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jeudi 21 octobre 2010

Rien ne se passe sans casse

Elle est bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ?
dit le Peuple
...

Les frelons ne sucent pas le sang des aigles
mais pillent les ruches des abeilles
Shakespeare


"Puisque nous sommes dans la merde, foutons la merde" entend-on dire, par ces jeunes enragés qui n'en peuvent plus de survivre sans savoir ce qui les attend. Les "jeunes " (et les moins jeunes !) qui, dans les banlieues de nos villes, ne connaissent que l'inaction, le chômage et la méfiance, naviguent entre la révolte et les trafics, au risque de sombrer dans la délinquance.

La délinquance met tout un environnement en péril et pourtant, c'est là le résultat qu'obtiennent les pouvoirs publics quand ils n'offrent, à cette population en déshérence, que l'abandon, le mépris et la brutalité. Mais les casseurs ne font rien casser du tout ! Ils vivent une colère sans but. Ils contribuent à l'événement mais ne le créent pas.

Pour que ça casse, et il faudra que ça casse si l'on veut que le système obsolète et générateur de violences soit remplacé, on ne peut surtout pas compter sur les casseurs. Le régime a de quoi résister à toutes les hordes de casseurs. Ce qui peut le briser, c'est le poids d'une collectivité nombreuse, très décidée et que rien ne décourage.

La colère populaire grandit jour après jour. Mieux vaut qu'elle couve lentement. L'oiseau qui sort du nid s'est tenu longuement au chaud avant de s'envoler. Ensuite, rien ne permet de le rattraper. Mais colère n'égale pas violence. La colère, patiente, déterminée, va plus loin. Elle est, de fait, plus radicale. Elle ne s'en prend pas aux personnes mais aux causes.

Depuis le référendum de 2005, le peuple a un compte à régler d'abord avec tous ceux, partis et médias, qui ont semé de fausses évidences et taxé les électeurs d'incultes, parce qu'ils votaient mal, et ensuite, avec le Chef de l'État qui a imposé au pays les décisions qu'il avait repoussées. À présent, il ne s'agit plus des institutions européennes (encore que...), mais il s'agit de savoir si un gouvernement, quel qu'il soit, peut "faire le bonheur" du peuple contre lui. Cela finit, un jour, dans une impasse et nous vivons ce passage de la résignation à la détermination infrangible.

Le mouvement social actuel, et ses défilés, manifestent une volonté impressionnante. Tout se passe comme si les opposants aux contre-réformes (car il n'y en a pas qu'une !) avaient le temps. Ils sont entrés dans un champ de luttes dont ils ne sortiront pas sans résultat. Même momentanément et apparemment défaits, ils conserveraient un ressentiment dont les effets seront ravageurs, dans les mois et années à venir.

La "connectivité" dans la collectivité s'est emparée de la communication. Radios, télés et presse écrite ne sont plus déterminantes. L'information circule aussi par d'autres vecteurs. Les plus dynamiques des citoyens ont appris à se servir d'outils nouveaux qui les mobilisent vite.

Alors, oui, ça va casser. Pas comme en 1830, pas comme en 1870, ni même 1968, pas davantage sous le choc des casseurs, désespérés ou avides de jouir de ce dont ils sont privés ! Non, ça va casser comme une branche sous le poids de la neige ! Comme un arbre sous la charge de la glace, ça va casser ! La pesée de l'opinion, dès qu'elle est éclairée, dès que les Lumières l'éblouissent, est trop lourde pour que les structures d'un pouvoir, déjà vacillant, y résistent. Et nous irons bien au-delà du débat sur les retraites...

On a de tout avec de l’argent,
hormis des mœurs et des citoyens.
Jean-Jacques Rousseau


C'est le "théâtre du Soleil" qui est dans la rue, cite les maîtres de la pensée et fait admirer la justice sans majuscule, la vraie.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 16 octobre 2010

Jeunesse, jeunesse quand tu nous tiens.

http://www.lexpress.fr/pictures/76/39190_des-centaines-de-lyceens-manifestent-contre-la-reforme-des-retraites-le-7-octobre-2010-a-toulouse.jpg

La jeunesse est dans la rue.
Sarkozy n'est pas foutu.

La "jeunesse" existe-t-elle en elle-même, du reste, ou n'est-t-elle que notre propre humanité en son temps de plein épanouissement ? Les jeunes sont des vieux en puissance et sont bien fondés à s'intéresser à tous les âges de l'existence.

Ce serait trop simple ! Et du reste injuste ! Encore une fois Sarkozy est le symbole d'une politique. Il ne suffirait pas qu'il recule, voire qu'il s'efface, pour que la politique qu'il sert disparaisse. Et puis, une fois encore, dépersonnalisons la vie politique. C'est le mal profond de la société française, enfermée dans des institutions structurellement antidémocratiques.

Ce qui mérite l'attention, c'est la signification politique de l'émergence des jeunes dans le débat public. Il ne s'agit nullement d'un engagement politicien. Ce n'est jamais le cas quand la jeunesse manifeste. C'est, le plus souvent, l'expression angoissée de ceux qui ne voient plus de quoi leur avenir sera fait. Le feu couve des années durant puis, tout à coup, il jaillit.

Car il y a motifs à s'inquiéter quand on a de 15 à 25 ans ! Travail incertain, formation ou pas, voire impossible dans certains quartiers des villes, logement trop cher et manquant, tant pour les étudiants que pour les jeunes ménages, menaces écologiques auxquelles les jeunes sont beaucoup plus sensibles que leurs ainés, absence d'alternative politique heureuse. Bref, horizon bouché ! Pour sortir de cette incertitude, de cette impasse ou de cette désespérance pour certains, il faut bouger et parfois même avant de savoir comment et avec qui bouger ! Le pire étant, un matin, de continuer à laisser faire, de se résigner.

Les adultes ne peuvent ni donner des leçons aux jeunes, ni passer à côté d'eux. Comprendre est le plus difficile et le plus nécessaire. Le tumulte sans violence, voire la violence, elle-même c'est de l'énergie incomprimable, et rien n'est plus urgent que d'en rechercher les causes secrètes. Les causes évidentes sont connues : nous les citons plus haut. Les causes secrètes appartiennent au mystère de l'évolution des sociétés humaines et, on l'a vu en maintes circonstances, les organisations, enfermées dans leurs convictions et leurs savoirs, ne les voient pas toutes venir. Ce fut flagrant en mai 1968 ou en 1995, mais jamais de tels événements ne se répètent. Ils prennent d'autres formes.

Ce qui nous semble préoccupant, c'est que les motivations, au sein de la jeunesse, convergent mais ne sont pas du tout les mêmes. Entre ne savoir quel sera son avenir et savoir qu'on n'a aucun avenir devant soi, il y a un abîme. Se retrouver au fond du trou et avoir peur d'y tomber ne conduit pas aux mêmes actions et réactions. Les uns protestent véhémentement. D'autres cassent désespérément.

Depuis des années, après ce qu'on a appelé "les émeutes des banlieues", on a attendu des réponses de la société politique. En vain. La répression seule n'a jamais permis de contenir une rage, une "haine", une colère, souvent justifiées, bien qu'inacceptables dans leurs effets sur les voisinages innocents, eux-mêmes touchés par la précarité permanente.

Il y a risque de voir atteinte "la masse critique" et pas seulement par le nombre des manifestants jeunes, mais par le rapprochement d'énergies pas toujours orientées dans le même sens. La police et les autorités politiques en prennent conscience. La décision du préfet de Paris d'inviter à ne pas faire usage du flashball en est le signe. On ne réprime pas les jeunes en masse comme les jeunes en groupes dispersés. Quant discriminer entre les lycéens et les "casseurs" comme on dit, vient un moment où cela devient très difficile.



Oui, les jeunes nous tiennent parce qu'ils obligent à prendre en compte la revendication supplémentaire, la revendication des revendications : "que faites-vous de nos vies ? Sortez-nous de là ! Cessez de supporter qu'on ait moins de perspectives d'avenir que vous ! La retraite c'est l'aboutissement de toute une vie; ce n'est pas la fin du processus d'emploi qu'il faut regarder, c'est ce qu'est, ce que sera le travail, tout au long de nos existences." Tout est dit. Et une fois encore, les jeunes se mêlent de ce qui les regarde au premier chef.

Toute autre tentative d'explication, qu'elle vienne de droite (les jeunes sont "instrumentalisés), ou qu'elle vienne ... d'ailleurs (attention aux casseurs) ne rend pas compte de ce qui motive et les justes revendications et les excès. Pour "casser la casse" et faire face aux désespoirs, ce n'est pas par la brutalité policière qu'on y parviendra mais par une justice tout autre que la Justice des tribunaux.

Sauf à entrer dans une société du partage effectif, nous n'échapperions pas à une violence que nourrirait la dynamique des jeunes générations.

http://www.philippetastet.com/contenu/ados/crs-contre-lyceens.jpg

vendredi 15 octobre 2010

Les deux France



Non, il n'y a pas une France de gauche et une France de droite. Il n'y a pas deux forces électoralement aux prises. Il n'y a pas le clan Sarkozy-Coppé contre le clan Aubry-DSK. Les médias nous le font accroire mais, comme en 2005, au moment du référendum, avec tous les porte-parole des principales organisations politiques, ils radotent et chantent sur des rythmes et avec un accompagnement instrumental différent, la même chanson. Il n'y aurait rien d'autre à faire que de tenir compte de ce que les économistes nous disent : sans croissance pas d'emplois, sans emploi pas de revenus, etc... Bla-bla-bla, Bla-bla-bla...

Les manifestants, dont le nombre augmente à chaque fois, sont en dehors de cet affrontement-là. Eux s'en tiennent à un constat : il y a la France des privilégiés face à la France des travailleurs de moins en moins protégés. Ce n'est même pas la France des riches contre la France des pauvres. C'est la France qui profite contre la France qui subit, structurellement. Et donc la France qui n'arrive plus à faire fonctionner son économie comme auparavant fait subir aux sans pouvoir les conséquences de cette entrée progressive dans la voie d'un sous-développement pour n'avoir pas à les faire supporter aussi par les dirigeants des entreprises, de la finance et des institutions aux ordres.

Est-ce là une analyse "gauchiste" ? Ah si une gauche radicale pouvait relayer une gauche défaillante comme on aurait plaisir à la suivre ! Mais non seulement il ne faut jamais suivre personne et aller son chemin librement, mais encore les chemins de l'ultra gauche sont encore, assez souvent, de vieilles sentes embroussaillées où les panneaux indicateurs n'indiquent qu'une direction : "Y a qu'à". La réalité est autrement complexe.



Non, les deux France sont des entités culturelles assises sur des positions de classe. "Je lutte des classes" arborent les manifestants. Et de rechanter l'Internationale... Sauf que nous ne sommes plus en 1936, en 1945 ou en 1968. La nécessité de la lutte ne s'accompagne pas de l'espoir d'une alternative politique porteuse des idéaux des salariés. DSK plutôt que Sarkozy ? Non merci.

L'affrontement politique est bien radical mais pas d'abord partisan. C'est en cela qu'il est culturel. Dans quel monde allons-nous vivre ? "Le même" disent les profiteurs. "Un monde meilleur" disent les rêveurs et les menteurs sans dire lequel. Débat de mots avant le débat de coups, comme dans toutes les querelles sans fin. Les écologistes, de nouveau silencieux et spectateurs, comptent ces coups avant même qu'on ait commencé à les distribuer.

La crise ou les crises sont cachées mais sous-jacentes et elles reviendront. La lutte des nantis contre les dépourvus n'est pas nationale. L'analyse de la situation économique mondiale est faite. Les effets locaux de ce bouleversement non maîtrisé, et seulement contenu, pour le moment, se font sentir partout. La France est bloquée entre deux solutions : celle de ceux qui pensent impossible de sortir du système (et le PS, l'UMP, comme une parti des écologistes s'y tiennent, différemment, mais s'y tiennent) et celle de ceux qui pensent indispensable de sortir du système (sans savoir comment s'y prendre, soit par référence à des idéologies révolues, soit parce que ce qu'il faut faire n'est l'application d'aucune doctrine).

Merveilleuse et terrifiante entrée dans le siècle ! Merveilleuse parce qu'enfin il y du neuf à faire. Terrifiante parce que l'urgence d'avoir à sortir des vieilles routes est là, mais pas encore les repères pour emprunter de nouveaux chemins, tracés ou non. Le conflit social sur les retraites s'alourdit, tâtonne, se cherche parce qu'on a fait le pas en avant qui ne permet plus de revenir en arrière, mais pour aller où ? Il faut marcher et défiler, sans perdre de vue, certes, la République, en passant toujours par la Bastille où l'on repense, chaque fois, à faire choir les privilèges.



Nous voici condamnés à inventer une solution qui n'apparait nulle part, sous peine de retomber dans le marasme sarkozien (qui n'est jamais que l'application d'une politique économique implacable qui ne se cache plus !)

Comment sortir de l'épure, du convenu, du modèle passé, sans abandonner ce que l'histoire du peuple nous a enseigné, mais sans chercher à renouveler ce qui ne sera plus ? Le Gouvernement compte sur cette incertitude fondamentale pour ne rien céder.

La France est un vieux pays légitimiste et conformiste en même temps que le pays des droits de l'homme et de la créativité politique. Ces deux France ne se feront aucun cadeau. L'une des deux va plier mais laquelle ? La fin du conflit laissera des traces bien au-delà de nos frontières de plus en plus transparentes.

À notre modeste place, nous cherchons un chemin de justice et de respect du droit à vivre dans la dignité et la paix, pour tout homme, ici et ailleurs. Nous savons que cela ne se peut plus dans le système capitaliste. Nous voici bien avancés ! Ce n'est pas une raison pour subir. De la convergence des pensées libres, des acteurs libres, voulant échapper à la servitude, il sort toujours une force et jaillit une lumière, avec ou sans douleurs. Nous ne "voulons" pas le croire. Nous le savons. Il en fut toujours ainsi dans l'histoire de l'humanité.

Pour cette enfance qui interroge l'avenir...

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran





mercredi 13 octobre 2010

Stéphane Hessel antisémite ?

Stéphane Hessel est né à Berlin en 1917 et a des origines juives. Arrêté par la Gestapo pour ses activités dans la Résistance, il a été déporté à Buchenwald. Au nom de la France, il a occupé divers postes diplomatiques. Secrétaire de René Cassin, il participa à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l'ONU en 1948. Il a été ambassadeur de la France en Israël. Il est engagé pour les droits des Palestiniens et pour la paix, tout en respectant la légitimité d'Israël.



Stéphane Hessel risque, à 93 ans, de connaître l'humiliation d'une condamnation pour "incitation à la haine raciale" à cause des fanatiques du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNCVA) qui ont porté plainte contre lui, suite à son soutien à la campagne BDS (boycott des produits d'Israël). Le BNVCA ( dont le président a été décoré de la Légion d'Honneur, cet été, par Brice Hortefeux...) prétend avoir déposé 80 plaintes en France, contre des gens qui participent à cette campagne "BDS".

Il s'agit d'actions d'infos aux consommateurs, les incitant à ne pas acheter des "produits non-éthiques" israéliens (preuves matérielles et jugement commercial européen à l'appui : il s'agit de produits issus des illégales colonies israéliennes, marqués "made in Israël", mais provenant, en réalité, de ce que le Droit international nomme "Territoires palestiniens occupés"). C'est une "fraude à l'origine" , une fraude couverte par certains douaniers interprétant mal l'accord UE / Israël (faute que ne font pas les douaniers de Hambourg).

Le BNVCA se sent conforté par une circulaire adressée aux procureurs par la Ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie. Elle assimile, très faussement, ces actions à des appels au "boycott des produits casher" . La ministre y incite ses procureurs à qualifier cette campagne comme une "provocation à la discrimination raciale" et à poursuivre ses participants.

Afficher l'image en taille réelleDemain, 14 octobre, à Pontoise, Alima Boumedienne-Thierry, sénatrice, sera accusée du même "crime". Elle aussi pousse au boycott des produits provenant des territoires occupés. Elle aussi est taxée d'antisémitisme puisqu'hostile à la politique de l'État d'Israël ! En réalité, c’est le monde à l’envers, " le noir est blanc et le haut est en bas" : le boycott arme non-violente devient l'outil des terroristes ! Les motivations du boycott sont passées sous silence ou assimilées à du racisme, et l'on ne retient que le faux argument : on veut nuire à Israël, donc aux Israéliens, donc aux Juifs . La leçon est lourde de sens ! Toute la politique de l'État français actuel est dans cette dualité sans nuances : les bons d'un côté (comme disait Bush) et les méchants de l'autre (tous les adversaires des amis de Nicolas Sarkozy).

En réalité, le gouvernement a besoin du vote juif, du vote juif de droite, pas du vote des Juifs hostiles à l'actuelle politique d'Israël. Et là encore, il ne fait pas dans la demi-mesure ! Qui n'est pas avec moi est contre moi, donc criminel. Qui critique l'État d'Israël n'est pas loin d'être un négationniste, approbateur de la Shoah ! Plus c'est gros, plus ça marche.

Stéphane Hessel, par sa seule personnalité, démontre le contraire de ce que l'on veut nous faire croire. Israël, dit-il, en menant une politique discriminatoire, se met en danger ! Voilà bien pourquoi ce vieux fou doit être achevé, pensent et disent les excités du BNVCA, en lui renvoyant la discrimination au visage et en le trainant devant les tribunaux. Le condamner constituerait la preuve que la France a cessé d'être la France. Mais il ne sera pas condamné. On se contentera de l'avoir sali.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 11 octobre 2010

La France un pays en voie de sous-développement ?

http://huuan.blog.lemonde.fr/files/subventions.jpg

Soyons loyaux : il n'y a pas que la France qui, en Europe, vit "au-dessus de ses moyens"! Le recul économique de l'occident, face à la Chine et à l'Inde, sans compter le Brésil et d'autres pays qui ont fini d'émerger, n'a rien de surprenant. Quand le colonialisme politique puis le colonialisme économique cessent de nous permettre de vivre sur le dos ce ceux que nous exploitions, nous nous retrouvons contraints de compter sur nos seules richesses (qui ne sont pas minces) mais il n'est plus possible de rester dominateurs.Afficher l'image en taille réelle

La France n'approvisionnera pas toute la Chine en automobiles et le marché européen est saturé, donc, automobiles électriques ou pas, la production automobile française va reculer même si l'argument écologique (pourtant fort!) restait sans effet.

L'augmentation du chômage n'est pas dû à un manque de croissance mais à une réorganisation de la production qui n'a plus besoin d'autant de main d'œuvre.

Si le développement c'est la croissance alors, de surcroît, il faut craindre que nous connaissions une décroissance non voulue, et dommageable, qui nous fassent entrer dans la voie du sous-développement !

Rien d'illogique dans tout ça. Le développement des pays hier sous-développés (qu'hypocritement nous appelions de nos vœux) ne peut s'effectuer en même temps que le nôtre. Nous avons satisfait les besoins essentiels de notre population et, si la pauvreté s'accroît, c'est uniquement parce que la répartitions des richesses est scandaleusement inégalitaire.

Cependant, tendanciellement, on délocalise, non seulement parce que le coût de la main d'œuvre est moins cher ailleurs, mais parce que produire ailleurs est plus urgent qu'ici. Il y a plus d'affaires à réaliser là où l'on manque que là où le marché se rétrécit. C'est aussi brutal que ça.

Face à ce constat d'une vaste peau de chagrin européenne en cours de réduction, que les avancées de l'industrie touristique, la restauration, l'hôtellerie, ne suffisent pas à compenser, nous fonctionnons sur des acquis économiques mais il nous faut nous habituer à ne plus satisfaire tous les désirs que la publicité générait avec subtilité et efficacité. Nous allons croire à un recul alors que nous allons seulement abandonner de faux services et des productions souvent inutiles.

Si nous devions en rester là, ce ne serait pas malsain pour notre santé, malheureusement, comme l'effort à consentir pour accéder à la sagesse, à l'équilibre et à la juste répartition ne sera pas partagé par tous, nous risquons d'aggraver la chute de nos revenus si les ponctions sur les réserves sociales continuent d'être effectuées pour maintenir les privilèges.

En vérité, nous sommes déjà dans cette zone d'effondrement que ni le capitalisme libéral ni la social-démocratie (non moins libérale) ne sauront remplir. La mondialisation dont nous avions tiré le plus grand profit se retourne et les exploités peuvent, l'un après l'autre, lentement mais irrésistiblement, devenir nos exploiteurs !

Tout se passe comme si le gâteau à partager, ne grossissant plus, avait, à présent, des parts d'inégal rayon ou épaisseur, ce qui ne change rien pour les gourmands dotés des bons morceaux, tandis que les plus nombreux des convives s'attendent à manger moins qu'avant, voire, pour certains, des miettes...


Des parts inégales ou manquantes, avec un trou au milieu...

La crise n'est rien d'autre que cet arrêt de la croissance de l'écart entre les nantis et les nouveaux "riches". La Chine qui avait déjà toute sa place dans les coffres forts US, rentre en Europe par le Pyrrhée et ne n'est que le début. L'Europe, sans doute avec les USA, va connaître le temps des vaches de plus en plus maigres. Cela prendra du temps mais, de même que les ouragans se succèdent, les crises vont se suivre. Des crises ou, plus exactement, la réduction des inégalités à échelle planétaire.

Voilà pourquoi la France entre dans un état qui va nous donner à penser qu'elle connait, à son tour, un sous-développement...

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 10 octobre 2010

Vers la démocratie fascisante ?

Démocratie fascisante ? Quel est ce nouvel oxymore ?
Durcissons-nous le ton?
N'exagérons-nous pas ?
Nous sommes-nous enfermés dans une opposition systématique et extrémiste ?

Et bien, non ! Et nous entendons bien dire pourquoi la démocratie est en danger.


Dans la Rome antique, le faisceau du licteur est constitué d'un ensemble de verges (d'orme ou de bouleau) liées en cylindre autour du manche d'une hache par des lanières de cuir croisées. C'était un emblème de l'autorité des magistrats de la République romaine. Il était porté par un officier public, le licteur, qui le portait sur son épaule gauche. La hache représentait le pouvoir du consul de condamner à mort par décapitation.

Si la démocratie consiste à élire des dirigeants, nous sommes en démocratie.
Si la démocratie consiste à faire exécuter les décisions du peuple, nous en sommes loin.

L'article 2 de notre Constitution est le suivant :

Art. 2. - La langue de la République est le français

L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.

L'hymne national est la Marseillaise.

La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité".

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Ou bien chacune de ces affirmations n'a aucun sens, et cet habillage de mots cache la vérité toute nue : nous ne vivons que dans un semblant de démocratie. Ou bien, au contraire, il faut entrer dans ces phrases et en dégager le sens :

La langue de la République est le français. Pas le français seulement; cela n'est pas dit. Mais le français d'abord (si l'on peut oser écrire ça !) ou, pour mieux dire, la langue française est la langue officielle. Les autres langues, régionales ou étrangères, ne sont pas interdites, peuvent être enseignées, mais passent après. Première précision.

L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. Ce repère n'est pas, uniquement, celui de soldats qui meurent pour la patrie. Il est celui de ceux qui se reconnaissent français, sans nationalisme, ni culte d'anciens combattants. Seconde précision.

L'hymne national est la Marseillaise. C'est une musique d'abord, un chant, un repère sonore historique, un hymne, c'est-à-dire "un poème lyrique exprimant la joie et l'enthousiasme" comme l'affirme Le Robert. Et, de même qu'il n'est pas dit si son interprétation musicale est non modifiable (Giscard d'Estaing essaya bien de la ralentir...), de même il n'est pas exigé un respect absolu de ses paroles. Des Français peuvent ne pas se retrouver dans les paroles guerrières et agressives de l'hymne, sans renoncer à sa portée historique. Troisième précision.

La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". Nous approchons du cœur de la démocratie française : aucun de ces trois mots n'a de sens s'il n'est associé aux deux autres. La liberté sans égalité, c'est le capitalisme insupportable. L'égalité sans la liberté, c'est le collectivisme violent. La fraternité sans liberté et égalité, c'est un non être politique baignant dans le jus fade d'un idéalisme éventuellement religieux. La République démocratique est libre, égalitaire et fraternelle, ou n'est pas. Quatrième précision.

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ultime et sans doute principale phrase constitutionnelle, clôturant cet article 2, où tout est dit de ce que devrait être la France telle qu'elle veut être constituée, depuis qu'elle a échappé à la monarchie ! Tout repose sur le "par le peuple"... Il n'est pas dit : "par les représentants du peuple", mais il n'est pas non plus précisé "directement par le peuple". L'oligarchie de Rousseau est plus démocratique que la démocratie de Sieyès, quand le premier fait, des dirigeants, les commis du peuple, chargés d'appliquer ses décisions, tandis que le second fait diriger le pays par les représentants du peuple, agissant sans mandat impératif. Cinquième précision.

Où en sommes-nous en 2010 ? Si la démocratie n'est qu'une forme, elle n'est pas. Si elle est enfermée dans des conceptions restrictives, elle n'est plus. Par sa Constitution, en droit et en fait, la France est plurielle. On y parle plusieurs langues; on ne s'y range pas derrière un seul drapeau; on n'y entonne pas que des chants vengeurs (et les paroles de la Marseillaise ne sont pas intouchables); on y comprend la liberté comme ayant comme limite la liberté d'autrui, l'égalité comme une solidarité, la fraternité comme l'unité laïque de citoyens différents. Mais par-dessus tout, la démocratie c'est le partage, la codécision et l'abandon de toute velléité autocratique.

Si l'on suit ce parcours interprétatif des fondements et du principe sur quoi repose la République, force est bien de constater que la démocratie s'est éloignée de nous, qu'on ne la reconnait plus sous les oripeaux dont les technocrates et les oligarques modernes l'ont affublée. Pire : allant au bout de leur mépris de la démocratie, des politiciens de métier, qui ne veulent en aucun cas abandonner leurs positions de pouvoir, ont tout centralisé. Chaque responsable d'une institution est un roi, un prince ou un duc. Le retour des aristocrates s'est effectué sans qu'il soit nécessaire de remettre des particules dans les noms des nouveaux chefs. Chaque maire ou président (de conseil général ou de région) est maître en son fief s'il ne trouble pas la souveraineté du monarque d'à côté. Quant au président de tout ce qui se préside, il gère sa solitude superbe, en disposant des cohortes de puissants agents administratifs ou politiques à sa solde. Telle est la République devenue...

Le discrédit dans lequel tombèrent tous les symboles associés au fascisme obligea la République Française d'être plus discrète sur cet emblème.

Seul Valéry Giscard d'Estaing l'utilisa comme emblème personnel de 1974 à 1981.

Le Président de la République est le sommet d'une pyramide d'où s'écoule la transmission de l'autorité publique. C'est, a-t-on dit, un monarque républicain. Eh bien non ! Le monarque n'est pas républicain; il ne peut l'être par définition. Un monarque, dès qu'il est seul décideur, devient antirépublicain par fonction. Le dernier, l'actuel monarque, en cette Vème République non républicaine, n'a fait que recueillir tous les travers que ses prédécesseurs avaient laissé disponibles dans la corbeille élyséenne. Et tous ceux qui ont espéré - et espèrent encore ! - le remplacer sont co-responsables de cette dérive collective qui glisse vers le fascisme. C'est le système politique présidentialiste qu'il faut changer !

Le fascisme dit, banalement, Le Robert est la "Doctrine, tendance ou système politique visant à instaurer un régime autoritaire, nationaliste, totalitaire". Définition large... S'il en était ainsi, nous y serions déjà. Nous sommes en voie de fascisation mais pas encore dans le fascisme. C'est assez grave comme cela, puisque nous sommes déjà entre deux rives, nous écartant de la démocratie, mais pas encore accostés au pays où règnerait partout la terreur. Mais voici qu'approche le terrorisme d'État, celui qui, confié à un seul maître entouré de spadassins, décide de tout et n'accepte aucune limites à son pouvoir, puisqu'il le détient, croit-il, du peuple.

Depuis 1933, n'aurions-nous rien compris ? La démocratie ne protège pas contre la dictature. Et la dictature, même si elle vient à petits pas, et prend mille nouveaux visages, ne veut rien d'autre que l'obéissance, contrainte ou consentie, des nouveaux serfs que nous deviendrions bientôt, si nous n'opposions pas un non retentissant à ceux qui nous proposent une accolade mortelle. Et la Constitution de la Vème République, au-delà de son article 2 de belle apparence, permet la soumission de tous les citoyens, et de leurs organisations, au Chef de l'État, quel qu'il soit. Là se situe le risque, de plus en plus apparent, d'une démocratie fascisante, tentée par le fascio, ( l'unicité sans unité, donc sans diversité ) qui lie un peuple mis au pas.

Quand nous vous disions qu'il était temps de désobéir, de dire non, et de refuser cette caricature de démocratie qui a le goût, l'odeur et la forme de la démocratie mais qui n'en a ni la substance ni la dynamique.

Que les résistances à la contre-réforme des retraites nous donne, les 12 et 16 octobre, l'occasion d'interrompre cette descente aux enfers.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Nous ne serons pas un peuple de marionnettes

mercredi 6 octobre 2010

Mieux vaut éclater de rire avant d'éclater de colère

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Jérôme Kerviel est mort. La Société Générale l'a tué. Il était la victime désignée. Son crime est d'avoir fait ce qu'on l'avait laissé faire. Il paiera encore mille ans après son décès et celui... de la Société Générale ! Ce jugement imbécile est tout sauf juste.

Il ne faut pas discuter la chose jugée, paraît-il. La presse ne s'en prive pourtant pas et elle a raison ! Quand on inflige 150 ans de prison à Bernard Madoff, on sait que cela n'a aucun sens. La condamnation à perpétuité (+ x années...) devrait faire éclater de rire, tant le ridicule est énorme. En fait, on peut déplorer ("pleurer à propos de..." dit Le Robert) cette incapacité des juges à juger. Quand on prétend qu'un individu peut devoir 4,9 millards d'euros à une banque, on se livre à une provocation. "Je te condamne à l'impossible". Pour un peu, on chanterait les louanges de ces juges qui, à l'inverse de ce qui apparait, cherchent, peut-être, à prouver, par l'absurde, qu'on ne peut imputer à un homme seul autant de malfaisance.

Blanchir la banque, en l'occurrence, c'est blanchir un argent plus sale que ne l'est celui des trafiquants de drogues : l'argent facile qui s'accumule, par le biais de traders qui ont comme métier de l'amasser, est un argent qui pue. Jérôme Kerviel est coupable autant, mais pas plus, que ceux qui, soit n'ont pas voulu voir, soit ont encouragé, soit ont ignoré les frasques mathématico-monétaires du jeune homme !

S'il est des leçons à tirer de cette tragi-comédie :
C'est que : "ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal" n'est certes pas l'âne de La Fontaine, mais ce n'est pas non plus un fauve royal, ce n'est qu'un petit chacal suivant des tigres pour effectuer, sur ordre, leurs basses besognes et s'emplir la panse au passage.
C'est que : ce qui est puni n'est pas la malversation mais l'échec !
C'est que : la justice est une justice qu'on eut, jadis, dit "de classe" et qui, surtout, applique des lois faites pour que jamais ne soient trouvés les responsables des plus grands drames financiers.
C'est que : l'invraisemblable, l'incommensurable bêtise de ce jugement ne fasse pas se lever tout le pays pour déchirer d'un éclat de rire cet acte privé du plus petit bon sens !


"Vous en tirez pour 170 000 ans, jeune homme "

À combien de milliards d'euros de dommages et "intérêts" va-t-on condamner ceux qui mis un pays entier en faillite ou ont installé des peuples dans la misère ? À combien d'années de prison faudrait-il condamner les Bush, père et fils, pour solder leurs erreurs criminelles en Irak ? Ne cherchons pas à effectuer des comptabilités sordides. Un homme n'a que des dizaines d'années de vie devant lui et, en général, quelques centaines de milliers d'euros devant lui, quand il est riche. On ne t'enlèvera pas plus que tu n'as est pure évidence. Sortir de cette logique ne conduit que vers l'inhumain. Jérôme Kerviel, ce talentueux filou était au service du Veau d'Or. Il l'a chauffé jusqu'à lui fondre le socle. Tant pis pour ceux qui lui ont confié le chalumeau.


Si le Veau d'Or est toujours debout, c'est parce que les esclaves le tirent

Suite dérisoire : la Société Générale, dans un élan de générosité et d'humanité touchant, fait savoir, dès le lendemain du jugement, que Jérôme Kerviel, bien sûr, ne pourra tout payer, qu'on peut négocier des aménagements, bref que l'essentiel n'est pas ce qu'il reversera mais qu'il soit coupable, lui, et pas la Banque ! La Société Générale aurait-elle aussi la volonté d'empêcher que le film et le livre qui traitent de "l'affaire Kerviel", et contiennent peut-être d'autres éclairages, ne sortent, au plus mauvais moment...? Quant aux juristes, ils expliquent, sans le moindre humour, que la Justice s'exerce dans le cadre de lois qui ne peuvent s'interpréter autrement : tout le préjudice subi doit être remboursé... Eh bien donc...

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran