Tout change, mais rien ne meurt. OVIDE (resistancesetchangements@gmail.com)
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samedi 1 janvier 2011
Bonne année de résistance
jeudi 30 décembre 2010
Les vœux de Stéphane Hessel
S'il ne suffit pas de s'indigner, il est digne et efficace de le faire, surtout quand c'est un homme de cette trempe qui nous appelle à la Résistance. Puisse Stéphane Hessel traverser 2011 avec nous. Nous avons besoin de lui vivant !
Mes chers compatriotes,
La première décennie de notre siècle s'achève aujourd'hui sur un échec. Un échec pénible pour la France ; un échec grave pour l'Europe ; un échec inquiétant pour la société mondiale.
Souvenez-vous des objectifs du millénaire pour le développement, proclamés en 2000 par la Conférence mondiale des Nations Unies. On se proposait de diviser par deux en quinze ans le nombre des pauvres dans le monde. A la même date, on entamait une nouvelle négociation pour mettre un terme au conflit vieux de trente ans du Proche Orient – les Palestiniens auraient droit à un État sous deux ans. Échec sur toute la ligne! Une plus équitable répartition entre tous des biens communs essentiels que sont l'eau, l'air la terre et la lumière? Elle a plutôt régressé, avec plus de très riches et plus de très très pauvres que jamais.
Les motifs d'indignation sont donc nombreux. Ce petit livre Indignez-vous! – qui a eu un extraordinaire succès auprès des parents, et plus encore de leurs enfants, auxquels il s'adresse –, c'est quelque chose qui me touche profondément. De quoi faut-il donc que ces jeunes s'indignent aujourd'hui? Je dirais d'abord de la complicité entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques et financiers. Ceux-ci bien organisés sur le plan mondial pour satisfaire la cupidité et l'avidité de quelques-uns de leurs dirigeants ; ceux-là divisés et incapables de s'entendre pour maîtriser l'économie au bénéfice des peuples, même s'ils ont à leur disposition la première organisation vraiment mondiale de l'histoire, ces Nations-Unies auxquelles pourraient être confiées d'un commun accord l'autorité et les forces nécessaires pour porter remède à ce qui va mal.
Au moins nous reste-t-il une conquête démocratique essentielle, résultant de deux siècles de lutte citoyenne. Elle nous permet de revendiquer le droit de choisir pour nous diriger des femmes et des hommes ayant une vision claire et enthousiasmante de ce que la deuxième décennie qui s'ouvre demain peut et doit obtenir. Voilà la tâche que je propose à tous ceux qui m'écoutent. Qu'ils prennent appui sur les auteurs courageux qui se sont exprimés ces derniers mois, sur Susan George et son beau livre Leurs crises, nos solutions, sur Edgar Morin et son dernier tome L'Ethique, sur Claude Alphandéry et ses propositions pour une économie sociale et solidaire. Avec eux, nous savons ce qu'il est possible d'obtenir.
N'attendons pas. Résistons à un président dont les vœux ne sont plus crédibles.
Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister!
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran
mardi 28 décembre 2010
Les faux choix
Il n'est question, désormais, que de l'élection de 2012 et des chances de Nicolas Sarkozy de reconquérir l'opinion ! Mais, déjà, les médias ne s'en tiennent qu'à trois acteurs, ceux qui pourraient trouver dans les urnes de quoi figurer au second tour : le sortant, DSK, et Marine Le Pen la-fille-de-son-père, celui qui, troubla le jeu en 2002. Les autres n'existent guère.
Car la messe est dite : seuls les tenants du système économico-politique établi sont crédibles ! Ce qui peut perturber le choix entre le capitalisme libéral et le social capitalisme, c'est... le nationalisme. L'ingrédient qui peut saler la soupe occidentale, en France, c'est la dose de mondialisation.
Sarkozy en veut moins que DSK par opportunisme politicien : les Français regimbent quand on veut leur faire accroire que l'économie française ne dépend plus que de "l'étranger". Dans toute l'Europe, la résistance à une politique qui échapperait définitivement aux États-nations peut interdire le succès de celui qui ne ferait pas semblant d'être le champion de la cause nationale.
DSK est censé représenter la compétence financière internationale dont la France a besoin. L'impopularité de l'actuel Président aidant, et la fonction d'alternance structurelle du PS font le reste. Coureur de jupons ou pas, proche des milieux sionistes ou non, DSK ne déplait pas et il fait actuellement figure de favori.
Quant à Marine Le Pen, elle n'a qu'une carte a jouer mais quelle carte : elle peut utiliser 10 à 20% de l'électorat pour faire ou défaire un roi ! Son aversion pour celui qui a pillé le nid frontiste lui fera-t-elle choisir de laisser passer le prétendu socialiste pour attendre son tour quand DSK aura lui aussi déçu ?
Tel est le jeu politicien auquel se livreront les commentateurs, analystes et fabricants de sondages. Et sauf événement nouveau, nous n'en sortirons pas au point que la foule des aspirants à la candidature préférée des Français n'auront plus que des miettes à ramasser qui iront rejoindre, in fine, les creusets de "gauche" et de "droite" où se fondent les voix, lors de la confrontation finale.
Sauf que plusieurs éléments ne se fondront pas dans la soupe et que la température du breuvage à faire avaler aux citoyens pourrait bien s'élever de plusieurs degrés !
Quels éléments :
• le doute des électeurs sur l'opportunité d'attendre un changement de cette situation sans issue (2007 a été le dernier mensonge avalé par ceux qui espéraient profiter avec les profiteurs !).
• la probabilité d'une nouvelle flambée de la crise économique et financière, les mêmes causes produisant les mêmes effets (mais là, nul ne sait quand les nouvelles "bulles" vont crever !).
• les manifestations surtout d'un désordre écologique aux effets lents mais surpuissants qui peuvent bouleverser toutes les donnes politiques (compte tenu des conséquences planétaires climatiques et énergétiques des économies "libres", c'est-à-dire s'interdisant toute limite).
Qu'est-ce qui rendrait la température de la boisson politique trop chaude, la rendant imbuvable :
• les Français ont une revanche sociale à prendre et le camouflet de la politique des retraites peut se payer. (Il est impossible de croire que toutes ces actions de masse n'auront eu aucun effet !)
• la rigueur sélective infligée, dans toute l'Europe, aux plus modestes des citoyens, peut déboucher sur une véritable "jacquerie" moderne avec, de surcroît, au printemps, une manifestation d'internationalisme inédite. (L'Europe est en péril et elle n'en sortira pas sans un moins ou un plus d'Europe politique)
• le mouvement écologiste, qui ne cesse d'hésiter entre le réalisme des alliances et l'autonomie de la nouveauté radicale, peut servir de refuge aux insatisfactions avant de devenir, une bonne fois, une alternative crédible. (Les Verts et Europe-Écologie ne sont que des formes qui ne peuvent contenir ce mouvement dans toute son ampleur : des décroissants jusqu'aux "écosophes" de toutes obédiences !).
Il est temps d'échapper aux faux choix.
dimanche 26 décembre 2010
Noël, et après ? Choisissons le présent.
Jean-François Coffin, dans Médiapart, constate qu'il n'y a pas grand chose à espérer dans le contexte politique actuel. Du coup, contrairement à Stéphane Hessel, il refuse de s'indigner. Les mots, encore les mots sont devenus impuissants. C'est... son message de Noël, un message révélateur d'une désespérance croissante.
Stéphane Hessel agace Jean-François Coffin parce qu'il donne à penser qu'on peut encore agir, y compris avec des mots. Que fait d'autre ? Jean-François Coffin s'indigne qu'on pense qu'il suffise de s'indigner ?
Il faut lire ce cri paru sur Médiapart. Nous le reproduisons. Mais il faut le contester ! Il est ambigu. Remplacer "Indignez vous" par "Résignez vous" (car cela revient à ça), n'est pas lucide mais destructeur. Stéphane Hessel préfère mourir debout. Il n'est pas naïf et il a raison ! On ne peut lui reprocher de vouloir mobiliser les énergies. Est-ce avec un livre qu'on le peut ? Est-ce avec ce message-là qu'on y parviendra ? C'est une autre question. Du reste nul n'est obligé de lire Stéphane Hessel...
Résistances et Changements cherche les voies qui font sortir de cette nuit politique où tout est "devenu possible" y compris le pire. Mais le pire n'est pas sûr et le penser, c'est la mort ! Se suicider, c'est exactement ce qu'espèrent ceux qu'exaspère notre volonté de changement !
À moins de se réfugier, à 10 000 kilomètres d'ici, sur l'îlot océanien de la République acratique de M'Tsamboro. Fuir ou désespérer, c'est toujours renoncer. Ce n'est pas notre choix.
http://www.republiqueacratique.org/default.html
Indignez-vous... et après?
Nous sommes quotidiennement des milliers à nous indigner sur Médiapart et ailleurs.
Nous sommes quotidiennement des milliers à penser, écrire, échanger à partir d'une actualité qui déborde de motifs d'indignation.
Nous sommes jour après jour des milliers à nous interroger sur le sens même de la révolte, de l'indignation.
Nous assistons à la déliquescence de tout ce qui pouvait à un moment donné, il n'y a pas très longtemps encore, apporter l'espoir d'un changement, d'une rénovation des pensées et des actions politiques.
Il ne nous a pas fallu attendre Stéphane Hessel pour témoigner de nos indignations, pour rendre compte de nos petites expériences de vie qui valent, conjointes, celles d'un seul homme.
Nous sommes tous des citoyens éclairés, attentifs au monde, soucieux de maintenir en veille notre pensée, notre volonté de comprendre, nos espoirs de pouvoir un jour témoigner d'un changement dont la perspective s'éloigne jour après jour.
Comme les générations précédentes, nous sommes conviés à faire le deuil de possibles devenus illusions au gré de la volonté d'une minorité soucieuse de continuer à partager seule les fruits du cynisme et de cette « barbarie douce » à laquelle nous ne nous sommes que partiellement accoutumés comme en témoignent nos échanges.
Je n'achèterai pas le livre de Stéphane Hessel.
Je refuse comme lui la fatalité en faisant l'hypothèse que de cet horizon des possibles que certains s'emploient à obstruer, surgira autant d'évènements improbables et imprévus que par le passé. La fin de l'histoire, grande ou petite, n'est pas pour demain. Le pire est déjà présent, la volonté partagée par quelques uns de nous dénier le droit de penser l'avenir avec l'espoir d'un changement social, d'une modification des règles du jeu d'un monde qui menace de s'effondrer, un monde dont les déchets menacent l'avenir.
Le poids du négatif devient de plus en plus insupportable au quotidien.
C'est le règne du « ne pas », de l'interdit, de l'impossible, du « pas possible », du pas souhaitable, pas raisonnable.... autant de projets impossibles, de désirs entravés, d'alternatives disqualifiées, de renoncements imposés, de dynamiques collectives contrariées, sabotées, humiliées par des pouvoirs de plus en plus réduits mais de plus en plus puissants, de plus en plus solidaires.
Alors « indignez-vous »,.... et après ?
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran
vendredi 24 décembre 2010
Pas de prison sans infraction !
« Nous qui sommes honnêtes et n’avons rien à nous reprocher, qu’avons-nous à craindre des systèmes de surveillance ? »
Nous entendons souvent ces deux phrases, particulièrement dans les propos des obsédés de la sécurité proches de l’administration et du pouvoir central.
Comme nous y accoutume la communication officielle, cette expression est une tromperie sémantique digne des meilleurs concepts du marketing et de la publicité moderne, destiné à détourner la réflexion des personnes du sujet principal - la surveillance généralisée - vers un sujet secondaire mais important à leurs yeux « leur honnêteté et leur probité ».
Hors du contexte de la surveillance généralisée, ces deux phrases sont une escroquerie et l’expression exacte devait être : « Vous qui êtes honnêtes et à qui nous n’avons rien à reprocher, vous ne craignez rien des systèmes de surveillance. »
Et la réponse serait instantanée : « Puisque je suis honnête et que vous n’avez rien à me reprocher, pourquoi me surveiller ? » La discussion pourrait alors se dérouler et les principes démocratiques y trouver leurs comptes.
Bien au contraire, plutôt que d’organiser le débat et, pour objecter les critiques, en outrageant la démocratie, les thuriféraires de la surveillance généralisée désignent leurs opposants comme irresponsables, paranoïaques, persécutés, imaginant des complots partout. Comme souvent dans les démesures intellectuelles et mentales, on habille ses adversaires de ses propres oripeaux.
Les vrais paranoïaques sont les séides du tout sécuritaire et du risque zéro, les adeptes d’une société sans menace, aseptisée, autoritaire et intolérante dans laquelle, par conséquent, les droits fondamentaux, les libertés et la démocratie sont absents.
Le pouvoir et une partie des habitants de notre pays n’acceptent plus la différence, se méfient de l’étranger, instrumentalisent la sécurité des personnes pour réduire les libertés, font du potentiel de dangerosité un concept de la politique judiciaire, réduisent les tous malades mentaux à une menace pour autrui et nous font entrer de plein pied dans cette société rigide et autoritaire.
Pour confirmer ces propos qui peuvent paraître excessifs, revenons sur cette loi du 25 février 2008, passée presque inaperçue du grand public, la « rétention de sûreté » visant à maintenir enfermés les prisonniers en fin de peine présentant, soit disant, un risque élevé de récidive. La décision de placer un condamné en rétention de sûreté sera prise par des juridictions régionales composées d'un président de chambre et deux conseillers de la cour d'appel au terme d'un débat contradictoire. Valable un an, elle pourra être renouvelée indéfiniment.
Jusqu’à cette date, la loi prévoyait des peines pour les faits qu'elle prévoit et le juge ne pouvait condamner une personne poursuivie que s'il était démontré qu'elle avait commis une infraction. Bien que le Conseil constitutionnel se soit prononcé et est validé la loi, le texte, en question, méconnaît le rôle constitutionnel du juge, dont la fonction pénale consiste à sanctionner les auteurs d'infractions commises et non à prononcer le maintien en détention au titre de crimes susceptibles de l'être.
Au nom du "potentiel de dangerosité" certains pays privent de liberté des personnes qui ne sont auteurs d'aucun fait répréhensible. C’est ce qui se passe dans les régimes totalitaires, qui pratiquent l'emprisonnement préventif en invoquant la dangerosité.
On peut craindre que, demain, pour renforcer la sécurité, le maintien en détention à l'issue de la peine pour cause de dangerosité soit étendu aux condamnés à des peines correctionnelles, puis, que l'on autorise l'emprisonnement de personnes jamais condamnées mais qui présenteraient des risques, par exemple, les délinquants sociaux et les militants associatifs, syndicaux et politiques.
Comme l’exprime Robert Badinter : « Au-delà des modalités de procédure et des habiletés de langage, la rétention de sûreté n'est que le maintien en détention pour une durée illimitée d'un condamné qui a purgé sa peine. Un homme ou une femme enfermé dans un espace clos, gardé par des personnels pénitentiaires et qui n'en peut sortir que sur autorisation spéciale, pour un bref moment et sous escorte, est un prisonnier. Et dans notre société, depuis la Révolution, seule la justice a le pouvoir d'emprisonner un homme, à raison d'une infraction qu'il a commise ou dont il est soupçonné d'être l'auteur ».
Pas de prison sans infraction : tel est le principe de notre justice criminelle depuis plus de deux siècles. La justice dans une démocratie repose ainsi sur une certaine idée de la liberté humaine. La rétention de sûreté, parce qu'elle quitte le terrain des faits pour le diagnostic aléatoire de la dangerosité, ne peut qu'abandonner les principes d'une justice de liberté. On enseigne que mieux vaut un coupable en liberté qu'un innocent en prison. Les temps ont changé. Pour prévenir un crime virtuel, la nouvelle justice de sûreté va emprisonner réellement des hommes au nom de leur dangerosité présumée. »
Michel Foucault, en 1974 au Collège de France, s'écriait : « Peut-être pressent-on ce qu'il y aurait de redoutable à autoriser le Droit à intervenir sur les individus en raison de ce qu'ils sont : une terrible société pourrait sortir de là. » L'avertissement demeure. Mais il n'est pas entendu.
De plus, les gardes des Sceaux successifs répètent à l'envi cette phrase du président : «Moi, je suis du côté des victimes.» Qu'est-ce que cela veut dire ? Que les autres, les hommes de terrain et les défenseurs des Droits de l’Homme sont du côté des assassins ? Cette phrase est marquée du plus trivial populisme électoral, car dans une nation démocratique, la justice ne peut pas être le fait des victimes ou de leur famille sinon il ne s’agit plus de justice mais de vengeance, mais peut-on encore qualifier de démocratie une nation qui entend emprisonner arbitrairement ses concitoyens ?
Comme Robert Badinter, Michel Foucault et de nombreux citoyens, nous nous interrogeons.
Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux
mercredi 22 décembre 2010
Le comble de la liberté
La liberté est à son comble. Comprenez : le capitalisme est à son zénith ! Il triomphe et prolifère puisqu'il n'est plus contesté par personne. En tout cas personne qui pèse dans les décisions. Quant aux intellectuels et aux médias, ils peuvent exprimer des critiques et des nuances : ce dont les détenteurs du pouvoir ne se soucient guère. C'est même une occasion supplémentaire de prouver que la liberté a un camp (à l'intérieur duquel on la tient, sous surveillance !).
Mais la liberté exècre les camps ! "Les pays libres", qui s'opposaient aux "pays socialistes", n'étaient pas plus libres que n'étaient "socialistes" les pays agglutinés derrière le "rideau de fer". Inutile de passer par le Chili de Pinochet, ou l'Afrique du sud enfermant Mandela, pour le prouver. Là où il n'y a pas d'égalité, il n'y a pas de liberté ; comme là où il n'y a pas de liberté, il n'y a pas d'égalité. Un totalitarisme est mort : le communisme soviétique. L'autre survit encore : la dictature des marchés.
Passons au XXIème siècle, à l'étape suivante. En cette fin d'année 2010, en occident, le système bafouille : il proclame, tout à la fois, la nécessité de la croissance et de la rigueur. Croissance pour les entreprises; rigueur pour les salariés. Croissance pour les profits; rigueur pour les citoyens. La vérité, pourtant, est, tout à la fois, simple et terrifiante : la capacité de produire pour satisfaire les consommateurs sature en Europe et aux États-Unis ; il faut donc laisser inféoder nos économies au sein d'États qui disposent de grandes réserves de main d'œuvre bon marché et de clientèle à séduire.
Que les pays qui ont eu la maîtrise du monde au cours des derniers siècles (notamment grâce à l'esclavage et au colonialisme) se retrouvent dépendants de la Chine, de l'Inde et du Brésil, en attendant le surgissement d'autres puissances, en Afrique notamment, constitue un violent retournement de situation. L'Europe semble en voie de sous-développement et la pseudo solidarité avec la Grèce, l'Irlande ou le Portugal (en oubliant - et pourquoi ? - la Hongrie, la Roumanie ou autres pays dits "de l'est") ne pourra plus déboucher sur le maintien de l'état économique antérieur. La rigueur est inévitable mais elle peut se décliner de deux façons : soit par des restrictions, soit par "la vie simple". Elle se mesurera soit à la diminution des privilèges injustes et justes (y compris les "avantages" sociaux !), soit à la transformation écologique de notre mode de vie. Et qui sait ce qui l'emportera ?
Sommes-nous prêts, pour passer à la rigueur sans souffrance, à réviser nos idées toutes faites sur la liberté ? Tant que liberté signifiera possibilité de jouir de tout ce à quoi on peut avoir accès grâce à ce que fournissent les marchés, il y a gros à parier que cette liberté-là nourrira et aggravera les inégalités sociales. Tant que liberté signifiera droit d'entreprendre sans examen et jugement du contenu des productions, il est inévitable que les produits polluants, voire meurtriers, continuent à enrichir certains, sans grand souci du sort du reste des hommes. L'affaire du Médiator n'est que l'écume apparente sur la marmite où bouillent, sans qu'on les voit ni les sente, les poisons les plus funestes.
Un exemple -parmi d'autres- nous est fourni par la situation en Côte d'Ivoire. Le champion de la liberté, actuellement, y est Alassane Ouatara, cet ancien vice-président du FMI, occidentalisé jusqu'au bout des ongles. Il fait face à l'ancien champion de la liberté, Laurent Gbagbo, ancien ou toujours membre de l'Internationale socialiste. Le pays du cacao ne saurait longtemps supporter que les entreprises, souvent dirigées par des Français blancs, soit plongées dans l'incertitude et, déjà, des entrepreneurs -notamment ceux qui fournissent les pesticides pour les cacaotiers- soulignent que Nicolas Sarkozy est bien imprudent d'exiger quoi que ce soit du Président auto-maintenu. La liberté d'entreprendre ne saurait dépendre des libertés politiques !
Le comble de la liberté est atteint aussi quand le résultat de toute élection n'est acceptable que s'il ne nuit pas aux intérêts économiques supposés. Nul doute que la dictature, en Biélorussie, deviendra supportable aussitôt que des acteurs économiques de l'Europe de l'Ouest pourront y intervenir.
La responsabilité des citoyens est, à présent, de donner un contenu à l'exercice des libertés dans le cadre économique. Cantonnée hors du domaine des entreprises, elle devient factice et, peu à peu, s'évanouit. Quand la liberté n'appartient qu'au chef, toute liberté disparait. Le comble est que, des dizaines d'années après les totalitarismes fasciste et "communiste", le totalitarisme marchand apparaisse encore comme un mieux, un moindre mal, donc une réalité acceptable. Il est temps de comprendre qu'il n'y a pas de liberté sans partage, de liberté sans hospitalité. Elle n'est sinon qu'un leurre tout aussi dangereux qu'une franche dictature.