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lundi 15 mars 2010

La démocratie est épuisée. Elle a besoin de reconstituants

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Mais qui donc a cassé l'urne...?

La démocratie, dont nous savons bien qu'elle est en question depuis des années, apparaît, au lendemain des élections régionales françaises, non seulement fragilisée mais incertaine.

Bien entendu, la démocratie ne se mesure pas à l'aune des élections. Cependant, si une photographie ne constitue pas le réel, elle en montre une image. Et cette image est révélatrice !

La démocratie s'épuise, autrement dit, les citoyens ne savent plus dire où est leur espérance politique, quel avenir ils recherchent et préparent.

Quand l'abstention atteint plus de 53% des électeurs inscrits ( à ne pas comparer aux scores des listes, même à deux chiffres, qui sont mesurés par rapport aux électeurs votants !), il est évident qu'il y a un désaveu de la politique qui est exprimé non seulement par les indifférents et les mécontents, mais aussi par ceux qui rejettent le choix même qui leur est proposé ! Quant aux votes blancs et nuls, à hauteur de 3,72%, par rapport aux votants, ils représentent une véritable contestation politique du scrutin. tant dans son mode que dans les conditions du choix. Qui l'a fait observer ?

Il est difficile de sonder les reins et les cœurs, mais cette abstention massive que les partis et candidats sont prêts à oublier, aussitôt franchi le premier tour, a une signification qu'il est impossible de négliger, sous peine de nous retrouver dans les mêmes impasses qu'en 2002 et 2007, c'est-à-dire avec un électorat enfermé dans un mode de scrutin et une alternative dont il ne peut se sortir pour dire ce qu'il veut.

L'image de la France révélée par l'élection régionale, au 14 mars 2010, dit bien d'autres choses, moins importantes, mais indispensables à connaître. Tout se passe comme si se profilait un échec généralisé si on compare les ambitions et les résultats.

Car, ne nous y trompons pas, l'échec brutal du camp sarkoziste qui a épuisé toutes ses réserves et se trouve déjà en seconde position, avant le tour décisif du 21 mars prochain, est dû autant à la remontée du Front National qu'à la réussite du PS. À vouloir jouer avec le feu nationaliste, la majorité présidentielle s'est dangereusement brûlée. Et comme les entêtés de l'UMP sont aux commandes de la machine gouvernementale, ils vont persévérer dans leurs erreurs et les Français vont en payer le prix. Aucune raison de se réjouir trop de cet échec que l'on va chercher à passer aux profits et pertes, sans vergogne.

Relativisons aussi la victoire socialiste : le grand schelem annoncé, la France toute rose, est d'ores et déjà impossible, à moins de recolorier le Languedoc-Roussillon en rose... Quant à prendre l'Alsace et la Corse, rien n'est fait, et, sans le blocage que peut effectuer le FN, en imposant des triangulaires, ce serait plus que difficile... Autrement dit, nous allons vers le statu quo, ce qui n'est déjà pas si mal, pour le PS, mais qui n'est pas, dans le contexte actuel, un triomphe intégral. La gauche plurielle va-t-elle se reconstituer ? C'est une condition du grand succès attendu, au second tour. Sauf que Europe-Écologie pèse bien plus que dans les années Jospin. Et le Front de Gauche conserve des ambitions bien au-dessus de ses moyens...

Troisième force politique, de nouveau, après les Européennes, les écologistes sont autant déçus que satisfaits. Nulle part, ils ne sont en situation de revendiquer une présidence de région, et s'ils pèsent la moitié du vote socialiste (et de ses quelques alliés mineurs, radicaux, chévènementistes et même ex-communistes), ils ne peuvent imaginer obtenir le tiers des présidences, car le calcul s'effectuera région par région. Des mandats conflictuels s'annoncent, sauf à passer, de nouveau sous les Fourches Caudines du parti rose. L'écologie reste en bouton. La percée reste à faire.

Le Front National est le grand gagnant de ces Régionales ! Quel échec encore ! Il renaît au moment où le vieux Le Pen s'efface ! Un racisme nouveau est bien portant en France et, surtout, le dégoût de la politique, la misère grandissante, donnent du grain à moudre à une formation dont nous mesurons mal tout l'impact et l'efficacité. Un score global à 11% pour le FN rend visible le nouveau recul de cette démocratie que nous voulons défendre, en oubliant qu'elle est alitée et qu'elle n'est pas à protéger mais à soigner !



Première et seule organisation politique installée entre les 5% nécessaire pour entrer dans des listes reconstituées et les 10% qui permettent la re-présentation de la même liste, le Front de Gauche a de quoi pavoiser : il aura des élus, à la différence du NPA et de Lutte ouvrière laminés. Mince succès ! Le Parti communiste ne songe qu'à conserver des places; le Parti de Gauche est féodalisé faute de pouvoir exister sans le PCF. La recomposition d'une « gauche de gauche » ne se fera pas ainsi ! La retombée de Mélenchon et Buffet dans la bipolarisation est en bonne voie.

Ne parlons plus du MODEM. Il n'est visible qu'en Aquitaine. Il cesse d'être une possibilité d'alternative. François Bayrou qui ne manque ni d'intelligence ni de conviction, a échoué à faire apparaître une contestation au centre droit là où se trouvent ses électeurs. S'il persistait, Dominique de Villepin le suppléerait vite...

Oui, la démocratie est malade, couchée, fragilisée et incertaine.

La démocratie est malade de la droite extrême aux deux visages, ultra-nationaliste et brutalement autoritaire. La sarkozisme et le lepénisme présentent des aspects très différents mais avec des passerelles qui permettent entre eux des circulations d'électeurs. C'est une maladie qui peut être mortelle. On connaît des pays où les tueurs de la démocratie ont été élus fort démocratiquement.



La démocratie est couchée, alitée, souffrante, hospitalisée. Quand un corps fonctionne mal, il faut consulter qui peut le guérir. La démocratie, ou « gouvernement du peuple » (« par le peuple pour le peuple », ajoute la Constitution) est réduite à donner à des professionnels les clefs des hôtels du pouvoir. Quand cela est fait, le peuple reste dehors, autorisé seulement à observer, pas à agir. Résultat : le peuple déserte puisqu'il est inutile et impuissant. C'est la grande leçon de l'abstention. Pas besoin d'être un grand médecin pour faire ce diagnostic. Le peuple a besoin de reconstituants. Sa robuste constitution est dissimulée sous un appareil constitutionnel qui l'empêche de respirer. Il faudra bien le libérer de cette Constitution monarchiste qui bride le Parlement et plus encore la volonté populaire.

La démocratie est fragilisée. Il n'est pas de corps social, si vivant soit-il, qui puisse longtemps résister à un étouffement politique. Sous la désespérance et le désintérêt que souligne, encore une fois l'abstention, sont apparues des lignes de fracture : la France peut se casser sur l'obstacle de la suffisance et de l'appropriation du savoir qui rejettent la masse des citoyens en dehors des cercles de décision. Ces brisures peuvent, d'un coup, ouvrir le pays en plusieurs morceaux, chacun constituant un lieu de conflits multiples, ici à cause des banlieues à l'abandon, là à cause d'une agriculture en perdition, ailleurs à cause d'une éducation en plein désarroi, partout à cause d'une contradiction majeure : tout est à changer et rien ne change qui serve à mieux vivre tous ensemble !

Incertaine enfin, la démocratie l'est parce que les élites estiment que le pouvoir est chose trop sérieuse pour le confier au peuple. Pour elles, passe qu'il choisisse entre les élites qu'on lui propose mais jamais, au grand jamais, il ne pourrait affronter la complexité et les dangers de ce qu'on n'appelle plus le gouvernement mais la gouvernance. Gouverner est un art autant qu'une capacité réservés à de grands professionnels, des spécialistes, des gestionnaires, des chefs de l'entreprise étatique. La démocratie est incertaine parce qu'elle n'est plus qu'un mot cachant une illusion. Réanimer la démocratie défaillante implique de la repenser. Telle qu'elle est, elle ne fonctionne plus.


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 13 mars 2010

Exploiter la vieillesse en réformant les retraites !

Y a-t-il une relation entre les retraites et les Droits de l’Homme ? A priori la réponse est négative. C’est pourtant un problème de justice sociale ! Et la justice, ou plutôt l’injustice sociale, celle qui génère les inégalités, est donc bien une problématique de droits de l’homme.

En y réfléchissant mieux, en observant autour de nous, surtout dans la période de crise que traverse notre pays et dans les projets gouvernementaux, que voit-on ? On voit que la justice, la solidarité, la fraternité font cruellement défaut en matière de retraite. Combien de dignité bafouée ? Combien de personnes âgées sont obligées de reprendre une petite activité pour joindre les deux bouts ? Combien de personnes âgées vivent, seules, au seuil de la misère par manque de moyens financiers pour être accueilli dans des établissements spécialisés. Combien sont obligées de vendre avec déchirement aux spéculateurs le peu de bien acquis à l’issue d’une vie de labeur pour essayer de survivre décemment et de payer le foyer où elles se placent, comme elles disent.

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Nous connaissons tous de ces retraités qui après avoir trimé dans toute leur vie, sont contraints de faire la queue aux Restaurants du Cœur pour essayer de se nourrir plus correctement. Nous connaissons tous de ces retraités qui sont forcés de faire l’aumône auprès de leurs enfants pour survivre. En quelques décennies, la donne s’est inversée.

Il n'y a pas si longtemps, il nous fut promis par un candidat à la Présidence de la République de gagner plus si nous travaillions plus ! Cela n’était qu’une promesse électorale sans lendemain. Le même, aujourd’hui, nous demande de travailler plus longtemps : ineptie de plus, puisque plus de la moitié des seniors sont au chômage, à partir de 58 ans.

Sans traiter le chômage, le recul de l’âge de départ à la retraite ne sert à rien; il est même contre-productif, car, à l’autre bout, cela produit l’absence de travail pour les jeunes.

Non, ce que veut le Gouvernement, c’est diminuer, voire supprimer le système actuel de retraite par répartition au profit d’une retraite par capitalisation. Par répartition, c’est une retraite solidaire où chacun aide chacun, où les jeunes générations sont solidaires des générations plus âgées, c’est l’école de la transmission, de la fraternité. Mais, cela ne génère pas de profit; ça coûte ! Cela coûte : quel blasphème, quel gros mot dans la société libérale.

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Dans cette société où 1€ doit rapporter 1,20€, ce que l'actuel pouvoir veut, c’est favoriser ceux qui veulent développer les systèmes d’assurances privées car la retraite par capitalisation comme sa racine l’indique est du domaine du capital donc du profit, de la valeur ajoutée."On va pouvoir faire du fric, les copains !"

Rappelons nous l’article 1er de la déclaration universelle des droits de l’homme de décembre 1948 : "Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". La retraite par capitalisation nie cet article premier; c’est même le contraire. C’est chacun pour soi: que le meilleur gagne, mais il y en a combien de meilleurs, et meilleur pourquoi ?

L’idée maîtresse du système, FMI, OCDE, gouvernements, et nombre de partis politiques confondus :

- c’est de faire table rase sur les accords de Philadelphie de mai 1944 qui ont affirmé : « la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous »,

- c’est de détricoter tous les avantages acquis et que chacun se débrouille seul avec ses problèmes,

- c’est de laisser le moins armé sur le bord du chemin, parce qu’il est né du mauvais côté de la rue ou parce qu’il est moins intelligent, moins instruit, ou moins malin.

Non, la fin de la vie ne doit pas être une déchéance. Ce n’est pas de cette société là que veulent les acteurs de la Ligue des Droits de l’Homme. Car enfin, on pourrait imaginer une plus juste répartition, un plus juste équilibre, un partage plus équitable des revenus du capital et du travail. Il est curieux qu’aucune proposition ne soit faite dans ce sens.

C’est certainement un manque d’imagination ou un oubli... À moins que ce ne soit la preuve d'une volonté de puissance qui maintient l'antique exploitation de l'homme par l'homme. Mais pourquoi le supportons-nous?

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

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dimanche 7 mars 2010

De l'Islande à la Grèce : où en est l'Europe ?




Les Islandais et Islandaises en prennent à leurs aises : ils ne veulent pas payer une dette qui n'est pas leur fait. Les Grecs aussi se rebellent : ils ne veulent pas payer les erreurs de ceux qui se sont enrichis sur leur dos !

Ce sont là de mauvais Européens aux yeux de la Commission européenne. Il faudra donc empêcher les uns, au Nord, de rejoindre l'Union et punir les autres, au Sud, qui n'acceptent pas volontiers de vivre des années de vaches maigres.

Mais de quelle Europe parlons-nous ? De celle des Européens ou de celle des profiteurs ? De celle de la solidarité ou de celle des banques ? Le débat politique européen est relancé.


L'enlèvement d'Europe par Zeus, le Tout-puissant, s'est-il passé en Grèce ou en Islande ?

La juxtaposition de ces deux événements survenus au sein d'une Europe physique où l'Europe des 27 ne réussit pas à faire émerger une Europe politique, donne à penser que nous ne sommes pas sortis de ce que le débat constitutionnel de 2005 avait mis en évidence : l'Europe libérale ne saurait être une Europe politique et les intérêts nationaux ainsi que multinationaux ne s'effaceront pas derrière une solidarité internationale effective.

Encore un référendum ! Un gouvernement désavoué par... 95% des électeurs votants ! Que va-t-on inventer, cette fois, pour briser cette expression fort peu démocratique puisque ne satisfaisant pas les décisions prises par les puissants et les riches?

D'abord, c'est un petit peuple, peu nombreux et qui ne pèse rien des points de vue militaire et industriel. Ils ont voulu jouer au dangereux jeu de la banque. Ils ont raté leur coût, pardon, leur coup... Qu'ils déboursent. Cela les ruine ? Il fallait mesurer les risques avant ! Cela plonge des Islandais dans une misère noire ? Il y a d'autres misérables dans toute l'Europe, qui, eux, ne pleurent pas tant. Et puis ceux qui n'ont pas voté désavouaient peut-être ce vote négatif. Va savoir. Parler de 95% de refus est excessif... Etc, etc... Les arguments servant à obliger les Islandais à faire comme les Irlandais : se déjuger, ne manquent pas. Ensuite viendront les menaces. On peut faire la guerre économique sans recourir aux porte-avions. Il suffira de laisser les pêcheurs islandais pêcher en leur asséchant leurs crédits ou leurs marchés...

Afficher l'image en taille réelle Les Grecs sont un peu moins facile à tenir en laisse, mais on devrait pouvoir y arriver. Le gouvernement "socialiste" grec s'est déjà aligné sur les exigences de ceux qui ont ruiné leur pays. Les visées des grandes banques américaines et autres qui ont mis la main sur ce pays de soleil et de tourisme ne sauraient être dénoncés. Non, ce sont les erreurs, effectives, des gouvernements antérieurs qui sont soulignées, surlignées, mises en évidence. La droite grecque a failli ! Alors, que la gauche grecque paye ! Du reste, une fois de plus, vole en éclat la distinction entre gauche est droite quand, de gré ou de force, sur le fond, la même politique est pratiquée. Que les bénéficiaires, les profiteurs ne soient pas exactement les mêmes n'y change rien. Ce sont les petits, les plus nombreux et les moins protégés qui devront payer la note. Très vieille musique...

Mais attention ce ne sont pas seulement aux deux bouts de cette Europe qui se cherche encore que cela craque. Qu'on ne pense pas qu'on échappera, ailleurs, à l'austérité ! Il suffit de regarder ce qui se passe en France pour constater un appauvrissement grandissant, dramatique, que les chiffres du chômage ne suffisent pas à décrire ! Pendant ce temps, on semble se contenter de la prochaine déconfiture de l'UMP à l'issue des élections régionales... Le silence des probables vainqueurs, dits socialistes, "prudentissimes", est assourdissant. On n'ose pas admettre que la reconstruction politique, inévitable, va obliger à prendre position, clairement, sans ambiguïté, sur deux questions liées : la fin du productivisme, le caractère vital de la solidarité. Autrement dit, et moins prudemment, le capitalisme et sa croissance irrationnelle, l'exploitation acharnée du vivant, plantes bêtes et hommes (et des autres ressources terrestres :eau, charbon, pétrole et minéraux) ne sauraient durer encore longtemps. C'est cela qu'une gauche responsable dirait : ou bien il n'y aura pas d'avenir ou bien un avenir de partage et de respect de la Terre doit s'imposer. C'est cela que nous voulons entendre. Nous en sommes loin, hélas ! L'Europe y pourrait contribuer, mais pas celle, ultra libérale, dont nous voyons se manifester les insuffisances et les médiocrités.

L'Europe ressemble à un méli-mélo qui n'a pas pris sens encore pour les peuples qui la composent ! Ce lieu de pouvoir, interétatique, est toujours ingérable de façon démocratique. On y peut décider du bonheur et du malheur des Européens, de leur santé et de leurs réglementations commerciales : l'Europe est un marché ! On ne peut, on ne sait y décider ce qui unit cette minorité terrestre qui pèse à peine un demi-milliard d'individus : l'Europe n'a pas d'existence politique dynamique. Mais de cela, de l'Islande jusqu'à la Grèce, et grâce à ces peuples qui regimbent et exigent autre chose qu'un grand marché sans âme, on est peut-être en train de se rendre compte.



Europe retrouvera-t-elle ses enfants dans ce mélange de drapeaux désunis ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 28 février 2010

Claude Allègre ou l'imposteur politique.

Alerte Environnement, le site écolo de l'UMP, soutient Claude Allègre et son dernier livre L'Imposture climatique (http://alerte-environnement.fr/?p=2582). Il s'en prend aussi à Stéphane Foucart, journaliste scientifique du quotidien Le Monde qui a osé défendre le GIEC (http://alerte-environnement.fr/?p=254).

Et de citer l'interview de l'ex-ministre socialiste, désormais proche de la majorité présidentielle, dans l'hebdomadaire ultra gauchiste Valeurs actuelles, (http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/france/charge-de-claude-all%C3%A8gre-contre-climatiquement-correct.html).

Attaquant les écologistes, Claude Allègre estime que “leur grande imposture, c’est d’avoir fait croire que la priorité numéro un était la lutte contre le réchauffement climatique.” Et selon lui, les conséquences sont dramatiques : “en entraînant les politiques dans cette croyance du réchauffement climatique, on a négligé les vraies priorité : l’eau, la faim dans le monde. Toutes les dix secondes, un enfant meurt de faim dans le monde. Chaque jour, dix mille personnes meurent par manque d’eau potable. C’est terrible.”

Quand la malhonnêteté intellectuelle, de la part d'un scientifique, s'ajoute à la connivence politique, cela donne un livre qu'il faut examiner de près et combattre. N'en déplaise aux journalistes complaisants de Valeurs actuelles, L'Imposture climatique est un ouvrage truffé d'erreurs que Stéphane Foucart relève, impitoyablement, dans Le Monde du 27 février 2010. (http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/02/27/le-cent-fautes-de-claude-allegre_1312167_3244.html).

Pour nous qui ne sommes pas des savants ni même des scientifiques, mais pas tout à fait des naïfs en politique, nous voyons bien la manœuvre : il s'agit de tuer dans l'œuf l'accusation du GIEC selon laquelle l'activité humaine est la principale responsable du réchauffement climatique. Il s'agit d'effacer les doutes qui pèsent sur la responsabilité du système économique capitaliste sur les risques encourus par l'espèce humaine. Il s'agit de raviver les espoirs en la croissance mise à mal par la dénonciation du productivisme. Il s'agit, en bref, de... continuer comme avant, ce qui, en effet, se produit depuis l'échec de Copenhague.

Si la chasse au GIEC est ouverte (http://www.rue89.com/planete89/2010/01/29/rechauffement-climatique-la-chasse-au-giec-est-ouverte-136098), c'est parce qu'on s'est jeté sur des erreurs méthodologiques de certains membres du GIEC pour décridibiliser l'institution. Selon l'Onu, les quelques bourdes imputables au GIEC ne démentent en rien la véracité de cette conclusion : il est à 90% certain que le réchauffement climatique, observé au cours des cinquante dernières années, est imputable à l'activité humaine.

Là où le comble de la duplicité est atteint, c'est quand on pleure sur les morts liées au monde d'eau et de nourriture, comme si ces drames n'avaient rien à voir avec l'activité humaine et les inégalités violentes qu'elle engendre. À supposer que le GIEC se soit trompé, voire même que le réchauffement climatique ne soit pas dû seulement, ou principalement, à l'activité humaine (ce qui pour la majorité des scientifiques ne continue pas moins à refuser d'admettre), rien ne saurait annuler la constatation que nous consommons plus que nous ne pouvons désormais produire. Il n'est pas davantage possible de continuer à penser l'économie comme fondée sur une croissance sans fin !

Le GIEC, du reste, continue, imperturbablement ses travaux : il définit les grandes lignes du Cinquième Rapport d’Evaluation (AR5), qui paraîtra en 2014. Il est aussi en train d’élaborer deux Rapports spéciaux. Un Rapport Spécial sur “ Les Sources d’énergie renouvelables et les mesures d’atténuation du changement climatique” devrait être prêt en 2010. Le Rapport Spécial “ Gérer les risques d’événements extrêmes et des catastrophes pour améliorer l’adaptation au changement climatique” est aussi en préparation et va sortir en 2011. (http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.htm).

ccnucc

En conclusion, ou bien il est irresponsable de laisser écrire ce qui suit, ou bien il est irresponsable de laisser dénigrer l'activité de ceux qui s'efforcent, avec les risques d'erreur liés à toute recherche humaine, de nous éclairer sur ce qui menace l'humanité tout entière et pas seulement notre société occidentale ! On trouve, en effet, sous la responsabilité de la Convention-Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) cette définition du dictionnaire environnement et développement durable, l'effet de serre :
" Sans l'effet de serre, la température moyenne à la surface du globe serait de -18°C. Les activités humaines seraient, du fait de la libération dans l'air de gaz à effet de serre, à l'origine d'une augmentation du phénomène. L'augmentation incontrôlée de l'effet de serre pourrait provoquer selon les pires prévisions (violents incendies de forêts dus aux sécheresses et réchauffement progressif des océans entraînant la fonte puis la remontée à la surface du méthane stocké au fond des mers) une augmentation de la température du globe jusqu'à 10°C en moyenne d'ici à 2150 si rien n'est fait pour diminuer les rejets humains de gaz à effet de serre".
(http://www.dictionnaire-environnement.com/effet_de_serre_ID282.html).

Et mieux vaut en rire...



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 22 février 2010

RFID : devrons-nous choisir entre progrès et liberté ?


Radio Frequency Identification Data
en Anglais, plus simplement, en Français : identification par radio fréquence.

Ce sont des étiquettes intelligentes qui, sans faire de bruit, sont en train d'envahir notre quotidien et qui permettront de communiquer à distance avec les objets, voire aux objets de communiquer entre eux. C’est, indéniablement, une avancée technologique mais aussi un incroyable outil de traçage qui inquiète les organisations de protection des libertés individuelles.

Orwell a-t-il eu tort d'avoir raison trop tôt?

Traçage, oui, non seulement sur les animaux, mais aussi en implantant dans chaque chose , éventuellement, chaque être, un mini-mouchard électronique. La possibilité de détection des RFID est aujourd’hui de quelques centimètres, voire de quelques mètres, mais, demain, de plusieurs dizaines de mètres, « sans contact » la faculté de tout suivre, pister, détecter, contrôler, surveiller électroniquement.


Pour le consommateur, ces étiquettes sont présentées comme améliorant le confort et la commodité, elles permettraient, par exemple, d'éviter les files d'attente à la caisse des supermarchés grâce à l'identification à distance des produits contenus dans les caddies par simple balayage radio. Effectivement, très pratique et commode, à condition d’admettre que chacun de nos déplacements puissent être éventuellement enregistré - date, heure, trajet, temps de parcours, etc.

L’intérêt principal des RFID pour leurs promoteurs est de recueillir et de stocker des millions de données - une richesse dans la société de l’information mais aussi une source de pouvoir dans une société de domination.

http://altaide.typepad.com/jacques_froissant_altade/images/rfid.jpg
Quand le droit passe après la révolution technologique...

De quoi s’agit-il vraiment ?


C'est une étiquette code à barres qu'on aurait doté d'une intelligence qui caractérise l’objet ou la personne qui la porte parmi toutes les autres, et est lisible à distance. Presque invisible, ce micro processeur est muni d'une antenne réagissant aux ondes électromagnétiques, ces étiquettes restituent et/ou intègrent, sans énergie interne, les informations qu'elles contiennent ou qu’on leur envoie dès qu’elles sont dans le champ d’un lecteur.

Les industriels voient dans leur utilisation un abaissement important de leur coût de fabrication et de logistique : meilleure gestion des stocks, réduction des coûts, protection antivols. Ils y voient, aussi, le moyen d'optimiser la traçabilité des marchandises tout au long de la chaîne de distribution, depuis l'entrepôt jusqu'aux caisses voire même beaucoup plus loin, chaque étiquette présentant un numéro de code personnel unique permettant l'identification et le suivi des objets de manière individuelle, véritable carte d’identité de l’objet. Ils y voient, enfin, sous le couvert de la commodité et du confort un instrument de traçabilité et de profilage du consommateur sans concurrence aujourd’hui.

Les utilisations sont vastes et variées, en voici quelques exemples :
Nokia commercialise un portable avec lecteur RFID pour inventorier les objets qui sont autour de soi et transmettre les données à distance. IBM a mis au point le dispositif « Person Tracking Unit » permettant de scanner les étiquettes sur les éléments d’une foule pour suivre les mouvements dans les lieux publics. Des bibliothèques l’utilisent pour l’enregistrement des livres empruntés au passage du portique de sortie.

Et aussi :
Le suivi des bagages dans les aéroports ;
L’identification des véhicules, des produits de luxe et des médicaments (pour éviter la contrefaçon) ;
L’ouverture contrôlée des portes électroniques ;
Le remplacement des badges ;
La traçabilité alimentaire ;
L’identification et traçage des animaux domestiques et des humains, pourquoi pas.

Il existe des expérimentations sur les humains : en Espagne, des personnes se font injecter sous la peau de l’avant bras une RFID pour entrer et consommer dans des boites de nuit sans avoir à décliner leur identité, aux Etats Unis et au Mexique, pour déjouer les enlèvements des personnes nanties.

C’est enfin, dans notre pays, la technologie utilisé pour le Passe Navigo parisien et le passeport biométrique. Ce système de Passe existe aussi pour beaucoup de moyens de transport collectif en Province ainsi que pour accéder aux remontées mécaniques alpines. Le passeport biométrique français comporte lui aussi une puce RFID dans la mémoire de laquelle sont enregistrées une photo numérisée face et profil, ainsi que les empreintes digitales de 8 de nos doigts. Lors de sa mise en place, ce système a été vanté comme la parade absolue à la fraude et à l’usurpation d’identité. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien puisque les puces RFID peuvent être clonées très rapidement et facilement avec un matériel peu coûteux.

Pour généraliser, d’ici à 2011/2012, chacun des environs 50 000 milliards d’objets de la vie quotidienne, vendus journellement, seront munis d’une puce RFID. Dans quelques mois, sinon une année ou deux, vous n’aurez plus besoin de vider vos caddies aux caisses des magasins à grandes surfaces, vous passerez à proximité d’un lecteur qui instantanément analysera les RFID des produits achetés et créera la facture de vos achats ; vous n’aurez plus qu’à payer par carte bancaire de préférence. À partir de ce moment, le logiciel du système informatique de votre magasin croisera vos achats avec vos coordonnées et pourra en toute quiétude vous abonder directement à votre adresse personnelle des publicités promotionnelles correspondant à votre profil. Plus besoin pour le magasin de vous dérober ces informations en vous « offrant » une carte malin ou autre. De plus, en dehors d’une atteinte directe à notre vie privée, ce système mettra au chômage une grande partie des 250 000 caissières de grandes surfaces.

À l’évidence, cette révolution technologique, croisée avec les nanotechnologies dont les scientifiques disent qu’elles seront la prochaine révolution industrielle et qu’elles vont bouleverser tout notre environnement, pose la question du respect de la vie privée et des droits fondamentaux. En effet, le citoyen est en droit de s’imaginer que porteur de vêtements, de chaussures « RFIDisés » il pourrait ensuite être tracé en permanence par des lecteurs judicieusement placés dans des lieux de passages obligés, dans les transports publics, par exemple.


Empreintes digitales, iris..., je t'ai à l'œil...

Comme beaucoup de progrès technologiques, ces pseudos avancées comportent de sérieux revers. Elles sont surtout un puissant moteur de développement industriel et engendrent des profits importants. Ce pactole ne manque pas d’attirer les grands groupes agroalimentaires, les entreprises militaro-industrielles, les laboratoires médicaux qui sont prompts à faire miroiter les bienfaits en omettant, jusqu’au mensonge, d’évoquer des risques pour l’instant mal cernés.


Dans le domaine du contrôle social, les applications multiples liées à la miniaturisation nanométrique – des RFID de la taille de la poussière, par exemple – couplées à des bases de données informatiques de plus en plus performantes, peuvent faire redouter une société de surveillance totale où les moindres faits et gestes d’un individu seraient épiés et enregistrés à son insu. À défaut d’un encadrement contraignant et de garanties effectives de limitation de leur emploi et de contrôle de leur utilisation, les RFID nanotechnologies permettraient, par leur hyper miniaturisation et par leur invisibilité, une surveillance indétectable des citoyens : mini-caméras de vidéosurveillance, microdromes, etc

La situation est d’autant plus préoccupante que ces nouvelles technologies représentent, on l’a vu, des enjeux économiques considérables, sur des marchés qui ne sont encore qu’en émergence, et l’on peut s'inquiéter des pressions industrielles et financières importantes qui couplées à des envies de domination du pouvoir déboucheraient sur une société de surveillance généralisée.
Afficher l'image en taille réelle
La responsabilité des associations de défense des libertés individuelles est considérable face à ces dérives et à leurs conséquences.
Sans notre vigilance, Big Brother peut désormais nous étouffer dans ses bras !


Voir le site de Pièces et Main d'Oeuvre : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?article66

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux






lundi 8 février 2010

Le minimum démocratique.

La LDH rappelle quel est, aujourd'hui, le minimum démocratique! Nous nous associons à cette prise de position claire, forte et exigeante!
Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux



Chaque jour un peu plus, nos droits, nos libertés sont attaqués, fragilisés, remis en cause. Chaque jour un peu plus, la manière dont le pouvoir est exercé piétine les valeurs républicaines et menace la démocratie.

Face à ces dérives, il y a urgence, urgence à réagir et à construire ensemble. Nous en appelons à un nouveau contrat citoyen.

Rien ne nous condamne à subir l'injustice, à craindre l'avenir, à nous méfier sans cesse davantage les uns des autres. Rien ne nous prédestine à vivre dans une société de surveillance, de discriminations et d'exclusion.

Rien n'oblige à ce que le destin de tous ne soit plus que l'affaire d'un seul, que la politique ne soit plus que mise en scène, que la citoyenneté se réduise à des protestations éphémères.

Nous valons mieux que cela. Avant que le jeu des concurrences et des compétitions subalternes ne risque d'obscurcir la préparation d'échéances décisives, reprenons la parole. Mettons au centre des débats la défense des droits et des libertés, la demande d'égalité et de solidarités durables qui monte du pays. La démocratie est aujourd'hui asphyxiée ? Faisons-lui reprendre souffle et vie.

C'est le sens de notre campagne « Urgence pour les libertés, urgence pour les droits ». Dans des dizaines de réunions publiques, de rencontres avec la population, les militants de la Ligue des droits de l'Homme écoutent et partagent le refus de l'inacceptable et l'espoir d'un vrai changement. Avec les acteurs de la société civile, associations, syndicats, collectifs et réseaux citoyens qui pratiquent le « devoir de résister » et font vivre l'« insurrection des consciences », ils recherchent des alternatives crédibles pour un nouveau « vivre ensemble ».

Ainsi, au fil des échanges, émergent des attentes concrètes et précises. Pour y répondre, nous mettons en débat des propositions porteuses d'un avenir plus humain, plus juste et plus solidaire.

La fin du cumul des mandats, le droit de vote pour les étrangers aux élections locales, la désignation non partisane des membres du Conseil constitutionnel et des Autorités indépendantes.

La suppression de la « rétention de sûreté », des « peines planchers » automatiques et des tribunaux d'exception ; la priorité aux alternatives à la prison et l'interdiction des « sorties sèches » sans accompagnement des fins de peine en milieu ouvert ; la fin des contrôles au faciès, de l'emploi militarisé des forces de police face aux « classes dangereuses » ; la sanction des violences policières et la création d'une vraie police de proximité, au service de la sûreté de tous et du respect des citoyens.

Le refus du fichage généralisé, l'encadrement par la loi des fichiers de police ; la maîtrise des technologies de la surveillance, du fichage et du traçage, la garantie judiciaire de la protection des données personnelles et de la vie privée.

La défense de l'égalité face au racisme, au sexisme et aux discriminations : l'interdiction de toute prise en compte de données personnelles relatives aux « origines géographiques » ; l'engagement pour la « mixité des droits » et l'adoption d'une loi-cadre sur les violences faites aux femmes.

L'abrogation des lois xénophobes, la régularisation des familles des écoliers, des travailleurs, de tous ces sans-papiers qui vivent ici, qui travaillent ici et qui resteront ici parce que personne n'a intérêt à leur expulsion et que c'est avec eux que nous construirons notre avenir.

La défense, la reconstruction et la modernisation des services publics, richesse de tous les territoires ; une politique du logement social porteuse de mixité sociale, de solidarité territoriale et de préservation de l'environnement ; la priorité à l'école publique, qui seule accueille tous les enfants sans discriminations, le rétablissement du statut public de La Poste, la suppression des franchises médicales, l'abrogation du bouclier fiscal et de l'injustice fiscale organisée ; une vraie « sécurité sociale professionnelle » adaptée aux risques d'aujourd'hui et la sécurisation des contrats de travail ; bref, le choix de l'égalité et des solidarités contre la précarité et la mise en concurrence de tous avec tous.

Voilà autant d'« urgences » pour les droits de l'Homme et pour la citoyenneté, voilà les bases possibles d'un véritable changement qui redonnerait de l'oxygène à la démocratie et de l'espoir dans l'avenir.

La Ligue des droits de l'Homme appelle tous les citoyens à se saisir de toutes ces urgences, à les porter et à les mettre en débat. Elle propose à tous ses partenaires, acteurs de la société civile, d'en discuter et, à partir des attentes et des demandes des mouvements de défense des droits, de bâtir un « Pacte pour les droits et pour la citoyenneté ». Car les citoyens ont le droit de savoir ce qu'en pensent les forces politiques et si les candidats qui solliciteront bientôt leurs suffrages entendent faire réellement le choix d'une société de libertés, d'égalité et de solidarités.

Ensemble, nous le pouvons !

jeudi 4 février 2010

Le capitalisme est devenu obsolète

Le quotidien Le Monde republie, aujourd'hui, les 24 pages du Manifeste du parti communiste, paru en 1848. Jamais texte ne fut plus loué, décrié, déformé et objet d'incompréhension. Sait-on qu'à l'époque, il n'y avait pas de Parti communiste et qu'Engels et Marx, les auteurs, avaient dû se réfugier à Londres où fut écrit ce document brulot, qui enflamma les terres occidentales?


Un livre qui n'en a pas fini de bouleverser l'histoire

Marx n'était pas marxiste. Ses zélateurs eurent tôt fait de lui faire dire ce qu'il ne disait pas et de trahir ce qu'il disait. De nos jours, l'histoire efface les marxistes des pages vivantes que la politique trace, mais Marx réapparait. Va-t-on, enfin savoir ce qu'il annonçait?

Le slogan qui clôt le pamphlet anticapitaliste ("Prolétaires de tous les pays, unissez-vous") est la première exhortation altermondialiste qui se soit faite entendre! Cette parole est d'autant plus actuelle que se sont creusées des inégalités gigantesques, que les prolétaires se comptent par milliards, et qu'ils sont toujours les expropriés des biens terrestres. Le constat que moins de 20% des Terriens disposent de 80% des richesses planétaires devrait suffire à bouleverser l'ensemble des politiques. Ce n'est pas le cas.

Le capitalisme du XIXème siècle n'était pas celui du XXème et ce dernier diffère de celui du XXIème. Des différences considérables, inimaginables du vivant de Marx, ont affecté la démographie, les transports, l'armement, les communications..., mais un lien unit les trois siècles : "l'exploitation de l'homme par l'homme" n'a jamais cessé, le produit du travail n'appartient toujours pas à celui qui vend ses forces et ses capacités à son employeur, mais aussi une constante traverse le système économique libéral et lui fournit sa colonne vertébrale : "enrichissez-vous en produisant toujours plus". Capitalisme et croissance sont inséparables l'un de l'autre!

Au milieu du XXème siècle, tout était à reconstruire et le "toujours plus" avait comme justification la nécessité. On pouvait se payer le luxe de l'État providence et les bonnes intentions emplissaient les discours des hommes politiques. On n'avait pas encore adopté la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948). Pas même encore sortis de la dernière guerre mondiale, de bons et talentueux représentants des peuples, encore sous le choc épouvantable d'un désastre innommable, signaient, à Philadelphie, un texte dont l'esprit, sinon la lettre était anticapitaliste. On y pouvait lire :

La Conférence générale de l'Organisation internationale du travail, réunie à Philadelphie en sa vingt-sixième session, adopte, ce dixième jour de mai 1944, la présente Déclaration des buts et objectifs de l'Organisation internationale du travail, ainsi que des principes dont devrait s'inspirer la politique de ses membres.
I - La Conférence affirme, à nouveau, les principes fondamentaux sur lesquels est fondée l'Organisation, à savoir notamment :
a) le travail n'est pas une marchandise;
b) la liberté d'expression et d'association est une condition indispensable d'un progrès soutenu;
c) la pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous;
d) la lutte contre le besoin doit être menée avec une inlassable énergie au sein de chaque nation et par un effort international continu et concerté dans lequel les représentants des travailleurs et des employeurs, coopérant sur un pied d'égalité avec ceux des gouvernements, participent à de libres discussions et à des décisions de caractère démocratique en vue de promouvoir le bien commun.

La suite sur : http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/OIT_01.htm

On sait ce qu'il est advenu de ce bel engagement international...

Aujourd'hui, nous entrons dans un âge où les promesses sont d'autant plus inutiles que les racines de la croissance, et donc la base même du capitalisme sont littéralement "déterrées", au sens propre comme au sens figuré : les ressources minières, à commencer par le pétrole, ne pouvant être renouvelées à l'infini, il n'est plus possible de compter sur une croissance indéfinie. Le temps des limites, annoncé par Paul Valéry, en 1945, n'est pas seulement commencé, il est profondément engagé, alors même qu'un vide politique béant s'ouvre devant nos sociétés (qui ne savent se penser qu'au sein de politiques qui survivent, de plus en plus malaisément, fondées sur des a priori qui ne résistent pas aux réalités.) C'est bien pourquoi les prises de conscience de Copenhague ne pouvaient déboucher sur rien. Le savoir et le vouloir ne coïncident plus.

La révolution à laquelle nous sommes invitées déborde la révolution sociale voulue par Marx qui contestait le pouvoir des propriétaires mais pas la propriété, sacralisée depuis la révolution française (voir l'article 2 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen). La citoyenneté mondiale n'est pas l'universalisme des Lumières qui voulait conquérir le monde aux idéaux occidentaux; elle exige, à présent, la pluralité, la diversité et non plus l'unité uniformisante. La Terre est un univers dont nous ne pouvons sortir, limité, et appartenant à tous. Ce seul constat suffit à modifier toutes les politiques mais l'écologie ne sortira pas le capitalisme de sa contradiction fondamentale : ce n'est pas en augmentant les dimensions du gâteau qu'on servira à chaque homme sa juste part, mais bien en effectuant un partage équitable. La croissance verte, le capitalisme vert ne sont que des illusions nouvelles, des tentatives pour esquiver la question qui fâche : la lutte des classes n'a jamais cessé et aujourd'hui, plus que jamais, elle interpelle la minorité de ceux des humains qui accaparent les richesses de tous.

La nouveauté, c'est que cette évidence n'étant plus portée par ce qui s'appelait "la gauche", il est devenu urgent de refonder les motivations des partis, mouvements, et autres regroupements citoyens, qui sont restés enfermés dans des doctrines obsolètes qui, peu ou prou, demandent encore à "produire plus pour donner plus à ceux qui ont le moins". Cette fausse logique ne fait point difficulté pour les maîtres de la finance qui veulent "produire plus pour s'enrichir plus". Sortir du capitalisme n'est qu'une formule creuse dès lors qu'on reste convaincu qu'on ne peut satisfaire les besoins vitaux des hommes sans continuer à enrichir l'humanité tout entière! Deux écueils sont sur notre parcours économique : épuiser les ressources qui fondent notre capacité d'activité; tout transformer en marchandises, même l'ordure, pour n'avoir rien à donner, quitte à détruire ce qu'on gâche dans des proportions inimaginables.

La décroissance (l'antidote de la croissance et donc du capitalisme) est l'exact contraire de la rigueur : c'est le renoncement à l'excès pour que nul ne manque de l'essentiel. Plus passent les mois, depuis 2007, et plus la contestation de la décroissance... s'accroît! C'est bon signe : c'est qu'elle trouve place dans le débat public!


Deux visionnaires dont les pensées deviennent compatibles.

Il est temps de réconcilier Marx et Gandhi! "Il faut vivre simplement afin que simplement tous les hommes vivent" et, pour cela : "Prolétaires de tous pays, unissez-vous". L'écologie sans le social, le social sans l'écologie perdent, l'une comme l'autre, tout leur sens. Reste à tirer les enseignements politiques de cette re-découverte qui commence à être admise mais n'est pas encore bien comprise. Il faut du temps aux peuples pour saisir, avec leur vie, ce qui n'est encore que des mots, certes porteurs, mais pas encore chargés d'énergie libératrice. Qui va donc écrire le... Manifeste du communisme sans parti ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran