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mardi 25 octobre 2011

Nécessaire et pas suffisant

Comment ne pas se féliciter de l'initiative prise par les cosignataires du texte ci-dessous, paru dans le journal Le Monde, et qui contient un appel à ceux qui vont solliciter nos suffrages, dans un contexte politico-économique particulièrement dur aux citoyens modestes ?

Nous approuvons et soutenons. Il faut que cela soit dit. Et pourtant, nous savons que cela ne peut suffire ! Une doxa s'est emparé de nos cerveaux et nous tolérons l'intolérable.

Quelle est cette doxa ? Ce sont les discours sur l'obligation de faire payer aux pauvres les dettes contractées par les riches. Ce sont les affirmations selon lesquelles une croissance faible ne peut que conduire à la misère. Ce sont les leçons de démocratie données au monde entier par ceux-là même qui trompent les électeurs pour conserver le pouvoir qui leur reste et qui pourtant leur fuit entre les doigts. Ce sont les oublis constants, volontaires, scandaleux, qui font passer aux oubliettes les questions majeures relatives aux menaces écologiques pesant sur les habitants de notre planète. Ce sont les torrents de boue qui salissent chacun de nous en débordant des officines de luxe pour remplir nos gazettes. Ce sont les envahissements publicitaires qui, loin de régresser en période de moindre consommation, nous sont imposés et nous font vivre dans une société que nous ne voulons pas. C'est, enfin, l'extrême prudence avec laquelle on désigne les causes de la situation dans laquelle nous voici plongés et qui sont tout entières contenues dans le système économico-financier qui paralyse la démocratie politique : le capitalisme puisqu'il faut l'appeler par son nom.

Non, parler ainsi ne relève pas de l'on ne sait quel gauchisme. C'est ce que l'on veut nous faire croire, à gauche comme à droite ! Nous sommes bien au-delà de clivages d'un autre temps. ce dont il est question c'est du droit des citoyens à s'occuper de leurs propres affaires car il n'y a pas de démocratie politique sans démocratie é
conomique. Sans société de partage l'avenir est bouché, sombre et l'orage y menace.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran.

"La peste puisqu'il faut l'appeler par son nom
Faisait aux animaux la guerre"
Jean de La Fontaine

"... On le lui fit bien voir"
Serions-nous des ânes ?

Face aux crises, nous proposons un Pacte pour les droits et la citoyenneté

Rêvons. Après tout, nous sommes en période électorale. Rêvons donc d'une France où les droits sociaux, les valeurs du travail ne soient pas en permanence mis en balance avec les valeurs du Cac 40. D'une France où les services publics soient modernisés et résolument mis au service des populations. D'une France où la population respecte sa police, qui la respecte, au lieu de la craindre, et fasse confiance à une justice enfin dégagée du poids de l'exécutif. D'une France où pour les femmes s'ouvre la voie des responsabilités électives par une application combinée de la parité et l'interdiction du cumul des mandats. D'une France, dans laquelle un ministre qui "déraperait" du côté du racisme serait immédiatement démissionnaire et sujet à poursuites. D'une France où tout résident étranger aurait le droit de vote aux élections locales. D'une France où chacun et chacune aurait au-dessus de lui un toit, puisque c'est un droit. D'une France enfin qui croit en l'éducation et porte au plus haut l'intérêt supérieur de l'enfant.

Cette France-là ne vivrait pas au rythme des affaires et sous le poids d'une règle d'or, dont l'or est la seule règle. Cette France-là serait solide de ses solidarités, entre territoires comme entre générations ; elle serait forte de l'implication civique de ses habitants, de ses outils de solidarité dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la famille… Le logement n'y serait pas à la rue et les salariés y bénéficieraient d'un statut et de droits attachés à leurs personnes et non à leur poste de travail…

Le pays des Bisounours ? Non, simplement une société ayant choisi de rompre avec la fragmentation sociale et les inégalités, la mise en concurrence de tous avec tous, la xénophobie d'Etat, le mépris de l'intérêt général… Toutes choses qui, si nous laissions faire, seraient appelées à s'amplifier, avec leurs corollaires obligés que sont la surveillance et le sécuritaire.

Alors que la planète menace d'exploser pour cause de toxicité financière, notre gouvernement n'affiche que deux priorités : remporter les prochaines élections, pousser le plus loin possible sa politique d'austérité. Epineuse équation ! D'où la désignation de boucs émissaires, d'où la promesse de toujours plus de places de prisons, d'où la concentration des pouvoirs et la leçon de morale aux démunis, d'autant moins bienvenue que l'actualité ne bruit que "d'affaires" aux relents de corruption.

Dans ce contexte délétère, et alors que sont devant nous d'importants rendez-vous électoraux, l'ampleur même des crises en cours impose de réhabiliter les fondements mêmes de la République, de refonder l'égalité des citoyens entre eux, de faire vivre la liberté, la fraternité.

C'est pourquoi nous proposons un Pacte pour les droits et la citoyenneté. Il est temps de penser autrement, de faire autrement, d'ouvrir des perspectives nouvelles. Contre les règles d'or de la finance souveraine, nous choisissons l'espoir ; face aux défis posés par les crises financières, économiques, sociales et écologiques, nous misons sur la démocratie.

Le Pacte pour les droits et la citoyenneté résulte de ce choix. Signé par cinquante organisations syndicales et associatives, il porte ces valeurs et les illustre par nombre de propositions concrètes, que nous inscrivons au débat public. Elles concernent la démocratie, la protection de la vie privée et des données personnelles, les droits et libertés face à la justice, à la police et au système pénitentiaire ; la lutte contre la xénophobie, le racisme, le sexisme et les discriminations, toutes tendent à rendre effectives l'égalité sociale et les solidarités.

Certaines de ces propositions sont immédiatement applicables, comme par exemple l'interdiction du cumul des mandats, ou l'obligation faite aux policiers de délivrer un récépissé à chaque contrôle d'identité. D'autres sont à plus long terme. Toutes nécessitent un engagement clair et fort, car leur mise en œuvre supposera ténacité et détermination.

C'est pourquoi nous entendons interpeller les responsables politiques et les candidats et que nous nous inscrivons dans le débat électoral. Il y va de notre vivre ensemble. Demain se discute aujourd'hui.


Pour les cinquante organisations signataires du Pacte pour les droits et la citoyenneté :

Francine Blanche, responsable nationale de la CGT ;
Victor Colombani, président de l'UNL ;
Annick Coupé, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires ;
Jean-Michel Ducomte, président de la Ligue de l'Enseignement ;
Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU ;
Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE ;
Aminata Koné, secrétaire générale de la CSF Stéphane Maugendre, président du Gisti ;
Patrick Peugeot, président de la Cimade ;
Maya Surduts et Suzy Rojtman, animatrices du CNDF ;
Pascale Taelman, présidente du Syndicat des avocats de France ;
Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature ;
Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l'Homme ;
Aurélie Trouvé, co-présidente d'Attac ;
Emmanuel Zemmour, président de l'Unef.



mercredi 19 octobre 2011

Pour en finir avec toute politique qui oublie ses fins !


Au lendemain de la Journée mondiale du refus la misère, la présentation du film de Caroline Glorion, sur France 3, Joseph l'insoumis, le 18 octobre 2011, (magnifiquement interprété par Jacques Weber, Anouk Grinberg et de nombreux admirables anonymes) a donné lieu, ensuite, à une relance du débat sur charité et politique.
(http://www.atd-quartmonde.fr/?+-Wresinski-+)


Anouk Grinberg dans le camp reconstitué de Noisy le Grand

Joseph Wresinski
[en polonais Józef Wrzesiński], (Angers 12 février 1917 - Méry-sur-Oise 14 février 1988), est un prètre diocésain français, fondateur du Mouvement des droits de l'Homme ATD Quart Monde. Il peut irriter par le culte que certains lui portent. Il n'en est pas moins porteur d'une exigence absolue, reprise, à présent, sur tous les continents : " Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. "
http://www.atd-quartmonde.org/17-octobre-Journee-mondiale-du.html



Au cours du débat, animé par Dominique Taddéi, dans le cadre de l'émission Ce soir ou jamais, à la suite du film, trois attitudes sont apparues. L'une, incarnée par Martin Hirsch, qui consiste à dire que ce n'est pas parce que la lutte contre la misère est politique qu'il faut s'abstenir d'ouvrir son porte-monnaie, surtout quand il est plein. L'autre, représentée par Anouk Grinberg, soulignant que, sans les intéressés eux-mêmes, qui ont des motivations qu'on ne veut pas voir, il n'est pas possible de faire reculer la misère. L'autre enfin, plus classique, défendue par l'ethnologue de l'Université Paris 8, Daniel Terrolle, dénonçait le marché de la pauvreté et le profit qu'on retire y compris de la misère elle-même.
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?page=emission&id_rubrique=1487

Plusieurs intervenants ont établi la comparaison entre la situation des bidonvilles de 1960 et celle des bidonvilles de Rroms dans les années 2010. Il n'en ont pas moins établi que la grande pauvreté n'atteint pas que des étrangers, en France, et en Europe, mais qu'elle s'étend de nouveau, en même temps que la précarité et l'austérité se redéploie !

Le mot charité (que Joseph Wresinski écartait pour qu'on ne l'associe pas à la simple compassion) n'est pas resté longtemps au cœur du débat. C'est un vocable à restaurer. La question est ailleurs.



La vie vaut-elle d'être vécue si c'est au prix de l'exploitation d'une partie de l'humanité ? L'un des plus violents mensonges n'est-il pas que la misère serait inévitable dans toute société secrétant des déséquilibres économiques ? En a-t-on fini avec cette conviction selon laquelle le partage des richesses conduit à un communisme nivelant les valeurs et écrasant les libertés ?

Les Droits de l'Homme sont les droits de tous. Pas des droits théoriques et fictifs, des droits effectifs. Un droit inapplicable n'existe pas. Pire : il donne l'illusion qu'on peut y prétendre alors que la misère l'interdit ! Toute politique se mesure à la façon dont on permet à chaque humain d'accéder à une vie respectable.

Celui qui affirmerait que ce sont là de belles paroles mais que la réalité est toute autre, rendant impossible l'égalité entre les hommes et donc la fraternité elle-même, sous peine de cesser de vivre dans la liberté, celui-là est un criminel qui s'ignore tel !

La philosophie et la politique ne sauraient se coucher devant des contraintes qui justifient l'injustice radicale, celle qui renonce à considérer qu'un homme vaut un homme. Nous estimons - et que nous le rappelle quiconque nous verrait en porte à faux, sur cet essentiel - qu'il n'est aucune autre cause, il n'est aucune autre lutte, il n'est aucune autre politique plus urgentes, plus utiles et plus justes que celle qui vise l'éradication de la misère en prenant appui sur ceux-là même qui en souffrent !



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 10 octobre 2011

Le PS et les sans-papiers : la trahison tranquille

L'article ci-dessous tombe à point nommé. Nous le republions en citant sa source. Il pose la question "qui tue" : est-ce qu'être à gauche, c'est se positionner à gauche sans y rester ?

par Thomas Heams-Ogus, écrivain

LEMONDE.FR, le 07.10.11

Pour l'électeur potentiel qui aura écouté jusqu'au bout le dernier débat en date de la primaire "citoyenne", les dernières minutes eurent un parfum amer. Questionnés sur l'immigration, les candidats ont frappé par leur unanimité : le ou la prochain(e) hôte de l'Elysée exclut désormais toute régularisation massive ; chacun, son coeur en bandoulière, nous promet des critères justes voire "humains" (sic) pour régulariser au cas par cas. Pas un n'envisagea même un simple moratoire sur les expulsions ! Pour qui a suivi l'histoire du PS avec les sans-papiers, cet aveu décomplexé est attendu et pourtant absolument écoeurant. Qu'entend-on en effet, derrière ce bon sens autoproclamé et les bons sentiments qui l'accompagnent ? Que l'immigration est un problème, que les régularisations massives créent un appel d'air, que la crise impose de ne pas crisper les travailleurs français. C'est une triple capitulation face à la droite qui est ainsi benoîtement entérinée.

Acte Un : ainsi donc, l'immigration est problématique. Pas un candidat n'a rappelé que le socialisme est avant tout un internationalisme, qui reconnaît comme fondamental le droit pour un homme d'où qu'il vienne d'aller et venir, et de chercher son émancipation où il le souhaite sur cette planète. Que ce droit théorique se heurte aux réalités de la crise est une chose, qu'il faille trouver des adaptations pragmatiques est évident, mais qu'il ne se trouve pas un candidat sur six pour rappeler que c'est ce principe fondamental qui doit être notre guide en la matière est sidérant. Tout comme l'est, d'ailleurs, leur silence sur les origines occidentales de cette crise. En gros, le monde capitaliste s'autodétruit, et on trouve normal que les pauvres des Suds en payent le prix loin de nos yeux. Les doctrines seraient donc faites pour s'effacer derrière la furie prédatrice des marchés...

Face à cela, les candidats restent dans leur bulle, en reviennent à la théorie des "bonnes questions" auxquelles il ne faut pas apporter de méchantes solutions, et conditionnent donc l'acceptation des étrangers à des critères de "mérite", ou d' "intégration", en un aveuglement doublé d'une charité bâtarde à rebours de toute la tradition politique de solidarité dont ils se rengorgent par ailleurs.

Acte Deux : les régulations massives entraînent un appel d'air. Voilà donc l'adoubement d'une autre approximation que la gauche a longtemps tenu à distance respectable. Qu'un effet d'aubaine existe marginalement lors d'un tel processus n'est pas exclu bien sûr, mais on croyait que le logiciel socialiste savait se souvenir que les logiques migratoires sont beaucoup plus complexes. Que notamment, des régions de pauvretés équivalente peuvent être ou non des bassins d'émigration pour des raisons aussi culturelles et historiques, que l'essentiel des migrations se font du Sud vers le Sud, que si les hommes couraient vers la richesse comme vers un aimant, notre continent serait depuis longtemps submergé. Et que donc, l'"appel d'air" dénomination injurieuse qui prend les hommes pour des molécules, était en grande partie un fantasme. De cela, il ne reste rien dans le discours de nos candidats.

Acte Trois, le plus répugnant. Sous prétexte de ne pas exciter les pulsions xénophobes des travailleurs français (des imbéciles supposés, faut-il croire), on devrait accepter les simplifications que les populistes de droite propagent, et notamment avaliser le lien entre chômage et immigration que fait depuis des années le Front National, et son faux nez à l'UMP, la Droite Populaire. Cette position pleutre est d'ailleurs aussi au centre du sarkozysme : combien de fois a-t-on entendu le président de la République expliquer doctement que face à des masses déboussolées et furieuses, la seule réponse possible était "la fermeté", parfaitement incantatoire, et négatrice de tout travail patient d'exposition de la complexité des phénomènes migratoires. Faut-il donc que la gauche y succombe ? Qu'on ne s'y trompe pas : même avec des nuances et des trémolos dans la voix, accepter par pragmatisme d'opposer un prolétariat national à un sous-prolétariat immigré, ne plus chercher à dénoncer cette ignominie, est un reniement majeur que les socialistes demandent à leurs électeurs de valider.

Doit-on s'en étonner d'ailleurs, au vu du long travail de décomposition des partis politiques que cette primaire parachève ? Se souvient-on de Lionel Jospin qui, dans les derniers feux de la campagne de 1997, promit de régulariser tous les sans-papiers pour finalement, lui aussi, céder aux composantes autoritaires de sa fragile majorité plurielle ? Ingrate gauche de gouvernement, oublieuse des mouvements de solidarité avec les sans-papiers de 1996, qui avaient remobilisé et réarmé la gauche des rues, et à qui elle devait en grande partie sa victoire. Donnons-lui acte en 2011 de ne même plus faire semblant de croire à ces principes... Cet abandon en rase campagne, sous la pression d'une supposée "opinion", ne pouvait que se trouver amplifié par la mécanique des primaires, où le Parti Socialiste (et ses futurs imitateurs), perd toute capacité d'impulsion, de transformation, d'éclairage, mais se transforme en réceptacle des demandes putatives d'un peuple considéré comme intellectuellement limité, demandes tamisées par les éditorialistes de plateau et les prophéties autoréalisatrices des sondages qui façonnent les agendas médiatiques et politiques.

Est-il devenu impossible que le PS retrouve un peu de courage et d'honneur, et ne rappelle que l'immigration est une chance et un besoin ? Doit-il laisser cette approche aux seuls ultralibéraux ? Refusera-t-il désormais de dire que si l'immigration a, certes, besoin de contrôle, pour doucher les rêves esclavagistes délirants des apôtres du libre-échangisme et du démantèlement des droits sociaux, ce contrôle passe par le co-développement, par la reconnaissance de la dette que notre pays a envers les hommes de toutes nations qui l'ont reconstruit au détriment de leur propre vie ?

Refusera-t-il désormais de reconnaître que notre richesse insolente s'est longtemps bâtie sur l'exploitation des Suds ? Oubliera-t-il pour toujours qu'une politique de migrations temporaires est possible, autorisant allers et retours, pour ne pas piéger en France des hommes dont le but initial n'est pas de s'y installer ? Qu'une régularisation massive, chaque décennie par exemple, n'est ni une menace numérique ni un péril identitaire si notre pays sait ouvrir les yeux sur la pluralité de son héritage culturel, et qu'elle apporterait de la sécurité aux bénéficiaires et donc à la société ? Que nos voisins européens qui l'ont fait n'ont pas été engloutis ?

Peut-être que tout cela est écrit, quelque part en tout petit, dans le programme et les plaquettes des candidats. Mais le débat du 28 septembre permit de faire surgir et de condenser, en quelques mots, l'esprit de leur logique, le message à retenir, et c'est cela le cœur du problème. Il faut le dire : cette position est une trahison de tous les travailleurs sans-papiers, de leur familles et de leurs soutiens.

Reste à espérer que la longue campagne qui s'ouvre suscite d'autres voix, d'autres rapports de force, pour infléchir cette tendance et mettre fin aux oppositions mortifères entre les classes laborieuses de ce pays.

***
La peur de l'échec électoral conduit, en effet à bien des trahisons. Le discours le plus "à gauche" peut dissimuler l'abandon de ses propres raisons d'agir ! (Rappelons-nous les discours rouge sang de Guy Mollet !) Au moment où "les primaires PS" connaissent un franc succès, on peut relever, en effet, que ceux qui veulent chasser Sarkozy n'y parviendront pas en se montrant aussi "libéraux" que lui !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


samedi 8 octobre 2011

Quelques nouvelles du Front - 1

L'insupportable suspense de la banque Dexia continue !

En juillet 2011, il y a seulement 2 mois, la banque Dexia avait passé, avec succès, les fameux stress tests et l'on nous jurait alors qu'elle était en bonne santé.

Alors, au choix, ou la crise s'emballe ou on se fout de … Comme vous voulez.

La banque Dexia est au système bancaire ce que la Grèce est à l'Europe, la mèche lente de la bombe qui fera exploser le système bancaire, comme la Grèce fera exploser l'Europe. La BCE, dirigée par M. Trichet, voulait mettre la main à la poche pour aider les banques françaises, mais l'Allemagne s'y est opposée.

A qui le tour maintenant ! À la Société Générale ? À la BNP ? Au Crédit Agricole ? À une banque portugaise, ou espagnole …?

Nous sommes dans un cercle infernal. Trop endettés, nous devons tout de même soutenir notre système bancaire pour éviter qu'il ne s'effondre, alors, nous nous endettons de nouveau auprès des banques que nous devons soutenir et qui nous mettent en demeure de rembourser rapidement ou qui nous sanctionnent en nous supprimant un A, comme pour les andouillettes ! Logique absurde qui nous conduit à la faillite collective.

Et pendant ce temps, assis, comme nous, sur la bombe, nos gouvernants, ceux qui sont au pouvoir, ou ceux qui postulent, font les petits singes. Ils se cachent les yeux, les oreilles et la bouche, pour ne rien voir, ne rien entendre et surtout ne rien dire.

De toute façon, pas d'inquiétude, c'est nous qui paierons !

Une autre nouvelle : rappelez-vous, le dernier candidat à la magistrature suprême, nous avait promis, pendant sa campagne, de diminuer la pression fiscale et sociale. Eh bien, là aussi, c'est raté : impôts et cotisations sociales n'ont cessé d'augmenter, (42,5 % du PIB en 2010, 44,5 % en 2012), creusant, encore plus, les inégalités sociales.

On vérifie ici la vérité de l'adage « que les promesses n'engagent que ceux qui y croient ».

Dernière nouvelle : Après n'avoir pas réussi à s’accorder sur l’avenir du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD), la Commission européenne a proposé, le jeudi 6 octobre, de suspendre le versement des aides communautaires aux régions les plus pauvres et aux citoyens en difficultés, pour obliger les gouvernements à maîtriser leurs comptes publics, suscitant, tout de même, un tollé de protestations. Cette proposition avait été préconisée par le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel.

Vraiment quels salauds ces pauvres !


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



vendredi 7 octobre 2011

Dexia : le contribuable repasse à la caisse

Nos amis d'ATTAC s'offusquent ! Nous aussi. Les banques font des affaires ou ratent leur coup. Et, quand ça craque, c'est le contribuable qui doit boucher les trous ! Si "recapitaliser" veut dire : verser au pot, même s'il est sans fond (et sans fonds), cela signifie que le privé pompe le public. C'est non seulement intolérable, cela doit mener devant le Tribunal les responsables de ces malversations. Quant à payer, que les gouvernants qui en prendraient la responsabilité en subissent les conséquences.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



La banque franco-belge Dexia est en situation de faillite, les gouvernements français et belges ont apporté en urgence leurs garanties aux dépôts et organisent la disparition de la banque. Dexia avait pourtant brillamment réussi l’épreuve des stress tests en juillet. Avec son ratio de 11 % de fonds propres elle semblait être bien capitalisée. Dés lors quelle valeur accorder aux propos lénifiants du Premier ministre sur la santé des banques françaises si une banque de cette importance peut s’effondrer du jour au lende
main ? Quelle est la situation réelle de nos banques ?

Le parcours de Dexia illustre les turpitudes du néolibéralisme bancaire et les errements de l’Etat. Jusqu’à la fin des années 80, le Crédit Local de France, partie intégrante du secteur public car alors filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), assurait en toute sécurité les crédits aux collectivités locales. Sa privatisation et son entrée en Bourse , puis la fusion avec le Crédit Communal de Belgique belge pour former Dexia en 1996, ont ouvert la voie à une recherche frénétique de profits dans des opérations hasardeuses. Dexia n’a raté ni les subprimes américains, ni la spéculation sur les produits dérivés, ni l’arnaque des prêts « toxiques » aux collectivités locales. En septembre 2008, pris dans la tourmente des subprimes, le groupe a été sauvé in extremis par les gouvernements français et belges qui ont allongé plus de 6 milliards d’euros. Sauvetage sans conditions au seul profit des actionnaires, qui ont continué à engrangé les profits, alors que les actifs douteux ont été maintenus au bilan et se sont accrus de 23 milliards euros, qui sont autant de dettes publiques pour les États européens. Aujourd’hui sauvetage acte 2, dont le prix pour le contribuable risque d’être salé.



Le problème central est le devenir des actifs de Dexia dont une grande partie est suspectée d’être toxique. Le gouvernement ne voulant pas faire apparaitre un accroissement de la dette publique, demande à la Banque Postale et à la CDC d’entrer dans la danse en les alléchant avec l’activité prêt aux collectivités locales. Mais ni la Banque postale, ni surtout la CDC, déjà sollicitée en 2008 par l’État pour acheter des actions de Dexia à 9,90 euros qui valent aujourd’hui moins d’un euro, ne veulent devenir une bad bank. Celles-ci réclament une garantie de l’État, qui sera appelé à éponger les pertes.

Cette situation est directement liée à l’irresponsabilité de l'État français, qui suite à la crise de 2008 a renfloué de façon spectaculaire les principaux groupes bancaires sans jamais exiger en contrepartie de droit de regard sur leurs affaires. Dexia – et bien d’autres – ont pu continuer leurs pratiques à hauts risques, sachant que l’État – et les contribuables – seront toujours là pour éponger les pertes. Nous n'avons donc ni droit de regard, ni droit de cité dans les affaires bancaires, alors même que nous assumons leurs faillites. Les banques et leur gestion doivent être l'affaire de tous. Aussi, Attac et Les Amis de la Terre ont lancé au printemps une interpellation citoyenne des banques. Partout en France, les agences bancaires se sont vues remettre des questionnaires leur demandant de rendre des comptes précis sur les principaux aspects de leurs activités. De ces réponses, nous avons tiré un rapport d'analyse, que nous publierons à la fin du mois. Politiques de crédit aveugles, gestion humaine catastrophique, irresponsabilité environnementale, absence de démocratie interne, ce que nous y découvrons du monde bancaire permet de confirmer l’idée que seule une mise sous contrôle des banques par l’État et les citoyens peut résoudre l’ampleur de la crise actuelle.

Le 15 octobre, dans le cadre des actions du mouvement des indignés, nous invitons tous nos comités locaux et adhérent-e-s à agir, à montrer leur indignation, de manière unitaire, en dénonçant les banques et le déni de démocratie que représente la soumission des politiques aux intérêts financiers fauteurs de crise.

Attac France,
Paris, le 7 octobre 2011

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. »

Thomas Jefferson , 3e Président des États-Unis, 1802