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samedi 19 février 2011

Droits de l'Homme et Globalisation.


Pour tous les économistes, l’économie mondiale est dans une phase dite de globalisation. Globalisation plutôt que de mondialisation, processus ancien, qui a pris son essor il y a de nombreux siècles au moment de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.



Même s’il est un anglicisme, le mot globalisation désigne, avec plus de précisions, les phénomènes qui régissent les échanges économiques mondiaux et signifie l’intégration des productions, l’interconnexion des marchés de biens et de services, les marchés financiers au plan mondial et, aussi, l’effacement progressif des frontières nationales.


Avant d’aller plus avant, il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement du système et il n’est donc pas inutile de rappeler le sens du mot : « système économique basé sur la propriété privée des moyens de production et structuré en vue de maximiser les profits ».


C’est Adam Smith, économiste anglais (1723-1790), qui a posé les bases du système actuel et qui est considéré comme le père de l'école libérale. Il a inventé le concept de « main invisible », et donné un rôle central au marché dans le fonctionnement de l’économie, en affirmant, d'une part, que la recherche de l'intérêt individuel est le plus sûr moyen d'accroître la richesse des nations et, d'autre part, que le rôle de l'État doit être strictement limité.


Dans son livre « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » Adam Smith décrit comment, par la recherche de l'intérêt, du profit individuel et par les mécanismes du marché, chaque citoyen s'enrichit :

« … Ce n'est que dans la vue d'un profit qu'un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d'employer son capital dans le genre d'activité dont le produit lui permettra d'espérer gagner le plus d'argent… À la vérité, son intention, en général, n'est pas en cela de servir l'intérêt public, et il ne sait même pas jusqu'à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l'industrie nationale à celui de l'industrie étrangère, il ne pense qu'à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invisible… »


http://www.gho-englisch.de/Courses/2005-2006/En-12/Globalisation/globalization2.gif


C'est une façon d’affirmer que l'État n'a pas à intervenir dans la vie économique et que chaque acteur économique cherche naturellement les moyens de s'enrichir personnellement. L'expression la main invisible synthétise, alors, l’idéologie qui fait du marché l'unique régulateur de l'ensemble de la vie économique.


La globalisation est la conséquence des égarements et de la gloutonnerie du système capitaliste, dans sa version néo-américaine, fondée sur la réussite individuelle, définie par Adam Smith, amplifiée par les théories de F. Hayek et de L. Von Mises, tous deux chantres du néo-libéralisme de M. Thatcher, R. Reagan, G. Bush et maintenant de N. Sarkozy. Elle déclenche un appétit démesuré de profits financiers à court terme.


Les exactions commises au nom de ce catéchisme sont nombreuses : conquête et vol de territoires, esclavage, colonisation, conversion religieuse forcée, pillage des ressources naturelles, barbarie européenne, génocides, corruption, etc. Ce capitalisme contemporain ne peut avoir pour postulat que l’exploitation du travail des uns au profit d’une minorité de privilégiés et il est évident que le concept théorique de ce système économique mondial, arc-bouté sur la réussite individuelle d’une oligarchie, est un dangereux générateur d’inégalités et d’injustices.


Ce tragique constat de l’aggravation considérable des inégalités et des injustices s’oppose à l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948 (DUDH), pourtant ratifiée par l’ensemble des nations mondiales.


« Tous les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits. »


Ce premier article est la charpente de cette déclaration, tous les autres en dépendent et le non respect de celui-ci rend inapplicable la DUDH.



En amplifiant les inégalités et les injustices à l’échelle mondiale, la globalisation, rejeton du capitalisme néolibéral, est opposée au respect des Droits de l’Homme.


D’aucuns veulent réfléchir sur la relation entre la globalisation et les droits de l’Homme, sans convoquer le capitalisme néolibéral. Cette posture est intenable car, dans sa forme actuelle, ce capitalisme est le fossoyeur des droits de l’Homme.


D’ailleurs, cette affirmation pose une question fondamentale : est-il possible de faire évoluer le capitalisme vers un système économique de partage et de solidarité ?


Par son essence même, l’individualisme, aujourd’hui exacerbé, le capitalisme ne peut pas se réformer pour tendre à un système d’interdépendance fraternel, sauf à s’autodétruire, mais alors, là, ce ne serait plus le capitalisme...



Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mercredi 16 février 2011

Retour sur la décroissance

Croissance ou décroissance ? Quel dogme l'emportera ?
Car il s'agit de dogmes économiques.
Il s'agit aussi de confusions entretenues et d'illusions.

Les "croissantistes" sont des doctrinaires qui se refusent à l'évidence.
Les "décroissants" sont des contestataires qui ne savent comment convaincre.

Et si l'on prenait la question du développement des sociétés par un autre bout !

Arte, le 15 février, a présenté un film, dans le cadre des son émission Théma qui a commencé par rappeler que, dans les années 1920, fut mise en œuvre l'obsolescence programmée. Autrement dit, on a, alors, sciemment réduit la durée de vie des produits, de manière à obliger au rachat. Ce fut le début de l'économie non durable. Ce fut le déclanchement du gaspillage. Ce fut par voie de conséquence l'ouverture d'un temps où allaient s'accumuler les déchets.



On sait fabriquer des appareils, des outils, des marchandises qui sont faits pour être utilisés de longues années et pour être réparés aisément. Pour les cartels industriels, cela ne permet pas une activité économique suffisante. Il faut faire acheter. Il faut consommer plus. Il faut donc faire... décroître la durée d'utilisation des objets d'usage courant. Ainsi fut-il fait, systématiquement, pour les ampoules électriques, d'abord conçues pour servir des milliers d'heures, et qui devaient, impérativement, ne jamais durer plus de mille heures (sous peine de sanctions financières pour les constructeurs ne se soumettant pas à cette nouvelle règle !)

La croissance, c'est la consommation forcée ou suscitée par la mode, la publicité, le désir d'être remarquable.

La décroissance souffre de ne pouvoir dire qu'elle veut une autre croissance : celle de valeurs humaines qui ne font pas de l'objet le substitut de la personne.

La croissance, donc, celle des économistes libéraux, vaut par elle-même et peu importe son contenu du moment qu'elle se renouvelle et oblige à céder au tropisme de la nouveauté. Ce qui doit décroître c'est le nombre de ceux qui se refusent à devenir des clients et des consommateurs dont l'addiction soit plus forte que ce que permettent leurs revenus. L'économie capitaliste, on le constate de nouveau, fabrique de l'aliénation.



La décroissance se fonde sur la conviction que pour obtenir plus pour l'humanité tout entière, il faut produire moins en choisissant ce qui constitue des besoins aujourd'hui mal satisfaits. Il ne s'agit donc pas d'arrêter la production ! Il ne s'agit pas de faire tout décroître ! Il s'agit de revaloriser la modération, la sobriété, la tempérance, la durabilité, la remise en état, le recyclage, la limitation des transports, etc... Concevoir une société qui brise le lien entre le plus et le mieux est une révolution culturelle authentique que l'on ne fera pas triompher par des oukases. Il faut en faire apparaître l'intérêt et en donner le goût. La vie simple n'est pas une vie réduite. La vie modeste n'est pas une vie morne. La vie heureuse n'est pas une vie luxueuse.

La décroissance ne saurait donc être considérée comme un contre-dogme, même si elle a pris le contre-pied d'une économie productiviste, insensée, prédatrice et, comme vient de le révéler l'affaire du Médiator : meurtrière. Il faut que la culture de la décroissance se vulgarise. Ce n'est pas une affaire de "bobos" qui ne changent dans leur vie que ce qui ne dérange pas trop leur confort. C'est une question de remise en ordre d'un système économico-politique qui marche sur la tête dès lors qu'il réduit le citoyen à n'être plus qu'un acteur du cycle travail-salaire-consommation ! La fin du gaspillage de produits pour une part jamais consommés, la fin des déchets qu'on transporte dans des pays-poubelles, la fin des exploitations minières qui détruisent des richesses non renouvelables, la fin des conditionnements alimentaires, vestimentaires et autres qui canalisent nos désirs, la fin de l'enrichissement de quelques uns au dépens de l'immense population terrestre, bref la fin de la croissance des seuls priviléges : tel est l'objectif d'une décroissance responsable.



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 15 février 2011

DSK : la droite fait tout pour qu'il soit candidat

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Décidément, on est loin de ce que des peuples viennent d'exprimer ces dernières semaines.
L'UMP se déchaîne contre DSK.
Mais la ficelle est un peu grosse !
Car c'est de la politique politicienne pur jus !

À tous les coups la droite gagne...
Il faut que DSK soit le rival de Sarko.
Car, ou bien la gauche bronche, renâcle, et Sarkozy a ses chances.
Ou bien DSK est élu et la droite n'aura pas à s'en plaindre...



Comment s'y prendre ?
D'abord : faire de DSK, la personnalisation de la gauche caviar, bobo, voire un Français douteux.
Ensuite : le faire, ainsi, défendre, au sein du PS, par ceux-là mêmes qui écartent sa candidature.
Enfin : le faire apparaitre comme le seul opposant crédible face à Sarkozy.

Tout ceci est faux ! Mais le mensonge peut payer, s'il permet de sauver Sarko à la dérive.
DSK ne peut être un candidat rassembleur de la gauche : Mélenchon a raison sur ce point !
DSK, l'homme du FMI, est un repoussoir pour les altermondialistes !
DSK, est aussi peu bobo qu'un écologiste défenseur du nucléaire et du productivisme !

Le jeu, que jouent, en la circonstance, les médias, est particulièrement pervers.
Ils accompagnent la manœuvre de l'UMP par intérêt, complicité ou sottise !
Leur message subliminal est clair : "vous ne voulez plus de Sarko; un seul moyen : votez DSK" !
Qu'Aubry, Hollande ou même Royal puissent l'emporter aussi n'est plus pris en compte.

Mais il y a pire encore, quand on se sert de la carte antisémite, à double usage!
On ose suggérer que DSK rabattrait sur Sarkozy le vote de la droite antisémite, au second tour.
Mais on veut aussi bloquer les critiques de gauche de DSK, taxées d' antisémitisme.
C'est indigne : ce n'est pas qu'il soit juif qui est reproché à DSK, mais bien sa politique !

Il est impossible de laisser s'enfermer le débat politique dans ces culs-de-basse-fosse.
Les électeurs n'en sortiraient que pour aller voter comme des moutons.

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lundi 7 février 2011

TOTAL : dégazez ou bien dégagez !


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Le Qatar a investi, beaucoup investi, mais il est devenu le premier producteur mondial de gaz liquéfié ! Transporté par bateau, ce gaz parvient, là où l’on en a besoin, à des prix moins élevés que si l’on utilisait des pipe-line, moins faciles à protéger.


Il ne reste qu’une soixantaine d’années pour extraire le pétrole liquide ou le gaz conventionnel, mais le gaz liquéfié, moyennant une augmentation des prix pour rentabiliser l’exploitation des gisements (ce à quoi les consommateurs finiront bien par se résoudre, espèrent les producteurs…) pourrait se révéler « la » solution d’avenir.


Ainsi existe-t-il des réserves colossales de gaz de schiste ! C’est particulièrement vrai sous les sables sahariens de l’Algérie. Ce l’est même, en France, sous le plateau du Larzac.


L’entreprise Total, cette entreprise française qui ne paie pas d’impôts en France, travaille « l’acceptabilité » de ses recherches énergétiques. Son PDG, De Margerie, ne croit pas à « l’acceptabilité » de l’éolien offshore. Il croit davantage au nucléaire s’il cesse d’être la seule source massive de production d’électricité. Les énergies renouvelables sont, selon lui, à inclure dans un bouquet de propositions de productions énergétiques.


Le gaz de schiste entre dans le bouquet ! Certes il faut beaucoup d’eau pour le faire remonter en surface, certes la pollution de nappes phréatiques constitue un risque, mais en en prenant le temps et à condition de « respecter l’environnement » , on peut rendre acceptable cette extraction de gaz de schiste. En faisant confiance à la science et au savoir faire des ingénieurs, on peut encore ponctionner la Terre sans trop la faire souffrir.


Les écologistes se soulèvent contre des projets qui se fondent sur la permanence des besoins en pétrole et dérivés. L’argument du « pic de Hubbert » qui a servi à prouver que les réserves ne sont pas inépuisables et même qu’on a dépassé la cote d’alerte, ne trouble guère les très grandes entreprises qui s’en tiennent à aller chercher plus profond (sous terre et sous la mer), pour plus cher, et quel que soit le milieu de surface, tout ce que contient la planète et, si possible jusqu’à la dernière goutte.


Les gaz de schistes (les schistes bitumineux, au Canada, rapportent énormément même si l’environnement s’en trouve saccagé), voilà donc ce sur quoi compte Total et autres Compagnies.


Il n’est face à cette menace que deux parades possibles. L’une est inutilisable ; elle consisterait à faire interdire par les États concernés toute extraction polluante. On peut rêver ! L’autre, qui accompagnerait la prise de conscience des effets destructeurs de l’activité humaine industrielle non contrôlée, consisterait à faire évoluer les habitudes et les comportements de consommation du plus grand nombre des humains. C’est improbable mais nullement impossible et, comme l’explique Edgar Morin, quand les dangers sont trop flagrants, le probable se substitue à l’improbable.


Ce qui frappe dans ce surgissement d’une nouvelle pornocratie (le pouvoir glouton) dans l’espace économique, c’est qu’il n’est plus possible de parler de démocratie et d’écologie là où règne le capital. Le capitalisme, en effet, s’est fort bien accommodé de la démocratie et ne veut utiliser de l’écologie que sa partie verte, celle qui se voit et rapporte… Si, comme l’a reconnu Nicolas Hulot, « ce qui fait problème, c’est le système », autrement dit si la décision économique échappe à la science, à la politique et aux peuples concernés, il est probable que se produise une révolte incompressible, inattendue, imprévisible comme cela est le cas, toutes choses égales par ailleurs, en Tunisie et en Égypte.


Nous sommes entrés dans l’ère des incertitudes. Les prédateurs n’en tiennent aucun compte car ils ne veulent pas voir rognées leurs prérogatives. Ils ont les moyens et la volonté de faire perdurer leur libre exploitation des richesses du monde. Ils ne peuvent compter que sur la résignation et pas la patience des victimes de plus en plus nombreuses à l’échelle mondiale, de ce système économico-politique.


Le gaz de schiste sera-t-il la bulle de trop qui va crever au-dessus d’une société lassée des frasques des riches ? Ce n’est ni sûr ni exclu ; un moment viendra où les productivistes inconséquents entendront les victimes leur dire : « Trop, c’est trop ! Nous avons assez payé et pendant trop longtemps. Dégazez ou dégagez… ».


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


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Voir http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/02/04/gaz-de-schiste-et-nucleaire-sinvitent-au-conseil-europeen/

Moratoire sur les gaz de schiste. C’est l’autre sujet d’inquiétude. Toujours selon l’AFP, le projet de déclaration demande en effet à ce que le “potentiel” d’une extraction soutenable de ces gaz soit “évalué”. En Europe, les forages auraient lieu dans le sous-sol de la Pologne, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France.

Dans l’Hexagone, trois permis de prospection ont été octroyés, en mars 2010, au groupe pétrolier Total et au texan Schuepbach Energy, associé à GDF Suez. Les zones concernées s’étendent sur plus de 10 000 km2 entre les départements de l’Hérault, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Ardèche et de la Drôme. Une région qui pourrait contenir jusqu’à 2 380 milliards de mètres cubes de gaz, soit 10 à 20 fois la consommation annuelle de gaz en France, selon les estimations de Total.

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Ces gaz considérés comme si prometteurs par les acteurs économiques ont toutefois une particularité : contrairement à ceux qualifiés de conventionnels que l’on trouve concentrés par poches, ils sont disséminés dans les roches. Leur extraction requiert donc des forages importants et délicats, de deux à trois kilomètres, pour fracturer la roche en injectant d’énormes quantités d’eau, de sable et de produits chimiques. Aux Etats-Unis, pays précurseur dans le domaine, ce forage a des conséquences catastrophiques pour l’environnement, notamment en raison de la pollution de l’eau. A tel point que population et élus sont vent debout contre cette technique - leur mobilisation est rapportée dans le documentaire Gasland.

En France aussi, les projets suscitent depuis plusieurs mois une levée de boucliers des écologistes et élus locaux, menés par José Bové, qui s’inquiètent de l’impact sur les nappes phréatiques, les besoins en eau ou le paysage. Cette grogne a poussé le gouvernement à suspendre les travaux de prospection de gaz de schiste jusqu’à l’été au moins. La ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé mercredi la création d’une mission chargée “d’évaluer les enjeux environnementaux” des gaz de schiste. “Aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission”, a-t-elle assuré.

Malgré tout, sa marge de manœuvre demeure limitée. Ce moratoire ne change ainsi pas grand chose puisque les recherches se limitent pour l’instant à des prélèvements de roche et à des études de surface, Total ne prévoyant pas de forer avant fin 2011, début 2012. Et le gouvernement pourrait être contraint de revoir sa position par une déclaration européenne favorable à la prospection de ce gaz. D’autant que le forage des huiles de schiste, une forme de pétrole piégé dans la roche dont l’extraction demande des techniques similaires aux gaz, devrait, lui, débuter en mars près de Château-Thierry (Aisne).

dimanche 6 février 2011

Anti-sémitisme et anti-islamisme


Les sorts des Juifs et des Arabes sont liés. Sont liés non seulement les sorts des Juifs d’Israël et ceux les Arabes du Maghreb, mais ceux des Juifs du monde entier et des Arabes des immigrations, notamment dans les pays qui furent colonisateurs.


Au moment où les Arabes de Tunisie et d’Égypte (avant d’autres ?) tentent d’échapper à des dictatures qui ont reçu le soutien de pays occidentaux, les Israéliens ont peur. Ils ont peur de l’islamisme. Tout plutôt que « les Barbus » ! Mais ce « tout » peut être pire que « les Barbus », voire ouvrir les portes du pouvoir à ces Arabes anti-israéliens !


L’actuel gouvernement israélien véhicule cette peur et, même, menace… Il est grand temps de se rappeler que Juifs et Arabes ne sont pas, par définition, des ennemis ! Les uns et les autres sont des Sémites. Leurs histoires sont mêlées.


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Les peuples sémites sont les Arabes, les Araméens, les Assyriens, les Phéniciens, les Hébreux, les Juifs et de nombreux Éthiopiens.


Israël est un pays qui, géographiquement, fait partie du Machreq. Il n’y a d’avenir, pour les peuples qui y vivent, que dans la reconnaissance de l’inéluctabilité de la coopération entre Israël et ses voisins. Les Arabes et les Juifs qui le contestent ont une histoire de retard.


S’il devait en être autrement, cela signifierait : soit l’impossibilité, pour les peuples arabes, d’accéder jamais à une démocratie véritable, soit, pour Israël, à un enfermement dans une politique de force qui pourrait conduire au recours final à l’arme nucléaire !


Pour trop de Juifs, la libération des peuples arabes ne peut que mener au triomphe de l’intégrisme musulman, autrement nommé : l’islamisme. Pour de nombreux Arabes encore, l’existence même d’Israël constitue une menace mortelle pour les Palestiniens et les pays voisins qui ont reçu les Palestiniens chassés de leur patrie.


2011 sera-t-elle l’année de la sortie de cette fausse alternative : Israël n’existant que parce que les peuples arabes sont sous le joug ? Accepter, sans arrière-pensée, et l’existence d’Israël et, en même temps, l’existence de la Palestine, dans un environnement d’États arabes libres, développés, ne se joue pas qu’au Moyen-Orient. Ce qui se pense, dans le reste du monde, sur l’anti-sémitisme et l’anti-islamisme, en est la condition.


En France, le FN, ce Front nullement « national » (la nation n’est pas le nationalisme, et n’est pas l’État nation) enveloppe, dans une même contestation hargneuse, voire dans un même racisme, Juifs et Arabes. Comme dans les années 1930, stimulé par la crise économique et sociale, le rejet de l’autre, hier du Juif, aujourd’hui de l’Arabe sans oublier les Noirs, la France franchouillarde, celle de Dupont la joie, refermée sur elle-même, qui élève des frontières partout, y compris autour de la pensée politique, a besoin de boucs émissaires, de responsables de tous nos échecs. C’est là un obstacle permanent à la paix sociale et internationale, à l’acceptation de la réalité humaine, à la réalité planétaire et, du reste, le FN et ses alliés ou proches n’ont que haine pour les « cosmopolites ».


Ce n’est pas un hasard si, en Alsace, mais aussi ailleurs, des tombes profanées, des incendies criminels signés, ont concernés des symboles juifs ou musulmans. Ce n’est pas un hasard si des personnes humaines, fréquentant des synagogues et des mosquées, ont, elles aussi, été visées. Des croix gammées ont été tracées sur des édifices religieux fréquentés par des Juifs ou des Arabes. Les Juifs après les horreurs nazies, les Arabes après la défaite coloniale algérienne, parmi ceux qui ont échappé à la domination, sont exécrés par quiconque ne supporte pas l’échec historique des Européens de « pure race » (hier biologique, aujourd’hui culturelle) et qui considère comme un drame ce retournement politique qui s’effectue au XXIe siècle et qui apparaît comme une désoccidentalisation !


Le caractère historique, et donc dangereux, (et pas seulement pour les peuples concernés), des événements qui surviennent dans le Maghreb et le Machreq, c’est la manifestation de la conquête de la démocratie par des peuples non-occidentaux. La démocratie, née en Grèce, portée par des révolutions en Angleterre, en France, aux États-Unis, imparfaite, souvent trahie, déformée par les ploutocrates et les oligarques, n’a plus le contenu politique indiscutable, constitutif des institutions des États du « Nord », c’est-à-dire de l’Europe et de son appendice géant l’Amérique du Nord.


Maghreb (en bleu) et Machreq (en rouge-orange).


Face à cette évolution considérable, ressurgit le racisme, sous toutes ses formes. L’antisémitisme en est un parmi d’autres. Il n’est pas acceptable de parler de « racisme et d’antisémitisme », car le racisme est une hétérophobie aux mille visages. C’est une peur de l’autre. Il est donc un racisme arabe anti juif et un racisme juif anti arabe et pas seulement un racisme anti-juif et anti-arabe de la part de populations nationalistes européennes ou autres. Il suffit, du reste de voyager en Asie pour constater la variété et la brutalité d’autres racismes.


Notre responsabilité, en France, est de contribuer à ruiner ce qui fonde le racisme, et notamment l’anti-judaïsme et l’anti-islamisme, ces deux anti-sémitismes. La solidarité avec les Tunisiens et les Égyptiens, en cette fin d’hiver 2011, peut en fournir une occasion. La politique israélienne actuelle n’est pas la seule politique possible pour Israël qui n’est pas qu’un État juif ! Quant aux Juifs, proprement dit, où qu’ils vivent, ils disposent des moyens culturels d’aimer et de se faire aimer ! Ils ont tant apporté à la pensée humaine, leur expérience de l’histoire est si vaste qu’ils sont au nombre des peuples les mieux équipés pour vivre avec d’autres peuples. De leur côté, les Musulmans, qui ne sont point tous arabes, ne peuvent supporter d’être plus longtemps confondus avec des sectaires, ignorants et violents, qu’on appelle islamistes ou intégristes !


De deux choses l’une : ou bien la révolution arabe à laquelle nous assistons débouchera sur une véritable libération populaire dont les Juifs autant que les Arabes profiteront, ou bien elle sera écrasée dans le sang et les Juifs autant que les Arabes auront à en souffrir.

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"L'adjectif « sémitique » a été forgé par l'orientaliste allemand A. L. Schlözel dans le tome VIII (1781) du Repertorium für biblische und morgenländische Literatur de J. G. Eichhorn, pour désigner des langues dont la parenté était perçue dès le Moyen Âge par les docteurs juifs : l'hébreu, l'araméen et l'arabe. L'appellation était choisie par référence au « tableau des peuples » de la Genèse (x) où Sem, fils de Noé, est donné comme le père d'Abram et l'ascendant d'Eber, éponyme des Hébreux, ainsi que de Yoqtan, ancêtre de diverses populations d'Arabie".

http://www.universalis.fr/encyclopedie/semites/

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


mercredi 2 février 2011

Changement d’ère : l’impossible est devenu crédible.


Ce qui se passe en Tunisie, puis en Égypte bouleverse la donne politique mondiale.


Les pays d’Europe n’en prennent pas suffisamment conscience et, parmi eux, notamment, la France, qui en est restée, jusqu’à il y a peu, à soutenir des dictatures parce que seules capables, croyait-on, de faire obstacle à l’islamisme. On a passé, d’ailleurs, des générations entières à convaincre l’opinion occidentale que mieux valait la dictature que l’islamisme. On a même réussi à enfermer les populations nord-africaines dans une résignation qu’on croyait irréversible. Elles devaient rester soumises à des pouvoirs assis sur la force (celle de l’armée comme celle -indirecte- de la Françafrique ou des puissances financières occidentales).

Il semble que les USA, par la voix de Barak Obama, viennent de faire une analyse et un choix différents : ne pas soutenir les peuples arabes, qui se rebellent contre la dictature sans faire appel à l’intégrisme musulman, serait encourager les ennemis de l’Amérique. Le meilleur moyen de casser, politiquement, Al-Qaïda et ses alliés, consiste, pour la Maison Blanche, à créer, dans le monde arabe, un sentiment de sympathie pour les USA, devenus un point d’appui pour les démocraties susceptibles de naître au sein du Maghreb et du Machreq.

Il va de soi qu’une telle politique ne va pas sans risques, mais où est le principal risque aujourd’hui : dans l’association de tout l’occident avec les puissances politiques richissimes, surarmées, qui ont écrasé leurs peuples de plus en plus misérables, ou dans l’accompagnement d’un mouvement politique gigantesque, historique, incompressible ? « L’immense aspiration qui parcourt le bassin méditerranéen », ne sera pas noyée dans le sang, sauf à dresser le monde entier contre les ultra violences de pouvoirs risquant de tuer, alors, autant leur propre crédibilité politique, qu’un grand nombre de manifestants parmi les foules dressée devant eux !



L’Union Pour la Méditerranée, inventée par Nicolas Sarkozy et ses conseils, est bien en peine de relayer la politique des USA parce que, contre toute attente, le gouvernement américain fait passer ses intérêts nationaux avant ceux des riches locaux ! L’UPM (sous laquelle se cachait mal l’UMP) avait pour objectif d’unir des intérêts économiques sans considération pour l’état démocratique des États associés. L’UPM, déjà mal portante, est politiquement morte.


Ne pourraient ressusciter, pour un temps, cette UPM moribonde, que des déclarations tonitruantes de solidarité avec les peuples en lutte. Qui peut croire en pareille éventualité ? Plus : d’autres peuples méditerranéens d’Europe pourraient bien se demander si le bon exemple n’est pas nord-africain et si les pays européens en état de sous développement, tels la Grèce et le Portugal, en attendant l’Italie, voire la France, n’auront pas à se lever pour échapper à des politiques ultra-libérales dont les plus modestes font toujours, très brutalement, les frais.

Le malheur infini de l’humanité est qu’il faille entrer en rébellion pour que la pauvreté devienne, de très loin en très loin, un acteur politique historique décisif. Les révoltes de la faim, comme en 1788, en France, portent en elles des révolutions, c’est-à-dire des bouleversements politiques majeurs mais, jusque-là, imprévisibles.


Que ce soit d’ex-pays colonisés (qui n’ont jamais fait partie de la France : la Tunisie, notamment, protectorat français, ne fut jamais la France, contrairement à ce qu’a dit Sarkozy, devant la presse, laquelle n’a pas relevé !), qui donnent des leçons de démocratie à l’Europe est, certes,… inattendu et humiliant, mais à qui la faute ? Qu’avons-nous appelé démocratie, ces dernières décennies ? De quoi nous sommes-nous contentés ? Nous avons laissé s’associer, notamment depuis 1989, sans même en douter, démocratie et capitalisme. Nous avons laissé glisser la démocratie vers la monocratie bardée d’oligarchies. Nous avons confondu la démocratie avec la désignation électorale pseudo-libre d’élites toutes préparées dans les cénacles des partis. Quand le peuple a parlé, on l’a sciemment confondu avec la populace. À la rue on a opposé les urnes, comme si les unes excluaient l’autre ! Autrement dit, on a émasculé la démocratie, on en a fait une caricature. Son dynamisme souverain, son pouvoir constituant ont été rangés bien au fond des armoires des musées républicains. Hier la démocratie n’était qu’un principe exalté, enseigné, et fort mal pris en compte, à présent, elle était devenue une « gouvernance » réaliste, sans principes autres que la reconnaissance du primat de l’individu, de l’élite, de la concurrence, de la réussite économique… Et bien, ce dérapage vers le cynisme politique pourrait bien s’achever plus tôt que prévu…


« L’impossible arrive» titre Le Monde diplomatique du mois de février 2011. Car une nouvelle ère s’ouvre. Elle prend à revers la mondialisation qui n’est plus une occidentalisation. L’occident a épuisé son modèle. Le changement n’est pas que dans les urnes ! Le monde se fait ailleurs que dans les pays du Nord. Est-ce un danger ou une chance pour l’Europe ? Selon que nous recevrons cet apport historique comme une relance de la démocratie ou une menace pour elle, nous nous réanimerons ou nous nous enfoncerons dans la stagnation.

Les politologues et intellectuels en vue font semblant de reconnaître l’importance de l’événement qui vient de survenir mais la plupart d’entre eux ne supportent pas que les alternances électorales puissent être remplacées par des alternatives politiques fondamentales. Que cet avenir reste imprévisible est insupportable aux faux démocrates qui ne savent se mouvoir que dans l’espace bordé par les institutions de la Ve République. Cependant, il est des espérances qu’il faut savoir capter, quand elles passent devant notre porte, car elles ne repasseront pas une seconde fois.



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Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran