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mercredi 5 septembre 2012

Cumul des mandats ou... qui ne bouge tombera !


Comme de vieux lions craintifs

Martine Aubry a donné jusqu’à la mi-septembre aux parlementaires socialistes pour choisir et mettre fin au cumul de leurs mandats… Et beaucoup rechignent…

Oui et c’est un sujet parfait pour les éditorialistes. On tape sur le cumul et ça plaît à tout le monde. Par esprit de contradiction, ou par jeu intellectuel, j’ai essayé de commencer une chronique pro-cumul (comme on peut très bien, avec des arguments valables et convaincants, défendre le parachutage électoral, ça je l’ai fait). J’ai donc essayé… et je n’ai pas réussi, voilà pourquoi : le principal argument, l’enracinement local, n’est pas convaincant : chaque parlementaire peut cultiver son enracinement et sa connaissance de la vraie vie de ses concitoyens en étant, comme tout le monde, parent d’élève(s), en faisant ses courses, en faisant la queue dans les administrations, en étant actif dans le monde associatif, en emmenant ses enfants au foot, en discutant avec les commerçants, avec ses voisins. Parlementaire et citoyen normal en quelque sorte…et la plupart le sont d’ailleurs. Pas besoin d’être absolument conseiller municipal pour connaître la vie des Français… le mieux c’est de la vivre. Le PS est une formidable machine à gagner les élections locales depuis 15 ans. C’est le moment de lui rappeler qu’aucun de ses barons locaux n’est propriétaire de ses territoires et que les électeurs les ont élus pour un travail à plein temps. Le député n’est pas un élu local, c’est un élu de la Nation. Sa circonscription n’est qu’un bassin d’électeurs. Michel Winock dans son livre « La France politique » évoquant le choc que subissaient les parlementaires de la IIIème République quand ils arrivaient au Palais Bourbon, écrit : « tel qui parlait pour son village, légifère maintenant pour le genre humain ». C’était l’époque où la France se pensait lumière du monde…Sans monter dans de si hautes sphères, on pourrait espérer que les députés de la Vème se déracinent un peu de leur circonscription pour se soucier de l’intérêt national avant tout.


Et donc, logiquement, il faudrait que les députés n’aient pas de mandats locaux !

 Oui. L’Assemblée nationale ne peut pas être un syndicat des régions et départements. Il y a le Sénat pour ça (ce qui n’est pas une raison suffisante pour prôner le cumul chez les sénateurs). Mais les élus ne sont pas les seuls responsables. Les militants des partis devraient refuser d’investir des cumulards et nous, les citoyens, nous ne devrions pas solliciter notre député pour des affaires locales ou privées. A la limite, les députés ne devraient même pas avoir de permanence dans leur circonscription. Même si en ces temps de crise, ils se font volontiers les avocats à Paris des salariés des entreprises qui ferment dans leur secteur. Enfin, on oublie souvent que le Parlement a deux fonctions. Il doit légiférer et contrôler l’exécutif. Cet aspect-là est largement oublié. Il ne faut pas accuser la Constitution. Les instruments de contrôle existent, ils sont simplement sous-employés parce que le contrôle est un travail chronophage et obscur, loin des caméras et des électeurs. Il y a donc pléthore d’arguments pour s’opposer au cumul. Le plus souvent cité est celui du frein au renouvellement et à la diversité du monde politique que le cumul engendre. Pourtant face à de telles évidences et face à de tels consensus dans la population, on reste estomaqué par l’aplomb des élus qui résistent toujours malgré leurs promesses : des barons locaux qui se comportent un peu en vieux lions craintifs, passant leur temps à faire pipi autour de leur territoire pour bien le délimiter.


 Chiche !

(1) Esprit, n°387, août-septembre 2012, pp. 4 et 5.

lundi 3 septembre 2012

Il n'est plus ni droite ni gauche

Où est passé le socialisme ? Il est passé... dans le passé ! Un socialisme qui ne compte ni sur la révolution ni sur l'évolution pour mettre fin à la domination de l'argent, au capitalisme-roi, s'est renié lui-même.

Parti ultra dominant, le PS assume, seul, à présent, la politique qu'imposent les marchés. Il a substitué à la gauche une droite soft, c'est-à-dire qu'il s'en tient à une ambition limitée : empêcher le système économico-financier de commettre trop d'excès.

Le bipartisme désormais installé en France, tout comme aux USA, écarte toute alternative politique comme non sérieuse, non crédible, irresponsable et utopique. Quand on constate que les électeurs étatsuniens vont avoir le choix entre un Bush-bis, peut-être plus rigide encore avec Mitt Romney, et un président sortant qui n'a pu que limiter les dégâts, on doit bien se dire que l'on glisse vers des politiques de plus en plus désespérantes, vers de fausses démocraties.

Plusieurs questions se posent alors avant que n'explose, on ne sait quand, une situation intenable : 
• pourquoi cette déviance qui a conduit un parti politique à n'être plus rien de ce qu'il fut ?
• pourquoi continuons-nous d'employer des mots (droite-gauche) qui ne recouvrent plus le sens qu'ils avaient quand ils furent créés ?
• pourquoi ce qui semblait impossible à avouer, voici trente ans à peine, ( être "de droite") s'affiche-t-il sans vergogne, y compris dans les milieux populaires ?
• pourquoi les victimes du système qui les écrase ne se révoltent-elles plus ?

Il n'est, pour nous, rien de plus urgent que de faire des diagnostics pertinents.


Le plus simple consiste à dire que le culte de la croissance, le choix du nucléaire,  le maintien des cumuls de mandats, le démantèlement des bidonvilles de Roms avant toute solution (pour ne parler que de ce qui est le plus flagrant actuellement) appartiennent à des politiques de la droite la plus éculée. Nous n'avons rien de commun avec ces choix au demeurant mortels, à terme, pour le présent Gouvernement français.

Le plus difficile à exprimer aboutit à reconnaître que des vocables inadéquats trompent l'opinion : il n'est plus, quoi qu'on en pense, ni droite ni gauche en exercice, en Europe. Les opposants qui se réclament encore de la gauche se réfèrent à un passé qui ne renaitra pas. Si courageux et sympathiques soient-ils, ils sont devenus obsolètes.

Le plus créatif se loge dans les recherches visant à dépasser ce passé, sans tolérance aucune à l'égard des idées de domination, de privilège, d'exploitation, d'accumulation de profits, mais en remplaçant la révolution physique par la subversion culturelle. Quelle que soit la façon de le dire, un "autre monde", une "autre vie", une "autre société" sont non seulement possibles mais nécessaires.

Le plus dynamique et porteur d'espoirs tient à ce que, sur une planète très peuplée tout se sait, tout peut être communiqué, tout se contrôle et vérifie, et les jeunes générations s'indignent non pour protester mais pour vivre de façon pratique l'alternative qu'on leur refuse. Il va sans dire que l'écologie est au cœur de cette politique-là qui prend ses distances avec les partis pour n'être pas flouée. C'est dans l'ombre et partout que s'essaient des changements qui ne sont pas que de mots.


Jurgen Habermas, à 83 ans, établit, lui le philosophe des philosophes, un diagnostic que nous ne partageons qu'à moitié : en Europe, affirme-t-il en substance, il n'est plus de choix qu'entre le retour aux États retrouvant leurs monnaies et la construction politique véritable d'une Europe forte s'imposant aux États qui la composent. Le sage allemand a le mérite de faire comprendre que la page est tournée et que l'Europe éparpillée est sans avenir, peut-être même au bord de l'effondrement. Il a pourtant tort, nous semble-t-il, de nous laisser croire qu'une nouvelle initiative centralisée est à même de nous apporter le salut ! L'Europe des citoyens ne se fera pas sans citoyens maîtres de leur destin.

Cette Europe démocratique, dont nous sommes loin encore, ne peut s'enfermer dans des idéologies qui sont impuissantes à l'intérieur d'une mutation qui annonce une civilisation dont les privilégiés retardent l'avènement violemment tant il y aura d'intérêts bousculés. Dans les politiques actuelles de droite et de gauche très proches (d'où leur disparition, de fait) lesquelles voudraient nous faire passer de crise en crise comme un malade qui se soigne lentement en attendant de retrouver la santé, il n'est rien qui corresponde aux besoins planétaires.

Résistances et changements associe le refus des solutions factices et la quête d'une connaissance des chances dont dispose encore l'humanité. C'est un travail de pensée. Si nous n'y prenions notre part, si nous fonctionnions avec des outils et des concepts usés, nous n'irions pas dans la voie que la gauche, quand elle existait, avait ouverte jadis, et dont elle a perdu la trace.



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

vendredi 10 août 2012

La trahison

Deux ans après le scandaleux discours de Nicolas Sarkozy, à Grenoble, au sujet des "Roms et gens du voyage", le nouveau gouvernement expulse, à Lille, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Paris (XIXe), Marseille, Lyon, etc... À l'expulsion des terrains s'ajoutent même des expulsions de France par charter (via l'aéroport Lyon Saint-Exupéry).

Toutes les tentatives de justification, dont celle qui consiste à dire qu'il ne s'agit que de l'application de décisions de justice, masquent mal une véritable trahison ! Ou bien Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur, désavoue la politique annoncée par le candidat Hollande, ou bien c'est le Président de la République lui-même qui trahit son engagement du 27 mars dernier, pris dans un courrier à Romeurope : "on ne peut continuer à accepter que des familles soient chassées d'un endroit sans solution". Or, c'est le cas.

Nous ne voyons, pour le moment, pas de différence entre la politique Sarkozy-Guéant et la politique Hollande-Valls à l'égard des Rroms. Les politiciens de droite ricanent ou, carrément, se réjouissent. La chasse aux Rroms est rouverte. Au moment où les tensions sociales se développent et où l'Europe subit une régression économique, il est particulièrement dangereux de donner des arguments à ceux qui recherchent des boucs émissaires.

Les questions de fond, dont dépend le sort des familles, n'étant pas abordées, le statu quo conduit à constater l'occupation illicite de lieux de vie, le développement de bidonvilles et l'étalement de la misère sous les yeux de citoyens choqués. On dépose plainte sur plainte. La justice ne peut qu'ordonner l'évacuation des terrains occupés sans droit ni titres. Les Rroms quittent les emplacements qu'ils occupaient, d'eux-mêmes ou contraints, pour aller, au hasard, dans l'angoisse et le stress, s'installer ailleurs, en attente de nouvelles décisions de justice et de nouvelles expulsions.

Quelles sont ces principales questions de fond qu'aucun Gouvernement ne veut ou ne sait aborder ?

- Les 15 millions de Roms d'Europe, à 95% sédentaires, et notamment ceux qui vivent dans les 27, bientôt 28 États, de l'Union européenne, sont-ils, oui ou non, nos concitoyens et, à ce titre, ont-ils les mêmes droits et devoirs que tous les autres Européens ? Si oui, comment en tient-on compte ?

- Les Rroms roumains ou bulgares vivant en France, environ 15 000 personnes, c'est-à-dire 1% des Rroms d'Europe, une faible minorité donc, ont-ils, oui ou non, depuis janvier 2007, comme ressortissants de l'Union européenne, le droit de circuler librement et par conséquent de s'installer, car nul ne se déplace sans avoir à faire halte. Si oui, comment en tient-on compte ?

- Suffit-il de démanteler les bidonvilles pour les supprimer ? Les familles qui ont choisi, depuis souvent des années, de vivre en France, qui y ont pris leurs habitudes et s'y sont fait des connaissances, ne rentreront pas dans leur pays d'origine où ils ont trop souffert. Les autorités françaises ne perdent-elles pas, oui ou non, leur temps et notre argent en tentant d'obliger les familles à repartir vers l'est, de force, ou en les traquant, alors qu'elles finissent presque toujours par revenir ? Si oui, comment en tient-on compte ?

- Les Rroms, notamment les étrangers, ne connaissent la caravane que comme un abri et ne sont nullement nomades ? Pourquoi alors, dans les administrations comme dans les prétoires, les assimiler encore aux "gens du voyage", c'est-à-dire aux Français vivant en habitat mobile ? Allons-nous, oui ou non, enfin comprendre que nous sommes nous-mêmes victimes de confusions, faites entre des populations qui ont une origine historique commune mais qui n'ont pas les mêmes modes de vie ? Si oui, comment en tenir compte ?

- N'y a-t-il pas lieu de nous interroger sur les raisons pour lesquelles il est fait obstacle à l'insertion des Rroms parce qu'ils n'ont jamais connu, au cours des siècles derniers, ni assimilation ni intégration au sein de nos sociétés ? Autrement dit, reconnaissons-nous, oui ou non, la réalité de la diversité humaine et acceptons-nous que certains de nos semblables (qui ne sont pas nos identiques !) aient une culture et une approche du monde différentes de celles qui sont les nôtres ? Si oui, comment en tenir compte ?

- Allons-nous, oui ou non, mettre fin aux mesures transitoires relatives à l'emploi qui, jusqu'au 31 décembre 2013, et peut-être au-delà, condamnent les Rroms au travail au noir, à la mendicité et aux récupérations précaires ? Si oui, comment y parvenir à court terme ?

- Les fausses solutions, qui limitent au démantèlement la suppression des bidonvilles, non seulement déplacent et dispersent les phénomènes sans les régler, mais engendrent des nuisances environnementales et physiques affectant la vie même des familles et notamment des enfants. Allons-nous, oui ou non, sortir du cercle infernal dans lequel nous nous sommes enfermés avec les Rroms en les fragilisant, en les précarisant, au risque de les conduire vers des comportements de survie aberrants voire délictueux ?

"Je souhaite, écrivait encore François Hollande, que lorsqu'un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées". Au-delà du souhait, il y a la nécessité ! Où sont les solutions alternatives proposées ? Si elles ne sont pas prêtes et suffisamment encore étudiées, quand va-t-on commencer à les rechercher, à les travailler, à les examiner avec l'aide des services et des associations qualifiées et bien entendu, avec le concours des intéressés eux-mêmes ? Là est l'urgence et non pas dans la précipitation vers la mise en œuvre de mesures brutales et, in fine, inefficaces.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 6 août 2012

La réaction d'Albert Camus au bombardement d'Hiroshima



Nous sommes aujourd'hui le 6 août, dramatique anniversaire de la première utilisation à des fins militaires de l'énergie nucléaire.
Dans les jours qui suivirent le 6 août 1945, l'ensemble du monde se confondit en félicitations, les médias en premier, sur l'ère nouvelle qui s'ouvrait grâce à la technologie américaine.
Il y eu peu de protestation, Albert CAMUS, dans un éditorial du Journal Combat du 8 août, fut l'un des très rares protestataires. Nous reproduisons ci dessous son article.

 

L'article d'Albert Camus


« Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences
d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.
En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.
Ces découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans ce monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.
(...)
Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

Albert Camus, éditorial de « Combat », le 8 août 1945.

Un bombardier B-29, surnommé "Enola Gay"

Entre décembre 1941 et août 1945, le Projet Manhattan va mobiliser 140 000 personnes sous la direction de général Leslie Groves et de son adjoint scientifique, le savant Robert Julius Oppenheimer.
Les composantes de la bombe seront assemblées à Los Alamos au Nouveau Mexique.
En juillet 1945, trois bombes sont prêtes. L'une d'elle, au plutonium, est testée le 16 juillet 1945 à Alamogordo, dans le désert du Nouveau Mexique. Succès complet pour la première explosion nucléaire.
Un ultimatum lancé contre le Japon est rejeté par celui-ci le 28 juillet.
Le 6 août 1945, à Hiroshima, 8 heures 15 du matin, "Little Boy", bombe atomique à l'uranium 235, est lâchée par un bombardier B-29, surnommé "Enola Gay". Elle explose faisant 70'000 morts immédiates et 200'000 morts au total jusqu'à la fin du XXe siècle.
Le 9 août 1945, à Nagasaki, "Fat Man", bombe au plutonium 239, explose faisant 40 000 morts immédiates et 120 000 morts au total jusqu'à la fin du XXe siècle.
A la fin du XXe siècle, 300 000 survivants souffraient encore des séquelles de ces deux explosions.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



samedi 4 août 2012

Les limites de la science et des technologies


Il nous a semblé important de partager le texte d'alerte écrit par quatre, parmi les plus éminents chercheurs en virologie et en génétique.

Car, même si Albert Einstein a dit : « Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité. », il est vital, pour la survie de l'Homme, que la recherche scientifique se fixe des limites.
Il faut se mobiliser pour que les apprentis sorciers et les sorciers jouant aux apprentis cessent de faire passer leurs désirs de savoir avant la protection de leurs congénères.
Il faut que le principe de précaution que les français ont fait figurer dans la Constitution ne soit pas un concept inutile et vide de sens.
Il faut surtout que la recherche effrénée de la croissance et du profit maximum n'entraine pas l'ensemble de l'humanité vers une forme de suicide collectif.
Là aussi, il est urgent de changer de société.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



Pour le maintien du moratoire sur le virus H5N1


Le virus de la grippe aviaire H5N1 est, pour l'homme, l'un des pathogènes les plus redoutables connus à ce jour. La mortalité s'élève à 60% parmi les 600 cas rapportés. Au Royaume-Uni et au Canada, il est considéré comme trop dangereux pour faire l'objet de recherches en dehors de laboratoires de haute sécurité, nommés BSL-4. Le virus est facilement transmissible chez les oiseaux, mais n'est pas contagieux d'homme à homme. L'apparition d'une transmissibilité interhumaine pourrait en revanche causer une pandémie catastrophique qui pourrait décimer la population mondiale.
C'est pourquoi il est très inquiétant que deux groupes de chercheurs soient sur le point de reprendre leurs investigations pour "voir ce qu'il faudrait" pour que le virus H5N1 devienne transmissible chez l'homme comme le virus de la grippe saisonnière. Quand, en décembre dernier, l'existence de ces expériences fut connue, l'indignation fut telle que les deux équipes durent annoncer un moratoire pour permettre à la communauté scientifique internationale d'évaluer la légitimité éthique et les risques sécuritaires de ces travaux.
Nombre de critiques n'ont pas trouvé de réponse, en particulier sur le plan de la sécurité. Or, à la surprise générale, un des dirigeants de NIH qui était jusqu'à récemment en faveur de la poursuite du moratoire, et qui avait témoigné dans ce sens en avril dernier devant le Sénat américain, a déclaré avec enthousiasme qu'il était favorable à un consensus rapide pour la levée du moratoire, et la reprise des recherches.

Pourquoi une telle précipitation?
Plusieurs scientifiques pensent que ce type de recherche force les limites légitimes du questionnement scientifique. Certes, les avancées dans la compréhension de la transmission des virus sont très importantes, notamment pour la fabrication d'un meilleur vaccin. La connaissance des mutations qui permettraient au virus H5N1 de devenir transmissible chez les mammifères est supposée être utile au traçage du virus sauvage. Mais nous n'avons entendu aucune argumentation réellement convaincante du bénéfice pour la société - ni de la part de la direction de National Institute of Heath (NIH), ni de la part des chercheurs qui ont conduit les travaux, ni de la part des nombreux virologues qui, en privé, expriment beaucoup de doute sur la valeur scientifique de ces études. Nombre de virologues éminents sont d'avis que ce travail ne permettra pas de prédire une pandémie, la nature étant infiniment plus ingénieuse quand il s'agit de créer des hybrides.

Il est faux de penser que toute recherche est légitime. La création d'un virus plus mortel que le virus sauvage présent dans la nature tombe dans cette catégorie. Il y a toujours eu des expériences considérées comme hors limites et que les scientifiques civils ne font pas. Si les travaux en question avaient été financés par les militaires, n'auraient-ils pas provoqué un incident diplomatique avec questionnement aux plus hauts niveaux ? N'est-ce pas la voie pour fabriquer une arme biologique ? Pourquoi avoir autorisé et financé une telle recherche ? Parmi les Institutions qui ont financé ces recherches, n'y a-t-il eu personne pour considérer les implications éthiques liées à la création d'un pathogène plus mortel que le virus naturel ? Pourquoi s'apprêter à lever le moratoire alors que nombre de scientifiques y restent encore opposés ?
Si on autorise la reprise de ces travaux dangereux, l'échappement accidentel du virus H5N1 mutée paraît presque inévitable. En effet, il est probable que de nombreux autres laboratoires voudront s'engager dans cette voie, ce qui augmentera de manière exponentielle le risque d'accident et d'échappement du virus.
En fait, il suffit de considérer le passé récent pour constater la réalité de cette menace. Par exemple, la réémergence du virus H1N1 en 1977 après un hiatus de 20 ans, à l'origine d'une épidémie de "grippe russe", a pu être attribuée à un accident survenu dans un laboratoire russe qui travaillait sur un vaccin contre une forme atténuée de virus H1N1. Pas plus tard qu'il y a 2 mois, un jeune technicien de laboratoire a été contaminé par une souche très virulente de Neisseria meningitidis, une bactérie responsable de méningites et de septicémies. Le malheureux qui travaillait sur un vaccin contre cette bactérie, mourut en moins de 48 heures. La rétrospective des contaminations de laboratoire n'est pas non plus encourageante. Entre 1978 et 1999 - date du dernier décompte - on dénombre 1200 contaminations accidentelles à partir de laboratoires BSL-4 dans le monde. Vingt-deux ont été fatales. Ainsi à partir des seuls laboratoires BSL-4, le rythme des contaminations est de 57 par an. Et cela dans des laboratoires dits de haute sécurité où les accidents sont supposés ne pas survenir ! Depuis 1999, des chercheurs ont été tués par de nombreux microbes, y compris le virus Ebola et celui du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS).
Dans le scénario catastrophe où le virus viendrait à s'échapper d'un laboratoire et à provoquer une épidémie localisée, voire une pandémie, le NIH, l'Etat américain et les laboratoires porteraient une très lourde responsabilité. Il serait aisé d'apporter la preuve de la source de la contamination. Aucune compagnie d'assurance n'accepterait de prendre en charge ce risque, et les citoyens.

Il est de la responsabilité morale des scientifiques de s'interroger sur la justification éthique et "l'intérêt social" de conduire ces recherches. Le moratoire sur ce type de recherche sur H5N1 doit être maintenu jusqu'à ce que la communauté scientifique ait eu le temps d'établir des lignes de conduite reconnues par tous les pays, ainsi qu'un consensus sur les conditions matérielles de la poursuite des travaux. Ces recommandations doivent établir les règles minimales de sécurité, et s'appuyer sur un mécanisme de contrôle efficace qui doit être en place avant la levée du moratoire. Parallèlement, une discussion plus large doit s'établir avec les experts de tous les domaines des sciences humaines, et avec le public sur l'opportunité de poursuivre des recherches biomédicales dont le but est de créer des agents potentiellement mortels pour l'homme, et sur les conséquences en cas de succès. Pour obtenir un consensus international, il est indispensable d'élargir le débat. Finalement, la levée prématurée du moratoire, ainsi que le redémarrage des travaux donneront une image désastreuse de la science. Les fondations caritatives, les mécènes privés ainsi que les donateurs individuels, ne comprendront pas. Bien que la proportion de recherche biologique "problématique" ne représente qu'une infime partie, l'ensemble de la recherche biomédicale en souffrira lourdement.
Signataires :
Pr. Patrick Berche, chef de service de microbiologie, Hôpital Necker-Enfants-Malades
Pr. François Bricaire, chef de service d'infectiologie, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière
Axel Kahn, généticien, Institut Cochin.
Simon Wain-Hobson, professeur de virologie à l'Institut Pasteur et membre fondateur de la Foundation for Vaccine Research.

jeudi 26 juillet 2012

La question qui tue !

Les êtres humains peuvent-ils vivre sans armes ? Pour que ce soit possible, il faudrait bel et bien, cette fois, "changer de société". Armes "civiles" et armes militaires obéissent à la même logique stupide :  "Tue pour ne pas être tué". C'est, disait Rudyard Kipling, la loi à laquelle obéit la jungle.

50% des armes vendues dans le monde le sont par les USA. Ce pays s'arc-boute sur le droit de chaque citoyen américain à disposer d'une arme chez soi. La conquête de l'Ouest et le mythe du western font partie de la culture étatsunienne. Sans arme, au XIXe siècle, sans colt, on ne vivait pas longtemps. Avec aussi d'ailleurs.

On a plus coupé de têtes et poings, sur les échafauds, pour se protéger des assassins que n'en ont pu couper les criminels eux-mêmes. Nous sommes-nous demandés si, pour assurer la sécurité des peuples, on n'a pas, ainsi, davantage tué que si les peuples menacés avaient été "sans défense" (comprendre, sans disposer de machines à détruire la vie d'autrui) ? Nous voici réinstallés dans les champs d'Utopie.

Armes privés, armements publics, le prix à payer pour avoir la paix est-il de se trouver à la merci de fous ou de dictateurs ? La libre circulation des armes, la possibilité de les acquérir sur ce marché (très "juteux"), peu ou pas contrôlé, qu'organisent les producteurs, commerçants et autres diffuseurs de mort, a pour résultats des drames privés, des meurtres collectifs comme il en est arrivé en Norvège, voici un an, ou aux États-Unis, dans le Colorado, il y a peu.

Mais il y a pire, si l'on se livre à l'affreuse comptabilité des victimes : les guerres permanentes, constamment condamnées par le Conseil de sécurité, sont approvisionnées en armes toujours plus sophistiquées et "efficaces", produites à 80% par quelques-uns des États siégeant au sein de ce Conseil dit de "sécurité" ! "Est-ce ainsi que les hommes vivent" chantait le poète.

Qu'on ne puisse, à moins de passer pour un inconscient doublé d'un irresponsable, affirmer que l'on en est parvenu à un point où le savoir-faire des ingénieurs de l'armement, quel que soient ceux qui les instrumentalisent, produit plus de destructions, de malheurs et de souffrances que n'en peuvent commettre des agresseurs, individuels ou collectifs, nous semble interpeller toute société se voulant civilisée.

Il y a davantage de "chair à canons" disponible depuis qu'a été largement franchie la barre des cinq milliards de Terriens. Dans le même temps, la capacité d'éradication de l'humanité, en tout ou parties, n'a jamais été aussi grande. Nous vivons, les yeux fermés, pour ne pas être dominés par nos peurs, avec cette effarante nouveauté historique devant nous. Pouvons-nous continuer, au XXIe siècle, à rester enfermés dans cette fausse évidence : "si tu veux la paix, prépare la guerre" ? En 2012, préparer la guerre, c'est, plus qu'à toute autre époque, se préparer à la faire.

Et la voici, la question qui tue : si l'humanité ne sort pas de cet engrenage qu'elle a si bien conçu, technologiquement, ne va-t-elle pas s'y trouver broyée ?


Nous avons la tête dans le mur...

Les défilés militaires (au passage, relevons que de tels hommages rendus aux Armées est, en général, une spécificité des régimes totalitaires).  En France, chaque 14 juillet, la commémoration de la Révolution est confiée à nos régiments qui étalent leur puissance de feu et nous, citoyens aveuglés, nous battons des mains en allant, sur les Champs-Élysées "voir et complimenter l'armée français-ai-se".

Rappelons que, selon la mythologie, " les Champs-Élysées ou simplement l’Élysée sont le lieu des Enfers où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort". En sommes-nous encore  à l'Iliade, l'Odyssée et l'Énéide dont la grandeur des héros se situe dans leur vaillance au combat, qu'ils l'emportent ou qu'ils succombent ? Même Ulysse le subtil, qui échappe à mille morts, est un guerrier extraordinaire ajoutant l'intelligence à la force. Seulement, voilà : chez les Grecs on se tuait un par un, tandis qu'en Syrie, comme au siècle dernier, en Europe, en Afrique, en Asie, on tue ou on a tué par cent, par mille, par millions. On ne se tue plus principalement entre militaires ; on élimine des populations civiles plus qu'on ne tue de soldats.

Depuis Hiroshima, on est passé à la guerre totale faite à l'aide de bombes qui n'ont pas eu d'équivalent dans l'histoire et qui, déjà, sont "dépassées"tant est grande notre science et notre industrie de fin du monde. Et puis les entreprises de mort sont devenues des entreprises "comme les autres". Ce qu'on produit et ce qu'on vend doit être proposé, expérimenté, consommé, remplacé... C'est la loi du marché.

Loi du marché, loi de la jungle, c'est tout un. C'est la loi du plus fort. La loi des armes, que ce soit dans un quartier de malfrats ou dans les usines d'armement de M. Dassault, c'est la loi de la mort..

Oui, assurément, nous avons franchi un seuil quantitatif qui engendre une mutation qualitative sans aucun précédent. Et même si nous devions passer pour des "défaitistes", nous osons dire que, faute de changer de société, c'en sera bientôt fait de toute civilisation.

Ce qui serait alors la Défaite absolue.

Que faire d'autre  dans ces conditions, que de résister à cette chute de toutes les fibres de nos êtres ?


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 4 juillet 2012

Changer la société ou changer de société ?



« Le changement, c'est maintenant ». Soit. Mais quel changement ?

Changer la société est un objectif acceptable, s'il s'agit, comme l'annonce le nouveau gouvernement de la France, d'établir (plus que rétablir !) une plus grande justice entre les citoyens et, comme en 1789, d'abolir les privilèges.

Ce n'est pas la première fois que des intentions vertueuses ont été affichées. La société dans laquelle nous vivons absorbe toutes les velléités de changement, les détourne, et nous nous retrouvons, tôt ou tard, sous la domination de ceux qui ne possèdent pas que des revenus indécents et qui exercent sur les serviteurs de l'État des influences décisives.

On objectera qu'en nombre de pays, sur notre étroite planète, on en est encore à chercher comment vivre en société. Changer la société ou changer de société deviendrait, alors, une interrogation d'occidentaux qui ne sont jamais contents de ce qui est à leur portée.

Il est nécessaire d'échapper à toutes ces fausses logiques qui conduisent à la même conclusion : on ne peut changer l'organisation économique et sociale des sociétés modernes qu'à la marge. Depuis que la baronne Hilda, Margaret Thatcher l'a proclamé, nombre de responsables politiques ont admis « qu'il n'y a pas d'alternative ».

There is no alternative (TINA), formule magique depuis trente ans, est devenu un credo libéral auquel aucun parti politique en charge des pouvoirs n'a, jusqu'ici, échappé. C'est ainsi que se vend, actuellement, une doxa à laquelle les victimes de politiques brutales finissent par se résigner : ce sera ou l'austérité ou la ruine ! (étant sous entendu que le refus de l'austérité, de la rigueur, des restrictions, conduisant à l'effondrement économique, il faut ruiner une partie de sa population -évidemment, toujours la même- pour ne pas ruiner le pays) .

Si l'on ne sort de l'épure, si l'on ne prend pas ses distances avec la plupart des discours distillés par les médias, on ne changera pas davantage la société que François Mitterrand et ses ministres n'ont pu « changer la vie », comme l'annonçait le titre du programme du Parti socialiste dans les années 1970.


La peur de l'utopie nous est constamment présente. Il nous est rappelé sans cesse qu'à vouloir le mieux on peut obtenir le pire et la désastreuse expérience soviétique continue de faire figure d'épouvantail géant. Mieux vaudrait un capitalisme régulé qu'un totalitarisme sanglant. Mais la question se pose-t-elle encore ainsi : il n'y aurait de démocratie que là où l'emporte la liberté et la liberté d'entreprendre fait la richesse des États. TINA se porte bien et l'échec politique de Mme Thatcher (elle serait allée trop loin) n'a pas remis en cause la diffusion planétaire de ses idées largement partagées par Donald Reagan et ses successeurs parmi lesquels David Cameron, Nicolas Sarkozy et même Angela Merkel.

Il faudrait à l'Europe une Margaret Thatcher, entend-on dire. Bigre ! L'Europe sociale n'est déjà plus qu'un souvenir et l'Europe libérale, celle que les Français craignaient et repoussaient avec le non au referendum de 2005, est bel et bien installée. Si Europe fédérale il devait y avoir, ce ne serait, actuellement, qu'une centralisation des politiques économiques et nullement le partage des responsabilités politiques entre les 28 États et d'autres encore.

Que penser, alors de ce constat désespérant qui ne peut que conduire, inéluctablement, qu'à une succession de violences. Quand la misère s'étale montent les révoltes. Et puisque que l'on ne changera pas la société ; il faut changer de société. Où est la différence ? Ce n'est pas un mot de deux lettres qui fait penser autrement. Il s'agit de comprendre que dire « changer la société » la pérennise, même si elle peut présenter de nouveaux visages. Dire « changer de société » sous-entend qu'il n'est pas qu'un seul modèle d'organisation politique et surtout que, comme en 1789, (où l'on avait conçu, en France, que la monarchie était devenue obsolète), il est peut-être temps de convenir que la société ultra libérale, inégalitaire et hostile au partage est elle aussi devenue obsoplète.

On objectera encore que ce constat est fait depuis bien longtemps : liberté, égalité, fraternité est devenu une devise dont le contenu a été vidé. La liberté est une valeur désormais confisquée qui ne concerne que les nantis, lesquels exposent leurs richesse et leur pouvoir sans vergogne. Seulement voilà : vivre, bientôt, à neuf milliards sur Terre est impossible sans laïcité, sans partage et sans solidarité, autrement dit sans acceptation de nos diversités, sans juste répartition des biens produits (sans nuire à la planète), et sans un abandon de notre ethnocentrisme occidental.

Voilà qui devient plus délicat : changer la société (occidentale) n'y pourra suffire. Il va falloir nous faire une tête capable d'inventer un changement de société qui nous fait très peur. Faut-il lâcher la proie pour l'ombre ? Nous pouvions, jadis, sourire des « citoyens du monde » qui rêvaient d'une société planétaire unifiée. À présent, sans commettre l'erreur de préconiser un gouvernement mondial (qui ne tarderait pas à rénover le totalitarisme en l'étendant à la planète entière), il ne peut plus être question de voir chaque pays continuer à s'organiser en État-nation coupé du reste du monde.

La démocratie n'est pas plus liée à l'État-nation, qu'elle n'est liée au capitalisme. Vivre en réseaux dans la responsabilité coopérative devient une nécessité vitale. On ne pouvait, par le passé, qu'améliorer la société où nous vivions. Nous découvrons que, sans changer de société, nous nous résignerions à laisser se décomposer l'espèce humaine, trop maltraitée et trop fragilisée. Penser cette nouvelle politique et commencer à la mettre en œuvre avant même d'avoir tout maîtrisé est aussi risqué que de laisser perdurer ce qui nous entraine vers l'échec généralisé.

Résistances et changements se veut un blog où l'on ne craint pas de poser les questions qui dérangent, y compris celles qui nous dérangent nous-mêmes, car nous ne sommes pas à l'abri de l'erreur. Le pire serait de ne vouloir courir aucun risque. Nous prenons celui de dire : il ne faut pas changer la vie ou la société (nul n'a les clefs de l'avenir) mais il faut changer de vie ou de société (ce qui commence tout de suite).


La société de consommation, de domination, d'exploitation n'est pas la nôtre. Que des hommes se livrent à la destruction de tout ce qui fait obstacle à leur pouvoirs, grands ou petits, constitue une réalité qui laisse pantois ceux qui ne croient pas à la méchanceté innée de certains de nos compagnons d'existence. C'est de ce monde de cruauté qu'il faut tenter de sortir. À ceux qui croient cette prétention stupide ou hors de portée, nous répondons : que faire d'autre ?  

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran