Archives du blog

mardi 15 mars 2011

Vers un manifeste pour une tripolitique

Nous vivons un début de siècle bouleversant. Dans les trois domaines décisifs en politique, (la démocratie, le social et l'environnement), la donne a changé. On ne peut d'ailleurs plus s'en tenir à ces vocables généraux. La politique, l'économie et l'écologie sont entrées dans le débat, donc en dialogue, en interagissant l'une sur l'autre.

Les revendications de la révolution arabe ont élevé d'un cran les exigences démocratiques et "l'oligarchie, ça suffit" écrit Hervé Kempf.



Le social, (salaires, retraites, dépendance) ne dépendant que de l'économie, et cessant d'être fondé sur la solidarité, ça suffit...


L'environnement (nucléaire, climat, pesticides...), réduit à une limitation des risques écologiques, ça suffit !



Nous sommes convaincus qu'est venu le temps des grandes ruptures, constitutionnelle (la Ve République a épuisé ses possibilités ; elle est antidémocratique), systémique (le capitalisme est une piraterie, une barbarie qui détruit autant la civilisation que la nature), écosophique (l'énergie nucléaire, le dogme de la croissance vont sortir du champ des sociétés humaines).

Ce tripode politique sur lequel fonder une autre société humaine s'est construit peu à peu. Il n'est pas reconnu par les élites qui se sont installées dans un prêt à penser qui retarde mais qui reste dominant. Des événements, cruels et s'accélérant, font évoluer les analyses. Nous voulons apporter notre contribution à ce renouveau de l'affirmation égalitaire et fraternelle qui, seule, peut épanouir la liberté. Rien n'embellit et ne dynamise davantage l'action politique que l'organisation du partage à échelle planétaire.

Nous nous proposons de lancer, à notre place et à notre mesure, un débat visant à solidariser la politique du partage d'un bout à l'autre de la vie, l'économie de la juste sobriété d'un bout à l'autre de la planète, et l'écologie de la maîtrise de l'énergie et d'une exploitation des richesses terrestres qui ne les épuise pas.




Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 14 mars 2011

Malheureux Japon, malheureuse humanité !


On ment ! On veut nous laisser croire que l'accident nucléaire n'est pas une catastrophe ! On va, hélas, constater le contraire, mais le gouvernement français ne bronchera pas de son dogme nucléaire. Il prétendra que, faute de gaz, de pétrole, nous n'avons pas d'autre choix, en France,pour préserver notre autonomie énergétique !

Comme si les risques que tous les hommes rencontrent, au cours de leur vie terrestre, ne suffisaient pas, voici que s'y rajoutent notre erreur et notre persistance dans l'erreur ! Les tremblements de terre exceptionnels, et les tsunamis qu'ils génèrent, dont rien ne nous indique encore qu'ils soient liés au réchauffement climatique, sont inévitables, siècle après siècle, décennie après décennie, mais l'enfermement dans les fausses certitudes sur l'énergie nucléaire est bel et bien criminel ! L'apprenti sorcier a encore sévi !

Que ce soit au Japon que surgisse la menace radioactive, aujourd'hui, a quelque chose de sidérant ! Après Hiroshima et Nagasaki qui ont laissé leur trace honteuse dans l'histoire de l'humanité, devrons nous, à l'avenir, parler de Fukushima comme étant à l'origine d'une catastrophe inégalée, comparable, toute chose égale par ailleurs, à Tchernobyl ?



On ignore encore jusqu'où la pollution radioactive s'étendra et si des populations, plus nombreuses encore qu'en Ukraine, ne vont pas être atteintes ! Même si l'on ne se trouve pas en face d'une catastrophe du même type que celle de Tchernobyl, car les causes des explosions ne sont pas les mêmes, (et jusqu'ici, une fusion irréversible du cœur des réacteurs n'est pas avérée), il n'en reste pas moins que la haute technologie et les compétences nippones rencontrent un échec monstrueux.

Construire plus de 400 centrales, des bombes à retardement, partout, y compris dans des zones sismiques, aura été insensé et ce fut un défi intenable lancé à Gaïa ! La Terre n'a que faire de nos savants calculs et n'obéit ni à nos calendriers ni à à nos certitudes scientifiques. Quoi qu'on dise, en France, où des centrales ne sont en fonctionnement que... depuis plus ou moins quatre dizaines d'années, le couloir rhodanien est une zone sismique et les bords de mer peuvent être affectés par des montées des eaux brutales qu'à l'avenir le réchauffement climatique n'arrangera pas.

Nicolas Hulot appelle à un débat suivi d'un référendum. Il a raison.

La résistance du lobby nucléaire va être énorme : de Centrale à Polytechnique, d'EDF à AREVA, de l'UMP au PS, on va tout faire pour que ce débat n'ait pas lieu ou soit tronqué !

"Touche à mon nucléaire" est le principe indiscutable, en France, parce que l'industrie et l'armée ont partie liée et s'opposent farouchement à toute contestation de cette spécificité nationale qui fait "la fierté de la France", second pays au monde pour le nombre de ses centrales.

Et bien, c'est de cela qu'il va falloir sortir, du prêt à penser, de cet "incontestable" mal fondé...

Ne parlons plus jamais de transparence ! Ce mot camoufle plus qu'il ne révèle ! La transparence est comme un carreau de verre, transpercé par la lumière qu'on projette sur lui, qu'on regarde de l'extérieur, mais derrière lequel on ne peut passer. Quand on entend parler de transparence, la méfiance grandit ! Que veut-on nous cacher puisqu'on nous dit qu'on ne cache rien... Tout n'est pas dit et tout ne peut se dire, sur le sujet du nucléaire, car on craint d'affoler les citoyens.



Pourquoi Éric Besson, cet homme qui inspire, désormais, autant confiance que son Président de patron, se répand-il dans les médias pour tenter de rassurer les français et bloquer la contestation ? Parce qu'il est aux ordres et qu'il est habile à enfumer les esprits.

Malheureux Japon qui subit, sous nos yeux, un drame multiforme qui, au lieu de s'apaiser, avec le recul des eaux et la diminution des secousses terrestres, risque de durer, au fur et à mesure que les émanations radioactives s'étaleront sur le pays.



Malheureuse humanité à qui ne suffit pas la révélation de ses erreurs pour changer de cap. Une fois de plus, on va hurler "plus jamais ça"... Ayons pitié de nous-mêmes : on ne joue pas avec ce feu ! Tous les risques ne sont pas à prendre pour accumuler de l'énergie.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 12 mars 2011

Après Three Miles Island et Tchernobyl : Fukushima !


http://www.sortirdunucleaire.org/

Communiqué de presse du 12 mars 2011


Séisme et catastrophe nucléaire :
les réacteurs français sont vulnérables !


Au Japon : un accident majeur de gravité comparable à Three Mile Island

L'agence de sûreté nucléaire japonaise a annoncé samedi qu'il y a une forte probabilité pour que la présence de césium radioactif autour du réacteur n°1 de la centrale de Fukushiwa Daiichi provienne de la fusion de crayons de combustible (1), c'est à dire d'une fusion partielle du coeur nucléaire. Les autorités japonaises s'apprêtent à distribuer de l'iode aux populations vivant à proximité des centrales nucléaires en détresse (2).

Une partie des barres de combustible du réacteur n°1 de la centrale Fukushima Daiichi est exposée à l'air libre selon l'agence japonaise de sûreté nucléaire (3). Selon Tepco, l'exploitant de la centrale de Fukushima-Daiichi, un nouveau tremblement de terre a précédé l'explosion du réacteur n°1 (4).
Le versement de l'eau de mer destiné à refroidir le réacteur n°1 a dû être suspendu à cause d'un nouveau tremblement de terre et la peur d'un nouveau tsunami (5). C'est pourtant le seul moyen restant pour empêcher une fusion totale du coeur, puisque l'opérateur n'a plus aucun moyen de contrôle sur le réacteur.
Les deux autres réacteurs arrêtés en urgence de la centrale de Fukushiwa Daiichi sont toujours confrontés à des problèmes de refroidissement du coeur nucléaire. Dans la centrale de Fukushima Daini (située à 11 km de la centrale de Fukushiwa Daiichi), Tepco doit relâcher de la vapeur radioactive pour tenter de diminuer la température de 3 des 4 réacteurs arrêtés en urgence (6).

En France : des réacteurs nucléaires exposés à un risque sismique grave, construits en dépit des normes sismiques

Les réacteurs nucléaires français ne respectent pas les normes sismiques de référence. EDF est allé jusqu'à falsifier les données sismologiques pour éviter d'avoir à le reconnaître et d'investir au moins 1,9 milliard d'euros afin de mettre les réacteurs aux normes (7). La justice a rejeté mercredi dernier la demande de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Alsace), la plus vieille centrale française, pourtant située dans une zone à risque sismique élevé.

Mais ni les normes sismiques draconiennes du Japon ni ses technologies parasismiques avancées n'ont pu empêcher la catastrophe nucléaire majeure qui s'y produit actuellement. Le Japon est pourtant le pays le mieux équipé et le mieux préparé au monde pour faire face au risque sismique dans toutes ses dimensions. Le Japon est également une des premières économies de la planète et un pays leader en matière de technologies de pointe.

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », le dramatique exemple japonais démontre qu'il est totalement impossible de construire des réacteurs nucléaires résistant à un séisme. La seule solution véritable pour se prémunir de ce risque gravissime est d'engager le plus rapidement possible un plan de sortie du nucléaire.

La machine à étouffer l'information se met en marche

Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, et Éric Besson, ministre de l’Industrie, ont décidé de réunir cet après midi l’ensemble des acteurs français du secteur du nucléaire... dont les industriels EDF et Areva. Il apparaît d'ores et déjà évident que le secteur nucléaire français et ses soutiens au plus haut niveau de l'État se préparent à communiquer pour sauver la crédibilité de la filière nucléaire.
Mais il ne sera pas possible cette fois de recourir au cliché usé jusqu'à la corde de l' « accident survenu sur une centrale soviétique vétuste », que l'industrie nucléaire a utilisé abondamment pour laisser croire qu'un accident nucléaire grave ne pouvait pas se produire hors d'URSS.

Il faut aujourd'hui considérer avec prudence les informations provenant de Tepco, l'exploitant des réacteurs japonais en déroute. En effet, 15 réacteurs nucléaires ont été fermés au Japon pendant des mois en 2002 et 2003, par décision administrative, après que Tepco avait falsifié des documents concernant la sécurité.

Notes :

(1) "The agency said there was a strong possibility that the radioactive cesium monitors detected was from the melting of a fuel rod at the plant, adding that engineers were continuing to cool the fuel rods by pumping water around them."
http://edition.cnn.com/2011/WORLD/asiapcf/03/12/japan.nuclear/


(2) http://www.sankei.jp.msn.com/affairs/news/110312/dst11031216520245-n1.htm

(3) "L'Agence japonaise de sûreté nucléaire annonce que certaines des barres de combustible du réacteur numéro 1 de la centrale Fukushima No 1 ont émergé à la surface de la piscine du réacteur samedi midi, parce que le niveau de l'eau a baissé."
http://www3.nhk.or.jp/nhkworld/french/top/news08.html

(4) "a vertical earthquake hit the site and big explosion has happened near the Unit 1 and smoke breaks out around 3:36PM."
http://www.tepco.co.jp/en/press/corp-com/release/11031223-e.html

(5) NHK à 17h35 le12.03.11

(6) "we have decided to prepare implementing measures to reduce the pressure of the reactor containment vessel (partial discharge of air containing radioactive materials) in order to fully secure safety. These measures are considered to be implemented in Units 1, 2 and 3
http://www.tepco.co.jp/en/press/corp-com/release/11031223-e.html

(7) Consulter les documents confidentiels d'EDF et l'analyse effectuée par le Réseau « Sortir du nucléaire » :
http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&sousmenu=themas&soussousmenu=seismes2&page=index



un fond abstrait qui explosent rayons symbole de danger nucléaire  Banque d'images - 8613899


Nos porte-parole sont à disposition permanente des médias pendant tout le week-end :

À Paris :
Anne-Laure Meladeck : 06 71 23 30 09
Charlotte Mijeon : 06 75 36 20 20
Laura Hameaux : 06 85 23 05 11

Notes :

(1) "Jiji news agency said there had been an explosion at the stricken 40-year-old Daichi 1 reactor and TV footage showed vapor rising from the plant"
http://www.reuters.com/article/2011/03/12/us-japan-quake-idUSTRE72A0SS20110312

(2) AFP 12.03.11 9h58 Japon: explosion à la centrale nucléaire de Fukushima

(3) "NHK television said the outer structure of the building that houses the reactor appeared to have blown off, which could suggest the containment building had already been breached."

(4) http://english.kyodonews.jp/

(5) AFP 12 mars 2011

Listes de diffusion : http://www.sortirdunucleaire.org/dossiers/Listes-Diffusion.html
Listes de discussion : http://www.sortirdunucleaire.org/dossiers/Listes-Discussion.html



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 8 mars 2011

Femmes de ce monde : le grand déni

Le 8 mars a ceci d'utile et d'insoutenable qu'on y rappelle, d'une part, une évidence (nous sommes tous porteurs de féminité et l'oublier nous détruit) ; mais aussi, d'autre part, un scandale (nous avons besoin d'une "journée de la femme" pour re-connaître ce que nous sommes !).



Nous vivons dans l'insupportable ! Les êtres humains ne s'acceptent pas tels qu'ils sont. Les logiques de violences qui sont dominantes, dans notre espèce, sont à l'œuvre partout, mais surtout à l'encontre d'un très grand nombre de femmes. La supériorité musculaire supposée du mâle a longtemps fait croire qu'il était de nature que le "chef" de famille soit l'époux, que le "chef" d'entreprise soit masculin, que le "chef" de l'État soit un homme. Au reste, que le même mot (homme) désigne, à la fois, l'humanité tout entière et la moitié d'entre elle, celle qui est faite de bipèdes nés garçons, dit assez la discrimination radicale à laquelle nous n'avons encore su échapper !

Changer de regard sur les femmes est un combat culturel dont dépend notre avenir terrestre. La femme-objet est un avatar de la société capitaliste. La femme-génitrice est réduite à sa capacité de "produire" des enfants. La femme-ménagère est une employée qu'on ne paie pas. Séduire, accoucher, travailler gratuitement sont les grandes fonctions auxquelles semblent assujetties les femmes. On sait qu'il s'agit là d'une limitation affreuse de la condition humaine tout entière, mais rien n'y fait, la tradition l'emporte : la femme doit s'occuper de sa beauté, de ses enfants et de son mari...

Nous n'avons jamais autant eu besoin de cette tendresse sans laquelle il est vain de parler d'amour. Les femmes l'expriment et le prouvent jour, après jour.

Nous n'avons jamais autant eu besoin de réalisme pratique permettant un mieux vivre partout, sur notre planète meurtrie. Les femmes y sont plus prêtes et préparées que leurs compagnons.

Nous n'avons jamais autant eu besoin de donner un contenu concret à la non-violence. Les femmes y sont plus ouvertes que ces autres humains à qui l'on a enseigné que virilité, force et puissance ne se partagent pas.

Le grand déni, et il ne concerne pas que le mépris des femmes c'est que nous refusons d'être pleinement des hommes avec nos deux dimensions. Il est vain d'espérer un monde alternatif, plus paisible, plus juste et plus écologique, si l'essentiel des décisions et des actions continuent d'être accaparés par un humain sur deux.

Sortir de ce cercle infernal qui enferme les célibataires autant que les couples dans des modèles qui ne doivent rien à la nature et tout à l'exploitation des unes par les autres est devenu une nécessité vitale. Ce n'est pas seulement, comme le disait Gandhi, parce que "les femmes constituent la meilleure moitié de l'humanité" (non par elles-mêmes, mais parce qu'elles sont les moins nuisantes : elles détruisent et tuent moins...), qu'il importe qu'une égalité véritable s'instaure, non dans les comportements, mais dans la responsabilité, la citoyenneté et la dignité.

Nous en sommes loin !



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

dimanche 6 mars 2011

Mais que cherche l'UMP ?

Le 18 février 2011, le journaliste Éric Zemmour a été condamné à 2000 €, avec sursis, pour provocation à la discrimination raciale. Le 6 mars 2010, sur Canal+, il avait lancé, en parlant des quartiers sensibles : « Il y a des trafics dans ces quartiers ! », puis, il avait ajouté : « Pourquoi sont-ils contrôlés 17 fois ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes !».

http://roms.blog.tdg.ch/media/00/00/996596898.jpg

Et, en plus, ils flirtent dans le dos de leurs parents !

Effectivement, ce jour là, Eric Zemmour avait franchi la limite de la liberté d'expression pour tomber dans l'incitation à la discrimination raciale.

Le mercredi 2 mars 2011, l’UMP l’a néanmoins invité à l’Assemblée Nationale, pour participer à un débat organisé par Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de la formation politique, et ancien ministre.

A l’issue de son intervention, Eric Zemmour, invité d’honneur, a été longuement ovationné par les 350 personnes présentes, dont Jean-François Copé et le nouveau ministre de la défense, Gérard Longuet.,La veille, déjà, une vingtaine de députés du collectif « La Droite populaire », tous membres de l’UMP, avaient reçu le journaliste pour lui exprimer leur soutien. (1)


Lors de son intervention, Eric Zemmour a fustigé les « magistrats inféodés au politiquement correct » et les « lois-bâillons » qui brideraient la liberté d'expression, il faut comprendre dans son propos : la liberté de tenir des propos discriminatoires. En citant, notamment, la loi Gayssot, visant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe et la loi Taubira qui reconnait l'esclavage comme un crime contre l'humanité, il a ajouté "La République, de Gambetta au général de Gaulle, a très bien vécu sans ces législations liberticides", terminant sa diatribe sous les applaudissements des élus UMP pour appeler à supprimer le droit à l’action pénale pour les associations anti-racistes « ces associations qui manient l'action en justice comme leurs anciens maîtres révolutionnaires maniaient la Kalachnikov » ajoutant : "Et pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions, cela ferait du bien au budget de l'État ».


Comme pour un ancien ministre, récemment remercié, au lieu de considérer Éric Zemmour en délinquant condamné, l'UMP en fait un martyr ou un héros. Pour le parti présidentiel, sa condamnation est injustifiée et la pensée raciste doit être autorisée dans notre pays. Son invitation est une très lourde faute, non seulement contre les victimes de discriminations, mais contre la République. Le parti et le bateleur oublient simplement que, dans notre République, le racisme n'est pas une opinion, mais un délit.


C'est une provocation idéologique effrayante, indigne d'une formation politique républicaine, dont le premier représentant est président de la République !


Ne nous étonnons pas, ensuite, qu'un sondage marque une tendance au développement du vote lepéniste ! La droite virant à l'extrême droite, ses électeurs suivent...



Jean-claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

mercredi 2 mars 2011

Islam, laïcité et totalitarisme politique

Il arrive que l'actuel premier ministre, François Fillon, profère des vérités. C'est d'ailleurs un mode de gouvernement que celui qui consiste à enfouir une horreur sous un flot de truismes. Alors, oui, l'Islam est devenu, par le nombre de ses fidèles, la seconde religion des Français. Elle oblige à regarder autrement ce concept politique majeur dont dépend la paix civile : la laïcité. Mais ce n'est certes pas l'UMP qui va renouveler et approfondir cette donne fondamentale, en France, qui, depuis la fin du XIXe siècle, aura marqué l'histoire de la République : la décléricalisation.


Car la laïcité fut d'abord une lutte pour secouer la tutelle que l'Église catholique faisait peser sur la société civile : ses hôpitaux, ses écoles, l'armée, sans parler de l'influence éminente (et grise !) exercée dans les couloirs et les antichambres du pouvoir.

On a longtemps confondu décléricalisation et déchristianisation. Les évêques tonnaient. Les curés fulminaient du haut de leurs chaires. En Bretagne, on refusait la communion aux catholiques envoyant leurs enfants à l'école laïque, l'école du diable. Jusqu'au jour où l'on s'est rendu compte que la laïcité pouvait, aussi, assurer la liberté religieuse... Changement de ton alors, quand une religion cesse d'être dominatrice, elle ne peut qu'accepter ce qu'elle revendique pour elle-même : la liberté de pensée (ce que les Juifs et les Protestants, très minoritaires, avaient, depuis longtemps, admis).

La décléricalisation, notamment après le concile Vatican 2, a cessé d'être impie. Des théologiens et des intellectuels chrétiens ont fait reconnaître et accepter aux catholiques que le secours de l'État n'était pas un recours pour la foi. Malgré des réticences résiduelles, ça et là, il s'est installé, en France, la conviction générale que la laïcité permettait un respect de l'autre, même quand on conteste ses convictions.

Les "laïques" comme on disait, à tort, pour parler des plus fervents acteurs de la décléricalisation, - comme si ceux qui ne participaient pas à cette lutte politique nécessaire étaient tous anti-laïques ! - ont, parfois, mal apprécié les exigences de la laïcité, notamment quand ils ont prétendu confiner la foi dans la sphère privée ! Ils ont alors, à leur tour, confondu le domaine de l'intime, du rapport personnel avec le mystère de la vie, avec la solitude du croyant ou de l'athée. Bien entendu, il n'en était rien parce que les lieux de culte ou les associations philosophiques regroupaient, librement leurs membres. La laïcité permet le pluralisme et ne confine pas les croyances et les incroyances dans des cercles privés, familles ou sectes...

La droite ayant perdu la lutte politique antilaïque et la formule de Marx ("La religion, c'est l'opium du peuple") ayant obligé soit à renoncer à la religion soit à la repenser, comme le révéla l'expérience des prêtres-ouvriers, nous voici parvenus en un temps où les religions chrétiennes ont cessé d'être, par définition, des supports des idéologies dominatrices s'arrogeant le droit d'exercer le pouvoir au nom de Dieu !

Malgré l'abandon du "catholique et Français toujours", l'Église catholique n'en a pas moins continué à influencer la politique française. La majorité des "fidèles" (le vilain mot qui sent son suivisme) vote encore pour les partis de moins en moins conservateurs mais de plus en plus libéraux (non libérateurs mais liberticides, en matière économique).

Et nous voici à un nouveau tournant historique : le totalitarisme politique peut s'appuyer soit sur le monopole d'une même religion, soit sur la pensée unique selon laquelle l'économie de marché est la seule humainement concevable.

Les porte-parole de la droite et l'extrême droite, actuellement en France, ont choisi : ils ont cessé de critiquer la laïcité maintenant que le monopole de la religion catholique, soutien de l'État est totalement exclu. Ils se sont ralliés à un autre monopole, quasi religieux, qui accepte et développe l'inégalité entre les hommes. Ils vont donc stigmatiser l'Islam, suspecté de visées totalitaires, pour mieux dissimuler la doxa du capitalisme moderne qui n'est certes plus celui que connut Marx mais qui pourrait bien être devenu le nouvel opium du peuple !

http://gauchedecombat.files.wordpress.com/2011/01/sarko_laique.gif

Aujourd'hui, il faudrait être "croyant", culturellement parlant. L'exhortation au respect des religions ne s'accompagne pas d'un même appel au respect des pensées sans religion ! On passe sous silence, du reste, les motivations évangéliques conduisant à affirmer qu'on "on ne peut servir deux maîtres : Dieu et l'argent". La juxtaposition harmonieuse de croyants et d'incroyants, de chrétiens, musulmans, agnostiques et athées, dans un pays où l'on ne cherche pas l'unicité de pensée est-elle vraiment à l'ordre du jour ? Doit-on continuer à associer les religions instituées aux pouvoirs constitués ? Doit-on magnifier le domaine privé, où règnerait la liberté religieuse, face au domaine public où aucune exigence de justice fondée sur des considérations religieuses de partage n'aurait cours ? Le religieux qui s'écarte de la religion est volontiers "communiste"...

L'Europe politique, qui n'en finit plus de rechercher sur quelles bases se construit sa légitimité et la citoyenneté de son peuple, reste bloquée par cette affirmation selon laquelle elle est d'abord judéo-chrétienne. Le rejet de la Turquie hors de l'Union trouve là sa véritable explication politique. L'Islam serait antidémocratique donc...

Patatras ! C'est dans le monde arabe et musulman que jaillit avec le plus de force, en 2011, l'exigence de démocratie ! Comme les chrétiens, lentement convertis à la laïcité, les musulmans vont y venir parce que démocratie authentique et laïcité font un.

Est-ce sous cet éclairage que le débat sur la laïcité et l'Islam va s'ouvrir ? On peut en douter ! Résistances et Changement est prêt à y apporter une contribution tant il nous apparait que nos compatriotes musulmans et "le printemps arabe" ont des apports à nous offrir non pour aller vers un totalitarisme politique, hard ou soft, mais pour nous aider à porter plus loin, sur la planète, l'idée même d'une laïcité libératrice et pluraliste.

http://citoyensdumonde.fr/IMG/siteon8.jpg?1270498662

http://www.citoyensdumonde.fr

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran