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samedi 24 novembre 2012

La France, pays des droits de l’homme mais pas des Roms


Le 21 novembre dans Médiapart on pouvait lire :

Après Aurore, Bianca ?
 

Par philippe alain
 
Le 15 novembre 2012, une jeune femme est arrêtée avec son bébé. Après vérification de son identité, la police s’aperçoit qu’elle est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen (MAE).

Le MAE a été conçu, après les attentats du 11 septembre, pour faciliter l’extradition entre les pays de l’Union Européenne. Ce mandat permet à un pays d’extrader jusqu’à ses propres ressortissants pour des faits qui ne sont pas pénalement répréhensibles chez lui, mais qui le sont dans le pays émetteur du mandat. La liste des faits pour lesquels un MAE peut être émis est longue. Elle comprend en particulier le terrorisme, le détournement d’avions, la traite des êtres humains, le trafic d’armes, le viol…

C’est sur la base d’un tel mandat qu’Aurore Martin, militante basque, a été extradée, le jeudi 1er novembre, vers l’Espagne où elle risque 12 ans de prison pour avoir participé à des réunions publiques d’un mouvement autorisé en France mais interdit en Espagne.

Bianca est donc arrêtée avec sa fille Maria. La police appelle la mère de Bianca pour qu’elle vienne récupérer le bébé car elle va passer la nuit en prison en attendant sa présentation devant la justice. Le lendemain, le Procureur Général réclame l’incarcération immédiate de la jeune fille. L’avocat commis d’office fait valoir qu’elle possède des garanties de représentation suffisantes et obtient son assignation à résidence en attendant que la justice se prononce. Bianca aura donc pointé donc, tous les jours, au commissariat de son quartier, jusqu’au jeudi 22 novembre, date à laquelle la chambre d’instruction devait statuer sur la demande d’extradition.

Bianca est Rom, originaire de Roumanie. Elle à 17 ans et demi et son bébé à 13 mois. Elle a été condamnée à 3 ans et 6 mois de prison ferme pour un vol commis dans un magasin en Roumanie à l’âge de 15 ans. Si Bianca est extradée, elle sortira de prison à 21 ans, si elle en sort. Sa fille, elle, aura presque 5 ans.

Condamner une jeune fille à 3 ans et demi de prison ferme pour un vol commis à l’âge de 15 ans est totalement inconcevable en France. C’est pourtant une pratique courante à l’encontre des enfants roms en Roumanie, pays qui possède une réputation internationale pour la façon exemplaire dont elle traite les Roms. C’est probablement pour cette raison que tant de familles fuient ce pays. /.../

Ignorant probablement la situation des Roms en Roumanie et plus particulièrement celle des enfants, le Procureur Général, lui, a d’ores et déjà demandé l’extradition de Bianca.

Si la France, pays des droits de l’homme, traite Bianca comme elle a traité Aurore, elle détruira la vie d’un bébé de 13 mois et d’une jeune fille de 17 ans dont le principal crime est d’être nés Roms.

Elle montrera également une fois de plus un dysfonctionnement majeur dans les institutions européennes permettant de renvoyer des enfants d’un pays où ils sont protégés, vers un pays où ils sont pourchassés, discriminés et condamnés à des peines totalement disproportionnées.

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/211112/linjustice-europeenne-apres-aurore-bianca


La dégradation quotidienne de la vie citoyenne dans notre pays nous bouleverse.  Si l'Europe, au lieu de protéger les enfants, les enferme et les détruit, et si la France contribue à cette chasse aux Roms, il y aura rupture et nous nous mettrons hors des lois injustes.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



lundi 5 novembre 2012

Le cas Aurore Martin.

 

Aurore Martin, militante française du mouvement basque Batasuna1, sous le coup d'un Mandat d'Arrêt Européen (MAE), a été arrêtée et extradée vers l'Espagne dans des conditions qui nous semblent bien douteuses, voire entachées d'illégalité.

La procédure du MAE est la suivante :

Lors d’un contrôle d'identité, un passage de frontière, où que l’on se trouve en Europe, on peut donc être repéré et arrêté lorsqu’un MAE est signalé sur les fichiers policiers et judiciaires européens.
Une fois arrêtée, la personne menacée d’extradition a le droit d’être informée du contenu du mandat, de voir un avocat et d’être assistée d’un interprète.
Elle peut être placée en détention.
L’avocat n’a pas accès au dossier constitué par le pays demandant l’extradition. Il n’est donc pas en mesure de défendre sur autre chose que sur la forme. Sa présence peut donc s'avérer symbolique.
De toutes façons, la chambre d’instruction ne juge que la forme : elle vérifie le remplissage en bonne et due forme du formulaire de demande d’extradition et vérifie que rien ne s’oppose à son exécution.
La personne à extrader doit être présentée au procureur dans les 48 heures.
Celui-ci, après avoir vérifié son identité, doit lui notifier le contenu du MAE et l’aviser de son droit à être assistée d’un conseil.
Elle doit ensuite comparaître devant la chambre de l’instruction dans un délai de cinq jours ouvrables à compter de sa présentation au procureur (l’audience peut être publique).
La chambre statue alors dans délai de sept jours si la personne a exprimé son consentement à être extradée, et dans un délai de vingt jours si elle n’a pas consenti. Le non-respect de ce délai doit théoriquement entraîner la mise en liberté de la personne réclamée.
Si la chambre d’instruction a autorisé l’extradition, il est possible de se pourvoir en cassation dans un délai de trois jours francs (article 568-1 du code de procédure pénale). La Cour de cassation dispose alors d’un délai maximum de quarante jours pour prendre sa décision.
Enfin, l’article 695-37 prévoit que la personne est remise à l’autorité requérante dans un délai de dix jours à compter de la date à laquelle la décision est devenue définitive, ce délai étant prolongé de dix jours en cas de force majeure. Le détenu doit théoriquement être libéré en cas de dépassement de ces délais.

D'après les sources officielles, Aurore Martin a été arrêtée vers 16 h 00 et remise aux autorités espagnoles, le même jour, vers 20 h 00, soit environ 4 heures plus tard.

L'extradition d'Aurore Martin, citoyenne française pose, au premier chef, des questions sur la légitimité d'une décision au regard de sa légalité, ce n'est pas là le sujet principal de notre billet. Mais, en plus, les conditions de son extradition ne semblent pas avoir respecté les procédures et le droit.

Fallait-il, quitte à ne pas respecter la procédure, aller vite pour éviter les réactions de l'opinion publique française et complaire à nos « amis » espagnols ? Si tel est le cas, cette décision n'a pas pu être prise au simple niveau local, ainsi qu'on le laisse entendre, mais au plus haut niveau national.


Comme nous aspirons à ne pas vivre dans une république bananière, où les décisions sont prises par le monarque et ses courtisans, nous demandons, comme simples citoyens qui entendent que l'État de droit s'applique à tous sans distinction, que toute la lumière soit faite sur cette obscure affaire.

1  Le mouvement Batasuna considéré comme terroriste est interdit en Espagne, il est autorisé en France.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

jeudi 1 novembre 2012

L'Islande, une leçon de démocratie ?

 


Avez vous entendu commenter ce fait : samedi 20 octobre 2012 près d'un Islandais sur deux est allé voter. Pratiquement aucun commentaire... Même "à gauche".

Il faut dire que, ce jour-là, les Islandais, décidément mauvais garnements du libéralisme, ont pu nous donner de mauvaises idées et des leçons de démocratie.

À une large majorité des votants, les Islandais ont voté, en effet, en faveur du projet d'une nouvelle constitution, rédigé par un groupe de 25 simples citoyens élus, aidés par un large débat sur internet auquel pouvaient participer tous les Islandais. Une révolution capitale car, si la nouvelle constitution est définitivement adoptée par le Parlement, elle marquera la prise en main de leur destin par les citoyens.

Pour comprendre, revenons sur l'histoire récente de l'Islande :



A partir d'octobre 2008, l'Islande entre dans des turbulences économiques et financières très importantes entrainant un effondrement du système bancaire et la nationalisation des trois principales banques du pays. Pourtant un an avant, en octobre 2007, le Figaro décrit en ces termes « le miracle islandais » : « le chômage est inexistant, la dette minime et les dix dernières années l'économie s'est accrue de 4,5 % par an en moyenne. » Dans le même temps, le FMI, très optimiste, écrit : « les perspectives à moyen terme de l'Islande restent enviables, les marchés ouverts et très souples et les institutions très saines... »

Grisées, les banques islandaises pratiquent des stratégies risquées qui les conduisent à l'effondrement ; la couronne islandaise perd près de 50 % entre janvier et octobre 2008 et la hausse des prix est de plus de 14 %. En août 2009, le Parlement islandais accepte de rembourser, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, plus de 5 milliards de dollars.  (Chaque Islandais devrait alors verser l'équivalent de 100 euros par mois pour rembourser la dette des banques). Sous la pression populaire, le Président islandais décide de soumettre l'adoption de l'accord financier à un référendum et le 6 mars 2010, le « non » est largement majoritaire. 

L'année suivante, le Parlement islandais approuve un nouvel accord permettant d'étaler les remboursements entre 2016 et 2046, à un taux d'intérêt de 3 %, ce nouvel accord soumis au vote populaire en  avril 2011 est, encore une fois, rejeté.

Dans le même temps et principalement à partir de janvier 2009, beaucoup d'Islandais sont dans la rue à taper sur des casseroles pour exiger le départ du gouvernement et la rédaction d'une nouvelle constitution. 


Birgitta Jonsdottir, députée, résume ainsi la situation : il s'agissait de demander « une vraie séparation des pouvoirs, d'empêcher les élus d'agir dans leur propre intérêt et de protéger les ressources naturelles ». Les « révolutionnaires » qui se mobilisent après la faillite financière de leur pays ont gain de cause : le gouvernement démissionne et un nouveau projet de constitution est mis sur les rails selon un processus participatif.
N'est ce pas la première fois qu'un peuple s'approprie ainsi la rédaction de sa propre constitution ?

Début novembre 2010, 1 000 personnes sont tirées au sort, elles réfléchissent pendant une journée en listant les grandes valeurs de l'Islande, et le 27 novembre 2010 un groupe de 25 Islandais « ordinaires » (525 personnes se sont présentées) est élu par les Islandais.

Dès le départ, le travail des 25 a été rendu public sur internet. La transparence est totale et 4 000 contributions et commentaires sont consignés. Le texte est remis 29 juillet 2011 au Parlement. 114 articles, en 9 chapitres, qui modifient sensiblement l'équilibre des pouvoirs, instaurent des mécanismes démocratiques nouveaux comme le référendum d'initiative populaire et intègrent des garanties importantes quant aux libertés.

Au départ, tous les partis étaient favorables à la réforme. Mais la droite a rapidement compris que le processus risquait de la conduire à une catastrophe car derrière les grands principes se cachent de lourds enjeux politiques. Pour les partis de droite, cette nouvelle constitution est considérée comme une bombe qu'il s'agit de désamorcer au plus vite. Ils contestent la légitimité du processus et font tout pour l'enterrer. La révolution constitutionnelle islandaise, magnifique aventure démocratique, risque de sombrer dans les oubliettes de l'histoire.

Birgitta Jonsdottir, optimiste, constate : «  en Islande, nous avons un avantage : la bureaucratie est très légère et nous avons la possibilité de changer rapidement les lois. L'Islande peut être le laboratoire de la démocratie ... »


Nul ne sera surpris que les droites soient hostiles à ce processus et qu'elles prennent tous les prétextes pour enterrer le projet si elles redeviennent majoritaires au Parlement en avril 2013.

Il est tout de même consternant que des mouvements politiques qui se disent attachés aux principes démocratiques soient contre le principe de cette démocratie directe inédite qui a fait des propositions dont tout le monde politique, toutes couleurs confondues, dit qu'elles sont intéressantes et réalisables.

Est ce que cela ne serait pas la preuve :
- Que les droites ne sont pas aussi démocrates et républicaines qu'elles veulent le faire croire ?
- Qu'elles sont plutôt pour le principe d'une démocratie oligarchique, c'est-à-dire au service d'une minorité assurant sa domination par le pouvoir et l'argent.
- Qu'elles pratiquent un jeu politique basé sur l'hypocrisie, la manipulation et le mensonge.

Les partis politiques, de toutes couleurs, savent confisquer aux citoyens leur pouvoir, et ce n'est pas le droit de vote, tel qu'il se pratique, qui n'est qu'un marché de dupes, une illusion de démocratie, un alibi utile aux leaders politiques qui peut changer l'ordre des choses ou plutôt leur désordre !

« Il faut regagner le contrôle de nos vies ! » comme le dit encore la députée islandaise Birgitta Jonsdottir, en donnant du pouvoir à la société civile.

Cela reviendrait, en France, à abolir la constitution de 1958, creuset d'un système monarchique, qui ne dit pas son nom, pour établir une vraie République démocratique, fondée sur les grands principes de liberté, d'égalité et de fraternité enfin pris en compte.

Il faut faire fonctionner notre société dans le bon sens : qu'elle soit au service de l'homme et pas l'homme au service de la société.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux














lundi 29 octobre 2012

La Qatarsis politique.

 

Catharsis : « Selon Aristote, Effet de purgation des passions produit sur les spectateurs d'une représentation dramatique.

Le Qatar est-il en train de nous purger de notre passion pour l'argent face à la représentation du monde ô combien dramatique ? Son entrée dans l'arène internationale a de quoi faire peur. Qu'on en juge !

Pendant le sommet de la francophonie qui s'est tenu en octobre, à Kinshasa, le QATAR a obtenu le statut de membre associé de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) sans être passé par le statut d'observateur, comme c'est habituellement la règle. Cette entrée du QATAR a fait grincer des dents à certains participants de l'organisation qui ont mis en doute sa légitimité à entrer dans l'OIF alors qu'il n'est pas francophone. Y a-t-il lieu de s'étonner de cette entrée si rapide de cette petite monarchie dans le cercle francophone ?

N'est ce pas le pays qui investit massivement en France, et dont les dirigeants furent parmi les premiers a être reçus par François Hollande ? N'est ce pas le pays qui a déclenché, en décembre 2011, une polémique, à droite comme à gauche, en annonçant qu'il allait, avec la bénédiction du gouvernement de l'époque, investir 50 millions d'euros en direction des quartiers français en difficulté ?


C'est la première fois qu'un État étranger, hors Union Européenne, finance la politique publique de la France. Depuis son accession aux affaires, la gauche de pouvoir est frappée d'amnésie, puisqu'en ce moment le ministère du redressement productif négocie avec les dirigeants qataris les suites de ce projet qui n'aura plus d'affectation exclusive en banlieue mais sera destiné aux « territoires déshérités » incluant les zones rurales.

Le QATAR est une petite monarchie du Golfe Persique de seulement 11 500 km2, peuplée de 1,8 million d'habitants, dont 200 000 citoyens qataris. C'était en 2011, dans le monde, le second pays en terme de PIB et le troisième producteur mondial de gaz naturel liquéfié.

Jusqu'en 2006, le QATAR était jugé infréquentable. À preuve cette réflexion de Bertrand Delanoë lorsqu'il lorgnait déjà sur le PSG : le maire de Paris avait dénoncé « ces fonds exotiques » en émettant des doutes sur « l'origine des capitaux ». Mais la crise financière de 2007-2008 a changé la donne car, en quelques mois, les liquidités sont venues à manquer, et c'est vers les pays du Golfe que les banquiers se sont tournés.

C'est à partir de ce moment que le QATAR commence à investir et à prendre des participations. La liste de ses investissements donne le vertige :

• Dans le BTP et les grandes entreprises :
Porsche, la banque Barclays, la banque de Santander, les studios Miramax (propriété de Disney), Suez... Il est le second actionnaire de Vinci. Il a des participations importantes dans Véolia environnement, Lagardère, Vivendi, Total (dont il est le troisième actionnaire!), de nombreux immeubles parisiens dont le siège du Figaro, boulevard Haussmann, et Virgin, avenue des Champs Elysées.
• Dans le secteur du luxe :
Les hôtels Royal Monceau, Concorde La Fayette, le Carlton, le Martinez et le Majestic de Cannes. Il est au capital de LVMH, de la maroquinerie Le Tanneur et de la Société des bains de mer de Monte-Carlo.
• Dans le sport :
L'acquisition la plus médiatique est le club de football Paris Saint-Germain, mais aussi le club de handball de la ville de Paris, puis le Grand prix de l'Arc de triomphe et il se dit qu'il serait en train de prendre le contrôle du stade de France de Saint-Denis.
Il a réussi a raflé l'organisation de la coupe du monde de football 2022.

Dans les médias :
Bien sûr, il ne faut pas oublier son implication totale dans la chaine d'information Al-Jazira qui émet en Arabe, mais aussi en Anglais et bientôt en Français et dont l'influence politique est considérable.

Alors que les Droits de l'Homme sont inexistants dans le royaume, toutes les nations occidentales entretiennent des relations avec l'émirat, particulièrement la France.
Pourtant :
• Les partis politiques ne sont pas autorisés,
• La convention relative au droits économiques, sociaux et culturels n'a jamais été ratifiée, ainsi que la convention contre la torture et autres traitements cruels et dégradants,
• Les femmes n'ont aucun droit,
• Alors que seulement 600 000 habitants sont arabes, le reste est constitué de travailleurs émigrés qui n'ont aucun système de protection et sont réduits, pour certains, à l'esclavage,
• La jurisprudence islamique (la charia) constitue la principale source de droit et de législation.

Ah ! Hypocrisie, quand tu nous tiens ; la France est le premier fournisseur de l'armée du QATAR et seuls sont suspects de terrorisme les Musulmans sans fortune. La réalité politique ne fait pas bon ménage avec les convictions et il est vrai que l'argent n'a pas d'odeur comme disait Vespasien à son fils alors que ce dernier lui reprochait l’instauration d’une taxe sur les toilettes publiques.

Il est cependant lamentable qu'un gouvernement « dit de gauche » continue, comme son prédécesseur, à commercer avec ce pays sans même s'interroger sur le respect des Droits de l'Homme et sur l'instauration d'un système politique démocratique.

Jean-Claude VITRAN et Jean-Pierre DACHEUX

 

vendredi 28 septembre 2012

Les Droits de l'homme ne souffrent aucun compromis




Les Droits de l'Homme ne sont pas négociables. La LDH existe pour y veiller. Si la même politique d'exclusion que par le passé est exécutée, coopérer avec le pouvoir, devient un égarement coupable. Certains responsables de la LDH se trompent.  Face à la xénophobie, il n'est qu'une seule réponse possible, celle de la condamnation, comme à Marseille, où des militants de terrain affrontent le racisme anti-Roms que des élus locaux excusent ? 

À trop vouloir soutenir le gouvernement qui a deux fers au feu (celui de la concertation et celui de la répression), la Ligue des Droits de l'Homme abandonne sa mission historique. L'échec est garanti. Déjà le gouvernement trébuche sur ce tapis que tire, sous ses pieds, afin de le faire chuter, la droite française dite "décomplexée", (en clair, ouverte aux idées xénophobes).


Les événements de Marseille, ("la mise en fuite" d'une trentaine de Rroms dans le quartier du Créneau, au nord de la ville), annoncent ce que la politique ambiguë de l'actuel ministre de l'Intérieur risque de déclencher : la ratonnade anti-tsiganes. Aucun groupe de citoyens ne peut, dans un État de droit, se substituer à la police. Certes. Mais est-on incité à faire appel à la police quand c'est la police qui, parfois, elle-même, "ratonne" grâce à la tolérance de certaines hiérarchies ?

Au cours de l'histoire de la République, hélas, le monopole de la violence dont l'État dispose a conduit des fonctionnaires (et pas seulement sous Vichy) à brutaliser des "individus" (comme on dit alors) qui ne se soumettent pas à la loi du plus grand nombre, laquelle n'est pas nécessairement la loi tout court, ou qui constitue une loi... injuste !

Attention : les meilleures intentions du monde pavent souvent l'enfer du racisme ordinaire. L'exaspération des habitants d'un quartier qui souffre déjà de l'injustice sociale et de la délinquance s'explique, mais peut conduire à des violences toujours plus graves.  Le jour où le meurtre se banalise peut, à tout moment, survenir.

Hannah Arendt a décrit, avec précision, comment des hommes et des femmes qui ne sont pas en eux-mêmes plus "méchants" que les autres, peuvent devenir des monstres.

En pleine période de détresse économique, on a vite fait de trouver des coupables, ceux qui vont devenir ces "boucs émissaires" qu'on sacrifie sur l'autel du politiquement correct. Il faut, nous répète-t-on, de la croissance, de la compétitivité, de la consommation, de la réduction d'impôts : tel est le contenu du credo néolibéral.

Peu de Français veulent admettre, en effet, que la reconnaissance de nos limites, de la sérénité dans le travail, de la sobriété dans les achats, du partage juste des efforts, ont plus d'efficacité, à terme, que ce "toujours plus" (pour les privilégiés) que nourrit le "toujours moins" (imposé au plus grand nombre des citoyens). Pire, dans l'univers des nantis, la misère fait tache. Il faut l'éliminer.

C'est ainsi que l'on démantèle les campements considérés comme illicites, en fait les bidonvilles installés au hasard par des familles ne sachant plus où vivre. Que ces familles soient, d'abord, jetées à la rue soulage ceux qui les voient écartées de leur cadre de vie. C'est oublier que la détresse n'est alors que déplacée.

En quelques mois, le tiers des Rroms étrangers, (environ 5 000 sur 15 000) a été expulsé des terrains occupés sans droit ni titres (plus encore que du temps de M. Guéant). Cela n'a rien changé au nombre des Rroms vivant en France, y compris quand on est passé d'une expulsion à l'autre, de l'expulsion du terrain à l'expulsion du territoire, en remplissant quelques charters en direction de Bucarest ou de Sofia...

L'approche des élections municipales de 2014 aide les maires à fermer les yeux sur l'inhumanité de ces démantèlements toujours pas accompagnés (et qui devraient être précédés !) par des mesures de relogement, en dépit des promesses du candidat Hollande ou des circulaires interministérielles d'août passé. Allons-nous voir, comme en Italie, dans la commune d'Opera, en Lombardie, des politiciens obtenir le siège de maire en s'étant fait applaudir pour leur action anti-Rroms ?

À l'évidence les droits de l'homme sont, ou bien bafoués ou bien, (ce qui revient au même), "oubliés". L'ampleur des mesures de rejet dépasse déjà, largement, l'exécution des décisions de justice (que les juges ne peuvent que prendre puisque les violations de propriétés, même vacantes et inutilisées, sont illégales).

Prenons garde. Ne pas reconnaître l'humanité des humains conduit au pire. "Roms : la commune humanité bafouée", la pétition (1) initiée par un collectif de 105 personnalités, a recueilli des milliers de signatures, car la vigilance s'impose quand la haine croît, attisée par des manipulateurs d'opinion.

Nous sommes en état d'alerte et ce d'autant que l'actuel gouvernement a tous motifs de s'opposer à la "banalisation du mal" et ne le fait pas. Les droits de l'homme ne se divisent pas et ne souffrent aucun compromis. Un homme est un homme et les reproches qu'on peut lui faire ne se règlent pas en le chassant comme on le ferait d'un animal enragé !

(1) http://www.labandepassante.org/petition/



Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux 


mercredi 5 septembre 2012

Cumul des mandats ou... qui ne bouge tombera !


Comme de vieux lions craintifs

Martine Aubry a donné jusqu’à la mi-septembre aux parlementaires socialistes pour choisir et mettre fin au cumul de leurs mandats… Et beaucoup rechignent…

Oui et c’est un sujet parfait pour les éditorialistes. On tape sur le cumul et ça plaît à tout le monde. Par esprit de contradiction, ou par jeu intellectuel, j’ai essayé de commencer une chronique pro-cumul (comme on peut très bien, avec des arguments valables et convaincants, défendre le parachutage électoral, ça je l’ai fait). J’ai donc essayé… et je n’ai pas réussi, voilà pourquoi : le principal argument, l’enracinement local, n’est pas convaincant : chaque parlementaire peut cultiver son enracinement et sa connaissance de la vraie vie de ses concitoyens en étant, comme tout le monde, parent d’élève(s), en faisant ses courses, en faisant la queue dans les administrations, en étant actif dans le monde associatif, en emmenant ses enfants au foot, en discutant avec les commerçants, avec ses voisins. Parlementaire et citoyen normal en quelque sorte…et la plupart le sont d’ailleurs. Pas besoin d’être absolument conseiller municipal pour connaître la vie des Français… le mieux c’est de la vivre. Le PS est une formidable machine à gagner les élections locales depuis 15 ans. C’est le moment de lui rappeler qu’aucun de ses barons locaux n’est propriétaire de ses territoires et que les électeurs les ont élus pour un travail à plein temps. Le député n’est pas un élu local, c’est un élu de la Nation. Sa circonscription n’est qu’un bassin d’électeurs. Michel Winock dans son livre « La France politique » évoquant le choc que subissaient les parlementaires de la IIIème République quand ils arrivaient au Palais Bourbon, écrit : « tel qui parlait pour son village, légifère maintenant pour le genre humain ». C’était l’époque où la France se pensait lumière du monde…Sans monter dans de si hautes sphères, on pourrait espérer que les députés de la Vème se déracinent un peu de leur circonscription pour se soucier de l’intérêt national avant tout.


Et donc, logiquement, il faudrait que les députés n’aient pas de mandats locaux !

 Oui. L’Assemblée nationale ne peut pas être un syndicat des régions et départements. Il y a le Sénat pour ça (ce qui n’est pas une raison suffisante pour prôner le cumul chez les sénateurs). Mais les élus ne sont pas les seuls responsables. Les militants des partis devraient refuser d’investir des cumulards et nous, les citoyens, nous ne devrions pas solliciter notre député pour des affaires locales ou privées. A la limite, les députés ne devraient même pas avoir de permanence dans leur circonscription. Même si en ces temps de crise, ils se font volontiers les avocats à Paris des salariés des entreprises qui ferment dans leur secteur. Enfin, on oublie souvent que le Parlement a deux fonctions. Il doit légiférer et contrôler l’exécutif. Cet aspect-là est largement oublié. Il ne faut pas accuser la Constitution. Les instruments de contrôle existent, ils sont simplement sous-employés parce que le contrôle est un travail chronophage et obscur, loin des caméras et des électeurs. Il y a donc pléthore d’arguments pour s’opposer au cumul. Le plus souvent cité est celui du frein au renouvellement et à la diversité du monde politique que le cumul engendre. Pourtant face à de telles évidences et face à de tels consensus dans la population, on reste estomaqué par l’aplomb des élus qui résistent toujours malgré leurs promesses : des barons locaux qui se comportent un peu en vieux lions craintifs, passant leur temps à faire pipi autour de leur territoire pour bien le délimiter.


 Chiche !

(1) Esprit, n°387, août-septembre 2012, pp. 4 et 5.

lundi 3 septembre 2012

Il n'est plus ni droite ni gauche

Où est passé le socialisme ? Il est passé... dans le passé ! Un socialisme qui ne compte ni sur la révolution ni sur l'évolution pour mettre fin à la domination de l'argent, au capitalisme-roi, s'est renié lui-même.

Parti ultra dominant, le PS assume, seul, à présent, la politique qu'imposent les marchés. Il a substitué à la gauche une droite soft, c'est-à-dire qu'il s'en tient à une ambition limitée : empêcher le système économico-financier de commettre trop d'excès.

Le bipartisme désormais installé en France, tout comme aux USA, écarte toute alternative politique comme non sérieuse, non crédible, irresponsable et utopique. Quand on constate que les électeurs étatsuniens vont avoir le choix entre un Bush-bis, peut-être plus rigide encore avec Mitt Romney, et un président sortant qui n'a pu que limiter les dégâts, on doit bien se dire que l'on glisse vers des politiques de plus en plus désespérantes, vers de fausses démocraties.

Plusieurs questions se posent alors avant que n'explose, on ne sait quand, une situation intenable : 
• pourquoi cette déviance qui a conduit un parti politique à n'être plus rien de ce qu'il fut ?
• pourquoi continuons-nous d'employer des mots (droite-gauche) qui ne recouvrent plus le sens qu'ils avaient quand ils furent créés ?
• pourquoi ce qui semblait impossible à avouer, voici trente ans à peine, ( être "de droite") s'affiche-t-il sans vergogne, y compris dans les milieux populaires ?
• pourquoi les victimes du système qui les écrase ne se révoltent-elles plus ?

Il n'est, pour nous, rien de plus urgent que de faire des diagnostics pertinents.


Le plus simple consiste à dire que le culte de la croissance, le choix du nucléaire,  le maintien des cumuls de mandats, le démantèlement des bidonvilles de Roms avant toute solution (pour ne parler que de ce qui est le plus flagrant actuellement) appartiennent à des politiques de la droite la plus éculée. Nous n'avons rien de commun avec ces choix au demeurant mortels, à terme, pour le présent Gouvernement français.

Le plus difficile à exprimer aboutit à reconnaître que des vocables inadéquats trompent l'opinion : il n'est plus, quoi qu'on en pense, ni droite ni gauche en exercice, en Europe. Les opposants qui se réclament encore de la gauche se réfèrent à un passé qui ne renaitra pas. Si courageux et sympathiques soient-ils, ils sont devenus obsolètes.

Le plus créatif se loge dans les recherches visant à dépasser ce passé, sans tolérance aucune à l'égard des idées de domination, de privilège, d'exploitation, d'accumulation de profits, mais en remplaçant la révolution physique par la subversion culturelle. Quelle que soit la façon de le dire, un "autre monde", une "autre vie", une "autre société" sont non seulement possibles mais nécessaires.

Le plus dynamique et porteur d'espoirs tient à ce que, sur une planète très peuplée tout se sait, tout peut être communiqué, tout se contrôle et vérifie, et les jeunes générations s'indignent non pour protester mais pour vivre de façon pratique l'alternative qu'on leur refuse. Il va sans dire que l'écologie est au cœur de cette politique-là qui prend ses distances avec les partis pour n'être pas flouée. C'est dans l'ombre et partout que s'essaient des changements qui ne sont pas que de mots.


Jurgen Habermas, à 83 ans, établit, lui le philosophe des philosophes, un diagnostic que nous ne partageons qu'à moitié : en Europe, affirme-t-il en substance, il n'est plus de choix qu'entre le retour aux États retrouvant leurs monnaies et la construction politique véritable d'une Europe forte s'imposant aux États qui la composent. Le sage allemand a le mérite de faire comprendre que la page est tournée et que l'Europe éparpillée est sans avenir, peut-être même au bord de l'effondrement. Il a pourtant tort, nous semble-t-il, de nous laisser croire qu'une nouvelle initiative centralisée est à même de nous apporter le salut ! L'Europe des citoyens ne se fera pas sans citoyens maîtres de leur destin.

Cette Europe démocratique, dont nous sommes loin encore, ne peut s'enfermer dans des idéologies qui sont impuissantes à l'intérieur d'une mutation qui annonce une civilisation dont les privilégiés retardent l'avènement violemment tant il y aura d'intérêts bousculés. Dans les politiques actuelles de droite et de gauche très proches (d'où leur disparition, de fait) lesquelles voudraient nous faire passer de crise en crise comme un malade qui se soigne lentement en attendant de retrouver la santé, il n'est rien qui corresponde aux besoins planétaires.

Résistances et changements associe le refus des solutions factices et la quête d'une connaissance des chances dont dispose encore l'humanité. C'est un travail de pensée. Si nous n'y prenions notre part, si nous fonctionnions avec des outils et des concepts usés, nous n'irions pas dans la voie que la gauche, quand elle existait, avait ouverte jadis, et dont elle a perdu la trace.



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran