pas décider, puisqu'il leur faudrait décider que les Rroms ont droit à la place qu'on ne veut précisément pas leur accorder.


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Eh, toi, le Noir, l'ombre, le perpétuel étranger, l'autre, ôte toi de notre soleil...

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 29 août 2010

La république enfin ?

La première République supprima le roi mais pas la monarchie qui irrigue toujours nos institutions. L'empire napoléonien la tua. La seconde République fut, elle aussi, victime d'un coup d'État impérial !

La 3e République est née de la défaite. Elle est morte de même. La 4e République est née à la fin de la guerre 1940-1945. Elle est morte de la guerre d'Algérie. La 5e République est née de la trahison des démocrates devenus impuissants face au colonialisme. Elle a engendrée l'autocratie républicaine dont nous ne sommes pas encore sortis !

Le 4 septembre 1870 fut proclamée la 3e République, la plus longue, celle qui rompit avec les tentations monarchiques ou impériales. 140 ans plus tard, à quelle République restons nous attachés ?

La manifestation qui va s'opposer, le 4 septembre 2010, à la dérive xénophobe de l'État pourra-t-elle dire que nous voulons une République enfin démocratique, c'est-à-dire où "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" ne soit plus une formule constitutionnelle sans portée mais une réalité quotidienne ?

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La République songeuse.

Un rappel historique s'impose pour que nous échappions aux erreurs du passé.

Le 4 septembre 1870, les Parisiens proclament la République (c'est la IIIe du nom). En souvenir de ce jour, de nombreuses rues de France porteront le nom du «Quatre Septembre».

C'est après avoir appris la capture de l'empereur Napoléon III par les Prussiens, à Sedan, que les républicains de la capitale ont pris le pouvoir. Ils ont été devancés de quelques heures par leurs homologues de Lyon et Marseille.

Quelques mois plus tôt, le 8 mai 1870, Napoléon III était sorti renforcé d'un plébiscite qui lui avait donné 7 336 000 oui contre 1 560 000 non, en confirmant l'orientation libérale de l'empire ! À Paris, toutefois, à la différence du reste du pays, une majorité républicaine s'était prononcée contre le régime.

La déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, allait détruire les illusions de l'empereur. Certains républicains se hasardent à souhaiter qu'une prompte défaite consacre la ruine du régime et hâte l'avènement de la République. C'est ainsi que Le Rappel écrit noir sur blanc : «Le danger le plus sérieux, c'est celui de la victoire. L'Empire fait le mort. Les Prussiens battus, il ressuscitera». Ce journal appartient aux fils de Victor Hugo - lequel est en exil à Jersey -. La défaite de Sedan comble au-delà de toute espérance les vœux de ces drôles de patriotes.


Une République issue de la défaite

Dans la nuit du 3 au 4 septembre, dès l'annonce de la défaite, les députés du Corps législatif se réunissent au Palais-Bourbon. Ils dédaignent de confier la régence à l'impératrice Eugénie, confinée au palais des Tuileries, et s'interrogent sur la conduite à suivre.

Dans le petit groupe républicain, plusieurs députés se préparent à un illustre destin. Parmi eux, Jules Favre, Jules Grévy, Jules Simon et Jules Ferry qui fonderont la «République des Jules». Il y a aussi Adolphe Crémieux et surtout Léon Gambetta, superbe orateur de 32 ans.

Les Parisiens envahissent bientôt le Palais-Bourbon et exigent l'instauration de la République. Les députés craignent d'être débordés par l'insurrection. Jules Favre leur suggère alors de proclamer eux-mêmes la République, à l'Hôtel de ville de Paris, comme aux plus beaux jours de la Révolution de 1789 ou des journées de Février 1848. Deux colonnes de députés et de simples citoyens se rendent donc à l'Hôtel de ville, où elles ont été devancées par un groupe d'agitateurs révolutionnaires, jacobins ou socialistes (Delescluze, Blanqui, Flourens,...).

Pour séduire et rassurer la foule, Jules Ferry a l'idée de constituer un gouvernement composé de députés républicains de Paris. C'est ainsi que Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République au milieu d'une liesse générale quelque peu surréaliste en regard de la situation militaire du pays. Beaucoup de Parisiens croient naïvement que la déchéance de l'empereur et que l'avènement de «Marianne» rendront les Prussiens plus accommodants.

Le «gouvernement de la Défense nationale» est placé sous la présidence du gouverneur militaire de la place, le général Louis Trochu, un conservateur timoré, «Breton, catholique et soldat», selon ses propres termes. La situation s'aggrave le 19 septembre avec l'encerclement de Paris par les troupes ennemies. Le 7 octobre, le fougueux Gambetta (32 ans), ministre de l'Intérieur, s'enfuit à son tour de Paris à bord d'un ballon.

Sitôt à Tours, Léon Gambetta organise une armée en vue de secourir la capitale et de mener une «guerre à outrance». Son initiative recueille quelques éphémères succès mais elle inquiète les populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix. Les troupes hâtivement rassemblées par Gambetta sont sans difficulté battues par les Prussiens après la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une «sortie torrentielle» à Buzenval, le 20 janvier 1871. Elle s'achève par une piteuse retraite.

Dans un ultime effort, Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli,... au grand soulagement du chancelier Bismarck.

À Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille avec une secrète jubilation les nouvelles de France, qu'il avait prévues. Il y voit la rançon de son humiliation, dans la guerre de Crimée et des leçons prodiguées par les Français, à son endroit, à propos de la Pologne.

L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871, pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin, en effet, que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être, plus tard, contesté.

Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles ! Les représentants des états allemands se réunissent dans la Galerie des Glaces de Versailles et proclament l'Empire allemand, le IIème Reich. Le roi de Prusse, Guillaume, devient le nouvel empereur, sous le nom Guillaume Ier.


La France aspire à la tranquillité

Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix. Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, manifestent massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables. C'est ainsi que se révèle à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes.

Pas moins d'un élu sur trois est noble ! Mais ces députés monarchistes sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III, empereur déchu.

Paris étant entourée de troupes allemandes et trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit au Grand Théâtre de Bordeaux avant de se transférer à Versailles. Le gouvernement de Trochu lui remet sa démission et, le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme «chef du gouvernement exécutif de la République française» en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république.

La République ne garantit rien. De 1804 à 1871, la France ayant vécu principalement sous des régimes monarchiques plus ou moins autoritaires : (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire), le régime républicain et la démocratie n'avaient fonctionné que très peu d'années.

La Commune de Paris trouve sa source dans un élan républicain se référant à la Première République et au gouvernement révolutionnaire de la Commune de Paris (1792), ainsi qu'à l'insurrection populaire de juin 1848 sous la Deuxième République et qui avait été réprimée de façon sanglante par le gouvernement instauré par la Révolution de février 1848.

La Commune de Paris désigne une période insurrectionnelle qui dura deux mois environ, du 18 mars au 28 mai 1871 ("Semaine sanglante" du 21 - 28 mai). Cette insurrection contre le gouvernement issu de l'Assemblée nationale, qui venait d'être élue au suffrage universel, échoua dans le sang.

La IIIe République naquit donc dans la détresse et la confusion... Elle mourra de la même façon, 70 ans plus tard, en 1940.


Afficher l'image en taille réelleLa République contre elle-même, la République infidèle, la République impopulaire, ce n'est pas cela que nous cherchons en elle ! C'est, au contraire, la République qui renonce à toute tentation autocratique, la République qui échappe à l'élitisme pour développer pleinement sa dimension démocratique (c'est-à-dire ce qui permet le partage effectif du pouvoir et non sa confiscation par un clan !), la République égalitaire et fraternelle où la liberté ne soit pas acquise pour les seuls riches ! C'est beaucoup lui demander. Certes ! Mais en-deçà, ce n'est plus la République.


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 28 août 2010

Une économie point économe...


Esapce Particulier


Pour le libéralisme économique, il n'y a pas de petites économies. La poste, service public, a été sacrifiée à la déesse croissance et au dieu profit. Pour ces deux divinités consuméristes, adulées par l'occident, il n'y a pas de petites économies, surtout quand elles sont réalisées sur le dos du payeur / consommateur.

La petite vignette ci-dessous, vous le confirmera sans doute.


Quand les PTT nous appartenaient – tiens, au fait, avez vous touché quelques royalties après la vente de notre patrimoine commun, sous forme de déduction d’impôt, par exemple ? – le courrier pouvait être réacheminé gratuitement jusqu’à une autre adresse. Depuis le 1er juillet c’est terminé, il faut ré-affranchir la missive.

Plus fort encore, comme la poste est aussi une papeterie, elle fait l’article pour des enveloppes, mais c’est aussi une banque, une compagnie d’assurance, une agence de voyage, etc.

Bien sûr, dans le cas qui nous intéresse, cela représente des petites sommes, mais c’est un grignotage d’avantages acquis au dépend des plus pauvres sans que nous ayons à donner notre avis. C’est aussi vrai pour EDF, pour Gaz de France, pour la distribution d’eau, cela le sera bientôt pour la SNCF, la RATP et l’école.

C’est particulièrement révélateur de l’esprit de la société dans laquelle nous nous enfonçons, celle de l’économiste Hayek, où tout doit être rentable et générer du profit, où il n’existe que le marché et la libre concurrence, où les plus pauvres, les plus précaires sont rejetés et considérés comme des losers dont la société n’a pas à assumer la malchance d’être nés du mauvais côté de la rue.

Bref, une société où l'Être humain n’est plus qu’une chose, voire une marchandise, reconnue seulement par la valeur de sa capacité de consommation. Et c’est la société vers laquelle le pouvoir actuel nous entraine.

Est-ce vraiment ce que nous voulons ?

http://www.lsdh.ch/wp-includes/images/lsdh/Logo_ligue_des%20droits%20de_l_homme_web.jpg
Ne nous laissons pas faire !


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

dimanche 22 août 2010

La France raciste ?

Ce n'est pas nous qui le disons ! Mevlüt Cavusoglu, président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, estime que les mesures prises en France "risquent fort d'attiser les sentiments racistes et xénophobes en Europe". "Certains groupes et gouvernements profitent de la crise financière pour capitaliser sur les peurs engendrées par l'assimilation des Roms à des criminels, en choisissant un bouc émissaire qui représente une cible facile", dit-il , dans un communiqué diffusé vendredi. De quoi se mêle ce Turc qui n'est même pas membre de l'Union européenne ? Eh bien, lui, il fait honneur à l'Europe.

Après La France raciste (Seuil, 1992), les chercheurs de l'équipe dirigée par Michel Wieviorka décrivent et analysent, dans un nouveau livre, cette autre Europe qu'est l'Europe du racisme et de la xénophobie. De leur étude comparative, progressivement, une conclusion se dégage : au-delà des spécificités de chaque pays, il existe une profonde unité européenne des processus et des logiques qui mènent à la haine, à la peur et à l'incapacité croissante à reconnaître et accepter l'altérité. La France n'en est pas indemme et, actuellement, elle se place même en tête de la xénophobie (2) avec, et là c'est une nouveauté, une incitation de l'État lui-même à la romaphobie.

La France racisteRacisme et xénophobie en Europe

Un comité des Nations unies avait déjà pointé, le 12 août, "une recrudescence notable du racisme et de la xénophobie en France", notamment à l'encontre des gens du voyage.

Nous n'avons pas vocation à accueillir en France tous les Roms de Roumanie et de Bulgarie", dit le ministre de l'Intérieur français, dans Le Monde, avant de s'en prendre au "petit milieu politico-médiatique parisien" et aux "milliardaires de gauche" critiquant son action. Discours polémiste, démagogique et populiste, à l'évidence, pour attiser encore les flammes du contre-feu allumé contre toute opposition !

"La France n'a pas de leçon à recevoir" en matière de droit des étrangers, avait auparavant déclaré le ministre de l'Immigration Eric Besson sur France 2.

Parce qu'ils sont citoyens de l'Union européenne, rien n'interdit aux quelque 850 immigrés roumains et bulgares qui se sont engagés (?) à regagner leur pays, d'ici la fin du mois, en bénéficiant d'une aide au "retour humanitaire" de revenir en France pour trois mois. Beaucoup en ont manifesté l'intention à peine rentrés jeudi à Bucarest. Pour réfréner leurs envie de retour, Eric Besson a assuré que le gouvernement allait "adapter la législation pour lutter contre l'abus de droit au court séjour", afin d'empêcher le retour vers la France des Roms expulsés.

Une loi, encore une loi ! La France s'use à légiférer pour tenter de multiplier les obstacles à ce que l'Europe autorise : le droit pour les Européens de vivre ensemble et de circuler librement dans tous les États de l'Union. Mais attention, il s'agit d'une nouvelle réglementation raciste qui se mettrait en place. Éric Besson est un ministre ultra zélé mais fort dangereux. Le laisser agir salit l'image même que notre pays portait depuis fort longtemps : celle du pays des libertés.

Une guerre idéologique est déclarée. Les "milliardaires de gauche" que nous sommes vont subir la critique véhémente de ces défenseurs des intérêts du pays que sont les sarkozistes de toutes obédiences. La guerre idéologique de 2007, au cours de la campagne électorale, avait été perdue sur le terrain économique et social ! Nous pourrions, si nous restions confinés dans des discours alambiqués, tels que ceux qu'en tiennent des élus d'une gauche obsolète, en perdre une nouvelle, sur le terrain des droits humains, en 2012. La France, celle qui n'est pas raciste, est en danger.


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(1) http://www.lepoint.fr/malgre-les-critiques-la-france-accelere-les-mesures-anti-roms-21-08-2010-1227386_19.php

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/X%C3%A9nophobie

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran